Bayrou, en toute indifférence…

27 octobre 2008

C’est dans une indifférence médiatique assez généralisée que le président du Modem a réalisé ses deux allocutions, hier, à la Conférence nationale de son mouvement.

François Bayrou, en bon chef de parti a assuré l’introduction et la conclusion de la journée du mouvement démocrate. Le premier discours est particulièrement court, mais il est tout de même intéressant de le lire avec attention. Quant au second, il définit les grandes orientations de son parti pour les années à venir et notamment pour les élections européennes et régionales dans lesquelles le parti espère avoir un rôle à jouer.

Ce qui est particulièrement marquant dans le discours introductif du président du Modem,c’est la vision que celui-ci peut avoir de son parti. Deux mots sont à noter dans cette définition du Modem: transformation et commando.

On comprend assez vite la volonté de François Bayrou de mettre en avant la transformation de la société. D’une part parce que le mot changement est trop éculé (voir ici) et d’autre part parce que sans transformation il n’y a pas vraiment de place pour son parti dans le spectre politique français. Ce qui est plus surprenant c’est qu’il affirme sans retenue que son mouvement est le seul à vouloir faire bouger le paysage politique français. On est ici dans un pur acte de communication politique car s’il est facile de prouver que le PS et l’UMP (l’UMPS comme il les appelait jadis) n’ont pas vraiment intérêt à modifier le fonctionnement bipartite de notre démocratie, il semble plus difficile d’affirmer que des partis comme le NPA (Besancenot) et le FN (Le Pen) souhaitent conserver ce fonctionnement. Passons.

Il souhaite cependant tellement souligner sa volonté de transformer le paysage politique français, qu’outre le fait qu’il utilise 5 fois en quelques minutes le mot transformation, il va aller jusqu’à parler de son parti comme un « commando de transformation » (3 occurrences). Pourquoi avoir mobiliser cette image du commando? Il faut reconnaître que les pistes de compréhension sont assez limitées. Il est vraisemblable qu’il ait souhaité rompre avec l’image d’un centre un peu mou et qu’il souhaitait montrer un parti en actions. Je suis aller chercher dans le dictionnaire la définition la plus vaste de ce que pouvait être un commando et je n’ai pas été surpris de trouver la définition suivante: « Petit groupe d’intervention armé, dépendant le plus souvent d’une organisation politique, révolutionnaire, anarchiste, etc., pour le compte de laquelle il exécute des attentats, sabotages, enlèvements, détournements d’avions ». Je ne comprends dès lors pas plus le choix de cette image. A-t-il voulu souligner le fait qu’il soit un (tout) petit groupe? Je ne pense pas. Est-il en train de nous annoncer un coup d’Etat, va-t-il prendre les armes? Je ne le pense pas vraiment non plus. Il semblerait qu’à vouloir trop insister sur le côté actif de son organisation, François Bayrou se soit laissé emporter par une image un peu trop exagérée, ce qui pourrait expliquer qu’il n’emploie plus du tout cette expression dans son discours de clôture de la Conférence nationale du MODEM.

Le discours de clôture sera plus rodé et moins surprenant. François Bayrou insistera sur l’unité de son parti. Parlant d’ « extraordinaire cohérence », il conclut que ce mouvement « n’est pas une création, mais une révélation ». Rien que ça.

Comme dans son discours inaugural, François Bayrou évoque une crise de dimension séculaire. Une crise qui semble donner tout son sens au parti qui sera donc une troisième voie entre le socialisme et le capitalisme. Il s’attaque finalement assez peu au socialisme, il se contente de le qualifier de « modèle soviétique » tout en affirmant qu’il est mort avec la chute du mur de Berlin ce modèle de pensée qui consistait à croire que « l’Etat pouvait décider à la place des gens ». Il ne croit pas en sa possible refondation, comme il ne croit pas non plus en la refondation du capitalisme.

Le capitalisme et par son biais le pouvoir en place sont au centre du discours du centriste. On voit ainsi que le discours s’adresse davantage aux déçus du sarkozisme. Pour lui le capitalisme a fait que « les riches sont devenus plus riches et les pauvres plus pauvres » et a vendu « de la drogue » aux pauvres « à savoir le crédit surabondant même s’ils ne pouvaient pas payer ». Nicolas Sarkozy, cité trois fois dans le discours est raillé pour ses récentes prises de positions pour la refondation du capitalisme. Il « brûle ce qu’[il] adorait hier », ce qui doit « faire bien rigoler du côté du Fouquet’s ». François Bayrou ne manque d’ailleurs pas de moquer la déclaration d’Hugo Chavez au sujet du président Français. Il rappelle que la politique du gouvernement, notamment la loi TEPA et le bouclier fiscal, a eu pour conséquence de toujours favoriser les plus aisés. Il se fait aussi l’écho des français qui se demandent d’où Nicolas Sarkozy dégote tous les milliards pour sauver les banques et qui voudraient que l’on favorise plutôt l’éducation, l’emploi,…

S’appuyant notamment sur le général de Gaulle, François Bayrou va affirmer que le « capitalisme comme modèle de société est à peu près le contraire de ce que nous voulons ». Ce que veut le MODEM, c’est une troisième voie, l’humanisme. « Ce que nous mettons en premier ce n’est pas l’argent, c’est l’être humain ». Il critique notamment le travail du dimanche: il faut qu’ « il y ait un jour sur sept au moins où la déesse Consommation puisse être ramenée à sa juste place et qui ne doit pas être la première, un jour pour le verbe Être et pas pour le verbe Avoir. » Il met en relief son profond désaccord sur la politique de l’éducation du gouvernement Fillon: « Je regrette que l’on choisisse de faire sortir le lycée de la culture de la durée pour la faire entrer dans la culture du zapping ».

