www.stoplouverture.com, c’est quoi cette affaire ?

18 juin 2009

En lisant mes courriers électroniques sur Gmail à l’instant, je suis tombé sur une publicité pour un site intitulé stoplouverture.com

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Le message n’est  pas très lisible, mais il est indiqué, “Non à l’entrée des gauchistes, signez la pétition”. Je me suis dès lors rendu sur le site qui annonce fièrement 11709 signataires.

Sans titre-2 copie

Première chose, que je remarque sur ce site c’est ce logo UMPS. En dessous, il est indiqué que ce site est réalisé par des militants UMP qui soutiennent Sarkozy. Le terme UMPS renvoie pourtant plutôt à Jean-Marie Le Pen qui en a la paternité, et à François Bayrou qui l’a souvent employé en 2007.

Que l’on signe ou non la pétition, il est impossible de voir qui sont ces quelques milliers de signataires, ce qui laisse à penser qu’il s’agit d’un faux. Le but du site est de lutter contre une seconde vague d’ouverture la semaine prochaine avec ce slogan : “un peu d’ouverture ça va, beaucoup d’ouverture bonjour les dégâts !”. Pour eux,  l’ouverture ne doit pas devenir un gadget médiatique renvoyant l’idée que les valeurs, l’intelligence et la compétence sont à gauche.”

Leur crainte est résumée en cinq points : risque de brouiller le message, affaiblissement de la cohésion gouvernementale, détérioration des relations avec les parlementaires (qui n’auront pas de postes), éloignement de la majorité de ses électeurs, et le clou du spectacle : risque de débarrasser les opportunistes du PS et ainsi d’aider le parti à se refonder… [sic]

Jack_Lang s’offusque sur Twitter et demande le retrait de sa photo sur la bannière du site. Site qui d’ailleurs n’est composé que d’une seule page, le contact en bas renvoie sur une adresse email banalisée et on retrouve un lien vers un article de Claude Goasguen dans Valeurs Actuelles, c’est tout.

Etrange site que ce stoplouverture.com qui a les moyens de s’offrir des pubs sur gmail mais qui ne donne aucune information sur ses créateurs ni sur les signataires…


Le petit Larousse 2010 fait la part belle aux anglicismes…

12 juin 2009

Chaque année, Le petit Larousse s’offre une belle publicité en laissant transparaître quelques uns des nouveaux mots qui viendront se greffer – ou se substituer – aux quelques 150 000 mots de l’ouvrage de référence.

larousseIl semblerait que cette année la part belle soit offerte aux anglicismes et autres néologismes. S’il est difficile d’avoir une vision globale des cent cinquante nouveaux mots, nous pouvons noter l’apparition de geek, peer-to-peer, surbooké, black-lister, peopolisation, buzz, low-cost, clubbeur ou encore slim et elearning. Du point de vue des néologismes, on peut remarquer l’entrée dans le dictionnaire – la lexicalisation – du terme adulescent, mobinaute, décroissance ou décohabiter.

Pour commencer tout d’abord par les anglicismes, notons que la majorité d’entre eux connaissent une traduction officielle au journal du même nom. Dès lors, ceci pose un problème, Larousse étant un acteur privé mais référant, en faisant entrer du vocabulaire dans le lexique français (c’est pourquoi en linguistique l’entrée dans le dictionnaire se nomme lexicalisation) Larousse devient un acteur contradictoire de la volonté publique. Donnons quelques exemples :

Peer-to- peer (dont j’ai déjà parlé ici) : fait l’objet depuis le 13 mai 2006 d’une traduction officielle qui est pair-à-pair ou poste-à-poste. L’entrée dans le dictionnaire de l’anglicisme peut à présent servir de justification à son utilisation avec cet argument massue : « ce mot existe, il est dans le dictionnaire ». Le problème de cet anglicisme, c’est qu’il crée un clivage entre générations.  Il ne fait aucun doute que beaucoup de jeunes savent ce qu’est le P2P, mais dès que l’on avance un peu dans les générations (les députés quinqua par exemple) plus personne ne sait de quoi il s’agit. La généralisation d’anglicismes accroît le problème d’incompréhension entre les générations  et peut parfois créer un stress supplémentaire au travail comme je l’expliquais ici.

