La cacophonie au P.S. amuse le monde.

24 novembre 2008

A l’heure où les dirigeants du P.S. comptent, décomptent, recomptent les bulletins des militants de vendredi dernier, la presse mondiale se moque de ce parti incapable de se renouveler. Petite revue de presse de ce qui a pu être écrit ce week-end chez nos voisins plus ou moins lointains.

aubryroyalRegardons dans un premier temps ce que ces journaux pensent de la situation du P.S., inutile de préciser que les mots que l’on retrouve le plus souvent appartiennent au registre de la division. Ce qui est plus surprenant c’est l’omniprésence du champ lexical de la guerre. Pretoria News le journal sud-africain est certainement celui qui va plus loin dans cette métaphore en allant jusqu’à titrer « civil war in France ». On retrouve souvent l’idée de « guerre des chiffres » entre les deux camps. Le Welt am Sonntag évoque une guerre des femmes (« Krieg der Frauen ») et le quotidien de référence espagnol, El Mundo traite des événements de ces derniers jours comme d’une pulsion de mort qui entrainera les deux camps au tribunal. (« El pulso a muerte entre Aubry y Royal acaba en los tribunales »). Dans ce registre, la palme du journal le plus drôle et le plus moqueur est accordé à The Independent comparant les événements du P.S. à un combat de boue entre femmes (« Female mud-wrestling, French style »). Pour le journaliste anglosaxon, il s’agit du seul moyen de détourner pendant quelques temps les médias du président français… Tout au long de l’article il file la métaphore du catch allant jusqu’à appeler Ségolène Royal « the Poitou hellcat ». Le résultat de ces querelles intestines est parfois qualifié de chaos, de désastre et de complet désarroi. Pour le Daily Telegraph ce chaos est un désastre de plus pour un parti dont le déclin est facile à mesurer depuis la mort de Mitterrand. Le journaliste y voit une illustration de l’apathie française et de l’incapacité de notre pays à se réformer.

Les journaux insistent beaucoup sur la division. Beaucoup soulignent que le P.S. est à présent totalement divisé en deux. La dépêche de l’AFP en espagnol parlait d’un parti au bord de la scission (« al borde de la escisión »), Reuters surenchérit dans sa dépêche dédiée à l’Amérique Latine en utilisant le mot « schisme » (« El cisma del socialismo francés podría acabar en los tribunales »). L’image du divorce est aussi souvent évoquée, l’éditorialiste del Mundo pense que les deux factions du PS ont autant de chance de se mélanger que l’huile et l’eau (« Como el agua y el aceite. Así han quedado las dos facciones del Partido Socialista francés después de la votación celebrada el pasado viernes para elegir a su líder.”)

Les journaux essayent aussi de dresser un portrait des deux candidates. Celles que le Berliner Zeitung nomme les « Feindliche Schwestern » (les sœurs rivales) sont souvent décrites de la même façon. Ségolène Royal est plus connue, on l’évoque comme la candidate du PS à l’élection présidentielle de 2007 alors que l’on s’arrête un peu davantage sur Martine Aubry. « Madame 50,02 Prozent » (Madame 50,02 %) comme la nomme Die Welt, est souvent renvoyée à son poste de ministre du travail de Lionel Jospin et surtout à sa réforme clé les 35heures. Le Basler Zeitung l’appelle en français dans le texte «Madame 35 heures». The Daily Telegraph utilise aussi un mot français pour la qualifier, celui d’éléphant qu’il traduit plus loin par old guard, le journaliste affirme que sa réforme a profondément endommagé la productivité française. Pour lui le choix de Martine Aubry prouve que la France est passéiste (stuck to the past). Le Times de Londres enlève tout mérite à sa victoire, pour le journaliste, elle n’est pas vraiment appréciée et n’a gagné que parce qu’une courte majorité des militants socialistes ne voulaient pas de Ségolène Royal pourtant nommée ‘Zapatera prodigiosa’ par El Mundo et qualifiée de glamour par l’éditorialiste du New York Times

A quelques mois des élections européennes, le P.S. est la risée de l’Europe entière, aujourd’hui encore il a présenté une image déplorable. Il apparaît incapable de se mouvoir, de changer, de présenter des idées, et est en fait bien plus divisé qu’on ne le dit. Car si le camp Royal semble relativement uni autour de sa candidate, rien ne nous dit que les anciens soutiens de Delanoë et de Benoît Hamon soient capables de s’entendre sur l’avenir du P.S. en se rangeant derrière Martine Aubry. Un nouveau vote ne résoudrait vraisemblablement rien, qu’on le veuille ou non, il y aura des déçus au Parti Socialiste. Dans le cas d’un nouveau vote, si Ségolène Royal l’emportait quelques 70 000 militants se sentiraient floués et risqueraient de nourrir une réelle rancœur contre la candidate. Si la commission devait décider de proclamer la victoire de Martine Aubry, il ne laisse aucun doute que l’équipe de Ségolène Royal entrerait en résistance au sein du parti dans l’espoir de reprendre la main en 2012 face à cette coalition hétéroclite… Quelques belles années en perspective donc.


La mort du député Demange, illustration d’un fait divers à l’échelle planétaire.

19 novembre 2008

L’information de la mort de Jean-Marie Demange et de Karine A. a été annoncée mardi à 13h11 dans une dépêche AFP. Cette dépêche indiquait « Le député UMP de la Moselle Jean-Marie Demange s’est suicidé avec une arme à feu après avoir tué une femme, lundi à Thionville ». Quelques minutes plus tard Lepoint.fr reprenait l’information. Étrangement le titre va être un peu différent: «  Jean-Marie Demange, député UMP, tue sa femme et se donne la mort ».

