Le Pen, un 1er mai très anti-européen

2 mai 2009

Chaque année, Le Pen et le front national s’offre un rassemblement en l’honneur de Jeanne d’Arc, même si cette année on ne comptait que quelques milliers de participants (1200 selon la police, 5000 pour les organisateurs) le président du front national ne s’est pas privé de délivrer ce qui est généralement son discours le plus travaillé de l’année.

Jean-Marie et Marine Le Pen -1er mai 209 - REUTERS/Charles Platiau (FRANCE)

Jean-Marie et Marine Le Pen -1er mai 2009 - REUTERS/Charles Platiau (FRANCE)

2009, Jeanne d’Arc et l’Europe

Chaque année, à défaut d’aller écouter ce discours, je le lis et l’étudie. C’est généralement pour Le Pen l’occasion de mettre en œuvre les qualités rhétoriques qu’on lui connaît. Chaque année, j’arrive à être surpris par un point : sa capacité à relier l’histoire de Jeanne d’Arc à l’actualité. A quelques semaines des européennes, il est évident que le sujet principal de ce discours serait ces élections. Alors, les dix minutes consacrées à la pucelle d’Orléans au début du discours doivent laisser transparaître une critique acerbe de l’Europe.

Dès les premières phrases dédiées à « la plus grande, la plus pure, la plus éblouissante des héroïnes nationales et des martyres chrétiennes », on retrouve immédiatement une critique de ce que deviendra quelques siècles plus tard l’Europe. Pour ne citer qu’un seul exemple, notez que Le Pen déclare deux minutes après avoir entamé son discours que Jeanne d’Arc était une « jeune fille de la terre et du ciel, missionnée dans les temps d’infortune pour sauver la France en danger de disparaître par violence et par trahison, dans un ensemble étranger et de perdre, par là, sa souveraineté, son indépendance, sa langue, son identité. » On comprend vite de quoi il s’agit!

Dans ce discours les parallèles sont plus ou moins explicites. Par exemple, dans la phrase suivante, on devine un parallèle entre le Traité de Troyes du XVème siècle et les traités de Maastricht et Lisbonne : « le pays exsangue vient d’être livré à l’étranger par l’ignoble Traité signé à Troyes en 1419 par la Reine Isabeau, livré au Roi d’Angleterre Henri V de Lancastre. » Pour l’anecdote rappelons que ce Traité en question marque la "victoire" de l’Angleterre dans la guerre de cent Ans et prévoit qu’à la mort de Charles VI, Henri V Roi d’Angleterre devienne son successeur…

L’Europe vue par le FN

Tous ces parallèles entre Jeanne d’Arc et l’Europe actuelle vont ouvrir la voie à une vive critique de cette dernière.

Tout d’abord, il y a les mots. Le Pen excelle dans l’art de ressortir du placard des mots oubliés et pour en créer de nouveaux grâce à un travail sur les suffixes et préfixes. Dans ce discours, Le Pen sort de nulle part un vieux mot pour en créer une insulte digne du Capitaine Haddock : « Homoncules de l’Européisme ». Pour la culture, notons qu’un homoncule était un être vivant de très petite taille, aux pouvoirs néfastes et surnaturels que les alchimistes du moyen âge prétendaient pouvoir créer et que par extension il est devenu un synonyme d’avorton. Dans ce discours les « homoncules d’Européisme » sont les chefs d’État en faveur de l’Union Européenne… le ton est donné.

En ce qui concerne le travail des suffixes et préfixes, le président du front national n’a pas failli à son habitude. Le terme euro est décliné à toutes les sauces. Bien sûr, on pouvait s’attendre à l’euromondialisme un classique dans le vocabulaire frontiste. Ce mot apparaîtrait à quatre reprises dans le discours, mais sera aussi relayé par des termes comme européiste ou eurocrates. Dans la création lexicale, on peut aussi remarquer cette accusation portée à Nicolas Sarkozy, comme quoi ce dernier serait « xénophile ». Comprendre ici qu’il s’agit de l’opposé de xénophobe et donc s’approcherait de quelqu’un qui aime les étrangers…