Surbooké et overbooké ne font l’objet d’une traduction officielle que dans le cas de pratiques de surréservation d’un avion ou d’une salle de spectacle, il n’y a rien qui concerne une personne trop occupée ce qui sera surement l’axe de la définition choisie par Le Petit Larousse.

Buzz a, quant à lui, fait l’objet d’une parution au journal officiel du 12 juin 2007, on parle alors de bouche à oreille ou de bouche à oreille électronique… les propositions de traduction n’étant pas entrée dans le dictionnaire, il semble que Le Petit Larousse lexicalise ici un terme en effet très souvent employé.

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Biopic a pris une part importante du vocabulaire cinématographique après le succès de La Môme et les tentatives qui ont suivi dont le très mauvais Coluche de De Caunes, et ceux sur Mesrine, Spaggiari,… Ce terme a une traduction officielle depuis le 27 novembre 2008, on parle de biofilm ou de film bibliographique.

Low-cost est à mon avis plus discutable. Traduit depuis 2007, on parle souvent de compagnie à bas prix ou à bas coûts. Légitimer cet anglicisme alors que la traduction française est assez répandue ne me semble pas d’une grande utilité. C’est typiquement le mot qui ne sert à rien puisque tout le monde sait ce qu’est un bas prix ou un bas coût mais beaucoup de francophones ne savent pas ce que signifie low-cost.

E-learning est à mon sens, le terme qui a le moins sa place dans cette nouvelle édition. Pourquoi lexicaliser un terme dont l’emploi n’est pas si courant et dont la traduction déjà vieille de 4 ans semble entrer dans le vocabulaire courant. Il ne me semble pas particulièrement que e-learning soit plus répandu que formation en ligne. La présence dans cette édition du Petit Larousse va bien à l’encontre de la volonté publique de voir se généraliser l’équivalent français.

Les termes comme clubbeur ou pipolisation ont eu tendance à me faire rire. J’ai un peu de mal à comprendre comment clubbeur peut prend deux ”b”  et un ”u”. Soit clubber en anglais soit on francise clubeur(re). Pipolisation tout comme d’autres termes, taxi-clando, par exemple montre l’impact de l’actualité sur le dictionnaire. Il est possible qu’on aurait jamais fait entrer taxi-clando (taxi clandestins) dans le dictionnaire s’il n’y avait pas eu le fait divers que l’on connaît. Il est aussi possible qu’après l’ère Sarkozy tout le monde se demande pourquoi le Petit Larousse avait choisi ce mot en 2010.

Dans les néologismes, je m’interroge un peu sur le sens de mobinaute ou de décohabiter. Il est vrai qu’il semblait important de trouver un terme pour les utilisateurs d’Iphone et autres smartphones (anglicisme qui n’a pas d’équivalent français). Tout comme, il semble normal que tsunami figure dans le vocabulaire au même titre qu’adresse IP ou Web 2.0 (Frédéric Lefebvre aurait promis de lire la définition). J’ai aussi hâte de découvrir les nouvelles définitions officielles de geek, adulescent ou même d’un slim et de me demander ce qu’il y aura en face de la définition de R.S.A. – qui fait son entrée cette année – dans dix ans …

Chaque année la parution de ces nouveaux mots est très attendue, mais elle a toujours quelque chose de très surprenant, on peut se demander l’intérêt de faire entrer massivement les anglicismes dans le dictionnaire comme on peut se demander pourquoi des termes comme fumer la moquette font leur apparition en 2010.


Du sang neuf au parlement européen

8 juin 2009

Sur les 72 élus côté français, Seuls 30 ont déjà siègé au Parlement Européen soit 58% de nouveaux venus ! Mais attention, les nouveaux au Parlement ne sont pas pour autant des jeunes, 54 ans de moyenne d’âge pour les députés. 19 députés ont plus de soixante ans alors que seuls 7 députés ont moins de 40 ans…

Le doyen de cette assemblée, du côté français en tout cas, est Jean-Marie Le Pen, seul octogénaire élu. Il faut dire qu’il était le seul à être déjà là en 1984 ! D’autres députés ont toutefois un sacré nombre de mandats européens à leur actif, c’est le cas de Alain Lamassoure (4 mandats de 1989) ou de Catherine Trautmann (élue en 1989) et Bruno Gollnisch (même date).