Il est difficile de nier toutes les différences de sens qu’engendre le passage d’un article indéfini (une) à un adjectif possessif (sa). En l’occurrence l’AFP n’avait pas choisi le une par hasard, le corps de la femme n’ayant pas encore été identifié à l’heure de la dépêche.

Toute la presse va relayer cette information dans un flou le plus complet. Il est intéressant de regarder les différentes manières de désigner cette femme tuée par le député. Certains journaux désignait cette femme comme « sa femme » mais plus généralement c’est l’expression « sa maîtresse » qui était choisie ( Midi Libre, Le Matin,…). On trouvait aussi des formules laissant planer le doute comme dans Le Parisien / Aujourd’hui en France qui utilise le terme « son amie » ou Le Figaro se rapproche un peu plus de l’erreur du Point en titrant « le député tue sa compagne et se suicide ».

Le plus surprenant est de suivre les mises à jour de l’article du Monde.fr. Le premier titre sur ce site est « Le député Jean-Marie Demange se suicide après avoir tué une femme », quelques minutes plus tard, l’article demeure inchangé mais le titre devient « Le député Jean-Marie Demange se suicide après avoir tué sa maîtresse ». Les modifications ne ce sont pas arrêtées à ce stade, Le Monde d’aujourd’hui présente un encadré sur le sujet intitulé: « Le député UMP Jean-Marie Demange tue son ex-maîtresse avant de se donner la mort ». Dur de s’y retrouver…

L’information était trop croustillante pour rester dans nos frontières, la dépêche AFP traduite dans plusieurs langues s’est retrouvée dans plusieurs journaux et sur plusieurs sites web internationaux. A 21h, mardi, le sujet est d’ailleurs repris par Reuters avec le titre « French deputy shoots woman, takes own life ». Dès lors, on retrouve cette information dans le monde entier. Des journaux néerlandais, espagnols, américains, néozélandais,… « French MP kills mistress, shoots himself dead » (Un parlementaire français tue sa maîtresse et se suicide) , « Un diputado del partido de Sarkozy mata a su compañera y se suicida » (Un député du parti de Sarkozy tue sa compagne et se suicide), « Parlementslid doodt vrouw en zichzelf » (Un parlementaire tue une femme et lui-même, Wegener Nieuwsmedia), « Francia, deputato dell’Ump uccide la compagna e si suicida » (France, un député de l’UMP tue sa compagne et se suicide, La Nazione), « Ex-mayor kills lover » (L’ancien maire tue son amour, The New Zealand Herald ).

Un bel exemple d’un fait divers à l’heure de la mondialisation. L’AFP publie une information avec des réserves, immédiatement reprise sur un site sans précautions et tout de suite publiée partout dans le monde avec plus ou moins de succès, plus ou moins proche de ce qui a pu se passer. Difficile en fin de compte de savoir ce qui s’est réellement passé, à vouloir donner l’information en premier, on oublie un peu en route qu’une enquête prend du temps…


La politique rend fou!

17 novembre 2008

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Il se suicide après avoir donner la mort à la femme qu’il aime. Un sobre fait divers? Le sujet du prochain policier de TF1?

Pas vraiment, c’est (peut-être) l’histoire du député UMP Jean-Marie Demange trouvé mort ce matin à son domicile de Thionville. Il siégeait à l’assemblée nationale depuis 22 ans et faisait partie de la commission des Affaires étrangères du Palais-Bourbon.

Peut-être avait-il essayé de regarder le Congrès de Reims sur La chaîne Parlementaire et comme beaucoup il ne s’en est pas vraiment remis, mais cette hypothèse ne semble pas celle retenue actuellement par la police…

En tout cas, il ne semble pas avoir voulu faire mieux que Jean Lassalle, il n’y a pas de traces de revendication politique dans son acte.

Bon courage à la famille pour supporter l’hyper-médiatisation à venir de cet événement.


Congrès de Reims: et un, et deux et trois candidats.

16 novembre 2008

La bataille des ego ne s’arrêtera pas avec le Congrès de Reims. Trois des six motions ont en effet présenté un candidat pour prendre la tête du PS, les militants devront les départager jeudi. Le premier secrétaire se devant d’être élu à la majorité absolue, il est donc possible qu’un second tour ait lieu vendredi. Trois bulletins seront à leur disposition, Martine Aubry (motion C), Benoît Hamon (motion D) et Ségolène Royal issue de la motion E.

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Ces trois candidats ont eu un quart d’heure pour annoncer leur candidature. Sans surprise Ségolène Royal s’est présentée en rassembleuse, Martine Aubry semble vouloir prendre la tête d’un nouveau TSS (Tout Sauf Ségolène) alors que Benoît Hamon se présente comme le candidat du renouvellement du parti.

Pour commencer par Ségolène Royal, elle a une nouvelle fois mis en pratique la technique du rabâchage. Passé le petit mot d’introduction pour remercier son équipe Ségolène Royal a réussi en l’espace de trois minutes à dire deux fois le mot rassembler, une fois rassemblement, une fois réunir, deux fois unité et à placer cette anaphore : « Le Parti a besoin de tous, de tous ses militants bien sûr, de tous ses élus, de tous ses responsables nationaux et fédéraux, de tous ses secrétaires de section et de tous ceux et celles qui nous rejoindrons. » tout en utilisant des formules comme « tout le monde » ou « tous les militants ». Si toutefois tous les militants n’avaient pas compris qu’elle se présentait comme une candidate rassembleuse, elle a fait quelques piqures de rappel :au milieu du discours en affirmant qu’elle souhaite « rassembler nos forces, nos talents, nos volontés et tous nos courages. » puis en conclusion où elle affirme que son équipe « a vocation à s’élargir et à rassembler tous les socialistes ». Au cas où le message ne soit pas clair, quelques secondes avant de libérer le pupitre elle lâche un « Rassemblons-nous ». En dehors de ces appels à l’unité le message de Ségolène Royal est assez simple, la France a besoin d’une opposition solide qu’elle souhaite incarner en étant premier secrétaire du parti socialiste. Elle s’en est aussi un peu pris aux responsables de la crise économique avec des formules qu’elle apprécie tellement comme « la secte dorée des intégristes du marché » ou « ces acrobates de la mathématique financière ». Personnellement mon passage préféré est le suivant : « ils y mettaient de l’entrain ces idéologues suffisants attachés à détruire sous toutes les latitudes, l’Etat qu’aujourd’hui ils appellent au secours, comme on appelle un domestique pour qu’il éponge les dégâts d’une fête trop arrosée ! ».