Enfin, François Bayrou affirme sa volonté d’être à la tête d’un parti foncièrement européen. Il ne voit pas comment résoudre les problèmes écologiques en dehors de ce niveau. Il critique aussi les remarques que Nicolas Sarkozy se permet de faire à nos voisins européens, en rappelant qu’ils pourraient tout à fait reprocher au pouvoir en place: le non-respect de la séparation des pouvoirs, le fonctionnement de notre système juridique, les médias, le fonctionnement même de notre démocratie…

C’est donc sans surprise que François Bayrou a mis en place un commando d’attaque contre le gouvernement en place pour s’affirmer comme le premier parti d’opposition au pouvoir. Aucune réponse sur les éventuelles alliances en vue d’accéder au pouvoir, pas de propositions concrètes mais les bases « idéologiques » de ce nouveau parti qui est né « après une gestation de neuf mois ».


Sarkozy aux deux extrêmes?

27 octobre 2008

En l’espace d’un week-end Nicolas Sarkozy a été à la fois accusé de se conduire comme un collaborateur d’Hitler et qualifié de « camarade » par Hugo Chavez, un véritable grand écart…

Hugo Chávez, Nicolas Sarkozy, Vaclav Klaus

Hugo Chávez, Nicolas Sarkozy, Vaclav Klaus

C’est le président du Vénézuela qui a ouvert le bal samedi en déclarant: «Sarkozy, tu es en train de te rapprocher du socialisme, bienvenu au club, ce sont des idées intéressantes». Il fait naturellement échos aux idées lancées par le président français pour résoudre la crise économique mondiale. Lors de son message transmis à la radio-télévision nationale, Hugo Chávez a appelé Nicolas Sarkozy – son camarade – a venir discuter de la mise en place d’un nouveau système. En parcourant les journaux vénézuélien, on peut retrouver cette phrase de leur président: “¡Qué frase para la historia! Camarada Sarkozy, caramba, me tiene sorprendido”(Quelle déclaration historique! Caramba, le camarade Sarkozy m’a surpris). Il se réfère alors au fait que Nicolas Sarkozy ait souhaité réformer le capitalisme, ce qu’il voit comme un point commun entre eux. Même s’il sait que la président français est d’obédience libérale et qu’il ne nommera surement pas cette refonte du capitalisme “le socialisme”, il pense que leurs deux nations peuvent collaborer pour changer le système mondial…

Mais le week-end était loin d’être terminé pour Nicolas Sarkozy, c’est au tour du président Tchèque de s’exprimer. La règle en matière de présidence de l’Union Européenne est presque la même depuis 50 ans. Tous les six mois le pays président change pour laisser place à son suivant dans l’ordre alphabétique. Avec l’élargissement de l’Union Européenne la désignation du pays suivant a un peu changé, il n’empêche que le roulement à tout de même lieu tous les six mois. Une durée qui semble peu convenir au président Sarkozy qui a trouvé dans la crise financière une manière d’exprimer sa volonté d’action, un rôle à sa mesure. Il se verrait bien garder ces pouvoirs quelques mois de plus. Le problème c’est qu’au premier janvier 2009, c’est à la République Tchèque d’exercer cette présidence. Selon Libération, Vaclav Klaus aurait déclaré: «M. Sarkozy veut siphonner notre présidence». Mais le problème c’est que ce libéral eurosceptique convaincu ne s’est pas arrêté à ce point, dans son allocution télévisuelle il aurait déclaré: « les quatre pays (France, Allemagne, Grande-Bretagne et Italie) qui ont initié début octobre une action européenne concertée sont les mêmes que ceux qui ont écrit les accords de Munich qui ont permis à Hitler d’envahir une partie de la Tchécoslovaquie en 1938. » Cet amalgame est tout à fait regrettable pour celui qui devrait être le prochain président de l’Union. On comprend pourquoi plusieurs journaux européens affirmaient cette semaine que la crise aurait été beaucoup plus mal gérée en Europe si elle avait eu lieu six mois plus tard c’est à dire pendant la présidence tchèque…

A l’issue d’un week-end comme celui-ci, on est en droit de se demander comment Nicolas Sarkozy va pouvoir (s’il peut) gérer son retour à l’anonymat de la présidence française. Il semble vraiment à l’aise quand il est au centre de toutes les attentions comme ce fut le cas ce week-end.


Un préfixe lourd de conséquences…

24 octobre 2008

C’est une erreur d’écriture qui est à l’origine de la décision prise le 17 octobre par la cour d’appel de Paris de remettre en liberté un violeur récidiviste présumé. La chambre d’instruction de la cour d’appel de Paris s’est, en effet, trompée de terme dans l’arrêt qu’elle a rendu : elle a écrit infirme au lieu de confirme . Bien que dans la suite du texte, la cour d’appel motive clairement les raisons pour lesquelles cette libération lui paraît impossible, il n’y a priori aucune possibilité de revenir sur cette décision. Depuis un arrêt de la chambre criminelle du 18 janvier 1994, la Cour de cassation stipule que la cour d’appel, si elle un pouvoir de rectification, « ne peut restreindre ou accroître les droits consacrés par la décision », c’est ce qu’a fait valoir le parquet général pour justifier sa décision.