Quelques expressions aussi sont à noter pour comprendre la position du FN sur l’Union Européenne. Le Pen emploie des expressions comme la décadence de Rome, en accusant l’Europe de « détruire l’Etat et les nations » ce sur quoi il insiste évoquant une « idéologie de la destruction de l’Etat » qui « annonce et prépare l’effacement de notre pays »

Il s’offrira par la suite une virulente charge contre le Parlement Européen pour qui nous allons voter le 7 juin prochain : « il prend une tournure ultra-féministe, ultra-anti-raciste, ultra-écologiste et ultra-homosexualiste, qui étouffe toute velléité de débat et fait peser sur chaque Député une insupportable chape de plomb intellectuelle et pseudo-morale. » On peut ici remarquer à nouveau le travail sur les préfixes qui crée un effet d’emphase et d’anaphore.

Enfin, il conclue en affirmant que « La France n’est plus que l’ombre d’elle-même. La France n’est plus la France » et se lance dans une longue série d’anaphores autour du terme dénationalisé. A titre d’exemples notons qu’il évoque « une jeunesse dénationalisée par l’expatriation » et « un Etat dénationalisé par l’Europe de Bruxelles ». « Non, il ne nous reste plus rien. Nous sommes nus, nus comme des vers dans le grand froid de l’hiver euromondialiste. » [sic]

L’immigration comme cause de tous les maux

Au-delà de ce thème, Jean-Marie Le Pen va encore ressasser les idées qu’on lui connaît. Et en profiter pour attaquer ses adversaires politiques. De Ségolène Royal à De Villiers, tout le monde en aura pour son grade.

Bien sûr, et comme c’était plus que prévisible, les extrêmes essaient de surfer sur la crise pour récupérer les voix qui leur ont fait défaut en 2007. Le président du FN donne donc ses propres chiffres de la crise. Il insiste sur les 7 millions de pauvres présents dans notre pays et affirme que « il y aura 11% de chômeurs officiels en 2010, en réalité 16 à 20 % de la population active, soit plus de 5 millions de personnes ».

Il y a quelques années, un slogan avait fait les choux gras de l’organisation d’extrême droite : « trois millions de chômeurs, trois millions d’immigrés. » Doublés pendant la campagne présidentielle sur ce sujet par Sarkozy et son ministère de l’immigration, le leader frontiste se devait de rebondir. Il annonce donc des statistiques sorties du chapeau. Selon lui : « Seuls 5% des immigrés qui rentrent chaque année sur notre sol le font au titre du travail, ce qui revient à dire que 95% sont d’une façon ou d’une autre à la charge de la collectivité. Et l’on assiste à l’explosion des besoins, en logements, en allocations familiales, en prestations diverses, ce qui plombe durablement les comptes de nos organismes sociaux, puisqu’un nombre croissant de ceux qui perçoivent ne cotisent pas. (…) Le pire, mesdames et messieurs, c’est que nous ne sommes plus les maîtres chez nous, dans nos banlieues, dans nos villes, et même dans nos campagnes. » Ces arguments fallacieux reposent sur du vent mais peuvent faire mouche.

Quant au bilan de Sarkozy en matière d’immigration, Le Pen parle d’ « une véritable imposture ». « Il n’a en rien réglé le problème de l’immigration. » Il reprend les chiffres du ministère de l’Intérieur qui montrent que pour 40 000 clandestins expulsés entre 200 et 300 000 rentrent illégalement sur notre territoire chaque année. Il conclut dès lors par cette affirmation sans retenue : « il faut dire et répéter qu’il y a un lien entre immigration et insécurité » ce qui est une fois encore un faux argument, tout à fait sans fondement, mais qui peut une fois encore faire son effet.

