Chaque année, Le petit Larousse s’offre une belle publicité en laissant transparaître quelques uns des nouveaux mots qui viendront se greffer – ou se substituer – aux quelques 150 000 mots de l’ouvrage de référence.
Il semblerait que cette année la part belle soit offerte aux anglicismes et autres néologismes. S’il est difficile d’avoir une vision globale des cent cinquante nouveaux mots, nous pouvons noter l’apparition de geek, peer-to-peer, surbooké, black-lister, peopolisation, buzz, low-cost, clubbeur ou encore slim et elearning. Du point de vue des néologismes, on peut remarquer l’entrée dans le dictionnaire – la lexicalisation – du terme adulescent, mobinaute, décroissance ou décohabiter.
Pour commencer tout d’abord par les anglicismes, notons que la majorité d’entre eux connaissent une traduction officielle au journal du même nom. Dès lors, ceci pose un problème, Larousse étant un acteur privé mais référant, en faisant entrer du vocabulaire dans le lexique français (c’est pourquoi en linguistique l’entrée dans le dictionnaire se nomme lexicalisation) Larousse devient un acteur contradictoire de la volonté publique. Donnons quelques exemples :
Peer-to- peer (dont j’ai déjà parlé ici) : fait l’objet depuis le 13 mai 2006 d’une traduction officielle qui est pair-à-pair ou poste-à-poste. L’entrée dans le dictionnaire de l’anglicisme peut à présent servir de justification à son utilisation avec cet argument massue : « ce mot existe, il est dans le dictionnaire ». Le problème de cet anglicisme, c’est qu’il crée un clivage entre générations. Il ne fait aucun doute que beaucoup de jeunes savent ce qu’est le P2P, mais dès que l’on avance un peu dans les générations (les députés quinqua par exemple) plus personne ne sait de quoi il s’agit. La généralisation d’anglicismes accroît le problème d’incompréhension entre les générations et peut parfois créer un stress supplémentaire au travail comme je l’expliquais ici.
Surbooké et overbooké ne font l’objet d’une traduction officielle que dans le cas de pratiques de surréservation d’un avion ou d’une salle de spectacle, il n’y a rien qui concerne une personne trop occupée ce qui sera surement l’axe de la définition choisie par Le Petit Larousse.
Buzz a, quant à lui, fait l’objet d’une parution au journal officiel du 12 juin 2007, on parle alors de bouche à oreille ou de bouche à oreille électronique… les propositions de traduction n’étant pas entrée dans le dictionnaire, il semble que Le Petit Larousse lexicalise ici un terme en effet très souvent employé.

Biopic a pris une part importante du vocabulaire cinématographique après le succès de La Môme et les tentatives qui ont suivi dont le très mauvais Coluche de De Caunes, et ceux sur Mesrine, Spaggiari,… Ce terme a une traduction officielle depuis le 27 novembre 2008, on parle de biofilm ou de film bibliographique.
Low-cost est à mon avis plus discutable. Traduit depuis 2007, on parle souvent de compagnie à bas prix ou à bas coûts. Légitimer cet anglicisme alors que la traduction française est assez répandue ne me semble pas d’une grande utilité. C’est typiquement le mot qui ne sert à rien puisque tout le monde sait ce qu’est un bas prix ou un bas coût mais beaucoup de francophones ne savent pas ce que signifie low-cost.
E-learning est à mon sens, le terme qui a le moins sa place dans cette nouvelle édition. Pourquoi lexicaliser un terme dont l’emploi n’est pas si courant et dont la traduction déjà vieille de 4 ans semble entrer dans le vocabulaire courant. Il ne me semble pas particulièrement que e-learning soit plus répandu que formation en ligne. La présence dans cette édition du Petit Larousse va bien à l’encontre de la volonté publique de voir se généraliser l’équivalent français.
Les termes comme clubbeur ou pipolisation ont eu tendance à me faire rire. J’ai un peu de mal à comprendre comment clubbeur peut prend deux ”b” et un ”u”. Soit clubber en anglais soit on francise clubeur(re). Pipolisation tout comme d’autres termes, taxi-clando, par exemple montre l’impact de l’actualité sur le dictionnaire. Il est possible qu’on aurait jamais fait entrer taxi-clando (taxi clandestins) dans le dictionnaire s’il n’y avait pas eu le fait divers que l’on connaît. Il est aussi possible qu’après l’ère Sarkozy tout le monde se demande pourquoi le Petit Larousse avait choisi ce mot en 2010.