Mais connaissant le pouvoir en place, il n’était bien entendu impossible qu’on n’en reste là. Les victimes ont été indignées par cette décision, et on peut les comprendre. Leurs avocats sont furieux et comptent attaquer l’État pour faute lourde du service public de la justice. « C’est un dysfonctionnement majeur, rarissime, de remettre en liberté un homme dangereux », s’insurge Me Henri de Beauregard, avocat d’une partie civile. Pour son collègue, Me Frank Berton, « C’est un vrai scandale, une erreur gravissime. Je suis habitué aux dysfonctionnements de la justice, mais celui-là est exceptionnel, c’est une honte. On ne peut pas sur deux pages écrire qu’il est un dangereux criminel et en un mot ordonner sa libération. »

Chat échaudé craignant l’eau froide, Rachida Dati a attendu l’amont présidentiel pour faire une déclaration. On sait la propension qu’elle peut avoir à se mettre à dos tous les corps professionnels concernés par son ministère, elle n’a pas voulu revenir sur cette erreur de préfixe qui a conduit à la libération de Jorge Montes. D’après Olivier Joulin (vice-président du Syndicat de la magistrature) bien que ce soit une « erreur statistiquement inévitable » (Il rappelle qu’il y a 20 à 30 000 détenus provisoires qui font chacun 4 ou 5 demandes de remises en liberté par an. Le rythme de travail est donc énorme. Les magistrats ne passent jamais plus de 10 minutes sur un dossier. Ils en traitent une trentaine par jour. ) c’est la première fois qu’une telle erreur est commise, la ministre ne peut donc pas s’appuyer sur une jurisprudence qui aurait pu justifier son intervention. Elle n’aura pourtant pas attendu longtemps avant que Nicolas Sarkozy lui demande « de faire engager immédiatement les procédures adaptées pour rectifier cette erreur et faire réincarcérer cet individu ».

« Je viens de décider de demander au parquet général de saisir immédiatement la cour d’appel pour la rectification d’une erreur matérielle s’agissant de la décision invraisemblable de libérer un multirécidiviste », a déclaré Nicolas Sarkozy aux journalistes français qui l’accompagnaient à Pékin.

Même si Nicolas Sarkozy voulait que cette affaire soit réglée dans la nuit, rien n’est fait. Si cette affaire est certainement plus consensuelle que les décisions de Rachida Dati, Nicolas Sarkozy et son gouvernement ont pris une fois encore le risque et le pari de ne pas trop se soucier de la séparation des pouvoirs, affaire à suivre…


La caisse d’épargne tient ses promesses

24 octobre 2008

Dans la série, il faut bien rire un peu en ces temps de crise Jean Véronis nous fait état sur son blog de cette vieille publicité de la Caisse d’Epargne qui prend un tout autre sens depuis que l’écureil a perdu plus de 600 millions d’euros en bourse…


Procrastination.

24 octobre 2008

Un mot et une vidéo qui illustrent parfaitement ma journée avec une pensée particulière à la personne qui m’a fait découvrir cette excellente animation.


Indoor parachute doré, le nouveau sport des patrons.

22 octobre 2008

En ces temps de crise, les parachutes dorés sont plus que jamais contestés. Impossible pour les grands patrons de réclamer les indemnités de départ qu’ils avaient pourtant âprement négociées lors de leur recrutement.

Face à une telle réprobation morale, Nicolas Méridol qui a donné sa démission dimanche de la direction générale de la Caisse nationale des Caisses d’Epargne (CNCE), ne pouvait pas réclamer les quelques millions auxquels il prétendait. On a donc eu l’idée, pour éviter le scandale de le placer à un autre poste au Crédit Foncier filière de la CNCE (il est vrai que quand on regarde le logo du crédit foncier, il semble que cette société soit tout à fait à même de servir de parachute)… Malheureusement, les médias n’ont pas été dupes et se sont aperçus de la supercherie… on a donc parlé d’un « parachute doré mais en interne » voire d’un « parachute interne ».

Je ne sais pas vous, mais personnellement j’ai déjà un peu du mal à croire en l’efficacité d’un parachute doré. Il faut avoir une sacrée confiance en ce métal fin pour confectionner en cette matière l’objet qui va permettre d’amortir sa chute. Mais bon, passe encore. Mais alors aller faire du parachute doré à l’intérieur, je ne comprends vraiment plus rien. Le vocabulaire imagé des médias n’a vraiment aucune limite. Ceci m’a d’ailleurs donné l’envie d’aller fouiller un peu dans l’utilisation de ce mot parachute ces dernières années dans la presse.

Force est de constater que dans un premier temps la presse parle de parachute pour évoquer un objet qui ralentit une chute. Logique. On n’en parle un peu comme sport, beaucoup dans le registre militaire. Passées ces évocations au sens propre, le parachute a encore du sens en réserve.

C’est en fait dans les colonnes politique qu’on le retrouve le plus souvent. C’est le verbe “parachuter”, conjugué au participe passé et prononcé sur le mode injurieux, qui est le préféré des médias. Dès lors qu’ils ne sont pas natifs de la circonscription à laquelle leur parti les a affectés, les candidats aux législatives ou aux municipales n’y échappent pas : ” espèce de parachuté ” leur dit-on. C’est une sorte de nouveau droit du sol, en somme, mais version politique. On a de bien beaux exemples dans le Monde par exemple avec « le parachute blésois » qui désigne la porte de sortie de Jack Lang au cas où il n’ait pas de rôle national. On évoque aussi les parachutés Perben et Martinon (non, non) respectivement envoyés à Lyon et à Neuilly avec les succès qu’on leur connait.

Mais ce sont aux colonnes économie que j’ai voulu m’intéresser, histoire de comprendre un peu d’où sortait cette expression « parachute doré ». Selon Jean-Claude Lasanté, l’homme qui a introduit les chasseurs de tête en France, cette expression est apparue dans la langue française au milieu des années 80 (c’est à dire entre la sortie du premier disque de Lio et la catastrophe de Tchernobyl) . Il y voit la conséquence d’implantations en France à cette époque de grandes entreprises anglo-saxonnes.