L’écart d’âge entre le plus jeune et le plus âgé est assez impressionant : plus de 52 ans séparent le leader frontiste et la jeune élue Europe Ecologie Karima Delli.

Si la moyenne d’âge de ceux qui font leur première entrée au Parlement est de 50 ans environ, cela n’empêche que 8 personnes de plus de 60 ans sont élus pour la première fois au Parlement Européen, c’est notamment le cas des personnalités de la société civile comme Jean-François Kahn, Eva Joly ou Dominique Baudis.

Dernier fait notable, les femmes élues  sont  plus jeunes que les hommes, elles sont en moyenne âgée de moins  de 51 ans alors que les hommes sont en moyenne âgés de 54 ans. Cette différence est mineure par rapport à la différence de temps passé en politique, un peu plus dure à calculer !


La répartition des postes de députés européens par parti

8 juin 2009

29 députés UMP

14 députés PS

14 députés Europe Ecologie

6 députés MoDem

4 députés Front de gauche

3 députés Front National

1 député Libertas

1 député Divers gauche


Le nom des députés région par région

7 juin 2009

Nord-Ouest :

Dominique Riquet (UMP)

Tokia Saifi (UMP)

Jean-Paul Gauzès (UMP)

Pascale Gruny (UMP)

Gilles Pargneaux (PS)

Estelle Grelier (PS)

Hélène Flautre (EE)

Marine Le Pen (FN)

Corinne Lepage (MoDem)

Jacky Hénin (FDG)

Ouest :

Christophe Béchu (UMP)

Elisabeth Morin (UMP)

Alain Cadec (UMP)

Bernadette Vergnaud (PS)

Stéphane Le Foll (PS)

Yannick Jadot (EE)

Nicole Kiil Nielsen (EE)

Sylvie Goulard (MoDem)

Philippe De Villiers (Libertas)

Sud-Ouest :

Dominique Baudis (UMP)

Christine de Veyrac (UMP)

Alain Lamassoure (UMP)

Marie-Thérèse Sanchez-Schmid (UMP)

Kader Arif (PS)

Françoise Castex (PS)

José Bové (EE)

Catherine Grèze (EE)

Robert Rochefort (MoDem)

Jean-Luc Mélenchon (FDG)

Sud-Est :

François Grossetête (UMP)

Damien Abad (Nouveau Centre)

Dominique Vlasto (UMP)

Gaston Franco (UMP)

Nora Berra (UMP)

Michèle Rivasi (EE)

François Alfonsi (EE)

Malika Benarab-Attou (EE)

Vincent Peillon (PS)

Sylvie Guillaume (PS)

Jean-Marie Le Pen (FN)

Jean-Luc Bennahmias (MoDem)

Marie-Christine Vergiat (FDG)

Est :

Jospeh Daul (UMP)

Véronique Mathieu (UMP)

Arnaud Danjean (UMP)

Michèle Striffler (Gauche Moderne)

Catherine Trautmann (PS)

Liem Hoang-Ngoc (PS)

Sandrine Bélier (EE)

Bruno Gollnisch (FN)

Jean-François Kahn (Modem)

Île de France :

Michel Barnier (UMP)

Rachida Dati (UMP)

Jean-Marie Cavada (Nouveau Centre)

Marielle Gallo (Gauche Moderne)

Philippe Juvin (UMP)

Daniel Cohn-Bendit (EE)

Eva Joly (EE)

Pascal Canfin (EE)

Karima Delli (EE)

Harlem Désir (PS)

Pervenche Berès (PS)

Marielle de Sarnez (MoDem)

Patrick Le Hyaric (FDG)

Centre :

Jean-Pierre Audy (UMP)

Sophie Auconie (Nouveau Centre)

Brice Hortefeux (UMP)

Henri Weber (PS)

Jean-Paul Besset (EE)

Outre-mer :

Maurice Ponga (UMP)

Elie Hoarau (DVG)

Patrice Tirolien (PS)


Le Point ou la vacuité d’un dossier sur Jean Sarkozy

24 mai 2009

C’est suite à l’article d’Intox 2007 que j’ai découvert cette une du Point. Au delà, du titre, on découvre la vacuité d’un long dossier attribué à Jean Sarkozy…

Monsieur_le_dauphinRécemment diplômé ès « fils à papa » par le collectif sauvons les riches, régulièrement devant les tribunaux, dans la presse quand il passe le premier mai en Auvergne chez son parrain Brice Hortefeux ou pris en photo lors de son passage sur la croisette, à 22 ans avec un « modeste » mandat de conseiller général, Jean Sarkozy reçoit une médiatisation hors du commun. Il y a quelques semaines, Le Point, avait déjà publié un article intitulé : « Jean Sarkozy sur tous les fronts », pour ce numéro, c’est la une qui lui est consacrée.

