Le petit Larousse 2010 fait la part belle aux anglicismes…

12 juin 2009

Chaque année, Le petit Larousse s’offre une belle publicité en laissant transparaître quelques uns des nouveaux mots qui viendront se greffer – ou se substituer – aux quelques 150 000 mots de l’ouvrage de référence.

larousseIl semblerait que cette année la part belle soit offerte aux anglicismes et autres néologismes. S’il est difficile d’avoir une vision globale des cent cinquante nouveaux mots, nous pouvons noter l’apparition de geek, peer-to-peer, surbooké, black-lister, peopolisation, buzz, low-cost, clubbeur ou encore slim et elearning. Du point de vue des néologismes, on peut remarquer l’entrée dans le dictionnaire – la lexicalisation – du terme adulescent, mobinaute, décroissance ou décohabiter.

Pour commencer tout d’abord par les anglicismes, notons que la majorité d’entre eux connaissent une traduction officielle au journal du même nom. Dès lors, ceci pose un problème, Larousse étant un acteur privé mais référant, en faisant entrer du vocabulaire dans le lexique français (c’est pourquoi en linguistique l’entrée dans le dictionnaire se nomme lexicalisation) Larousse devient un acteur contradictoire de la volonté publique. Donnons quelques exemples :

Peer-to- peer (dont j’ai déjà parlé ici) : fait l’objet depuis le 13 mai 2006 d’une traduction officielle qui est pair-à-pair ou poste-à-poste. L’entrée dans le dictionnaire de l’anglicisme peut à présent servir de justification à son utilisation avec cet argument massue : « ce mot existe, il est dans le dictionnaire ». Le problème de cet anglicisme, c’est qu’il crée un clivage entre générations.  Il ne fait aucun doute que beaucoup de jeunes savent ce qu’est le P2P, mais dès que l’on avance un peu dans les générations (les députés quinqua par exemple) plus personne ne sait de quoi il s’agit. La généralisation d’anglicismes accroît le problème d’incompréhension entre les générations  et peut parfois créer un stress supplémentaire au travail comme je l’expliquais ici.

Surbooké et overbooké ne font l’objet d’une traduction officielle que dans le cas de pratiques de surréservation d’un avion ou d’une salle de spectacle, il n’y a rien qui concerne une personne trop occupée ce qui sera surement l’axe de la définition choisie par Le Petit Larousse.

Buzz a, quant à lui, fait l’objet d’une parution au journal officiel du 12 juin 2007, on parle alors de bouche à oreille ou de bouche à oreille électronique… les propositions de traduction n’étant pas entrée dans le dictionnaire, il semble que Le Petit Larousse lexicalise ici un terme en effet très souvent employé.

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Biopic a pris une part importante du vocabulaire cinématographique après le succès de La Môme et les tentatives qui ont suivi dont le très mauvais Coluche de De Caunes, et ceux sur Mesrine, Spaggiari,… Ce terme a une traduction officielle depuis le 27 novembre 2008, on parle de biofilm ou de film bibliographique.

Low-cost est à mon avis plus discutable. Traduit depuis 2007, on parle souvent de compagnie à bas prix ou à bas coûts. Légitimer cet anglicisme alors que la traduction française est assez répandue ne me semble pas d’une grande utilité. C’est typiquement le mot qui ne sert à rien puisque tout le monde sait ce qu’est un bas prix ou un bas coût mais beaucoup de francophones ne savent pas ce que signifie low-cost.

E-learning est à mon sens, le terme qui a le moins sa place dans cette nouvelle édition. Pourquoi lexicaliser un terme dont l’emploi n’est pas si courant et dont la traduction déjà vieille de 4 ans semble entrer dans le vocabulaire courant. Il ne me semble pas particulièrement que e-learning soit plus répandu que formation en ligne. La présence dans cette édition du Petit Larousse va bien à l’encontre de la volonté publique de voir se généraliser l’équivalent français.

Les termes comme clubbeur ou pipolisation ont eu tendance à me faire rire. J’ai un peu de mal à comprendre comment clubbeur peut prend deux ”b”  et un ”u”. Soit clubber en anglais soit on francise clubeur(re). Pipolisation tout comme d’autres termes, taxi-clando, par exemple montre l’impact de l’actualité sur le dictionnaire. Il est possible qu’on aurait jamais fait entrer taxi-clando (taxi clandestins) dans le dictionnaire s’il n’y avait pas eu le fait divers que l’on connaît. Il est aussi possible qu’après l’ère Sarkozy tout le monde se demande pourquoi le Petit Larousse avait choisi ce mot en 2010.