En fait si l’on regarde concrètement, le terme est encore très peu utilisé à cette époque. On nous évoque çà et là un « golden parachute » ou un « parachute en or ». Celui qui a beaucoup œuvré pour mettre ce mot au goût du jour, c’est incontestablement Jean-Marie Messier. Il est resté plusieurs mois en une des journaux pour avoir touché quelques 20,6 millions d’euros pour son départ de la firme Vivendi-Universal…

Mais malgré tous les scandales, les procès, et la couverture médiatique sans précédent, il n’a pas vraiment réussi à pleinement lexicaliser cette expression. Les journaux utilisaient encore les guillemets et le Petit Larousse ne voulait pas lui ouvrir l’accès à ses colonnes.

Heureusement quelques autres patrons se sont mobilisés. Il y a tout d’abord eu Pierre Jaffré et ses 20 millions d’euros de stock options offerts à son pot de départ d’EDF (il paraît que ses collègues hésitaient entre une canne à pêche et un rocking-chair comme cadeau de départ et que n’arrivant pas à trancher ils ont finalement préféré les stock options). Pierre Bliger a essayé de prendre 4,1 millions d’euros dans les fonds de caisse d’Alstom en rentrant chez lui, mais comme les médias s’en sont un peu aperçu, il a dû les rendre. C’est dommage, ce n’était déjà pas grand chose par rapport aux autres.

On peut alors lire dans les colonnes du Monde qu’« il n’y a pas si longtemps, ce mot, issu de para- (protéger contre) se contentait de désigner l’appareil ” permettant de ralentir la chute d’une personne ou d’un objet tombant d’un aérostat ou d’un avion ” (Le Robert). Depuis, il y a eu M. Messier et Vivendi, et bien d’autres encore, et le dispositif s’est paré d’une couleur, outrageusement dorée, et d’un parfum de scandale ». En effet, le mot devient alors de plus en plus souvent utilisé, les journalistes ne sentent plus le besoin de définir ce qu’est un parachute doré, et ils commencent même en masse à l’écrire sans parenthèses de mise à distance.

Mais ce qui va décider Monsieur Petit Larousse à le faire entrer dans son dictionnaire en même temps que blog, bluetooth ou coming-out c’est vraisemblablement le parachute doré évoqué pour le départ de Carrefour de Monsieur Daniel Bernard, parachute alors estimé à quelques 38 milliards d’euros…(soit l’équivalent – mais en mieux utilisé – d’une prime annuelle de 7000€ à tous les employés du groupe carrefour ou comme le montre le schéma de l’époque 2462 années de SMIC).

Malheureusement aujourd’hui bien que le mot soit pleinement lexicalisé, qu’il repose en paix dans les dictionnaires, il n’a plus du tout la côte. Notre président s’y est vivement attaqué, même la présidente du MEDEF après que deux rapports aient fustigé la place prise par les parachutes dorés dans l’économie française (l’un de Hay groupe qui conclut que les parachutes dorés français sont les plus importants d’Europe et l’autre d’Invertosight qui affirme qu’une entreprise du CAC 40 sur 4 a recours à ces pratiques ce qui correspond à 52 « parachutes » par an…) a dû les désapprouver.

Ainsi alors que Laurence Parisot était « fumasse » à l’évocation des 8,5millions d’euros de prime de départ de Noël Forgeard (EADS), elle milite à présent pour « la fin des excès ». Car comme le disait Nicolas Sarkozy. « Le parachute doré c’est quoi ? C’est un système où si on réussit, on gagne un bonus, si on échoue, on a un bonus aussi. Ce n’est donc pas compatible avec l’économie de marché ». C’est la fin des parachutes dorés en toute liberté, voyez à quoi les patrons en sont réduits actuellement: du « parachute en interne »


Vendredi, un journal utile?

18 octobre 2008

Après une campagne publicitaire savamment orchestrée, notamment sur le Web, l’hebdomadaire Vendredi a enfin vu le jour hier dans nos kiosques.

Je ne vais rien vous cacher, j’ai acheté ce journal avec pas mal de préjugés. Je ne voyais pas vraiment son intérêt tant les médias traditionnels ont du mal à s’approprier le web. L’idée même d’un journal qui évoque ce qui se fait de bien sur le web me paraissait déjà paradoxale.

Je me suis pourtant rendu hier chez mon marchand de journaux pour me procurer Vendredi. Qu’elle ne fût pas ma surprise quand j’ai sorti ce journal du présentoir. Il est d’un format encore moins pratique que Le Monde ou Le Figaro. 60 cm de hauteur pour 30 cm de largeur (donc 60*60 une fois déplié), un journal bien peu manœuvrable. J’ai aussitôt repensé à leur publicité qui circule ces temps-ci sur le web (cf supra) et je mets au défi quiconque de boire un café dans une brasserie parisienne en tournant une page de ce journal… Il me semble finalement plus pratique d’amener son ordinateur portable… soit.

Passé cet inconvénient j’ai donc attendu d’être chez moi pour déplier ce journal (qui n’a pas voulu tenir dans mon cartable même plié en deux) pour lire ce qu’il contenait. Je dois bien l’avouer j’ai été un peu moins déçu que prévu. Le lire m’a confirmé qu’il est impossible de représenter le meilleur du web dans un journal, mais finalement, pour quelqu’un qui n’a pas trop de temps à consacrer à la procrastination sur Internet, ce journal peut s’avérer utile. Toutefois, il demeure un journal très « mainstream », les blogs cités étant les plus connus, on regrette finalement que la rédaction ne soit pas allée chercher un peu plus loin.