Après un mariage sur-médiatisé, Jean Sarkozy continue à s’implanter profondément dans les médias. Il peut compter sur Le Point pour réaliser un portrait totalement objectif, la preuve ces quelques mots qui le présentent comme « moderne, en phase avec la société, au fait des tendances, mais rejetant le politiquement correct, la ghettoïsation et l’assistanat. »

Autant le dire tout de suite, le dossier spécial Jean Sarkozy est vide, tellement vide que les journalistes ont dû aller chercher dans la progéniture des autres présidents des événements comparables. Bien sûr, on peut trouver d’autres élus chez les enfants de présidents, mais aucun n’avait à 22 ans toujours pas le moindre diplôme universitaire mais déjà un mandat de conseiller général et la présidence de l’UMP d’un département aussi prisé…

Bon bien sûr, le dossier n’est pas totalement vide, on trouve plein d’informations passionnantes, par exemple, on sait

Jean Sarkozy à son arrivée au Martinez le 14 mai 2009 / REUTERS / Regis Duvignau

Jean Sarkozy à son arrivée au Martinez le 14 mai 2009 / REUTERS / Regis Duvignau

qu’il trouve qu’« elle écrit bien, Carla. » et on apprend qu’ « il joue de la guitare et du piano, apprend l’anglais grâce aux chansons de Bob Dylan » (avec un peu de chance il sera à peu près autant bilingue que son père grâce à ça!).

On nous fait aussi un petit état de l’ambition de Jean Sarkozy, dans ce dossier on « apprend » qu’« il veut être candidat à la députation en 2012. Et en 2014, il pourrait viser la mairie de Neuilly, mais cela dépendra du contexte local, car Fromantin [l'actuel maire de la ville] se démerde plutôt bien. » Quel appétit ! ». L’intéresser avoue même « se préparer» sans que l’on sache vraiment à quoi.

On nous montre aussi que ce n’est pas du goût de tout le monde, que beaucoup l’affublent de défauts manifestes : « Trop jeune », « trop influençable », « manque de fond », « désinvolte », « mal entouré »… avec « un staf  (…) très léger politiquement »…

Mais, Jean Sarkozy passe outre, « ses conseils, il les prend auprès de son parrain Brice Hortefeux, du conseiller élyséen Pierre Charon ou de Frédéric Lefebvre, porte-parole de l’UMP (…) le couple Balkany le couve aussi. ». A 22 ans, il semble déjà aussi schizophrène que papa, après s’être qualifié de gaulliste social, il affirme que sa référence politique est… Charles Pasqua…

Dans ce dossier, on apprend aussi avec grand plaisir qu’il est « inscrit en droit à la Sorbonne sous le nom de « Bocsa » [mais qu'il] a déserté les bancs de la fac depuis… février 2008. Engagement politique oblige. Dispensé de cours en raison de son activité professionnelle, il a passé les examens du premier semestre. Reste à valider sa deuxième année de licence, qu’il redouble. »

Passionnant, non? Pour combler les pages accordées à ce dauphin sur lequel il n’y a visiblement pas grand chose à dire, les journalistes ont réussi à coller deux fois la même citation de Nicolas Sarkozy : « Je suis fier de lui, ce qu’il fait à son âge est admirable. S’il devient député, il sera inarrêtable, i-nar-rêt-able. Seulement, il doit faire les choses tranquillement, calmement, sans aller trop vite. Mais, attention, je ne dis pas ça parce que c’est mon fils ! »

Vous l’aurez compris, c’est un dossier totalement passionnant qui est en une du Point cette semaine, à ne surtout surtout pas manquer! Sinon cette semaine vous avez aussi ce passionnant dossier du Nouvel Obs’


“Sarkozy je te vois”, c’est absurde.

