Hommage à Ivan Rebroff

29 février 2008

Ivan Rebroff – If i were a rich man
Vidéo envoyée par seidrik

Ce n’est pas l’homme aux 49 disques d’or et aux 4 octaves que je regrette aujourd’hui, mais bien ce monument du kitsch. L’homme qui a donné jusqu’à son dernier été des concerts dans les salles (et les églises) de toute la côte méditerranéenne. Oui, j’ai une histoire personnelle avec Ivan Rebroff, ce n’est peut-être pas des plus respectueuses, mais il faut reconnaître qu’il représente une grande partie de mes fous rires d’antan, je ne pouvais que lui rendre hommage aujourd’hui!


Le vote hispanique, un enjeu qui ne craint pas le ridicule

28 février 2008


Non non, ce n’est pas une parodie, cette vidéo est vraiment visible sur le site de Barack Obama. Le vote hispanique est tellement important dans certains états que les candidats ont dû rivaliser d’imagination. Les chants de campagnes sont donc aussi un terrain de bataille. Evidemment Hillary Clinton a aussi sa chanson traditionnelle mexicaine.

Outre le côté folklorique désuet, notons tout de même que les paroles montrent les enjeux, et les atouts mis en avant par les candidats.

J’ai tenté une traduction qui vaut ce qu’elle vaut:

Pour la chanson Viva Obama, les paroles sont:

Au candidat qui s’appelle Barack Obama,
Je chante cette chanson avec une âme humble
Qu’il a aussi puisque il est né sans prétention.

Il a commencé dans les rues de Chicago
Travaillant pour protéger les travailleurs
Et nous unir, tous, dans cette grande nation.

Vive Obama, vive Obama !
Des familles unies, sûres grâce au plan de santé
Vive Obama, vive Obama !
Un candidat qui lutte pour notre nation.

Peu Importe si tu es de San Antonio
Peu importe si tu es de Corpus Christi
De Dallas,…
Ce qui compte c’est que nous votions pour Obama
Parce que sa lutte est aussi la notre
Et qu’aujourd’hui il y a urgence.
Pour que ça change, soyons unis
Avec notre ami, Barack Obama.

Les paroles de la chanson pour Hillary Clinton sont plus simples encore:

Hillary, Hillary Clinton, c’est pour elle que je vote. (bis) Mes amis, c’est Johnny Canales, je voudrais dédier une chanson à notre amie, Hillary Clinton… Nous avons besoin de changements, il y a tant de choses à améliorer, et il n’y a qu’une candidate qui peut réussir. Elle a l’expérience, son mari a gouverné, et ensemble ils rendront les choses meilleures. Hillary, Hillary Clinton, c’est pour elle que je vote. Une présidente forte, peut mettre fin à la guerre et assurer les soins aux personnes de cette terre, des lois migratoires justes et une économie meilleure. Je n’y réfléchis pas à deux fois, pour Hillary, je vote. Hillary Hillary Clinton, c’est pour elle que je vote, Hillary, Hillary, Clinton, c’est pour elle que je vote, C’est pour Clinton que je vote.

Dans ces paroles, deux choses me marquent immédiatement, l’utilisation du terme “ami(e)” pour désigner le ou la candidate et l’utilisation du terme changement. J’avais déjà parlé du second point dans un précédent billet, n’y revenons pas. Mais ce terme d’”ami(e)” est tout de même marquant. On imagine mal, même avec sa familiarité lexicale, Nicolas Sarkozy se faire appeler “l’ami”. La campagne américaine est vraiment différente et c’est probablement ce qui justifie des clips aussi désuets que ceux que l’on peut voir ici, ou comme la désormais célèbre parodie de la mythique série Soprano tournée par Hillary et Bill Clinton en personne. Difficile d’analyser cette proximité factice avec les électeurs, espérons simplement que dans ce domaine nous n’imitions pas trop vite les états-uniens. Ce serait vraiment étrange que pour la campagne 2012, Nicolas Sarkozy tourne avec Carla Bruni un épisode de plus belle la vie, et que le candidat du PS face un rap pour obtenir le vote des jeunes des banlieues, non?