J’ai trouvé également que l’éditorial était d’une prétention sans nom. « Il se crée un hebdo d’actualité en France tous les dix ans», ah bon ? Ils doivent avoir une vision très parcellaire de l’hebdo d’actualités… Plusieurs titres me sont passés en tête, j’ai pensé aux hebdos suppléments comme Le Monde 2 ou Libé Next, aux gratuits, à d’autres hebdomadaires comme feu Le Vrai Papier Journal ou plus récemment et plus satirique à Siné Hebdo… Si ces titres peuvent éventuellement ne pas rentrer dans la case « hebdo d’actualité Français », je ne conçois pas pour autant une filiation entre la création du Nouvel Obs’, ou celle de Marianne et celle de Vendredi qui n’est finalement qu’un journal qui propose un résumé en huit pages de ce qui se passe sur Internet. J’attendais en outre de l’édito qu’il nous explique un peu mieux la ligne éditoriale du journal et surtout qu’il nous éclaire sur le choix du nom du magazine. Il est fort probable qu’il s’appelle ainsi parce qu’il parait le vendredi, soit. Mais pourquoi avoir repris le nom de la publication hebdomadaire dans laquelle sévissait André Gide pendant la période du front populaire ? Mystère.

Pour continuer la liste des défauts, je dois avouer que mon exemplaire (peut-être est-ce de la malchance ?) était à certains endroits quasi-illisible. Certains dessins sont flous, et sur la une, « l’image de la semaine » est à peine distinguable. Je trouve, en plus, qu’il est tout à fait inutile de faire un « zapping » des meilleures vidéos du web sur un journal papier. Il est en effet assez difficile d’imaginer en quoi ces vidéos peuvent être intéressantes et il est, en outre, très fastidieux d’aller par la suite les visionner sur le net.

A noter tout de même quelques articles intéressants que j’ai pris du plaisir à parcourir sans trouver cela pour autant exceptionnel. Le site web en revanche (www.vendredi.info) me semble assez réussi (et utile) même s’il est actuellement inachevé.

Vous l’aurez compris, je ne compterai pas parmi les premiers abonnés de cet hebdomadaire, je ne pense pas que l’avenir de la presse consiste à regarder ce qui se passe sur Internet. Cela dit avec un format plus pratique, ce journal pourrait être utile à ceux qui manque de temps et qui ne savent pas ce qu’est un agrégateur de flux RSS…


Ne sifflez plus la Marseillaise!

17 octobre 2008

Cette fois-ci c’est trop, ce matin encore La Marseillaise sifflée était le sujet de l’édito de Philippe Val sur France Inter… Deux jours qu’on ne parle plus que de ça. Hier, la polémique a même évincé la crise des unes de journaux. On pouvait d’ailleurs lire dans l’édito de Libération : « Plus de bruit encore que les sifflets du stade, entre désarroi, surenchère et vilains petits calculs la classe politique toute entière s’est déchainée hier avec la Marseillaise ».

De l’extrême gauche à l’extrême droite en passant par les membres du gouvernement tout le monde y est allé de sa petite phrase. Ségolène Royal a trouvé cela inadmissible alors que pour Nicolas Sarkozy c’est tout simplement scandaleux. Roselyne Bachelot a annoncé que la prochaine fois que ceci se produirait les matches seraient arrêtés et pire encore, les membres du gouvernement quitteraient la tribune (bon en même temps si le match est arrêté autant quitter la tribune…). De toute façon, la France a déjà rencontré l’Algérie, la Tunisie et le Maroc a priori on est tranquille pour quelques années, Roselyne Bachelot ne sera surement plus en place… Bernard La porte, quant à lui, voudrait que les matches se jouent à présent en province pour avoir un « public sain »… allez comprendre ce qu’il voulait dire…

Bien sûr, comme à son habitude Jean-Marie Le Pen n’a pas craché sur le pain béni et a sauté sur l’occasion pour rappeler qu’il a toujours eu raison puisque cet ‘‘événement’’ révèle une fois encore « l’échec de l’intégration des masses étrangères »… une bien belle expression…

Pendant ce temps-là la presse se déchaînait, toutes les rédactions y allaient de leur titre choc et cherchait à avoir L’interlocuteur idéal. Ouest-France a reçu Pascal Boniface (directeur de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques) qui nous a expliqué que la France était pire que les Etats-Unis dont les équipes ne sont pas sifflées même quand elles jouent contre les équipes latino-américaines. Il pense aussi qu’il y a eu un effet de « surenchère entre jeunes des pays du Maghreb ». Sud-Ouest avait même invité Max Gallo qui a parlé de la « mémoire du contentieux colonial » tout en déplorant cette « insulte à la communauté nationale ». Fadela Amara invitée par Le Parisien ne se prive pas d’une petite phrase choc comme elle le fait si bien, elle n’aura « pas de pitié pour ces gens là ». Quelques colonnes plus loin Aziz Senni – auteur de L’ascenseur social est panne… j’ai pris l’escalier – évoque un « cri de désespoir de personnes reléguées »… Devant tout ce bruit Libération ira jusqu’à parler d’«indignation surjouée » et de « psychodrame » ce qui peut se comprendre quand on survole les titres de la presse « Affaire d’Etat » (Le Parisien) , « Insupportable affront » (Midi Libre) alors que Le Figaro affirme qu’il s’agit de « l’humiliation de deux nations ».

Mais les plus forts sont tout de même les journalistes du Point qui ont eu le temps de réaliser un sondage qui nous apprend que « 80% des français sont choqués par les sifflets contre la Marseillaise », près de la moitié des interrogés se disent même « très choqué »… 80%, c’est presqu’autant que le score de Jacques Chirac en 2002, pas étonnant finalement que tous les hommes et femmes politiques ont eu envie d’avoir leur part du gâteau, c’est un peu plus payant que de parler de la crise…


Coluche, un film bien triste…

16 octobre 2008

Après avoir travaillé deux années sur la candidature de Coluche à l’élection présidentielle de 1981 et avoir pondu quelque trois cents pages sur le sujet, j’étais particulièrement impatient de découvrir le film d’Antoine de Caunes.