20 mai 2009

27 février 2008, peu avant 18 heures, un enseignant passe dans la gare centrale Saint-Charles de Marseille, où deux policiers sont en train de contrôler l’identité de deux personnes. Trouvant ce contrôle un peu “viril”, il crie alors à deux reprises, pointant du doigt les policiers : “Sarkozy, je te vois !” L’apostrophe provoque l’hilarité, “les rires ont fait redescendre la tension”, explique l’homme convoqué pour “tapage injurieux diurne troublant la tranquillité d’autrui”.

SarkoL’affaire semble tellement grotesque qu’elle est portée en première page de l’édition de ce mercredi du quotidien Libération. Après plus de quatorze mois sans nouvelle, le professeur de philosophie qui avait crié « Sarkozy, je te vois », est convoqué début avril au commissariat du 9e arrondissement de Marseille avant de recevoir, le 20 avril, une citation à comparaître devant le juge de proximité. Les « faits » ont été requalifiés en « tapage diurne injurieux ».

Hier, les blogs ont réagi activement sur le sujet, Maître Eolas, nous rappellait que « la contravention de tapage est prévue par l’article R. 623-2 du code pénal. Contravention qui fait encourir au maximum 450 euros d’amende. Pour être puni, le tapage doit être de nature à troubler la tranquillité d’autrui, et être soit nocturne, soit injurieux s’il est diurne. » Avant de conclure qu’ « il y a dans ce type d’affaire une impression d’instrumentalisation du droit pénal pour faire une police politique qui me déplaît au plus haut point. » Samuel Authueil quant à lui écrivait : « Ce n’est franchement pas malin et dénote une agressivité vis à vis des forces de police que je ne saurais approuver. (…) Ce type méritait de se faire contrôler à son tour, voire de se faire amener au poste, histoire d’approfondir les contrôles. Mais pas plus. Le poursuivre en justice est un peu idiot et politiquement dangereux. »

Car l’affaire devait bien sûr devenir politique. Ainsi, Jack Lang s’exprimait hier à ce sujet sur RTL : « On a peine à croire qu’au pays de Rabelais et de Coluche, on ait perdu le sens de la drôlerie, de la dérision », qualifiant de “ridicule” et “dérisoire” cette procédure judiciaire. Pour Libération : « Le Président de la République n’est pas à l’initiative de la plainte. Mais après le “casse-toi pauv’ con !” du salon de l’agriculture de 2008, ou l’affaire de la poupée vaudou à son effigie, pour laquelle Nicolas Sarkozy avait engagé des poursuites, on ne s’étonne plus de voir un procureur retenir le caractère “injurieux” du “tapage diurne” qui a troublé l’ordre public gare Saint-Charles à Marseille. »

L’humanité aussi profite de l’occasion pour une critique plus générale de Nicolas Sarkozy, on pouvait lire dans le quotidien il y a quelques jours que cette affaire avait « de quoi illustrer le ”constat amer’‘ de la ”dégradation continue des rapports entre les citoyens et leur police” qu’ont fait, [jeudi passé], la Ligue des droits de l’homme, le Syndicat de la magistrature et le Syndicat des avocats de France. » Aujourd’hui, Christophe Deroubaix  titre son article dans L’Humanité « ”Sarkozy, je te vois”, ou l’absurde au tribunal »

Libération rappelle que « la doctrine officielle en matière de poursuites judiciaires contre ceux qui brocardent le chef de l’Etat évoluait pourtant depuis un demi-siècle dans le sens d’une tolérance quasi totale. ».C’était le cas de François Mitterrand et de Jacques Chirac qui refusèrent par principe d’engager des poursuites. « Le mieux que puissent faire les présidents, c’est de laisser faire et de hausser les épaules », estimait Georges Kiejman, avocat de François Mitterrand.

En pleine (absence) de campagne pour les Européennes, on peut voir l’affaire comme une volonté de ramener une fois encore l’image du président à celle de l’ordre. Il s’agit en fait plutôt d’un procès maladroit provoqué par un fonctionnaire zélé qui pourrait bien être instrumentalisé politiquement pour critiquer un président trop soucieux de son image et beaucoup trop procédurier.