Dans les néologismes, je m’interroge un peu sur le sens de mobinaute ou de décohabiter. Il est vrai qu’il semblait important de trouver un terme pour les utilisateurs d’Iphone et autres smartphones (anglicisme qui n’a pas d’équivalent français). Tout comme, il semble normal que tsunami figure dans le vocabulaire au même titre qu’adresse IP ou Web 2.0 (Frédéric Lefebvre aurait promis de lire la définition). J’ai aussi hâte de découvrir les nouvelles définitions officielles de geek, adulescent ou même d’un slim et de me demander ce qu’il y aura en face de la définition de R.S.A. – qui fait son entrée cette année – dans dix ans …
Chaque année la parution de ces nouveaux mots est très attendue, mais elle a toujours quelque chose de très surprenant, on peut se demander l’intérêt de faire entrer massivement les anglicismes dans le dictionnaire comme on peut se demander pourquoi des termes comme fumer la moquette font leur apparition en 2010.
Publié par arretsurlesmots
L’affaire semble tellement grotesque qu’elle est portée en première page de l’édition de ce mercredi du quotidien
J’avais personnellement trouvé le coup du pardon à l’Afrique très bien joué. Le fait de parler au nom de la France lui confère une fausse légitimité qui peut contribuer à la présidentialisation de son image. Elle joue aussi sur le jeu de la décrédibilisation de Sarkozy en lui faisant un procès en compétence, chacun de ses pardons étant accompagnés d’une vision de ce que peut ou ne peut pas dire un président de la République. Elle se crée un rôle de contre-présidente, représentant le pays et non son parti.
firme avait gardé son esprit originel. C’est ainsi qu’après avoir réalisé des glaces comme la
Toile (contre 200 000 pour son équivalent anglais), les sites qui tournent autour de ce thème connaissent leur heure de gloire. Côté librairies, les rayons ploient sous la quantité monumentale de livres sur le sujet. L’un des derniers en date, le Dico-guide du radin malin espère se vendre aussi bien que le livre Vivez Plus Riche. Vive les radins (sous-titré : remboursé en une semaine). Notons aussi que le magazine 60 Millions de consommateurs vient de publier un hors-série intitulé « Le guide du nouveau radin ».
Peur-to-Peur et le retour de Nadine Morano.
5 juin 2009Vraiment ravi du succès de la chaîne que j’ai lancée sur les élections européennes (et qui est allée jusqu’en Espagne), j’apprécie d’être invité en retour à participer à des échanges entre blogueurs. Deux invitations m’ont ainsi été proposées ces derniers jours, ici et ici. Par manque de temps, je ne répondrai aujourd’hui qu’à celle qui renvoie directement à l’actualité, Dominique Broueilh, une mère de famille de 49 ans, va être entendue par un officier de police judiciaire pour « injures publiques envers un membre du ministère ».
Citizen L. m’invite donc à relayer cette information totalement démentielle. Et oui Nadine, on te voit. Une internaute va être entendue le 11 juin par un officier de police judiciaire de Dax pour avoir commenté une vidéo de Nadine Morano, des mots suivants : « hou la menteuse ».
L’avocat de la ministre justifie cette démarche : « Mme Morano en a assez d’être insultée. Sa qualité de ministre n’a rien à voir avec sa plainte. Elle ne le serait pas, ce serait pareil. Même à l’abri derrière un pseudo, on ne peut pas tout dire. Aujourd’hui, les hébergeurs de sites ne se sentent pas responsables, ce n’est pas normal. Prenez un commerçant qui mettrait des images obscènes dans sa vitrine, il y aurait un procès-verbal. Et sur Internet rien. » Quant au « Hou la menteuse », il reconnaît qu’il y a plus lourd dans le dossier : « J’ai fait des captures d’écrans avec les insultes, je les ai transmises au parquet. Je ne suis pas responsable de l’enquête et de la démarche des policiers. Peut-être que l’internaute qui a écrit « Hou la menteuse » était plus facile à identifier que les autres… C’est regrettable et si un policier fait du zèle je n’y peux rien. »
Il est vrai que les commentaires sur les sites de partages de vidéos sont généralement d’un niveau affligeant et sont parfois peu respectueux. Mais de là à imaginer une ministre porter plainte contre X pour qu’en définitive une brave dame reçoive chez elle un courrier de la brigade de répression de la délinquance contre la personne pour lui reprocher ce syntagme enfantin, on a peine à y croire.
Cette affaire arrive guère après, le désormais fameux « Sarkozy, je te vois » d’un enseignent en philosophie et dès lors inquiète sur la judiciarisation de la protection de l’image de nos représentants politiques.
Sans compter que cette démarche ridicule risque de renforcer l’absence de popularité de la ministre (à la rigueur on s’en moque) mais risque de surtout brider la liberté d’expression et la vitalité démocratique du net… Il est vrai que dans le cas précis, le terme « menteuse » relève, en effet, de l’injure d’un point de vue juridique, mais dans ce cas que faire des commentaires profondément insultants? Il serait intéressant que Maître Eolas, nous informe de ce que peut risquer madame Broueilh pour ce commentaire…
En attendant, on ne sait même plus ce que l’on a droit de dire à la ministre sans risquer une convocation,… pour ne prendre aucun risque, je conclurai donc cet article par une chanson de Dorothée, et je n’y suis pour rien si le titre est hou! La menteuse.