Dans les néologismes, je m’interroge un peu sur le sens de mobinaute ou de décohabiter. Il est vrai qu’il semblait important de trouver un terme pour les utilisateurs d’Iphone et autres smartphones (anglicisme qui n’a pas d’équivalent français). Tout comme, il semble normal que tsunami figure dans le vocabulaire au même titre qu’adresse IP ou Web 2.0 (Frédéric Lefebvre aurait promis de lire la définition). J’ai aussi hâte de découvrir les nouvelles définitions officielles de geek, adulescent ou même d’un slim et de me demander ce qu’il y aura en face de la définition de R.S.A. – qui fait son entrée cette année – dans dix ans …

Chaque année la parution de ces nouveaux mots est très attendue, mais elle a toujours quelque chose de très surprenant, on peut se demander l’intérêt de faire entrer massivement les anglicismes dans le dictionnaire comme on peut se demander pourquoi des termes comme fumer la moquette font leur apparition en 2010.


Apprendre à repérer les anglicismes…

9 juin 2009

Je ne vais pas faire exception et comme tout le monde, sur ce blog,  je vais rapidement cesser de parler des Européennes… (heureusement encore qu’il y a eu quelques surprises sinon, ça fait déjà longtemps qu’on serait passé à autre chose)

Jean-Pierre Dufresne de l’équipe de l’amélioration du français de Montréal m’a proposé aujourd’hui quelques exercices pour apprendre à repérer les anglicismes.

Au début j’ai été un peu surpris par la facilité des exercices, la plupart des anglicismes proposés étant courant au Québec mais nettement moins en France, mais petit à petit l’exercice s’est avéré nettement plus complexe.

J’ai dû accepter qu’étaient considérés comme anglicismes des expressions comme “prendre par surprise” ou “tous dans le même bateau” qui ne sont que des traductions d’expressions anglophones. Avec plus de difficultés j’ai appris à repérer des anglicismes devenus courants comme “prérequis” ou des mots français que l’on utilise à mauvais escient comme “éligible”, “apprécier”, “item” ou “compléter”,…

Si vous voulez aussi vous entraîner et mieux connaître  la multitude des anglicismes que l’on peut retrouver au Québec, allez faire un tour sur les exercices suivants :  Pleins feux sur les anglicismes et Anglicismes 101.


Cohn-Bendit et les enfants, fin de l’histoire.

6 juin 2009

François Bayrou a dérapé jeudi soir sur France 2 au sujet de la prétendue pédophilie de Daniel Cohn-Bendit. Cette affaire ressort épisodiquement à chaque fois que Cohn-Bendit devient gênant. Passé inaperçu à la sortie du livre en 1975, un passage ressort régulièrement dans le débat politique de caniveau, ça a été le cas en 2001, en 2004 Marine Le Pen avait relancé le débat et jeudi soir c’est François Bayrou qui est retombé dans une telle bassesse.


L’histoire commence en 1975 avec la parution du Grand Bazar de Daniel Cohn-Bendit. Un livre écrit dans le contexte que l’on connaît, avec la provocation habituelle de Dany le Rouge. Rien à l’époque n’est suggéré sur le passage aujourd’hui tant contesté. D’ailleurs, pour la “promotion” de cet ouvrage, l’auteur était invité chez Bernard Pivot à l’émission Apostrophe personne n’a jamais évoqué ce passage. Bernard Pivot écrit à ce propos dans le Journal du dimanche du 25 février 2001: «Daniel Cohn-Bendit n’avait été interpellé là-dessus par aucun des invités de l’émission. Ni par un homme d’ordre, le préfet Maurice Grimaud, ni par un catholique traditionaliste, Michel de Saint-Pierre, ni par le philosophe François Châtelet. Ni par moi non plus. Aucune protestation dans la presse, y compris à l’Express.»

Quinze ans plus tard, à la mi-janvier 2001 Bettina Röhl, la fille de l’ancienne terroriste de la Fraction armée rouge Ulrike Meinhof, propose à la correspondante de Libération, lors d’un entretien consacré à l’affaire Fischer, une enveloppe contenant une photocopie de ce passage du Grand Bazar concernant les jardins d’enfants : «Il m’était arrivé plusieurs fois que certains gosses ouvrent ma braguette et commencent à me chatouiller. Je réagissais de manière différente selon les circonstances, mais leur désir me posait un problème (…) Mais s’ils insistaient, je les caressais quand même». Libération n’utilise pas ces documents, qui étaient déjà dans le domaine public et qui n’ont pas donné lieu à des plaintes. 28 janvier. L’hebdomadaire britannique The Observer, dont une journaliste a également rencontré Bettina Röhl, publie un long article1 consacré aux passages incriminés du Grand Bazar. Dans la foulée, les quotidiens The Independent (Royaume-Uni), Repubblica (Italie) et Bild (Allemagne) y consacrent de courts articles. 22 février. Sous le titre “les Remords de Cohn-Bendit”, l’Express évoque à son tour des écrits devant lesquels «on est frappé de stupeur».