En dehors, des points communs que l’on vient de voir, nous pouvons noter une vraie différence entre les candidats. Pas entre leur programme, ils défendent tous les deux les travailleurs et leur système de santé, n’oublions tout de même pas qu’ils sont du même camps à la base. Non, la différence vient de la personne, Hillary est compétente, elle joue sur la popularité et l’expérience de son mari alors qu’Obama est près du peuple, il est humble et a le même combat que celui de la minorité espagnole (est-ce parce qu’il est noir?). On joue uniquement sur l’image, le programme n’est quasiment pas évoqué…

Tout cela pour dire que sous un petit air innocent et totalement kitsch se cache une vraie arme de communication électorale, ils sont forts ces américains.


Le "casse toi pauvre con" vu par des linguistes

27 février 2008

Un excellent article de La Croix que vous pouvez retrouver en ligne à cette adresse.


GQ – lancement réussi

25 février 2008

GQ – 120 sec
Vidéo envoyée par masculin.fr

C’est le buzz médias de la semaine – si on excepte les excès de langage présidentiel – un nouveau mensuel pour homme vient de paraître, GQ. GQ où comment faire un titre paradoxal en deux lettres. GQ signifie, en effet, Gentlemen’s Quarterly soit le trimestriel des gentlemen, or c’est un mensuel. Passons. Ce mensuel se veut « masculin, beau et intelligent », tout un programme. Mais GQ s’appuie sur son expérience, rappelons que c’est déjà un mensuel de référence dans douze pays en matière de sport, mode, culture, … Il appartient au même groupe que Vogue ou Vanitiy Fair, et a commencé sa parution en 1957 Outre-Atlantique. Cette revue a eu pour égérie des personnalités telles que Richard Gere, John Travolta, Michael Jordan, Sting, Harrison Ford ou Sean Penn, pour son lancement en France, c’est Vincent Cassel qui assume ce rôle.
Ce magazine se veut, vous l’aurez compris, ouvert aux préoccupations de l’homme. Bien que son rédacteur en chef, soit une rédactrice, Anne Boulay, GQ parle de l’homme en disant « nous ». Dans ce numéro 1, tous les sujets sont traités, de l’homme au foyer, en passant par le foot, les belles voitures, le ciné, la culture, la politique, mais aussi comment bien porter un costume-cravate… On y trouve des recettes de cuisine, un reportage au cœur d’une milice talibane et même un peu d’économie. Au centre de ce magazine, on peut apprécier la rubrique Salon, qui laisse tribune libre à des écrivains plus ou moins célèbres ; on retrouve d’ailleurs avec plaisir Nicolas Rey, que nous avions un peu perdu de vue depuis la sortie de Courir à trente ans.

Je pense que vous l’aurez déjà compris, j’ai aimé que dire j’ai adoré ce magazine. Petites explications. J’aime le soin apporté aux photos, que ce soit celles des talibans ou celles des places boursières, ces photos sont esthétiquement belles tout en étant surprenantes. J’aime aussi le soin apporté aux mots, par exemple, la définition du geek : « c’est Peter Parker avant qu’il ne devienne Spiderman. Un adolescent boutonneux à lunettes fan d’informatique et amoureux en secret de la plus belle fille du lycée. ». Mais aussi la rubrique salon, dont le style – bien que très littéraire – intéresse, attire, informe. J’ai beaucoup apprécié l’entretien Bayrou-Beigbeder, le procédé paraît artificiel – mettre deux personnalités autours d’une table et enregistrer – mais le résultat est très intéressant, beaucoup plus que la plupart des interviews politiques. J’ai aussi aimé passer d’articles en articles divers et variés, des photos de Jean-Loup Sieff à l’orgasme féminin en passant par le Rubbot ou l’anti-coup de foudre.