Le message de Martine Aubry était un peu plus difficile à faire passer clairement. Elle est la candidate anti-Ségolène sans pouvoir le dire. Pour ne pas donner de noms elle va appeler ses camarades par leur motion. A 19 reprises Martine Aubry va employer ce mot motion. 19 fois en quelques minutes, on est proche de la saturation. La motion visée est bien sûr la motion A, celle de Bertrand Delanoë. Cette motion a obtenu plus de 30 000 voix la semaine passée et se trouve aujourd’hui sans candidat. Les deux candidats avaient d’ailleurs obtenus environ 25% des voix chacun, Martine Aubry sachant bien compter 25+25 = 50. Si elle récupère les voix de la motion A, elle pourrait être élue au premier tour. Tout au long de son discours elle va donc utiliser des expressions telles que « cette analyse, nous la partageons avec les camarades de la motion A et de la motion C » (Dans cette formule on a en plus un appel du pied aux partisans de Benoît Hamon pourtant candidat, ceci préfacerait-il une alliance dans le cas d’un éventuel second tour ?). Elle fera souvent allusion aux motions A, C et D (Delanoë, Hamon, et elle-même) qui remplace en fait l’expression Tous Sauf Ségolène Royal. Elle conclut son discours en saluant « Bertrand » et « Benoît » mais les électeurs du premier sont bien sa cible puisque ce n’est certainement pas un hasard si le dernier « mot » de son discours est « motion A ».

Benoît Hamon joue son rôle de challenger. Il représente la gauche du parti et pourrait bien obtenir une minorité de blocage. On peut imaginer que les deux candidates obtiennent chacune un peu moins de 40% des voix et que lui obtienne un peu plus de 20%. Dans ce cas de figure ce serait la candidate qui s’allierait avec lui qui gagnerait vraisemblablement le poste. Il va essayer de profiter de cette position pour tirer un peu le parti vers sa gauche. C’est d’ailleurs le candidat qui a fait le discours le plus conséquent. Le seul à avoir mis en avant des idées et presqu’un programme. Toutefois, il sent aussi qu’il a une carte à jouer et pour cela il se présente comme le candidat du changement. En deux phrases et moins d’une minute il va réussir à placer deux fois le mot changement et deux fois le verbe changer. Il affiche clairement ses idées, pour lui « les militants ont indiqué clairement leur souhait que le Parti socialiste soit ancré à gauche ». Si jamais il n’emporte pas l’investiture du parti, il donne deux conditions claires pour céder ses voix, il faudra interdire le licenciement des entreprises qui font du profit (« on continue de licencier dans des entreprises profitables, c’est inacceptable. ») et aucune alliance avec le MoDem n’est envisageable (« je considère aujourd’hui que l’alliance avec le MoDem est dangereuse »).

Trois candidats, un vrai débat sur l’orientation du parti mais aussi un combat des chefs. Une candidate qui se sent portée par les militants bien que sa base semble plus fragile qu’au moment de l’investiture pour la présidentielle de 2007 ; une candidate qui est prête à abattre cette première ; et un arbitre, un jeune quadra à gauche du parti qui pourrait bien être la clé de ce scrutin s’il devait se dérouler en deux tours. Affaire à suivre, souhaitons pour eux que le candidat qui aura les clés du parti la semaine prochaine réussisse à fédérer le parti socialiste.


Ségolène Royal élue à une “large majorité”

9 novembre 2008

Cet article ne vise pas à analyser la victoire de Ségolène Royal lors du vote des militants du Parti Socialiste.

OFROE-FRANCE-PRESIDENTIELLE-ROYAL-DISCOURS-2006112Ce n’est pas non plus – pas du tout – une volonté de nier la légitimité que le vote a donné à la présidente de la Région Poitou-Charentes. Toutefois, je viens d’entendre Vincent Peillon, favori pour prendre la tête du parti à l’issu du congrès de Reims, déclarer que la victoire de Ségolène Royal s’est faite avec « une large majorité ». D’autres journalistes ont parfois fait la même erreur linguistique…

En effet, sur un strict plan mathématique, il est difficile de lui donner raison. Ségolène Royal a recueilli 29% des voix soit environ 37400 suffrages. Face à elle, Bertrand Delanoë et Martine Aubry ont chacun recueilli environ 25% des voix (32 235 suffrages) et Benoît Hamon 19% des voix soit 24500 suffrages. Par conséquent si quelques 2600 électeurs de Ségolène Royal avait fait le choix de Bertrand Delanoë ou de Martine Aubry, elle n’aurait pas été en tête. Difficile dès lors de parler de « large majorité ». D’autant plus que seuls 55% des militants sont allés voter. Autrement dit, Ségolène Royal a été choisie par 16% des adhérents au P.S ce qui n’est pas vraiment une « large majorité » à proprement parler.