Je me suis donc rendu à la première séance ce matin pour me faire un avis sur “Coluche, l’histoire d’un mec”. Muni d’un cahier et d’un stylo, je me suis décidé à prendre quelques notes pour ne rien oublier de ce que je pourrais voir dans cette immense salle obscure où treize autres spectateurs avaient fait le déplacement. Après une petite demi-heure d’attente, le rugissement de la Harley se faisait enfin entendre, le film commençait. C’était parti pour une 1 h 45 d’un film retraçant huit mois de la vie de l’un des humoristes préférés des Français.

Première surprise, Antoine de Caunes a choisi de présenter tout au long du film des marqueurs temporels. Ainsi s’affiche en bas de l’écran la date à laquelle la scène est censée avoir eu lieu. Si je parle de surprise, c’est parce que la première date est tout simplement fantaisiste tellement elle est erronée. Selon lui, Coluche aurait pris la décision de se présenter à l’élection présidentielle le 29 septembre 1980… Pourquoi cette date ? Sincèrement je l’ignore. Le 27 mars 1980, Coluche déclarait déjà dans les colonnes du Monde : « Je vais probablement me présenter aux élections présidentielles. Comme candidat nul, pour faire voter les non-votants. Mon argument principal sera ne pas être élu. » S’il demeure un débat sur la genèse de cette idée de candidature, il y a un accord sur le fait que Coluche ait pris cette décision sur les conseils de son ami Romain Goupil après qu’il eut été licencié de Radio Monte-Carlo le 5 février 1980.

Est-ce une simple erreur de date liée à un impératif de concision du film ? Peut-être. Mais ce n’est pas vraiment la seule date erronée dans ce film. Si la chronologie est plutôt respectée plusieurs erreurs (mineures ?) sont toutefois à relever. A la date du 7 novembre 1980, le Pr Choron (Gil Galliot) évoque un numéro de Charlie Hebdo en fait sorti le 3 décembre, trois jours plus tard on nous montre la une du Nouvel Observateur en fait paru une semaine après. On nous parle d’un sondage plaçant Coluche à 12,5 % le 15 novembre, en fait il a été révélé le 2 décembre. Entre le 8 décembre et le 14 décembre, Coluche aurait été victime de censure à Radio 7, au Collaro Show et aurait été la cible de L’Express et du journal d’extrême droite Minute. Si ces événements ont bel et bien eu lieu, c’était plutôt entre le 2 et le 31 décembre (la plupart d’ailleurs entre le 27 et le 31 décembre)… Ces erreurs peuvent paraître illusoires, mais elle pose tout de même la question de l’intérêt d’afficher clairement une chronologie quand on ne respecte pas celle des vrais événements…

Pour moi la vraie question soulevée par ce film repose sur l’intérêt de présenter une vision aussi noire de l’humoriste. S’il est vrai que cette campagne va faire basculer Coluche dans la tourmente, qu’il va vivre une période très difficile de sa vie où « sauf erreur ou omission » il va goûter à toutes les drogues existantes, était-il pour autant opportun de nous servir un film aussi sombre sur un des comiques préférés des Français ?

Le caractère triste de ce film permet parfois de révéler la vraie nature de la campagne de l’humoriste, cependant, il y a des scènes exagérées qui ne servent qu’à rendre l’histoire encore plus triste, encore plus noire. Commençons. Parmi les premières scènes du film, l’une m’a particulièrement surprises. Quel intérêt de montrer Coluche se défaussant sur des enfants après avoir cassé un carreau d’une voisine de sa mère en jouant au football ? J’ai personnellement trouvé cette scène un peu gratuite et sans véritable sens ni intérêt. Passons. Quelques minutes plus tard, on nous présente Coluche rencontrant Brice Lalonde (candidat écologiste) et une fois encore on axe la parole de l’humoriste sur son plus mauvais aspect. S’il est difficile de nier que Coluche a pu pendant cette campagne tenir des propos que l’on qualifie habituellement de populistes, est-il juste de lui faire dire dans le film « la terre ça ne ment pas » titre d’une célèbre chanson pétainiste. Je ne vais pas décrire tout le scénario, mais notons par exemple que, quelques scènes après, on voit Coluche tomber dans les pommes après avoir fumé un joint… Cela fait un peu beaucoup, non ?

Parfois, je le disais, le noir est de rigueur comme cette scène totalement pathétique où Coluche invite quelques petits candidats à se joindre à lui au théâtre du Gymnase. La scène dans le film est pathétique, mais celle de la campagne de l’humoriste ne l’était pas moins. Toutefois, cela n’explique pas pourquoi l’on fait silence sur des éléments plus festifs de cette campagne. Pourquoi insister sur l’échec de cette fédération des petits candidats, sur le manque de crédibilité de Coluche quand il annonce qu’il a obtenu 632 signatures, alors que l’on ne présente pas la conférence que Coluche a tenue à Polytechnique en janvier 1981 ? Conférence à laquelle il a démontré l’étendue de son talent en provoquant l’hilarité des « X »… Pas étonnant que Paul Lederman ait cherché à empêcher la sortie de ce film, lui qui est teneur de l’idée que cette campagne n’a toujours été qu’une immense blague…

Un autre point m’a quelque peu dérangé dans ce film, et notamment dans la bande annonce du film. Il s’agit de l’utilisation des sondages. J’évoquais tout à l’heure un sondage qui présente Coluche à 12,5 %. Le film (et la bande annonce) se centre sur un sondage qui créditerait Coluche de 16 % d’intention de vote. Ce sondage n’a pourtant jamais existé, et il est évident que ni Coluche ni son entourage n’ont jamais songé à réaliser ce score. Le sondage qui évoque ce chiffre de 16 % est paru dans Le Journal du dimanche du 14 décembre 1980, mais il ne représente pas des intentions de vote, mais des personnes qui ont eu envie de voter pour Coluche. Le journaliste écrivait d’ailleurs : «  la question n’est plus ’’Pour qui allez-vous voter ?’’, qui traduit une intention ferme, mais ’’Avez-vous envie de voter pour Coluche ?’’, qui peut révéler, indifféremment, une intention, une foucade, un geste de mauvaise humeur, un substitut au désintérêt de la politique qui, en d’autres temps, se traduirait par une abstention pure et simple. La réponse n’engage pas la personne sondée. La question a été posée de façon à obtenir le maximum de réponses favorables à Coluche. »