Dès lors, l’affaire prend en France et les Verts en pleine pré-campagne présidentielle en sont ébranlés. Rapidement Cohn-Bendit s’explique affirmant qu’il s’agit d’«un texte mal écrit, inaudible aujourd’hui, d’une légèreté insoutenable» tout en jugeant «dégueulasses» les accusations de pédophilie. Malgré ces déclarations, l’affaire prend une telle ampleur en France, que le député européen a dû se justifier à nouveau sur TF1 : «Ce que l’on peut me reprocher, c’est mon désir de provocation. Mais de grâce, arrêtons la chasse à l’homme. Je ne me laisserai pas assassiner en public, ni par TF1 ni par un autre journal.» Par la suite, Cohn-Bendit devra disparaître de la circulation pendant deux semaines, laissant au soin de quelques soutiens sa défense. Dans Libération, Philippe Sollers, Roland Castro et Romain Goupil dénoncent le «procès stalinien» fait à Cohn-Bendit. «A force de répéter que les soixante-huitards détiennent les rênes du pouvoir, de l’économie et des médias, ça devait dégénérer en chasse aux sorcières. Et ça finit par exploser», note Romain Goupil. Ajoutant qu’il s’était « exprimé d’une façon sans doute maladroite mais (…) en aucun cas pédophile ou violent avec des enfants, c’est exactement le contraire ».

Pendant plusieurs semaines, on avait parlé que de mai 68 et d’éducation exhumant les théories de Michel Foucault des mêmes années. Dans La Volonté de savoir, premier tome de son Histoire de la sexualité, Michel Foucault critiquait la place centrale donnée à la répression et l’idée que, pour s’en affranchir, il ne faudrait pas moins qu’une « levée des interdits » et « une restitution du plaisir dans le réel ». « Je ne dis pas que l’interdit du sexe est un leurre, écrivait-il, mais que c’est un leurre d’en faire l’élément fondamental et constituant ». Lors d’une conférence donnée à la Sorbonne, Daniel Cohn-Bendit avait d’ailleurs expliqué que dans les années 70, on s’interrogeait beaucoup sur la sexualité des enfants à la lecture de Freud ou de Reich. Il évoque un « be-soin maladif et permanent de la provocation ». « On se demandait sérieusement s’il fallait que les parents laissent leur porte ouverte quand ils faisaient l’amour, ou s’ils devaient la fermer », rappelait-t-il alors.

Tout cet historique pour rappeler que Cohn-Bendit a déjà eu l’occasion de s’expliquer sur cette affaire, et qu’il semble être grand temps de tourner la page. Je ne pense pas qu’il soit intéressant de faire revivre ce débat tous les dix ans. De plus, il ne me semble pas que ce soit de l’intérêt de cette campagne européenne de ressortir ces vieux écrits à des fins électoralistes.

Définitivement François Bayrou utilise de plus en plus les méthodes du front national pour récupérer quelques voix. Après avoir utilisé systématiquement la dénonciation des médias et des sondages qui le traiteraient comme l’ennemi public numéro un – une stratégie que Jean-Marie Le Pen a souvent employé, il s’est rendu dans le caniveau de la politique pour s’en prendre à Cohn-Bendit – comme l’avait fait Marine Le Pen en 2004. Il y a fort peu de chance que cette stratégie politique soit payante dimanche prochain et il est quasiment certains qu’elle lui coutera cher en 2012… Affaire à suivre.


1Conolly (Katie), « Sixties hero revealed as kindergarten sex author – He preached liberation to a generation. But did … », The Observer, 28 janvier 2001, p.3


Peur-to-Peur et le retour de Nadine Morano.

5 juin 2009

Vraiment ravi du succès de la chaîne que j’ai lancée sur les élections européennes (et qui est allée jusqu’en Espagne), j’apprécie d’être invité en retour à participer à des échanges entre blogueurs. Deux invitations m’ont ainsi été proposées ces derniers jours, ici et ici. Par manque de temps, je ne répondrai aujourd’hui qu’à celle qui renvoie directement à l’actualité, Dominique Broueilh, une mère de famille de 49 ans, va être entendue par un officier de police judiciaire pour « injures publiques envers un membre du ministère ».

Citizen L. m’invite donc à relayer cette information totalement démentielle. Et oui Nadine, on te voit. Une internaute va être entendue le 11 juin par un officier de police judiciaire de Dax pour avoir commenté une vidéo de Nadine Morano, des mots suivants : « hou la menteuse ».

L’avocat de la ministre justifie cette démarche : « Mme Morano en a assez d’être insultée. Sa qualité de ministre n’a rien à voir avec sa plainte. Elle ne le serait pas, ce serait pareil. Même à l’abri derrière un pseudo, on ne peut pas tout dire. Aujourd’hui, les hébergeurs de sites ne se sentent pas responsables, ce n’est pas normal. Prenez un commerçant qui mettrait des images obscènes dans sa vitrine, il y aurait un procès-verbal. Et sur Internet rien. » Quant au « Hou la menteuse », il reconnaît qu’il y a plus lourd dans le dossier : « J’ai fait des captures d’écrans avec les insultes, je les ai transmises au parquet. Je ne suis pas responsable de l’enquête et de la démarche des policiers. Peut-être que l’internaute qui a écrit « Hou la menteuse » était plus facile à identifier que les autres… C’est regrettable et si un policier fait du zèle je n’y peux rien. »

Il est vrai que les commentaires sur les sites de partages de vidéos sont généralement d’un niveau affligeant et sont parfois peu respectueux. Mais de là à imaginer une ministre porter plainte contre X pour qu’en définitive une brave dame reçoive chez elle un courrier de la brigade de répression de la délinquance contre la personne pour lui reprocher ce syntagme enfantin, on a peine à y croire.