De la torture en démocratie, un dossier dérangeant de Books

4 mai 2009

Abonné à Books depuis le numéro 1 (comme j’avais pu l’expliquer ici), j’ai dévoré le dossier de ce mois sur la torture dans les démocraties. Intitulé : « Pourquoi les démocraties torturent. De la guerre d’Algérie à la guerre d’Irak », ce dossier revient en quatre articles sur ce cancer des démocraties mis en relief par les révélations sur les pratiques de l’administration Bush.

Vade-mecum de la torture moderne

torture-and-democracyBasé sur l’ouvrage de Darius Rejali, Torture and democracy, le premier article expose les grandes caractéristiques de la torture moderne. L’auteur affirme que pendant des millénaires, les tortionnaires ne se soucièrent guère de ne pas laisser de traces. Au contraire, une torture apparente se devait de servir d’exemple. Ces pratiques de torture étaient représentées par le « chat à neuf queues », ce fouet à neuf lanières lestées de métal qui infligeait des souffrances infâmes et laissaient des traces indélébiles. On peut aussi penser au fer rouge qui marquait chaque prisonnier de son délit. « La torture est soit évidente soit secrète. Écrit Rejali. Elle s’affiche ou se nie ; vise à punir ou à mettre en garde, ou à extorquer des renseignements. ». C’est comme cela qu’il explique qu’à l’heure où la torture est condamnée socialement, à l’heure où des ONG veillent au bon respect des droits de l’homme en démocratie, la règle d’or doit être de « provoquer des souffrances intolérables sans laisser de traces physiques ».

Pourtant si certains avocats affirment haut et fort la nécessité d’utiliser la torture dans la guerre contre le terrorisme, l’auteur affirme que « tolérer la torture au nom de l’urgence des informations à obtenir n’a pas de justification rationnelle. Il n’y a quasiment aucune preuve que la torture permette d’obtenir des informations fiables », c’est d’ailleurs pourquoi les tribunaux ne reconnaissent pas les preuves obtenues par la force.

Pour lui, l’homme a donc ce besoin de torture et « puisqu’il est mal de torturer, mais que nous éprouvons le besoin de le faire, il faut pratiquer la torture sans qu’elle se voie ». S’ensuivent quelques exemples troublants, comme le supplice du drap mouillé : la tête de la victime étroitement maintenue dans un drap humide qui à mesure qu’il sèche rétrécit et comprime douloureusement la tête… Il liste aussi une série de supplices par l’eau, avant d’évoquer d’autres types de tortures comme celle que peut créer une utilisation détournée du célèbre Taser

Dans cet article, on retrouve des exemples consternants de ce qu’une démocratie a pu entreprendre pour contourner ses propres principes, un article dérangeant sur un livre choc.

Le précédent Algérien

Le recours massif à la torture par l’armée française pendant la bataille d’Alger est un exemple classique de la manière dont un État démocratique légitime cette pratique.

Confirmant ce que montra Alexis de Tocqueville, il faut parfois un regard extérieur pour nous permettre de nous voir tels que nous sommes, Books nous présente l’ouvrage d’Allistair Horne intitulé A savage war of peace. Pour lui, la torture au moment de la Bataille d’Alger a été vaine, elle « obligea les Algériens « loyaux » à coopérer mais, après la bataille, ils renoncèrent à leur loyauté envers la France ou furent assassinés. ». Ainsi selon lui, « Massu a gagné la bataille d’Alger, mais cela signifiait perdre la guerre ». En effet, comme il était impossible de faire disparaître toutes les personnes torturées, on les relâchait et par la force du bouche à oreille tout le monde était au courant.

Cet article est utile à plus d’un titre. Il apporte le témoignage de certains tortionnaires affirmant que la « torture peut devenir une drogue ». De plus, il insiste en permanence sur l’inutilité des renseignements obtenus. « S’ils avaient su lire l’arabe, ils auraient trouvé l’atelier plus tôt. Mais ils étaient trop occupés à torturer. Comme on aurait pu le prédire s’engager dans cette voie a empêché le recours aux compétences ordinaires de la police, plus efficaces ».