Cette réflexion mathématique étant faite, il ne reste plus qu’à lui souhaiter qu’il obtienne le week-end prochain une large majorité qui donne enfin au Parti Socialiste un véritable leader qui pourra reprendre le titre de chef de l’opposition que François Bayrou s’est auto-attribué.


L’élection de Barack Obama : un événement planétaire

7 novembre 2008

Ceci n’est pas vraiment un article, ce n’est pas même vraiment une revue de presse, juste un panorama des unes de la journée d’hier dans le monde entier. Trouver les unes n’a pas toujours été aisé surtout pour les pays dont je ne maîtrise pas l’alphabet ce qui explique l’inégale répartition des journaux. J’ai cependant essayé de présenter ici un maximum de revues.

On connait assez bien les unes des journaux américains, je ne vais pas m’y arrêter mais juste vous les présenter comme suis.

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Ces journaux ayant été tellement vendus, que de nombreux vendeurs se sont trouvés en rupture de stock (voir photo ci-dessous), si bien que l’on peut trouver certains numéros d’ores et déjà à 1000$ sur Ebay.

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Le phénomène Obama a bien entendu été international. Commençons par aller faire un tour au niveau de la presse européenne francophone.

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De gauche à droite, Libération (France – “un rêve d’Amérique”), L’humanité (France – “L’onde de Choc Obama”), Le Monde (France – “ce que le monde attend d’Obama”), Le Figaro (France – “Ce que ve faire Obama), Le soir (Belgique – ” notre rêve américain”), La libre Belgique ( Belgique – “Une histoire à écrire”).

Regardons à présent quelques autres unes en Europe

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Aksam ( Turquie – “Faire l’histoire”), De Standaard (Belgique-Pays Bas – “Yes we can”), Milliyet (Turquie – “Espoir planétaire”), SZ (Allemagne – “Le monde exulte: Obama devient président”), La Stampa ( Italie – “Obama, l’Amérique”), Cotidianul (Roumanie – “Planete le moment O.), El Mundo (Espagne – “Le début d’une nouvelle ère”), El pais (Espagne – “Le changement est arrivé en Amérique”), L’osservatore romano ( Vatican – “Nous sommes les Etats-Unis d’Amérique”) et enfin un journal grec qui titre: “un souffle d’espoir sur la planète”.

Dans le reste du monde, commençons par l’Amérique Latine et centrale:

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La Jornada ( Mexique – “Donner vie au changement, le grand défi pour Barack Obama”), El Tiempo ( Colombie – “Le monde fait la liste des doléances à Barack Obama”), El Mundo (Venezuela – “Barack Obama avec plus de pouvoirs que l’enfant Jesus”), La nacion ( Argentine – “Le monte célèbre Barack Obama”), O globo (Brésil – “Le monde célèbre le nouveau visage des Etats-Unis”), Folha de S.Paulo ( brésil, “la victoire de Barack Obama écarte les conservateurs du pouvoir et met en échec le racisme”)

Enfin un petit panorama de quelques autres journaux que j’ai pu rencontrer ça et là.

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en haut: Un journal kenyan, un extrait de Russia Today (écrit en arabe, l’article écrit que le pays accueille la nomination d’Obama avec scepticisme), un extrait d’un journal chinois puis enfin un journal iranien.

en bas: El Watan (journal algérien francophone titre : “Guérir l’Amérique, réparer le Monde”), puis deux journaux iraniens, un journal irakien et enfin la une de Daily Nation (Kenya – “Les kéniens célèbrent la victoire d’Obama).

A travers cette une, j’ai voulu montrer l’espoir mondial qu’a suscité la victoire d’Obama, pour lui, le plus dur reste donc à venir…


Vichyste – Vichyssois : le suffixe qui fait toute la différence.

4 novembre 2008

Une semaine après qu’une employée de la mairie du Vème arrondissement ait cru bon de dénoncer une famille de sans-papier, le climat autour du ministère de l’immigration demeure quelque peu tendu. Aujourd’hui, on accuse Brice Hortefeux de jouer avec des symboles qu’il ne maîtrise pas.

En convoquant la troisième sommet de l’immigration l’intégration de l’Union Européenne à Vichy, le gouvernement a réveillé de vieux démons dont beaucoup se seraient passés.

Il est vrai que l’on peut se demander quelle idée le gouvernement a-t-il pu avoir en convoquant le premier grand sommet à Vichy de ses soixante dernières années sur le thème de l’immigration…

Les interprétations et débordements vont bon train.

De nombreuses associations se sont étonnées que la présidence française ait choisi d’associer cette conférence sur l’intégration des étrangers en Europe à un régime – celui de Vichy – qui a pratiqué de 1940 à 1944 une politique hautement discriminatoire. Pour Daniel Rondepierre, secrétaire régional des Verts Auvergne, « avoir choisi Vichy pour organiser cette conférence c’est faire un appel du pied à l’extrême droite ». L’historien Maurice Rajsfus, pourtant l’auteur de La police de Vichy, Les forces de l’ordre françaises au service de la Gestapo 1940-1944, franchit un cap supplémentaire pour parler d’« une véritable provocation ». Évoquant un « langage codé » il a poursuivi en affirmant que « Les périodes sont différentes mais les méthodes sont les mêmes » [sic]. Rodolphe Nettier président de SôS – Soutien ô Sans-papiers association médiatisée par Brice Hortefeux qui a porté plainte contre-eux le 5 août dernier – a déclaré: « Je me demande si Brice Hortefeux n’est pas en train de franchir un cap. Aujourd’hui en France, on expulse des étrangers, on dénonce des étrangers. On a franchi beaucoup d’étapes dans la loi et maintenant, on franchit un cap dans les symboles ».