Cette affaire arrive guère après, le désormais fameux « Sarkozy, je te vois » d’un enseignent en philosophie et dès lors inquiète sur la judiciarisation de la protection de l’image de nos représentants politiques.

Sans compter que cette démarche ridicule risque de renforcer l’absence de popularité de la ministre (à la rigueur on s’en moque) mais risque de surtout brider la liberté d’expression et la vitalité démocratique du net… Il est vrai que dans le cas précis, le terme « menteuse » relève, en effet, de l’injure d’un point de vue juridique, mais dans ce cas que faire des commentaires profondément insultants? Il serait intéressant que Maître Eolas, nous informe de ce que peut risquer madame Broueilh pour ce commentaire…

En attendant, on ne sait même plus ce que l’on a droit de dire à la ministre sans risquer une convocation,… pour ne prendre aucun risque, je conclurai donc cet article par une chanson de Dorothée, et je n’y suis pour rien si le titre est hou! La menteuse.


“Sarkozy je te vois”, c’est absurde.

20 mai 2009

27 février 2008, peu avant 18 heures, un enseignant passe dans la gare centrale Saint-Charles de Marseille, où deux policiers sont en train de contrôler l’identité de deux personnes. Trouvant ce contrôle un peu “viril”, il crie alors à deux reprises, pointant du doigt les policiers : “Sarkozy, je te vois !” L’apostrophe provoque l’hilarité, “les rires ont fait redescendre la tension”, explique l’homme convoqué pour “tapage injurieux diurne troublant la tranquillité d’autrui”.

SarkoL’affaire semble tellement grotesque qu’elle est portée en première page de l’édition de ce mercredi du quotidien Libération. Après plus de quatorze mois sans nouvelle, le professeur de philosophie qui avait crié « Sarkozy, je te vois », est convoqué début avril au commissariat du 9e arrondissement de Marseille avant de recevoir, le 20 avril, une citation à comparaître devant le juge de proximité. Les « faits » ont été requalifiés en « tapage diurne injurieux ».

Hier, les blogs ont réagi activement sur le sujet, Maître Eolas, nous rappellait que « la contravention de tapage est prévue par l’article R. 623-2 du code pénal. Contravention qui fait encourir au maximum 450 euros d’amende. Pour être puni, le tapage doit être de nature à troubler la tranquillité d’autrui, et être soit nocturne, soit injurieux s’il est diurne. » Avant de conclure qu’ « il y a dans ce type d’affaire une impression d’instrumentalisation du droit pénal pour faire une police politique qui me déplaît au plus haut point. » Samuel Authueil quant à lui écrivait : « Ce n’est franchement pas malin et dénote une agressivité vis à vis des forces de police que je ne saurais approuver. (…) Ce type méritait de se faire contrôler à son tour, voire de se faire amener au poste, histoire d’approfondir les contrôles. Mais pas plus. Le poursuivre en justice est un peu idiot et politiquement dangereux. »

Car l’affaire devait bien sûr devenir politique. Ainsi, Jack Lang s’exprimait hier à ce sujet sur RTL : « On a peine à croire qu’au pays de Rabelais et de Coluche, on ait perdu le sens de la drôlerie, de la dérision », qualifiant de “ridicule” et “dérisoire” cette procédure judiciaire. Pour Libération : « Le Président de la République n’est pas à l’initiative de la plainte. Mais après le “casse-toi pauv’ con !” du salon de l’agriculture de 2008, ou l’affaire de la poupée vaudou à son effigie, pour laquelle Nicolas Sarkozy avait engagé des poursuites, on ne s’étonne plus de voir un procureur retenir le caractère “injurieux” du “tapage diurne” qui a troublé l’ordre public gare Saint-Charles à Marseille. »

L’humanité aussi profite de l’occasion pour une critique plus générale de Nicolas Sarkozy, on pouvait lire dans le quotidien il y a quelques jours que cette affaire avait « de quoi illustrer le ”constat amer’‘ de la ”dégradation continue des rapports entre les citoyens et leur police” qu’ont fait, [jeudi passé], la Ligue des droits de l’homme, le Syndicat de la magistrature et le Syndicat des avocats de France. » Aujourd’hui, Christophe Deroubaix  titre son article dans L’Humanité « ”Sarkozy, je te vois”, ou l’absurde au tribunal »

Libération rappelle que « la doctrine officielle en matière de poursuites judiciaires contre ceux qui brocardent le chef de l’Etat évoluait pourtant depuis un demi-siècle dans le sens d’une tolérance quasi totale. ».C’était le cas de François Mitterrand et de Jacques Chirac qui refusèrent par principe d’engager des poursuites. « Le mieux que puissent faire les présidents, c’est de laisser faire et de hausser les épaules », estimait Georges Kiejman, avocat de François Mitterrand.