Guantanamo : rien que de très ordinaire

Le troisième article de ce dossier se base sur l’ouvrage Torture Team de Philippe Sands. Ce livre montre que la CIA a toujours agi largement en dehors du droit, mais que dans le cas de Guantanamo, des documents signés par Donald Rumsfled autorisent une série de techniques d’interrogatoire coercitives allant bien au-delà de ce que l’armée acceptait jusqu’alors.

On retrouve dans cet article le poignant exemple de l’interrogatoire d’Al Khatani en 2002 :

« Il avait droit à un maximum de quatre heures de sommeil par nuit. Il fut menacé par des chiens, intégralement déshabillé, encapuchonné, obligé de porter des sous-vêtements féminins sur la tête, sexuellement humilié par des interrogatrices, soumis à des températures extrêmes et à des bruits intenses, aspergé d’eau froide. On lui injecta un produit liquide dans les veines, et comme il n’était pas autorisé à aller aux toilettes, il dut uriner sur lui. »

© Botero - Abu Grahib

© Botero - Abu Grahib

Illustré par les peintures de Botero extraites de son ouvrage Abu Grahib ce dossier peut être à plus d’un titre dérangeant notamment quand dans cet article, l’auteur affirme que les hauts dignitaires américains avaient l’impression de n’avoir rien fait de mal. Il conclut d’ailleurs par ces mots : « Dans l’Amérique de l’Après-11-Septembre, les idéalistes étaient rares ; un pragmatisme amoral borné, dominait. »

Des tortionnaires comme vous et moi

Ce dernier article est tout aussi intéressant puisqu’il s’appuie sur le livre du célèbre professeur Zimbardo, The Lucifer effect. Rappelez vous, ce chercheur est à l’origine de l’expérience de la prison de Stanford. Des prisonniers et des surveillants volontaires devaient se prêter à l’expérience définie par Zimbardo comme on le voit sur cette vidéo.

Rapidement, les prisonniers privés de sommeil commencèrent à présenter des symptômes de dépression et de déstructuration. Cette expérience montre que des gens ordinaires peuvent avoir des comportements inquiétants et cruels quand ils sont inscrits dans un groupe.

L’auteur fait un parallèle avec les exactions commises à Abu Grahib. Pour lui, « sous l’influence d’une autorité ou du lucifer1groupe, ils commettront des actes qu’ils seront plus tard stupéfaits d’avoir commis, des actes que la plupart des gens pensent qu’ils ne seraient jamais capables de commettre. ». Avec raison, Zimbardo invite à l’humilité : « rien ne nous permet d’affirmer que les atrocités sont le fait de quelques brebis galleuses, ni penser que seuls des gens loin de nous dans le temps et dans l’espace peuvent les commettre. »

Parfois, il semble dans cette ouvrage que la responsabilité collective efface la responsabilité individuelle ce qui est dérangeant. L’individu compte, même à Abu Grahib, les tortionnaires avaient le pouvoir de refuser ces actes.

Ce dossier demeure dans tous les cas très intéressant et se trouve inscrit dans une actualité brûlante. A lire et à relire pour mieux comprendre comment et pourquoi les démocraties peuvent-elles se mettre à torturer?


Et Sarkozy conquit l’Espagne

29 avril 2009

Après la polémique autour des propos du chef de lEtat français la semaine passée, tous les yeux étaient rivés vers lEspagne pour la visite officielle de Nicolas Sarkozy. Si les journaux espagnols ne devaient retenir quun seul point de cette visite, ce serait  sans aucun doute l’élégance de Carla Brunipourtant notre président a réussi à séduire lEspagne.

 

Pour commencer et tout de suite comprendre à quels points tous les regards étaient rivés sur Carla Bruni lors de ces deux jours en Espagne, il suffit de regarder ces quelques unes de journaux espagnols.

 

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 A lire les journaux espagnols, en tout cas ceux de mardi, il semblerait que la rencontre la plus attendue dans ce voyage officiel était celle des deux premières dames. On peut ainsi trouver des titres dans la presse telle que « le jour des premières dames », « jeux de dames », « princesses ». El Mundo, journal de référence s’il en est, proposait aux lecteurs de son site le sondage suivant : ¿Quién cree que iba ayer más elegante: la Princesa de Asturias o Carla Bruni?  Carla Bruni a été choisie comme la femme la plus élégante entre les deux à 67% ! Intéressant, non ?