Ce n’est pas très positif, de finir par pointer les défauts de ce magazine, mais je dois bien y faire un petit crochet. Les amateurs de mode et de tendance resteront un peu sur leur faim, il manque un peu de pages consacrées à ce sujet. Ainsi quand dans le sommaire vous lisez « L’équipe de France a-t-elle un style ? », je m’attendais à une analyse du look des footballeurs, malheureusement c’était un article sur le style de jeu… On relègue à la fin du journal les rubriques qui se doivent d’être présentes dans un magasine masculin, soit les belles voitures, les belles femmes et le foot, personnellement j’aurais bien réduit un peu les articles sur ces sujets (qui a dit supprimé ?) pour mettre un peu plus de deux recettes de cuisine mais bon je ne suis pas le seul lecteur de GQ, il faut bien que ça se vende !

En résumé, ce magazine s’adresse aux hommes qui en ont marre de finir sur les forums féminins quand ils recherchent une recette de cuisine, qui prennent soin de leur look et sont prêts à assumer qu’on leur parle avec des termes tels qu’ « über-beauf ». Quant à moi, si je ne devais en dire que deux mots ce serait surement Merci. Encore.


Un dimanche chez nos voisins européens, L’image de notre président.

24 février 2008
En ce beau dimanche de février, je me décide à faire un petit tour des sites web des journaux de nos pays voisins que j’arrive à comprendre… Surprise, presque tous présentent en première page un article sur Nicolas Sarkozy, petite visite guidée.

Commençons par elpais.com. Le site du quotidien espagnol de référence a très vite repris l’information du Parisien, et titre donc, «Sarkozy: “¡Pírate, pobre gilipollas!” »

[Casse-toi pauvre con]. Le journaliste explique que cet excès du président est certainement lié à sa « chute libre dans les sondages », il rappelle qu’il avait déjà eu de tels mots lors de sa visite chez les pêcheurs bretons, et ne manque pas de se moquer du « bonjour, merci » que le président semble répéter sans cesse au salon de l’agriculture. Ce n’est pas le seul journal espagnol à faire l’écho de cet « événement », elmundo.es, titre « Sarkozy ya no pierde la sonrisa ni cuando insulta » [Sarkozy ne perd pas le sourire même pendant qu’il insulte], ce journal fait aussi le lien avec les pêcheurs du Guilvinec.

Du côté italien, ce ne sont pas les insultes du président qui font la une, mais sa femme. Le corriere della serra s’intéresse au premier acte de Carla Bruni en tant que « première dame ». Le site revient aussi sur ce célèbre sms, « si tu reviens j’annule tout » notamment en mettant un lien vers le clip de Jeanne Cherhal qualifié de « hit ». C’est cette chanson qui fait la une de la rubrique « persone » du site repubblica.it. «Se torni, annullo tutto » titre le quotidien italien qui trouve la phrase encore plus romantique en français. On peut voir sur ce site une très belle galerie de Carla Bruni lors de la rencontre avec la famille d’Ingrid Betancourt. Les critiques sont beaucoup moins virulentes que ce que l’on peut lire dans les quotidiens espagnols.

En Suisse, on joue l’originalité, la Tribune de Genève s’intéresse à la société qui fabrique les mêmes bagues que celles que Nicolas Sarkozy a offertes à Cécilia et Carla, plus sérieusement, les articles sur Nicolas Sarkozy sont nombreux. On retrouve un édito qui se dit « surpris » de la nomination de Christine Ockrent à la tête de France Monde critiquant l’incompatibilité de son statut de numéro deux de l’audiovisuel extérieur avec celui de femme de son ministre de tutelle. Bien sûr, on retrouve des articles sur le salon de l’agriculture et sur le sms…

Il est moins facile de trouver sur le site du quotidien allemand de référence, le sueddeutsche.de, un article sur Nicolas Sarkozy. Rien en « une ». L’article le plus récent est intitulé « Verrat im Namen des Vaters » [trahi au nom du père]. Il s’intéresse à Jean Sarkozy donc. Pour eux la scène qui se déroule à Neuilly est une sorte de « farce à la fois fascinante et horrifiante » pour les Français. Le site du Frankfurter Allgemeine Zeitung, s’attache surtout à présenter le couple Bruni-Sarkozy, la rédaction spécule sur le lieu où aura lieu la nuit de noce…