En pleine (absence) de campagne pour les Européennes, on peut voir l’affaire comme une volonté de ramener une fois encore l’image du président à celle de l’ordre. Il s’agit en fait plutôt d’un procès maladroit provoqué par un fonctionnaire zélé qui pourrait bien être instrumentalisé politiquement pour critiquer un président trop soucieux de son image et beaucoup trop procédurier.


Le retour de Jean Véronis

7 mai 2009

Depuis le début de l’année, Jean Véronis s’était fait de plus en plus rare sur son blog, cela lui avait même coûté sa place dans le top 100 Wikio (dont il avait pourtant tutoyé le sommet), depuis quelques semaines il revient en force pour notre plus grand plaisir.

Il y a tout d’abord eu ces deux excellents articles sur les sujets abordés par les blogs, puis ce billet qui met en relief  les écrivains dont on parle sur le web.

Hier, on pouvait même le retrouver dans le Monde avec son collègue Louis-Jean Calvet pour un article sur les mots de la crise de Sarkozy, qui n’est pas totalement sans nous rappeler l’excellent travail d’Enikao pour l’Express.fr.

Merci à Jean Véronis pour ce retour, il comble un peu le vide qu’il avait laissé, les blogs de lexicographes étant bien rares!


Sarkozy/Zapatero/Royal, l’affaire ne passionne pas l’Espagne.

24 avril 2009

Une conférence et quelques TD en préparation, des copies à corriger qui s’empilent, un travail alimentaire, le temps pour bloguer se raréfie ! Je me suis pourtant intéressé à cette histoire de « pardon » de Ségolène Royal.

images1J’avais personnellement trouvé le coup du pardon à l’Afrique très bien joué. Le fait de parler au nom de la France lui confère une fausse légitimité qui peut contribuer à la présidentialisation de son image. Elle joue aussi sur le jeu de la décrédibilisation de Sarkozy en lui faisant un procès en compétence, chacun de ses pardons étant accompagnés d’une vision de ce que peut ou ne peut pas dire un président de la République. Elle se crée un rôle de contre-présidente, représentant le pays et non son parti.

L’affaire du pardon à Zapatero est toute différente. D’une part, elle arrive quelques semaines après celui à l’Afrique ce qui crée un écho désagréable et met sur le même plan deux affaires très différentes. Il y a d’un côté un discours très contestable de l’autre, un mot déplacé qui a pu – ou non – avoir été prononcé, qui a pu – ou non – être sorti de son contexte. Certains confirment les propos présidentiels cités par Libération sur la mise en doute de l’intelligence de José Luis Zapatero, d’autres les nient.

 L’Espagne s’est émue de ces propos. El Mundo évoque « une pluie de commentaires ». Pourtant les excuses de Ségolène Royal ne déchaînent pas les passions. Dans la presse espagnole ses jours, on s’intéresse plus à ses collaborateurs non-rémunérés et aux échanges d’amabilités entre l’UMP et PS. En premier lieu, les quotidiens espagnols reviennent sur les propos de Frédéric Lefebvre qui conseille à la présidente du Poitou-Charentes une « aide psychologique » ou qui la considère comme une octavilla (un tract de propagande). Ces propos font dire aux journalistes espagnols que la politique française est « mas de frasecitas que de confrontacion de proyectos »[1]. Cette affaire de politique franco-française qui vient se régler sur leur terre aura au moins le mérite d’avoir fait rire quelques journalistes ! La plupart des journaux qui relatent l’affaire raillent cependant plus les « bravuconadas verbales »[2] de Sarkozy que les pardons de Ségolène Royal !

 


[1] Une politique de petites phrases et non de confrontation de projets

[2] fanfaronnades verbales


Sus au franglais! Cultivons le français du XXIème siècle.

26 janvier 2009

Faire un debriefing en one to one, développer le B to B, assurer le backup avant son day off, et ce, asap (as soon as possible), risque d’être de plus en plus compliqué. L’anglais comme langue corporate connait quelques déboires. Attaquées pour non-respect de la loi Toubon, des entreprises ont perdu en justice.

Chris Wattie / REUTERS 17-19 octobre 2008 sommet de la francophonie au Québec

Chris Wattie / REUTERS 17-19 octobre 2008 sommet de la francophonie au Québec

Dès 1975, les parlementaires soucieux de préserver la langue française face aux mots anglais passés trop vite dans le langage courant adopte la loi Bas-Lauriol. Cette loi allonge la longue liste des textes mort-nés, sans réelles mesures d’application, elle tombe rapidement en désuétude. Il faut attendre la motivation de quelques parlementaires, et un ministre en charge simultanément de la culture et de la francophonie pour voir ce projet de loi réapparaitre.

En 1994, Jacques Toubon fait de l’adoption de ce texte « une question de société, une question pour la place de la France et pour son avenir. » Le principe de cette loi est « de sortir du modèle unique anglo-marchand qui est en train de se répandre dans un certain nombre de pays. » Rien que ça. Le débat à l’assemblée nationale n’est pas très virulent. Les parlementaires ne sont pas contre le projet, ils sont simplement assurés qu’une fois encore cette loi va finir dans un placard sans avoir aucun impact sur l’arrivée de nouveaux termes anglo-saxons.