La préférence nationale comme solution

Une fois dressé cet affreux portrait des immigrés, Le Pen affiche sa solution : la préférence nationale. Pour lui, c’est « un principe fondamental de la nation » qui a été bafoué par « des marigots de la politique politicienne » , « ces chevaux de retour de la politique », « impuissants et corrompus.» Selon lui, « Le parc HLM français est largement occupé par des familles nombreuses immigrées, alors que les listes d’attente pour l’attribution de ces logements à des français sont de plus en plus longues. » Il voudrait donc qu’au même titre que le RSA ou que la CMU, les HLM soient données en priorité aux français… Avant de scander « Vive la préférence nationale, totale, intégrale, maximale ! », Le Pen « réclame l’inscription immédiate de la préférence nationale dans le Constitution Française » chose qui heureusement, ne sera pas possible avec la Constitution de la Vème République!

Tout au long de son discours, Le Pen s’adresse aussi aux jeunes, aux petits commerçants et aux catholiques par des petites phrases ciblées sur chacun des pans de son électorat. Par exemple, il prend la défense de Benoît XVI, selon lui : « les maffias idéologiques de notre temps ont pris pour cible, le Pape Benoit XVI à qui ne sont épargnées ni les diffamations, ni les injustices. » D’une manière plus surprenante, il va aussi s’en prendre à Jean-Marc Ayrault, « Maire de Nantes et président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale [qui] a dépensé plus de 7 millions d’euros d’argent du contribuable pour un mémorial de 7000 m2 dédié à l’abolition de l’esclavage. » Le Front national serait-il pour l’esclavagisme?

Dans ce discours d’une heure, Jean-Marie Le Pen a mis en avant son talent d’orateur pour essayer d’attirer à nouveaux les électeurs vers son parti siphonné par Sarkozy en 2007, les élections européennes étant avec les régionales de 2010, l’une des dernières chances de remettre le FN sur les rails pour 2012.


Sarkozy : deux semaines pour ça?

19 février 2009

Annoncée il y a près de deux semaines, l’intervention du chef de l’État a été une fois encore sans surprise. Petit retour sur la forme et sur le fond.

La justice

sarkozy1En réécoutant l’intervention du chef de l’État, je me suis amusé à noter les mots qu’il a utilisés le plus souvent. Bien sûr parmi les termes les plus employés on retrouve crise, réforme(s) et travail. Prévisible. Nicolas Sarkozy était déterminé à démontrer sa volonté de ne pas changer de cap, même si le chômage croît dangereusement, il ne jure toujours que par la « valeur travail » et n’arrêtera pas le train des réformes. On ne s’attendait pas à plus. Et pourtant, le mot le plus employé par le président – un beau pied de nez à l’opposition – était bien justice. Il est vrai que ce terme dans la bouche de Nicolas Sarkozy a dû en gêner plus d’un. Il en est ainsi. À six reprises il a donc mis en avant « l’esprit de justice » de ses mesures, justice qui doit être « une priorité en ce moment », même si le travail « est la clé de tout ». La justice passe notamment, dans son discours, par la suppression des bonus pour les patrons dont les entreprises font faillite ainsi que les autres décisions que l’on ne détaillera pas ici. Dans cette allocution soigneusement préparée et enregistrée, il y a pourtant une phrase plus que surprenante : « au delà de ces mesures de justice (…) les réformes doivent continuer ». Qu’a-t-il bien pu vouloir signifier par cette phrase? Ses réformes dépassent l’idée de justice, est-ce que cela signifie qu’elles sont injustes? Un aveu?

Où sont les syndicats et les DOM?

Tout au long de cette allocution, je n’ai cessé de me poser deux questions où sont passées les négociations avec les syndicats et quand va-t-il évoquer la crise aiguë qui agite l’Outre-mer ? Je n’ose pas imaginer la déception des uns et des autres sur ce sujet. Une fois encore Sarkozy qui aimait tant agir sans réfléchir réapprend le temps long. La crise en Guadeloupe sera l’objet de nouvelles discussions, rien de concret n’est apparu ce mercredi. Lui qui était allé au Tchad chercher quelques otages, ne se rend même pas dans une région sinistrée de France qui ne cesse de demander de l’aide depuis plusieurs semaines…

Quant à la rencontre avec les syndicats, je dois avouer que j’ai été choqué devant le déni de démocratie de notre président. Il n’avait cessé de répéter le 5 février dernier que les décisions ne seraient prises que ce mercredi lors de la rencontre avec les syndicats. Mercredi soir, il nous a offert une allocution enregistrée probablement rédigée la veille. Toutes les propositions annoncées étaient déjà listées dans un article du monde.fr paru avant la rencontre avec les syndicats. A quoi sert cette réunion – soit disant "sommet social" – autant mise en exergue par le président si les décisions sont déjà prises?