L’humour Belge est en une du site du soir.be : une vidéo parodique de Nicolas Sarkozy ventant les mérites du Viagra. On trouve sinon beaucoup d’articles sur Neuilly « son univers impitoyable », le journaliste parle de « situation ridicule ». La Libre Belgique quant à elle met en doute l’intérêt du plan Espoir Banlieue du président, le journaliste ne semble pas conquis, il trouve que l’on est loin du Plan Marshall annoncé pendant la campagne par notre président.

Pour finir, je me suis logiquement rendu sur les sites de la presse anglaise. The Guardian, tout d’abord, s’intéresse à la nouvelle dynastie qui est en train de se lever en France. Stephen Bates, explique que la diction et le comportement de Jean Sarkozy sont totalement similaires à ceux de son père. Le qualifiant d’ « acteur à mi-temps », l’auteur montre que le jeune Sarkozy a déjà de nombreux privilèges, il revient notamment sur les moyens colossaux que la police avait mis en œuvre pour retrouver son scooter volé. Du côté du Financial Times, on peut lire que « Sarkozy farce fails to amuse voters » [La farce de Sarkozy n’a pas réussi à amuser les votants]. Ce titre fait bien sûr référence à Neuilly-sur-Seine. Le journaliste se moque ouvertement de Nicolas Sarkozy notamment en reportant ces propos qu’il aurait tenu à David Martinon : « I gave you my son and I gave you my town and you have left me in the shit. You could say sorry. » [Je vous ai donné mon fils et je vous ai donné ma ville et vous m'avez laissé dans la merde. Vous pourriez dire pardon.]

Oui, oui, Nicolas Sarkozy a raison, la France est bien de retour en Europe, aucun doute.


Jouer pour cinq fois plus, « Les Français pensent qu’» on se fout d’eux !!!

18 février 2008

Cette fois-ci, on peut le dire, TF1 touche le fond. Pour relancer l’audimat du dimanche soir avant l’émission 7 à 8, la chaine a racheté les droits de l’émission américaine Power of ten. Le principe est simple, gagner toujours plus en en faisant toujours moins. L’appât est le même qu’à qui veut gagner des millions, le fameux million d’euros, mais cette fois-ci il faut deviner « ce que pense les Français ».

Bien sûr, l’idée n’est pas neuve, La famille en or lui doit ses belles heures, et Attention à la marche exploite aussi le filon. Mais force est de noter quelques différences tout de même. Rappelons les règles de ce jeu. Pour arriver au million d’euros, le candidat doit répondre à cinq questions que l’IFOP a préalablement posé à 500 Français « représentatifs » de la population. Il est aidé par un ami et un public extrêmement bruyants ainsi que par une marge d’erreur. Cette marge va decrescendo, ainsi à la première question, il a une marge d’erreur de 40pts (Sa réponse se situe donc entre 20 et 60% par exemple) puis de 30 points, 20, 10, et enfin, il faut donner la valeur exacte de « ce que pense les Français ».