manifestant-limite-hors-jeu1Franchir le cap dans les symboles sera aussi et surement ce que l’on retiendra des quelques manifestants arrêtés hier à Vichy. Si la manifestation avait été bien cadrée par plusieurs partis, syndicats et associations c’était aussi vraisemblablement pour éviter de répondre à une provocation par une autre provocation. Le but des manifestants étaient de réclamer « une Europe des droits de l’Homme ». Un mot d’ordre un peu vaste surtout quand ils ne sont finalement que deux mille personnes mais un mot d’ordre qui à le mérite d’éviter de faire l’amalgame entre les Vichystes (partisans du régime de Vichy) d’hier et les vichyssois (Habitant de la ville de Vichy) d’aujourd’hui. Les manifestants ne cachaient pas leur déception hier à l’idée d’avoir un peu fait un flop. Les désobéissants ont d’ailleurs réussi à leur voler facilement la vedette. Vêtus de pyjama rayés et d’étoiles rouges (étoiles qui semblent plus être un symbole politique qu’un symbole issu des camps de concentrations où à l’exception des étoiles jaunes, les triangles étaient préférés) ils ont ”contre-manifesté” un peu plus loin (là où ils ont pu aller) et ont attiré tous les médias à eux – alors que ce groupuscule altermondialiste a déclaré ne jamais vouloir adresser la parole aux médias…

hortefeux1Symbole contre symbole, il semblerait que le gouvernement ait gagné la bataille. On peut de plus entendre les justifications du ministre pour qui le sommet de Vichy a pour unique objet de « rendre plus acceptable la politique européenne en matière d’immigration bancale à ce jour ». Il justifie le choix de la ville par une volonté de « de mettre fin à 60 ans d’ostracisme », « Il ne faut rien oublier de l’Histoire, sans pour autant faire supporter aux habitants de Vichy le poids du passé » ajouta-t-il. Le maire UMP de la ville – qui l’a emporté face à un radical de gauche qui voulait faire rebaptiser dans les livres d’histoire ”le régime de Vichy” par ”la dictature Pétain” pour débarrasser la ville de ses vieux fantômes – a déclaré: « Cet événement majeur est particulièrement symbolique pour Vichy, qui n’avait pas accueilli une réunion internationale de ce niveau depuis la Seconde Guerre Mondiale ». Claude Malhuret se félicite d’un tel choix. « Les Vichyssois ont le sentiment de recouvrer leur dignité ». Selon l’édile, il s’agit de mettre fin à des tabous mais aussi d’une reconnaissance des qualités de sa ville en matière d’accueil.

Beaucoup de journaux évoquent le choix de Brice Hortefeux comme celui de la volonté de réaliser un grand événement dans la région à laquelle il est très attachée, l’Auvergne. Le problème étant qu’un ministre n’est pas censé être un lobbyste de sa région et que parmi les prérogatives de son ministère Brice Hortefeux aurait pu choisir un autre sujet pour faire un sommet à Vichy, le co-développement par exemple. Sujet qui n’aurait vraisemblablement pas empêché des amalgames et autres manifestations de mauvais goût mais l’aurait au moins préservé des accusations qui lui sont réservées ces jours dans la presse et aurait certainement été une meilleure chose pour cette charmante ville de l’Allier.


NIMBY, un acronyme de disqualification…

2 novembre 2008

De la construction d’autoroutes ou de lignes TGV, au déploiement de lignes à haute tension, jusqu’à l’installation d’éoliennes : les conflits locaux opposant riverains, notables locaux, administration et aménageurs sont de plus en plus fréquents. Aux Etats-Unis, ce type de situations a été désigné par l’acronyme N.I.M.B.Y (« Not (or Never) In My Back Yard » soit « jamais dans mon arrière-cour »). Cette expression a été importée par les médias français de façon assez massive ces dix dernières années.

Selon Arthur Jobert, du Centre d’études de la vie politique française (Cévipof), « la ”théorie” décrite sous le terme de syndrome NIMBY est simple: l’implantation de tout équipement collectif crée des nuisances pour les riverains proches de l’équipement alors qu’ils n’en tirent pas d’avantage directs. Ceux-ci auront donc pour réaction ”naturelle” et égoïste de refuser le projet et de réclamer qu’il se fasse ailleurs. »1

Comme nous le montre le tableau ci-dessous, le terme NIMBY connait de nombreuses variantes même si aucune n’a réussi à autant s’imposer dans le langage courant. Parmi les plus connues on peut tout de même noter BANANA (Ne construire absolument rien, nulle part près de quiconque) ou NIMEY (qui s’utilise pour les élus ou futurs élus qui ne souhaitent aucun projet de ce genre l’année de leur élection (quand le Y est traduit par year) ou dans leur circonscription (quand le Y donne yard)).

Il est cependant incontestable que seule l’expression NIMBY a réellement réussi à percer en France et plus particulièrement dans les médias francophones. Cet acronyme est d’ailleurs présent dans une forme plus ou moins lexicalisée allant de « NIMBY » à nimby. Les guillemets ne disparaissent pas forcément avec le temps comme cela peut être le cas avec certains noms ou acronymes. La forme la plus courante demeure cependant écrite Nimby.