Sans grande difficulté nait donc la loi nº 94-665 du 4 août 1994 relative à l’emploi de la langue française plus connue sous le nom de loi Toubon. En quelques mots, cette loi prévoit que toute annonce, affiche, publicité visible dans les lieux publics ou dans les médias soit en français ou traduite dans notre langue de manière visible. Le détail de la loi est bien sûr plus complexe (lire ici), il prévoit aussi un quota de créations francophones à la radio et à la télévision ainsi que des mesures protégeant les travailleurs.

Si les parlementaires ne se sont pas opposés à cette loi, la presse notamment étrangère va railler sa publication. En France on évoque un « nationalisme linguistique », un « chauvinisme de la langue » ou une « fierté nationale mal placée». Les critiques les plus virulentes viennent de nos amis anglais. Avec des titres en français comme « Ne Parlez Pas Anglais » ou « Why france should be linguistically laissez-faire »1 les journalistes outre-manche se moquent de notre langue que l’on préserve comme une espèce protégée. L’amende prévues en cas de non respect de la loi (entre 3000 et 20000 francs de l’époque soit actuellement entre 500 et 3000€) est présentée comme démesurée et ridicule. N’ayant pas peur des clichés les anglais présentent Jacques Toubon (dénommé All-good) avec une baguette sous le bras et ce devant la Tour Eiffel expliquant que c’est l’image qu’il donne de la France. Avec un peu d’humour un journaliste de The Independent conclut son article par la formule suivante : « Any Anglo-Saxon with a soupcon of savoir-vivre would see the lack of chic in venturing up a linguistic cul-de-sac so palpably vieux jeu. »2

Pourtant le France est loin d’être le seul pays à avoir légiféré pour protéger sa langue. On peut prendre le cas du Quebec, du Mexique, de la Grèce, de la Catalogne ou encore de la Lituanie. Ce dernier pays interdit toute enseigne rédigée dans une autre langue que la langue officielle. Le Mexique, fort de 98 millions d’habitants, a cru bon se protéger de l’anglais. Les lois et règlements mexicains exigent non seulement l’usage de l’espagnol sur tout produit destiné au consommateur, mais ils vont jusqu’à prohiber l’anglais ou toute autre langue que l’espagnol sur les produits fabriqués au Mexique. Pour ce qui est des produits étrangers, un règlement imposait dès 1974 des caractères plus petits que l’espagnol.

La loi française a parfois été très protectrice pour les salariés. Elle constitue un recours en matière de droit au travail, à l’information, à la santé. A titre d’exemple, Europ Assistance a perdu en octobre dernier un procès qui l’oblige dès à présent à traduire un des logiciels mis à la disposition des employés. On a aussi vu des entreprises étrangères devoir adopter le français comme langue de travail, des études venant prouver que l’utilisation de termes anglais lors des réunions génère une double conséquence négative. D’une part certains salariés ne comprenant pas toujours les informations sortent de réunions sans en avoir saisi le sens ce qui peut avoir des conséquences plus ou moins graves. D’autre part cette pratique de l’anglais crée une sorte de discrimination et une hiérarchisation des employés en fonction de leur compétence linguistique ce qui défavorise particulièrement les employés plus âgés.

Si l’aspect protecteur de la loi est plutôt une réussite, force est de constater que ce texte n’a pas endigué la diffusion de l’anglais. Les termes de la nouvelle technologie sont essentiellement issus du monde anglo-saxon et les publicités utilisent toujours aussi souvent des slogans en anglais. Comme le cas de la Française des jeux qui bien qu’étant une entreprise publique diffuse actuellement cette publicité avec son slogan « j’ai la win ».

Ce n’est pourtant pas faute d’avoir mis les moyens. L’un des corollaire de la loi Toubon est la création de la très sérieuse commission générale de terminologie et de néologie chargée de proposer des équivalents aux termes anglais importés massivement en France. Si cette commission peut se venter de quelques réussites comme la diffusion du terme baladeur en lieu et place du walkman elle compte à ce jour quelques glorieux échecs dus à sa lenteur de fonctionnement. En moyenne il faut compter sept mois avant qu’un terme proposé à la commission ne fasse son entrée au journal officiel. Une procédure d’urgence a permis à la commission de proposer le terme de « téléchargement pour baladeur » pour podcasting mais cela n’a pas empêché que la périphrase proposée ne soit pas utilisée. Le vocabulaire paraissant au Journal Officiel s’impose pourtant à l’administration et aux établissements publics, depuis sa création en 2006 la commission a proposé sept cents équivalents à des termes anglais.