Passons sur le côté insupportable du bruit de fond, sur le style éculé de Jean-Pierre Foucault, mais notons tout de même, que les sondages déjà accusés de bien des mots, sont ici profondément salis. « L’opinion publique n’existe pas » disait Bourdieu, TF1 entend bien prouver que si ! Pourtant, il faut fouiller pour savoir comment ces sondages ont été réalisés [rappelons que la loi sur les sondages obligent de présenter la méthode utilisée par le sondage en même temps que ses résultats]. En fouillant un peu, on apprendre donc que ce sondage est réalisé par l’IFOP sur 500 personnes. On reproche souvent aux sondages (politiques) l’oubli de la marge d’erreur dans la présentation des résultats. Ceux-ci, réalisés généralement sur un échantillon de 1000 personnes, sont fiables à environ trois points près. Si on me permet une simplification mathématique, on dirait donc que sur une population de 500 personnes, population choisie par TF1 pour son émission, la marge d’erreur est donc de plus de 5%. Selon les termes de TF1, il faut donc dire que la marge d’erreur est d’au moins 10 pts (5 points de plus ou de moins soit une fourchette de dix). Les deux dernières étapes du jeu sont donc purement hasardeuse, on doit découvrir le résultat d’un sondage avec une précision que ce sondage n’est pas même en mesure de garantir. Autant dire que l’on se trouve dans un jeu de hasard au même titre qu’A prendre ou à laisser, le fameux jeu où il fallait ouvrir des boites au hasard. En soit, ce n’est pas un problème, sauf que Jean-Pierre Foucault, ne cesse de nous rebattre les oreilles, tout au long de l’émission, avec des expressions telles que « voyions ce que les Français pensent ». On peut avoir l’opinion que l’on veut au sujet des sondages, mais là franchement, je ne vois pas ce qu’une maison comme l’IFOP peut gagner à associer son nom avec un programme qui décrédibilise autant les sondages. L’institut de sondages – présidé par Laurence Parisot – n’aurait-il donc aucune éthique scientifique pour voir ses sondages dévoyés à ce point ?

Un petit point pour se rassurer tout de même – et peut-être pour montrer à quel point TF1 est tombé bien bas – Power of ten, l’émission d’origine, a cessé d’être diffusée faute d’audience !


Arrêt sur les chiffres de Laurence Parisot

12 février 2008
Sur ce blog, j’ai pris l’habitude de m’arrêter sur les mots, une fois n’est pas coutume, ce sont bien des chiffres que j’aimerais commenter ce soir. Une étude sur les 135 plus grandes entreprises du pays est sortie aujourd’hui, les salaires des grands patrons sont en hausse de 40%, France 2, soucieux d’en savoir plus, a cru bon d’inviter Laurence Parisot (présidente du Mouvement des Entreprises DE France) au JT de 20H. Si vous ne l’avez pas vue, la démonstration de Laurence Parisot est inattaquable.

On nous explique dans un reportage que pour faire une hausse de 40% en fait, les salaires de bases des grands patrons ont augmenté de 12%, leur “bonus” de 30% et les stock options de 48%. Voilà le commentaire de Laurence Parisot. La hausse de 40% est surtout liée au stock options qui ne sont pas de l’argent réel mais du virtuel, ce sont des actions. Or le cours de la bourse – entre le moment où a été réalisée l’étude a baissé de 20% – donc du coup, on doit dire que l’augmentation de leur salaire n’est que de 20%. CQFD! David Pujadas se contente de répondre un “mmmm” approbatif.
C’est quand même aberrant que le journaliste ne lui dise pas, “mais votre calcul est idiot madame Parisot”. La bourse ne touche que la partie stock option de la rémunération, nous sommes d’accord, il reste donc toujours les 12% de hausse du salaire et les 30% d’augmentation du bonus. Et pourtant Laurence Parisot nous fait ce calcul simple 40% d’augmentation de salaire – 20% de baisse de la bourse = 20% de hausse des salaires… brillant!
Des dizaines de personnes ont dû être effondrées devant un calcul si grossier, mais David Pujadas, lui n’a rien trouvé de mieux à dire que “Mmmmm”. Non vraiment cette interview nous a aidé à avoir , comme le dit Mme Parisot, une “vision fiable et objective de cette situation”, Merci France 2.


Marre du pouvoir d’achat…

11 février 2008

Super Pouvoir d’Achat (la chanson du dimanche s02e11)
Vidéo envoyée par lachansondudimanche

S’il y avait une seule expression à retenir de l’année 2007, on aurait probablement choisi celle-ci, « le pouvoir d’achat ». Ca fait maintenant un an que l’on ne peut plus passer une journée sans l’entendre, on ne sait toujours pas vraiment ce que ça veut dire, ce que l’on sait c’est qu’il faudrait l’augmenter. Tous les politiques sont d’accord sur ce point, même si, bien sûr, personne n’ait d’accord sur la façon d’atteindre ce but.