Ses définitions sont assez nombreuses, on parle de « tendance à se défausser individuellement d’un équipement collectif », de « réflexe égoïste », d’« égoïsme individuel lié à la crainte de voir son cadre de vie se détériorer », il concerne des individus qui sont pour la construction d’équipements collectifs « à conditions que ce soit loin de chez eux et que ce ne soit pas eux les payeurs ». L’Humanité titrait il y a quelques mois « Les Nimby toujours d’accord pour tout… sauf chez eux. ». Ce dernier exemple est intéressant puisqu’il montre que l’acronyme sert aussi à désigner des individus. Laure Nouhalat dans les colonnes de Libération préfère désigner ces personnes par l’expression nimbystes et crée même l’expression nimbyesque. Cette dérivation de l’acronyme NIMBY montre à quel point il commence à être lexicalisé, on pourrait donc imaginer une entrée prochaine dans le dictionnaire même si la définition serait assez complexe à établir. Peut-être retiendrait-on celle de la Charente-Libre: « Le Nimby vit comme le quidam du XXI ème siècle: il a bossé pour faire vivre sa petite famille, il a une voiture et un téléphone portable, il prend le train ou l’avion à l’occasion et il produit des déchets. Pourtant, le nimby déteste les usines, les aéroports, les routes et les antennes de téléphone mobile, les décharges, voire les gens du voyage. En tout cas à côté de chez lui. »

Ce qui est remarquable dans cette définition c’est à quel point cette expression semble être dépréciative puisque liée à l’idée d’égoïsme, à l’idée d’opposition systématique à tous projets d’intérêt général à partir du moment qu’il fait courir un risque de désagréments pour son confort de vie.

On comprend ainsi pourquoi les mobilisations contre les projets d’aménagement – qui sont presque toujours des mobilisations de proximité – essaient de se détacher de cette théorie du NIMBY qui dans la presse est souvent associée au mot syndrome. Ce terme pathologique sert donc souvent à disqualifier les actions des individus mobilisés contre un projet. Arthur Jobert évoque le fait que « nombre d’entre eux sont incapables, dans un premier temps, de formuler un argumentaire dépassant le seul rejet ”instinctif” (Non à l’équipement X) ». Pourtant pour obtenir légitimité et crédibilité aux yeux des médias, il leur faut « sortir du NIMBY ». C’est ainsi qu’un responsable d’association de riverains déclarait cet été au Midi Libre: « On n’est pas des nimby ». Pour valider leurs causes, les acteurs de ces mobilisations se gardent donc bien d’invoquer ce terme, mais lui préfèrent la rhétorique de l’intérêt général. Comme le souligne Dominique Prévost-Testard dans les colonnes du Figaro, « tout lobby (car dans la pratique, les mobilisations locales usent des armes du lobbying), doit aller dans le sens de l’opinion la plus répandue, refuser la marginalité et garder en tête cette fiction de l’intérêt général ».

A travers cette étude de presse, on peut comprendre pourquoi les associations de riverains sont de moins en moins l’apanage de citoyens lambda, plus ou moins organisés, mais demandent de vraies compétences. En effet, quand pèse sur eux le soupçon de ne défendre que des intérêts égoïstes, d’avoir une mobilisation de type NIMBY, ils devront réfuter cette accusation en actualisant un jeu de langage au travers duquel le paysage est converti en bien commun. L’articulation d’une revendication crédible et acceptable passe alors par la maîtrise de règles spécifiques et suppose donc des compétences culturelles amples et complexes.

1Jobert (Arthur), « L’aménagement en politique. Ou ce que le syndrome NIMBY nous dit de l’intérêt général », Politix, 1998, p.67-92


Les simpson et la science

2 novembre 2008

Le livre que j’ai eu l’envie de vous faire découvrir aujourd’hui est vraisemblablement le seul bon livre paru sur Les Simpson en français. Son auteur Marco Malaspina travaille à l’institut italien d’astrophysique. Chercheur de formation, il est aussi chroniqueur scientifique pour le magazine Oggi et animateur d’une émission de vulgarisation scientifique à la radio. A travers cet ouvrage il essaie de nous expliquer en quoi la série peut nous permettre de mieux comprendre les grands problèmes contemporains.

Pour mettre en place son ouvrage, l’auteur insiste sur l’ambivalence des Simpson. Il nous explique que ce qui l’a séduit dans cette série c’est que « les personnages employaient les mêmes arguments que ceux auxquels [lui et ses collègues de l'institut d'astrophysique] avaient quotidiennement recours: « Chers collègues, nous risquons de perdre nos financement » disait-un astrologue dans les Simpson, « L’Amérique ne s’intéresse plus à l’exploration spatiale. » Toutefois l’ambivalence est mise en avant car selon lui: « Les épisodes des Simpson ne sont pas des pilules de science recouvertes d’une capsule jaune et amusante, ni un C’est pas sorcier placé sous le signe de l’humour. » , « La science telle qu’elle est représentée dans toute la série est souillée, corrompue, impure. ». En fait, l’auteur montre tout au long du livre qu’à chaque fois que les Simpson évoque quelque chose de vraiment scientifique, souvent à travers la parole de Lisa, « les scénaristes ont l’habileté d’accélérer le rythme des dialogues, jusqu’à les rendre presque inintelligibles, réduisant de ce fait pratiquement à zéro le danger que les téléspectateurs apprennent quoi que ce soit. ». En clair, « personne ne pourra qualifier les Simpson de dessin animé didactique. »

Pourtant, l’auteur prend la peine de nous rappeler à quel point les Simpson jouent un rôle sociétal important. Dès les premières lignes il nous rappelle que Le Time l’a qualifié de meilleur programme télévisuel des années 90, et que parmi tous les prix que la série a remportés on compte le Peabody Award, reconnaissance prestigieuse récompensant le plus souvent le journalisme d’investigation, attribué aux Simpson en 1996 pour « son acerbe satire sociale ». Tout au long de cet ouvrage, il nous montre que sur un strict point de vue scientifique, les Simpson s’avère être une véritable mine d’or. Il consacre un chapitre à six grands sujets scientifiques contemporains à savoir le nucléaire, l’écologie, la santé, l’alimentation, l’astronomie et enfin au débat entre évolutionnisme et créationnisme. Nous n’allons pas faire le tour de tous ces sujets pour que vous puissiez garder un quelconque intérêt à découvrir cet ouvrage. Mais regardons dans un premier temps les deux sujets initiaux.