Pour ne donner qu’un petit exemple si vous voulez vous plier aux propositions de la commission ne dîtes plus : Je check mes mails, je supprime mes spams et si je suis pas trop dans le rush, je ferai un post sur mon blog avant le brainstorming sur notre startup et le B. to B. Mais dîtes plutôt, je vérifie si je n’ai pas reçu de courriers électroniques (si vous êtes dans le coup dîtes courriel), je supprime l’arrosage et si je ne suis pas trop en épreuve, je ferai un billet sur mon bloc-note avant le remue-méninges sur notre jeune-pousse et l’entreprise à entreprise en ligne (EEL). Il n’est pas dit que tout le monde vous comprenne du premier coup…

Pour permettre la diffusion de ce vocabulaire, la commission propose (ici et ça vaut le détour!) un dictionnaire des équivalents français des termes importés, on laisse bien sûr de côté les mots présents depuis longtemps et déjà digérés par notre langue. Méfiez-vous, si vous ne prenez pas soin de corriger vos erreurs de langage vous risquez de vous retrouver couronné du prix de la carpette anglaise décerné par l’académie du même nom dirigée par Philippe de Saint-Robert, président de l’association pour la sauvegarde et l’expansion de la langue française.


1Pourquoi la France devrait avoir une politique linguistique plus souple.

2Tout anglosaxon avec un soupçon de savoir vivre verrait le manque de chic de cette politique linguistique qui est un cul de sac manifestement vieux jeu.


Ben & Jerry’s : le jeu de mot comme art commercial.

26 décembre 2008

En cette période de fêtes et d’indigestions, un petit article sans légèreté. Ce blog devenant chaque jour un peu plus sérieux, il ne fait pas de mal de faire un petit détour par les jeux de mots. Aujourd’hui, nous allons les voir sous l’angle du marketing avec la marque Ben & Jerry’s qui les a élevé au rang d’art commercial.

La marque de glace qui porte les prénoms de ses créateurs a percé grâce à la qualité de ses glaces mais aussi à ses noms originaux. Née en 1977 de la collaboration de deux anciens hippies devenus amis, Ben Cohen et Jerry Greenfield, la marque a rapidement affiché un positionnement assez différent de ses concurrents. Notamment en s’engageant rapidement dans le mouvement écologiste (par exemple en passant à l’« Eco-print » packaging dès 2001) et en redistribuant 7,5% de ses bénéfices (l’équivalent de 800.000 dollars en 2005) à la fondation Ben & Jerry’s.

Pour en revenir aux jeux de mots, il y en a sur presque chaque pot. Petit panorama. Parmi les classiques de la marque notons que la crème glacée au caramel et au chocolat, est dénommée Karamel Sutra dont le rapport au Kama Sutra n’est expliqué en aucun lieu. On trouve aussi dans leur rayon, une glace au nom qui laisse songeur Chocolate therapy. On trouve aussi de belles références comme Cherry Garcia en hommage à Jerry Garcia (co-fondateur et guitariste du groupe The Greatful Dead) ou Bohemian Raspberry la crème glacée au glacée à la vanille, aux morceaux de brownies et aux framboises (raspberries) dont le nom parodie la chanson de Queen, Bohemian Rhapsody.

La marque ayant toujours eu son siège dans le Vermont, plusieurs de leurs glaces ont joué sur le nom de cet Etat, c’est le cas de la Vermonster, de la Full VerMonty ou de la Vermonty Python. Dans la série des jeux de mots la Chunky Monkey, crème glacée à la banane, aux pépites de chocolat et aux noix ne contient en fait aucun morceau de singe ! Au cas où certains consommateurs en douteraient, il est indiqué sur le pot « aucun singe n’a été blessé dans la fabrication de cette glace bon, OK, quelques bananes ont peut être été malmenées ».

Les jeux sur l’homophonie sont aussi courants sur les pots de ces crèmes glacées. On trouve par exemple une glace nommée Peace of cake (au lieu de Piece of cake, part de gâteau. Peace signifiant paix). Parmi les meilleures ventes de la marque on trouve aussi la Phish Food qui n’a rien de nourriture pour poisson (Fish Food) même si cette crème glacée au chocolat, à la guimauve et au caramel contient de petits poissons en chocolat : son nom est, en fait, un clin d’oeil à un groupe de rock inclassable originaire du Vermont, Phish.

Après le rachat de la marque par la multinationale Unilever, il fallait jouer sur le symbolique pour montrer que laproduct-1031075 firme avait gardé son esprit originel. C’est ainsi qu’après avoir réalisé des glaces comme la Chunky Monkey dont le sucre, le cacao et la banane utilisés provenaient du commerce équitable, la marque a décidé de commercialiser une glace intitulée Fossil Fuel, soit littéralement « Les fossiles combustibles », ces éléments polluants qui influent sur le changement climatique. Quelques mois après le lancement de ses « éco-print » packaging, la marque voulait montrer qu’elle demeurait leader en matière de respect de l’environnement ce qu’elle fait aussi savoir par l’utilisation généralisée de produits de saison.