Un an que l’on entend tous les jours la même expression ? Les publicitaires ne pouvaient pas passer à côté de l’occasion et voilà que fleurissent des tonnes et des tonnes de publicités qui promettent d’augmenter le pouvoir d’achat des Français. Le message est clair, les hommes politiques sont incapables d’augmenter le pouvoir d’achat, nous si. Les exemples ne manquent pas, je vous invite d’ailleurs à me faire partager ceux que vous connaissez.

Je pense, que le champion de la récupération est une fois encore, E.Leclerc. Non content de faire des publicités affirmant que les centres E.Leclerc augmentent le pouvoir d’achat, cette chaine de supermarchés a créé un site web : www.mon-pouvoir-dachat.com! Mais ce ne sont pas les seuls, les maisons de crédit comme la banque Accord ou France Finance expliquent qu’en regroupant les crédits on augmente son pouvoir d’achat, Cdiscount.com avait lancé toute une campagne de pub avec pour slogan créateur de pouvoir d’achat. Notons encore, G-cif, société de conseil en achat immobilier qui se dit « le n°1 en amélioration du pouvoir d’achat », et la nouvelle pub des tickets restaurant c’est « un pouvoir d’achat supplémentaire jusqu’à 1109€ par an »

On nous enseigne que « La publicité ne crée rien, elle récupère », ce n’est vraiment pas faux, on voit comment avec cette exemple la pub surfe sur une expression en vogue. La publicité se nourrit de l’air du temps et reflète les valeurs de notre société, on peut donc présager que de nombreuses annonces vont encore éculer un peu plus ce terme de pouvoir d’achat, probablement suffisamment pour qu’après on soit obligé de l’enterrer définitivement. Plus aucun homme politique ne pourra le réutiliser tellement ce terme sera usé… et à ce moment là on dira que, vraiment, la publicité ça a du bon.


CHANGE the wor(l)d!

7 février 2008

Bien que déjà un peu éloignée on se souvient tous de la campagne électorale qui a ponctué l’année 2007. La gauche parlait de devoir de victoire et d’ « élection imperdable ». C’est pourtant bien Nicolas Sarkozy qui a été élu à la suite d’une campagne placée sous le signe du changement. « La France ne peut pas rester immobile, et je veux porter le changement » déclarait-il, la gauche, probablement trop désordonnée, n’a pas réussi à démontrer l’incohérence – pour un candidat qui a été un ministre majeur du gouvernement sortant – de se revendiquer comme changement. En revanche, elle a su communiquer sur ce thème, « le grand vent du changement s’est levé » scandait Ségolène Royal à Toulon avant de dévoiler son affiche pour le second tour intitulée « le changement »

Indéniablement, on peut donc affirmer que pour être élu en France, il faut être le candidat du changement. « Changer la vie » disait Mitterrand, ce que Raymond Barre approuvait par cette formule gravée dans le marbre par un sketch de Coluche : « il faut mettre un frein à l’immobilisme ». D’ailleurs, quand on veut se revendiquer de l’héritage de son prédécesseur, c’est le cas de Pompidou puis de Giscard, on se revendique certes du changement, mais du « changement dans la continuité ». Mais alors ce thème récurrent du changement est-il un mal français ? Rien n’est moins sûr.

Outre-Atlantique, le mot est aussi utilisé avec une unanimité stupéfiante. Barack Obama a ouvert le bal, en communiquant énormément sur le terme change plus que sur son propre nom. Ses militants sont des « agents of change » (agents du changement pas agents de change !) et son slogan principal est « stand for change » (représenter le changement). Voyant que ce terme faisait mouche Hillary a emboité le pas prenant pour slogan « ready for change » (prêt pour le changement). Elle a même déclaré que le fait même qu’une femme entre à la maison blanche serait un changement, renchérissant : « Je veux faire des changements, mais j’ai déjà fait des changements. Je continuerai à faire des changements. Je ne me contente pas de promettre des changements. Je propose trente-cinq ans de changement ». Les républicains ne comptaient certainement pas être de reste, d’autant plus que pour eux il est difficile de se revendiquer de George Bush au plus bas dans les sondages. Mitt Romney, qui vient de retirer sa candidature déclarait « J’ai apporté du changement à toute une série de sociétés. Pendant les J.O., on a eu des problèmes : j’ai apporté du changement. Dans le Massachussetts, j’ai apporté du changement. Je l’ai fait. J’ai changé les choses. ». Le favoris de ses élections, John McCain, a d’ailleurs déclaré « Change is coming » (le changement arrive).