 

La plupart des articles de mardi traite du charme de la première dame de France, de la couleur de ses vêtements, de la marque de sa robe… Un journaliste de La Vanguardia affirme que toutes les caméras étaient braquées sur elle, traquant le moindre de ses gestes. Elle séduit caméra, conclut-il. Certains chroniqueurs font même le parallèle avec Lady Diana… El País, le premier quotidien espagnol, nomme même Carla Bruni, « l’étoile de la première journée ».

 

Nicolas Sarkozy, n’a d’ailleurs pas mis longtemps à comprendre que sa femme était son atout popularité. Comme lors de leur visite en Angleterre, il a, à nouveau, mis sa femme en scène, en rendant hommage à une personne très populaire en Espagne : Carla Bruni…

 

Toutefois, les journaux retiendront aussi la grande popularité du président français en Espagne : les applaudissements à la tribune du Congrès et la très longue ovation à sa sortie ; mais aussi, les échanges d’amabilités entre Zapatero et Sarkozy le premier qualifiant leur relation d’ « intenso, profundo, sincero, sentido y para siempre » et le second, soulignant, comme pour rappeler une récente polémique, lintelligence du premier. Dans les colonnes espagnoles on parle damitié éternelle, et de nouvelle ère dans la collaboration entre les deux pays.

 

Grâce à sa femme et à ce que les journalistes espagnols considèrent comme une grande capacité didactique, Sarkozy a réussi à séduire lEspagne. Ce matin dans les colonnes dEl Mundo Santiago Gonzalvez affirmait que Sarkozy était le meilleur allié pour que lEspagne fasse son entrée dans le G-20 avant de le qualifier de « señor bajito, pero grande » (tout petit mais grand homme).


Le monde, Comment évoluent les valeurs des français ?

26 avril 2009

C’était l’article à lire absolument dans Le Monde daté d’hier. On peut le retrouver en partie en ligne ici. Cet article présente les grands traits de la quatrième enquête sur les valeurs des français depuis 1981. Cette enquête approfondie sur les valeurs des français (dont on peut trouver plus de détails à cette adresse) à donc lieu tous les neuf ans et mesure les évolutions des valeurs des Français.

Pour Le Monde, les principales leçons de cette enquête se résument ainsi :

« Le vol d’une voiture ou la triche dans sa déclaration d’impôts ne sont pas tolérés ; le divorce, l’avortement, l’éventualité de l’euthanasie même sont majoritairement admis. Neuf Français sur dix se disent très ou assez heureux de la vie qu’ils mènent, mais les deux tiers jugent que le gouvernement fonctionne mal. De même, neuf sur dix se déclarent ” fiers d’être français “, mais la xénophobie régresse et le regard porté sur les immigrés est plus tolérant. La demande d’égalité, pour la première fois depuis trente ans, devient plus forte que celle de liberté, en dépit des réquisitoires du président de la République contre l’” égalitarisme “. En revanche, le ” travailler plus ” sarkozyen rencontre manifestement les attentes des Français, mais pas forcément pour ” gagner plus “, tant le rapport à l’argent reste complexe. »

On peut noter, en outre, que « les valeurs de gauche et de droite sont aujourd’hui beaucoup plus camaïeu qu’autrefois, chacun composant son mélange de convictions politiques, en général quelque peu décalé par rapport aux grands systèmes constitués ». Ce qui est intéressant aussi à noter c’est que – bien que cette grande enquête ait eu lieu avant la crise – le nombre de français à vanter les mérites de la concurrence est passé en 18 ans de trois français sur cinq à deux français sur cinq ce qui constitue une baisse importante. Ce qui est particulièrement saisissant dans cette enquête, comme le résumait Le Monde, c’est la montée spectaculaire des valeurs égalitaires qui dépassent même la demande de liberté. Elles vont de pair avec la montée de demande d’autorité liée à la prégnance croissante de la question de la sécurité. Parallèlement on note une hausse de la libéralisation des mœurs qui se manifeste notamment par une plus grande acceptation de l’homosexualité, une baisse des opinions xénophobes et une diminution du nombre de partisans de la peine de mort et à l’inverse une hausse des pro-euthanasie.

Pour plus de détails, je vous invite à lire l’intégralité du compte-rendu de cette enquête qui peut à plus d’un titre être surprenante.


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