Les noms de ces glaces sont devenus tellement célèbres qu’ils ont inspiré pas mal de parodies comme celle que l’on trouve dans l’épisode 7 de la dixième saison des Simpson[1]. Homer cherche une glace au supermarché et voici le dialogue que l’on peut entendre :

[Homer regarde les parfums de glaces dans un frigo]


Homer : Lionel litchi, framboise Hardy, Desmont tuttifruiti, heu… Lisa, aide papa à trouver des parfums normaux.


[Homer prend Lisa et la fait regarder au sommet du frigo]
Lisa : Candy Warhol, miel Brooks…


Homer : Non, pas de noms bizarroïde. Qu’est ce qu’il y a au fond ? »

Et bon appétit bien sûr !


[1] « Lisa gets an A » (« Lisa à la meilleure note »), épisode AABFO3 écrit par Ian Maxtone-Graham


Radin

24 décembre 2008

En cette période de fêtes, tous les journaux se tournent vers les nouvelles méthodes de consommation des français. Parmi toutes ces enquêtes un mot revient en boucle: radin! Au centre de toutes les attentions, ce mot revient pourtant de loin. Si son origine semble difficile à décerner, il semblerait que les chercheurs s’accordent sur une déclinaison du terme rade ou radeau qui désignait le « tiroir de comptoir » ou le « tiroir à argent ».

Le radin dans l’imaginaire collectif, c’est l’oncle Picsou, Harpagon, Felix Grandet ou Guy Roux. Mais, par l’impact de la publicité, la définition évolue. Une fois encore, on remarque la capacité d’adaptation de l’Internet face aux traditionnels dictionnaires. Ainsi dans le Littré, la définition est « Qui lésine sur la dépense, avare. » alors que Wikipédia propose « un radin est une personne avare ou, plus récemment d’une manière moins péjorative, un groupe de nouveaux consommateurs qui utilisent notamment Internet pour acheter malin et faire des économies. »

« On nous l’a changé, le consommateur. Cet être irrationnel et impulsif, si manipulable, est maintenant un anxieux qui se restreint. Il ne trouve pas radin de s’obséder sur les prix, il juge que c’est malin. Les achats d’occasion, les fabrications maison qui lui paraissaient si ringardes lui semblent aujourd’hui autant de bons plans. » Écrivait Sibylle Vincendon pour le journal Libération

la semaine passée.

Indéniablement, la tendance du moment en France est à la radinerie. Plus de deux millions de pages référencées sur lavivez-radin Toile (contre 200 000 pour son équivalent anglais), les sites qui tournent autour de ce thème connaissent leur heure de gloire. Côté librairies, les rayons ploient sous la quantité monumentale de livres sur le sujet. L’un des derniers en date, le Dico-guide du radin malin espère se vendre aussi bien que le livre Vivez Plus Riche. Vive les radins (sous-titré :  remboursé en une semaine). Notons aussi que le magazine 60 Millions de consommateurs vient de publier un hors-série intitulé « Le guide du nouveau radin ».

Si les anglo-saxons ne sont pas convertis à ce terme (à part pour dénoncer la radinerie des people sur bitterwaitress.com), les suisses se mettent aussi à l’employer autant que dans l’hexagone. Radin.ch, qui a fêté son premier anniversaire en juin dernier, se targue aujourd’hui de compter plus d’un million de visiteurs. Ricardo.ch propose des produits d’occasion vendus aux enchères, bonsplans.ch recense les soldes et autres promotions sur le marché de Suisse romande et eboutic.ch vous invite à des ventes privées. Quant au dernier en date, carburants.ch, il permet de trouver les pompes à essence les moins chères.

Tout cela commence, en fait, avec la campagne de Price Minister et son slogan « Soyez Radin ! ». Nous étions en 2001, Pierre Kosciusko-Morizet (frère de) déclarait chercher une formule provocatrice. Le slogan a fait un tabac. Mais le fait le plus marquant dans l’évolution du sens de ce mot c’est quand la chaîne allemande Planet Saturn a lancé le slogan «Geiz ist geil» (« Radin c’est cool ») qui a été  traduit en français par une autre forme d’homophonie « Radin-Malin ».

Pour Gilles Guilleron, linguiste auteur du Petit livre des gros mots, « Il y a un léger glissement de sens depuis que les publicitaires ont, par un jeu d’homophonie, associé radin à malin ». Mais tout le monde ne se retrouve pas dans cette nouvelle définition. Ainsi on pouvait lire dans Le Figaro Magazine qu’à « bien y regarder, l’injonction à devenir radin ne s’adresse pas à tous de la même manière ». D’un côté, « il y a ceux qui deviennent radins par malice ou pour consommer mieux » et de l’autre « cette tribu radine d’un nouveau genre qui aspire à être éco-citoyens responsables » Pour L’Humanité, « Il s’agit d’une bataille sémantique où l’injonction à devenir radin signifie en fait : « Apprenez donc à devenir pauvres ». Perspective évidemment moins vendeuse, publicitairement parlant. »


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Finalement, malgré l’évolution du terme on continue à faire une différence entre le bon radin et l’ivraie : le premier prend du plaisir à dépenser, pas le second.

Joyeux Noël à tous!


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