Difficile de se retrouver dans tous ces changements. Notons tout de même une expression très intéressante dans l’intervention de Romney. Les réponses qu’il apporte aux « problèmes » ne sont pas des solutions mais « du changement ». On dirait que le lexique électoral s’est figé sur ce mot. Impossible d’en utiliser un autre. Mais cette omniprésence du mot « changement » dans ses élections amène toute une série de questions. Est-il possible que deux rivaux se réclament tous deux du changement ? Comment les électeurs peuvent-ils s’y retrouver ? Qui est le plus légitime des candidats pour se réclamer du changement ? Pourquoi faut-il absolument promettre le changement ? Comment se fait-il que les candidats qui parlent de changement ne soient pas totalement décrédibilisés quand leurs adversaires et leurs prédécesseurs utilisaient déjà le même terme ?… La liste pourrait être longue sans que l’on ait pour autant de réponses. Donner une réponse semble d’autant plus impossible que personne ne cherche jamais à définir ce que veut dire ce terme. Qu’est-ce que c’est qu’un changement ? C’est comme une révolution mais sans le côté révolutionnaire ? On veut bien changer mais pas trop ? Pourquoi alors ne faut-il pas utiliser le terme amélioration, modification, mutation… ? Comment le consensus autour de ce mot a-t-il pu s’établir alors qu’il est franchement difficile de le définir?

Beaucoup trop de questions auxquelles je ne pourrai pas répondre, puisque la seule définition du terme qui me vient à l’esprit est celle donnée par Coluche : « le changement, c’est quand on prendra les arabes en stop ».


40 ans après, un article toujours d’actualité.

4 février 2008
On parle beaucoup du rôle du président de la République actuellement. Un peu par hasard, je suis tombé sur des débats qui avaient animé les colonnes du Monde en 1965 au moment de la première élection présidentielle au suffrage universel direct. Je n’ai pas pu resister à li’dée de vous retransmettre le texte. J’ai d’abord voulu le modifier un peu pour le rendre plus actuel et plus lisible, mais finalement je préfère vous le restituer tel quel, à vous de juger! Rappelons juste que le 5 décembre dont il parle est bien entendu le jour du premier tour de l’élection présidentielle.

CESBRON (Gilbert), « Les « pestilentielles » », Le Monde, 25 novembre 1965, n° 6490, p.4

Pour bien des Français dont je suis, l’air est empoisonné jusqu’au 5 décembre, nous ne sommes pourtant ni des blasés ni des « inconditionnels » ; nous pensons que la démocratie est le moindre mal et qu’en la matière cette définition modeste est la seule recevable. Cette démocratie, nous en connaissons bien les tares ; nous les préférons à d’autres, voilà tout.

Nous savons aussi que ce mot là s’entend de diverses façons et qu’on en tire des conséquences parfois opposées. Ainsi, il pourrait sembler plus rationnel que les Français de telle région votent pour un homme qu’ils connaissent et qui connaît leurs problèmes, et qu’à leurs tour ces élus choisissent entre eux, afin de l’élever au poste suprême, l’homme qui leur semble le mieux doué. Malheureusement, dès qu’ils sont loin des électeurs commettent bien des sottises et des malhonnêtetés, matérielles ou morales. L’hémicycle est un théâtre où le langage s’enfle, le donnant-donnant s’instaure et les coalitions prennent le pas sur les alliances. Bref, l’élection présidentielle à deux degrés aboutit à préférer Deschanel à Clémenceau, à contraindre Millerand à démissionner et à réélire Lebrun.