Quiconque a déjà vu un épisode des Simpson, ne serait-ce que le générique, sait à quel point il y a imbrication entre la ville de Springfield et sa centrale nucléaire. Outre le fait de nous faire revivre quelques excellents scénarii de la série et notamment ce bénédicité prononcé par Homer avant son repas: « Seigneur, on vous est surtout reconnaissant pour l’énergie nucléaire, la plus sûre et la plus propre de toutes les sources d’énergie, mis à part l’énergie solaire, mais ça c’est du pipeau. » L’auteur nous montre que le personnage d’Homer Simpson semble être totalement sorti du rapport du Professeur Bernard Cohen sur la catastrophe de Tchernobyl. En effet, selon lui, cette catastrophe a été causée par « des ingénieurs qui trichent aux examens ou qui s’endorment sur leur lieu de travail, qui ne prennent pas le soin de présenter un rapport ponctuel sur les anomalies mineures, qui n’effectuent pas les vérifications requises. »…

Une fois encore sur le sujet de l’écologie les Simpson se font l’écho des vrais débats qui animent la société contemporaine. Selon l’auteur, ce qui fait la force de la série c’est de toujours réussir à railler les deux camps.« Si la satire contre l’anti-environnementalisme de la droite la plus fruste est féroce, il en va de même contre l’écologisme radical-chic. » « Le politiquement correct et l’écologie à la mode hollywoodienne sont donc considérés avec beaucoup de sarcasme. ». Pour ne prendre qu’un exemple cité dans cet ouvrage, nous pourrions rappeler cet épisode où l’ami de Lisa sa bat pour que la chaise électrique fonctionne à l’énergie solaire. Résultat: cette nouvelle chaise va contraindre le premier condamné à mort à subir de longues heures de grésillements atroces qui ne lui sont pas même fatals…

Mais pour Marco Malaspina « Le punching ball des scénaristes des Simpson est sans l’ombre d’un doute le système médical américain » comme l’indique Homer avec patriotisme : « T’en fais pas, Marge. Le système de santé américain est seulement second derrière le Japon… le Canada, la Suède, la Grande-Bretagne… toute l’Europe. On peut remercier notre bonne étoile, on ne vit pas au Paraguay. » Ceci est particulièrement bien mis en valeur par la rivalité entre les deux médecins de Springfield. Le docteur Hibert qui a inscrit sur la porte de son cabinet « organisation à but lucratif » et le docteur Rivera qui prend des cours sur cassette vidéo avant chaque intervention qu’il réalise pour seulement 129$99. L’auteur montre aussi que tous les sujets contemporains sont traités dans les Simpson: que ce soit la repousse des cheveux d’Homer, l’infertilité d’Apu et Manjula, la marijuana médicinale, le trafic de médicaments depuis les pays qui ont un vrai système de santé ou les pilules pour calmer les enfants au comportement antisocial.

L’acceptation de l’obésité, tout comme les OGM (avec cette célèbre réplique de Lisa: « ma pomme de terre mange ma carotte ») ou encore l’ADN sont traités dans cette série souvent à partir de films éducatifs diffusés en classe. « La solution des films éducatifs à écouter dans un silence religieux fait partie des solutions les plus sarcastiques et réussies de la série. »

Enfin, il faut noter que ce livre écrit par un scientifique permet aussi de lever quelques énigmes sur les anecdotes placées dans les épisodes des Simpson. On peut penser au mot écrit par Maggie avec ses cubes « EMCSQU » qui est en fait la traduction en lettres de la célèbre équation E=Mc² (EMC square), on peut aussi penser à ces célèbres équations qu’Homer rencontre dans l’épisode où il est perdu dans la troisième dimension. Il croise des égalités telles que 1+1=2, jusque là tout va bien mais aussi 1782²+1841²=1922². Cette dernière égalité n’a pas été choisie au hasard, il s’agit de l’illustration du théorème de Fermat selon lequel il n’existe pas de solutions entières positives à l’équation an + bn = cn pour n > 2. Le plus surprenant c’est que cette égalité n’a pas été choisie au hasard, si on la vérifie à la calculatrice elle semble juste. L’erreur provenant bien sûr de notre calculatrice qui ne peut afficher suffisamment de caractères. Rien n’est laissé au hasard, même la théorie d’un monde en forme de donut évoqué par Homer à la taverne de Moe renvoie réellement à un fait scientifique, la théorie dite du modèle toroïdal. Ceci provient du fait que dans l’équipe de scénaristes des Simpson il y a de nombreux scientifiques diplômés d’Harvard. Ce qui explique aussi la présence de nombreux scientifiques en guest dans la série comme le palétonthologue Stephen Jay Gould ou Dudley Hershbach qui déclara l’été passé à ABC News que son passage dans les Simpson est plus marquant sur son CV que son prix Nobel de chimie.

En conclusion, je vous laisse avec ces quelques mots de l’auteur: « Il est bien rare que l’on considère l’impact de la science sur ce réseau de relation intimes, quotidiennes et, par définition, non expert de la famille. Que se passe-t-il lors du dîner, dans la cuisine, quand on annonce à la télévision qu’une nouvelle épidémie de grippe est à craindre? Et quand on montre les images du lancement du Shuttle? Ou encore, au moment d’acheter une voiture, quand on s’intéresse à l’esthétique, d’une part, et aux émissions de C02, de l’autre? Ou quand sort un nouvel arrêté municipal sur le recyclage des déchets? Les Simpson nous montre une variété surprenante de nuances et de détails telle qu’elle fait du débat sur la science en famille une reproduction de ce qui advient à plus large échelle, dans les talk-shows ou au Parlement. »


Siné Hebdo, un journal mal élevé?