Un autre point contestable du film c’est qu’à la date du 16 janvier 1981, on voit Coluche désespéré de ne pas réussir à réunir les signatures nécessaires pour se présenter, quelques scènes plus tard la même idée est encore mise en avant. Pourtant, quand on étudie cette candidature force est de constater que Coluche n’a jamais vraiment cherché à obtenir ces signatures en question. Il avait d’ailleurs demandé aux comités de soutien de ne pas chercher à les obtenir… Il aurait en fait simplement rencontré un ou deux maires pour un reportage paru dans VSD début novembre 1980, c’est tout…

Faut-il pour autant tout jeter dans ce film ? Pas vraiment ! Si François-Xavier Demaison ne bénéficie pas tout à fait de la même ressemblance avec Coluche que Marion Cotillard avec Edith Piaf dans La Môme, son jeu d’acteur n’en reste pas moins irréprochable. Toutes les scènes qui se déroulent dans l’enceinte du théâtre du Gymnase sont de vraies réussites, on croirait vraiment voir Coluche sur scène. Le film permet aussi de comprendre les souffrances que cette candidature a pu infliger à l’humoriste et peut se targuer de quelques réussites comme la ressemblance ébouriffante du Pr Choron avec son personnage et de Jacques Attali et son double. Toutefois ceci ne réussit pas à sauver ce film qui ne voulant pas tomber dans l’hagiographie n’a pas hésité à présenter un clown triste, très triste, peut-être trop triste ? Il sera, enfin, difficile d’apprécier le film sans une vraie connaissance de ce qu’était la campagne de Coluche, les oublis et raccourcis sont tellement nombreux que parfois on ne comprend pas tout. Par exemple, et j’en finirai là, le scénario évoque les censures à répétition dont a été victime Coluche, puis quelques scènes plus tard Coluche annonce une grève de la faim (en regardant le film on n’en comprend d’ailleurs pas trop la raison) devant de nombreux journalistes, étrange pour quelqu’un de censuré ? (Ce qui n’est pas dit dans le film, c’est que la présence de tous ces journalistes est en fait justifiée par le fait qu’ils pensaient que Coluche allait annoncer son retrait de la campagne…).

En un mot, un « biopic » un peu surprenant puisqu’il réussit l’incroyable pari d’être consacré à un comique tout en n’étant absolument pas drôle. Loin d’être un film familial, Coluche, l’histoire d’un mec entre dans la catégorie des « comédies dramatiques ». Un film trop orienté, pas assez rigoureux chronologiquement et trop sombre pour être crédible malgré un casting irréprochable.

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Sarah Palin vue par la presse européenne

16 octobre 2008

Comme tous les quatre ans, l’agenda médiatique est fixé depuis longtemps, dès que les jeux Olympiques d’été sont terminés, tous les regards se tournent vers la campagne pour l’élection du futur président des Etats-Unis.
Cette année tout a pourtant été différent. Les JO ont eu lieu à Pékin et ont tourné à un véritable débat diplomatique et les élections américaines s’apprêtent à faire entrer un Noir ou une femme à la Maison-Blanche…

C’est à cette dernière que nous allons nous intéresser, Sarah Palin, peut-être future vice-présidente américaine à un battement de cœur du poste suprême. À l’heure où elle est inquiétée pour abus de pouvoir en Alaska, essayons de mieux la connaître en regardant les portraits que la presse européenne a réalisé de la gouverneure de l’Etat le plus étendu des Etats-Unis.

Tout d’abord, et c’est pourquoi l’on se tourne avant tout sur ce personnage, force est de constater que Sarah Palin est quelqu’un d’atypique. Suzanne Goldenberg dans The Guardian intitule son article « Meet the Barracuda : anti-abortion, pro-death penalty and gun-lover » (Rencontrer le Barracuda – son surnom depuis le lycée - : anti-avortement, pour la peine de mort et le port d’armes à feu). Elle résume la plupart des titres de la presse européenne consultée. Certains ajouteront tout de même une autre particularité de la colistière de John McCain, elle a été ce que l’on appelle « une reine de beauté ». Tim Reid pour le London Times a d’ailleurs intitulé son billet « The gun-toting beauty queen » (Traduisez : la reine de beauté le doigt sur la gâchette). On apprend d’ailleurs dans les colonnes d’El Mundo que c’est sa beauté qui lui a permis de financer ses études Curiosamente, no fueron sus aptitudes deportivas las que le permitieron obtener una beca universitaria sino su belleza física. »). La Repubblica apportera l’information cruciale : si l’on google “sexy & Palin” on obtient « plus de 157 000 réponses ».

On peut aussi noter que le caractère atypique de Sarah Palin a tellement voulu être souligné par les journalistes européens que plusieurs d’entre eux (Libération, The Guardian, The London Times…) ont eu la même idée d’accroche pour leur article. Si l’on compare la première phrase du Guardian et de Libération la ressemblance est impressionnante, le premier écrit « Elle chasse. Elle pêche. Elle a été élue miss… » alors que le second a préféré : « Elle aime chasser, pêcher, elle mange des hamburgers à la viande d’élan, elle possède un hydravion et elle a bien failli être élue reine de beauté de l’Alaska. » Mais tous ces articles n’étaient pas qu’une succession de futilités, la presse européenne s’est beaucoup intéressée à son (in)expérience, ses idées et à l’enjeu d’une telle nomination.