L’élection directe au suffrage universel, on pourra vite en inventorier les tares ; l’exemple des Etats-Unis, pour différent que soit le mécanisme, permet déjà de les prévoir. L’expérience du 5 décembre serait grave, essentielle, passionnante si elle avait vraiment lieu ; mais, malgré le suspens méprisant qu’il nous a infligé et le révoltant chantage du chaos dont il use, le général de Gaulle sera réélu, et ne l’est-il pas déjà ?

Ceux qui se présentent contre lui n’ont en vue que « l’horizon 72 » ou quelque millésime antérieur, car, avec une belle muflerie, ils expédient allégrement dans l’autre monde « le plus illustre des Français » avant la fin du septennat. Voilà donc nos candidats obligés – tout en n’en croyant rien – de nous faire croire qu’ils ont la moindre chance le 5 décembre. Cela fausse le dialogue ; ou plutôt le monologue ; ou plutôt cette foire grossière où les visages comptent d’abord. Si M. Mitterrand se rasait un peu mieux, il aurait plus de chances ; si les initiales de M. Tixier-Vignancour ne formaient pas le sigle de la télévision, il en aurait peut-être moins – voilà où nous en sommes. C’est le dernier nommé qui donne le ton, d’une manière détestable, avec son cirque ambulant et ses « magnifiques jeunes gens » si prompts à casser la figure des contradicteurs.

Ces immenses gueules placardées sur les murs rappellent à la fois Hitler Et Johnny Hallyday, Mao Tse-toung et le soutien-gorge machin. Pour un futur chef des français, il s’agit de se lancer comme une lessive. Je suis bien naïf ou retardataire, mais cela m’inquiète et m’humilie. Si le fils d’un des candidats était champion de natation, il ferait beaucoup pour les chances de papa. Voilà où on en vient quand on en appelle directement à un peuple qu’on a, entre temps, abruti ou laissé abrutir de propagande, de publicité, de télévision ou de tiercé. Car le remède n’est point de ne pas en appeler au peuple ; il serait de le désintoxiquer – ce qui exigerait des gouvernements à venir le seul vrai courage politique : affronter l’impopularité. La fameuse stabilité le leur permet enfin.

Est-ce que, oui ou non, le fait de vois cinq ou six films chaque semaine procure une sorte d’aliénation très préjudiciable ? Psychiatres et juges répondent oui ; l’O.R.T.F. répond non. Est-ce que oui ou non, le fait de gagner des sommes considérables par le seul jeu de hasard est de nature à fausser toutes les valeurs sociales et morales ? N’importe quel honnête homme répond oui ; l’Etat français, initiateur et bénéficiaire du tiercé, répond non.

Si, parmi les poisons du siècle, je cite ces deux-là, c’est qu’ils tiennent leur rôle dans « ces présidentielles », lesquelles se jouent sur le petit écran et figurent, aux yeux de beaucoup de Français, un gigantesque tiercé. Soyez-sûrs que la prochaine fois, on prendra des paris ! et qu’on verra proliférer des gadgets comme aux Etats-Unis, lesquels demeurent, hélas ! ici encore notre guide et notre modèle. L’un des candidats n’a-t-il pas cru devoir faire écrire de lui dans une brochure dont la démagogie illustre mon propos, qu’il est « en quelque sorte un Kennedy français » ? Un tel slogan donnerait envie à n’importe qui de crier « Vive de Gaulle ! ». Comment des hommes estimables laissent-ils leurs propagandistes utiliser des arguments et des formules dont un marchand de savon ne voudrait plus ? Mais eux-mêmes ne multiplient-ils pas les promesses gratuites et contradictoires ? C’est, pour deux semaines encore, le règne de l’irresponsabilité et de l’impunité.

Pour moi, je compte les jours d’ici le 5 décembre. Chaque fois que, sur les ondes, un journaliste parle des élections « présidentielles », je ne sais quel inconscient malveillant me souffle « pestilentielles »…