2 novembre 2008

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Que penser de cet hebdomadaire impertinent qu’est Sine Hebdo? Deux mois et huit numéros plus tard, les ventes semblent se stabiliser, plutôt au dessus de son rival Charlie Hebdo.

J’ai eu l’occasion d’acheter quelques uns des numéros parus et j’ai aujourd’hui un peu de mal à faire un bilan. Je ne vais pas nier que quelques pages, quelques dessins n’ont pas manqué de me faire marrer. C’est le cas par exemple de ceux qui sont présentés ci-dessous (extraits des numéros 1,3,4,5)

Je ne vais pas cacher non plus que j’ai ri parfois devant quelques uns des textes.

« _ Cette crise c’est pire qu’un divorce

_ Comment ça?

_ J’ai perdu la moitié de ma fortune et ma femme est toujours à la maison »


J’aime aussi (parfois) la bande dessinée S & fils qui est assez bien sentie et qui réussit à faire passer en trois dessins une forme d’humour. On y voit le fils Sarkozy regretter d’avoir épouser la fille Darty face à tout l’électroménager reçu en cadeau, il préfèrerait avoir épouser la fille Porsche, on le voit réclamer un scooter en plaqué or pour le retrouver plus facilement, on le voit aussi demander comment remercier Rachida Dati – comme l’a fait Bernard Tapie – pour ce qu’elle a fait pour lui,… Il est vrai que ça ne vole pas haut, mais ça peut quand même faire rire. Bête et méchant.

Oui mais voilà, dès le numéro un, Siné a voulu affirmer qu’il souhaitait faire un journal très différent de Charlie Hebdo. Il a affirmé qu’il avait réuni « sous [sa] bannière de pestiféré, une bande de trublions bien décidés à ruer dans les brancards du pouvoir ». A la découverte de la liste on ne peut qu’être un peu surpris. Delfeil de ton (dont la présence n’est pas à la base pour me déplaire) a déclaré « Elle a de la gueule cette équipe ». C’est une façon de voir les choses. En tout cas, c’est assez surprenant de voir présents des chroniqueurs comme Alevêque, Didier Porte, Guy Bedos, Noël l’entarteur Godin, Philippe Geluck ou Isabelle Alonso. Ce n’est pas une grand équipe de révolutionnaires comme on aurait pu le croire. A 80 ans, Siné semble revenir plein centre pour faire un journal mal élevé mais pas trop. Un peu provocateur mais pas trop. L’objectif numéro un semble clair, pas de provocations inutiles, pas de risque de procès. Comme il le dit si bien dans cette interview, « un journal qui a un procès par numéro ne peut pas survivre »… On comprend ainsi mieux le succès de cette parution hebdomadaire, ne pas trop choquer, plaire au plus grand nombre et cætera.

En dehors de ces a priori, on peut affirmer que les articles sont un peu à l’image de ce que l’on vient d’évoquer. Quelques uns sont tout à fait réussis, l’article de Michel Onfray sur Edvige m’a plu par exemple. Il est cependant un peu dans le même ton que tout le reste du journal. Pas vraiment mal élevé, ni provocateur on l’a dit, mais pas vraiment anarchiste, anti-pouvoir,… C’est en fait plutôt une résurgence de ce que l’on appelait le TSS, tout sauf Sarkozy. Une forme d’anti-sarkozysme primaire.

La rubrique d’Etienne Liebig m’a paru séduisante sur le papier. L’idée de dénoncer les rues mal baptisées est souvent un vrai enjeu politique. Une partie de l’onomastique politique s’intéresse d’ailleurs à la toponymie et ses enjeux symboliques. L’idée était donc intéressante, la réalisation est pourtant peu convaincante. Si la critique des rues associées au nom de Canrobert, Vincent d’Indy ou Jean-Louis Armand de Quatrefages semble recevable bien que pour autant contestable dans certains cas, si la place Maurice Barrès devrait en effet être renommée que penser des boulevards et rues au nom de Vincent Auriol et de Louis Adolphe Thiers qui ont tous les deux été présidents de la République.

Que penser de ce portrait d’Adolphe Thiers? « En 1871, alors chef du gouvernement, il fait exécuter au moins 25 000 communards et déporter les survivants du massacre au bagne de Nouvelle Calédonie. On lui doit aussi quelques exécutions sommaires d’ennemis politiques. » Si ce portrait n’est pas pour ainsi dire erroné, on est obligé de remarquer qu’on pourrait lui opposer une autre vision de l’homme celui que Gambetta voyait comme un « libérateur du territoire ». Il en va de même pour Vincent Auriol qui est vu comme le « père du plus grand massacre colonial »… Une rubrique peut-être tout simplement un peu trop importante pour se contenter d’un petit encadré en dernière page.

Le reste des articles est parfois composé de vraies réussites, mais dans la plupart des cas on reste sur notre fin. Delfeil de Ton se contente de mettre en œuvre une fine part de son talent d’éditorialiste pour nous conter son histoire d’Hara Kiri, les autres chroniqueurs semblent avant tout contraints de respecter un format d’articles courts et efficaces.

Ni libertaire sur le fond, ni libertaire sur la forme, ce journal peut en décevoir plus d’un mais c’est le prix à payer pour faire un hebdomadaire qui plait au plus grand nombre ce qui doit permettre à Siné de savourer une forme de victoire sur Charlie Hebdo.