L’expérience de Sarah Palin en politique n’est pas à proprement parler impressionnante. Elle est gouverneure de l’Alaska depuis moins de deux ans et avait été auparavant maire de sa commune (estimée entre 5 000 et 9 000 habitants selon les journaux ! 5 469 selon Wikipedia) pendant six années. Si tous les articles s’accordent sur ce point, des divergences sont tout de même à souligner. La plupart s’accordent sur le fait que cette nomination soit une vraie surprise, mais The London Times note tout de même que si Sarah Palin demeurait une inconnue du grand public avant sa nomination elle commençait à se faire un nom dans le paysage politique américain depuis son élection en Alaska. Le bilan de ses deux années à la tête de cet Etat est d’ailleurs très contrasté, pour Tim Reid (London Times), 80 % des résidents de l’Alaska soutiennent la politique de Sarah Palin alors que le journaliste du Temps chargé de dresser le portrait de la colistière de McCain affirme que « la gouverneure est plutôt mal aimée parmi les républicains » de cet Etat. Ce qui semble toutefois faire l’unanimité dans la presse européenne, c’est que son manque chronique d’expérience met à mal l’un des arguments principaux de la campagne de John McCain, celui de l’inexpérience de Barack Obama.

Du côté des idées, tout ou presque est dit dans les titres que nous présentions auparavant. Sarah Palin s’est fait connaître lors de sa campagne en Alaska en menant une virulente campagne anti-corruption. Libération cite d’ailleurs une phrase qu’elle a prononcée lors de son discours d’intronisation. Phrase que l’on pourrait inclure dans une thématique populiste, « je me suis attaquée au réseau des copains-coquins », dit-elle. Elle est dorénavant plutôt présentée comme une ultraconservatrice, virulemment opposée à l’avortement et au mariage gay. Tim Reid nous apprend qu’elle est membre à vie du lobby pro-arme à feu, la NRA (National Rifle Association), et qu’elle est aussi opposée à toutes les restrictions environnementales pour le forage du pétrole.

Mais ce qui marque souvent le plus, c’est sa vision de la famille et notamment le fait qu’elle soit une farouche militante « pro-life », militantisme qu’elle applique à sa propre vie puisqu’elle a mené sa dernière grossesse à terme malgré le fait que le médecin ait décelé chez son enfant le syndrome de Down, plus connu en France sous le nom de trisomie 21. Outre la grossesse de sa fille, on parle aussi de son aîné qui est engagé dans l’armée américaine depuis le 11-Septembre dernier dans le but prochain de rejoindre l’Irak.

On peut s’interroger sur l’opportunité d’une telle nomination pour contrer la campagne des démocrates. Beaucoup de journalistes considèrent ce choix comme particulièrement audacieux. On peut lire dans le London Times que cette nomination est un pari énorme (« huge gamble »), un pari risqué (« a risky gamble »), alors que Le Temps publie un article parlant d’« un très dangereux coup de poker » et que dans El Mundo on parle d’énormes risques à l’effet électoral incertain (« enormes riesgos y un efecto electoral incierto »).

Pourtant on trouve de nombreuses justifications à ce choix. Il y a tout d’abord, le jeune âge de Sarah Palin. El Pais nous rappelle que les deux candidats ont près de trente ans d’écart, ses 44 ans sont dans ce cadre une aubaine pour John McCain qui, le cas échéant, serait l’homme le plus âgé élu au poste de président des Etats-Unis. Sur Le Monde.fr, on retrouve l’idée que Sarah Palin pourrait incarner le renouveau du Grand Old Party (GOP), du vieux parti républicain.

Il n’est pas rare, non plus, de trouver l’idée que la colistière du candidat républicain pourrait capter une partie de l’électorat féminin. C’est l’idée que l’on trouve dans The Guardian (« disaffected supporters of Hillary Clinton »), The London Times (« independent voters and even Hillary Clinton supporters unhappy with Barack Obama ») et notamment La Repubblica (« caccia al voto delle orfane di Hillary » # capter le vote des orphelins d’Hillary). Sarah Palin ne manque pas d’ailleurs de jouer sur ce point. Elle a commencé par rendre hommage à la défaite d’Hillary Clinton et à adopter des expressions du registre féministe. Elle parle fréquemment du « plafond de verre » (« We can shatter that glass ceiling once and for all ») expression utilisée par les féministes et les spécialistes en gender studies pour mettre en relief les inégalités verticales entre homme et femme, c’est-à-dire le fait qu’à compétences égales les hommes obtiennent plus facilement des postes mieux considérés et rémunérés et corollairement que certains postes demeurent inaccessibles aux femmes. Le journaliste d’El Pais mettra en relief le fait que Sarah Palin ait été présentée pour le 88e anniversaire du droit de vote des femmes aux Etats-Unis. Pour un journaliste d’El Mundo, sur le papier, la candidature de Sarah Palin semble pouvoir combler l’absence d’Hillary Clinton. Gerard Baker, pour le compte du London Times, évoque un choix historique pour les Américains. Pour lui, en choisissant une femme, McCain a totalement perturbé la campagne des démocrates.

À l’heure actuelle cependant, il semblerait que Sarah Palin n’ait pas réellement réussi à combler le retard du candidat républicain sur Barack Obama. L’équipe de ce dernier raillant sans discontinuer la colistière de John McCain, son inexpérience politique tout comme sa méconnaissance des questions internationales. Les républicains essayent de vanter le fait qu’elle ne soit pas – contrairement à ses rivaux – un produit de Washington, mais les démocrates n’ont de cesse de relever ses erreurs, notamment lorsqu’elle parle d’attaquer la Russie… Certains républicains semblent, en fait, préférer la railler que le rallier…

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