Aujourd’hui c’était ma réponse

La semaine passée, dans le cadre de la mobilisation des universités contre la réforme du statut des enseignants-chercheurs, j’ai assisté à une conférence de Pierre Rosanvallon sur le sujet : « un pouvoir autiste même élu est-il légitime? » La question se pose réellement aujourd’hui. La consultation avec les syndicats n’a servi à rien. Le président n’écoute que lui-même et éventuellement ses conseillers. Il l’a d’ailleurs dit clairement à la fin de son discours. « Aujourd’hui c’était ma réponse aux conséquences sociales de la crise ». S’il a veillé à contrôler l’utilisation du je et qu’il a tenu à dire que ces réformes émanaient du gouvernement, le président de la République nous a tout de même gratifier de ses sempiternelles : « j’ai été élu pour », « c’est mon rôle de chef de l’Etat » et « c’est ma responsabilité »… Sa réponse est claire, « le seul chemin qui vaille » c’est l’effort. Il a dramatisé les conséquences d’une augmentation possible du SMIC qui concerne « à peine un travailleur sur dix » (en fait 1,7 sur dix tout de même) et a une fois encore prouvé qu’il était en campagne perpétuelle en attaquant de manière latente les 35 heures qui ont « ruiné la compétitivité du pays ». Il ne nomme pas la réforme et préfère la désigner par « les erreurs du passé » qui ont « sacrifié l’avenir au présent » et qui étaient « une politique de facilité ». J’ai pu montrer que Nicolas Sarkozy s’était emparé du terme de justice. Il a, de plus, fait ressurgir un peu de son vocabulaire gauchiste qu’il employait ces derniers temps en évoquant son grand chantier de moralisation et de re-fondation du capitalisme…

Que faut-il en retenir?

Si sur la forme rien ne change, force est de constater que le président de la République a tout de même fait quelques concessions sur le fond en annonçant 2,6 milliards d’euros consacrés à la relance par la consommation. Rien à voir bien sûr avec ce qui était demandé il y a deux semaines dans les rues, mais c’est tout de même une forme de compromis. Que faut-il en retenir? Il est évident que ce ne sont pas ces quelques réformes qui vont relancer l’économie. Il faut espérer que les milliards précédents jouent leur rôle car on ne relancera pas la France avec moins de 100 euros par foyer ! Les journaux qui ont déjà réagi à l’heure où j’écris ces lignes sont évidemment partagés. Le Figaro a surtout retenu l’une des phrases d’introduction de l’allocution présidentielle : «Nous sortirons de la crise en modernisant la France», Le Monde rappelle que ces mesures visent les classes moyennes alors que Libération titre – à mon avis maladroitement – « le paquet social de Sarkozy ». Ce titre est surprenant pour un journal proche de l’opposition parce que les mesures annoncées par Sarkozy ce mercredi soir sont loin d’avoir l’ampleur du « paquet fiscal » qui est pris comme référence. En utilisant, un tel titre, sans le vouloir, le journaliste de Libération donne du crédit aux réformes du chef de l’État. Les déclarations seront surement plus nombreuses ce jeudi mais on peut d’ores et déjà noter que Martine Aubry a fait savoir que ces propositions n’avaient rien d’un plan de relance alors que Benoît Hamon parle d’une « aumône aux plus fragiles ».

Dans cette allocution qui fait semblant d’être le fruit des négociations de l’après-midi, Nicolas Sarkozy n’a pas annoncé la moindre mesure surprise qui aurait pu lui redonner du crédit. Si je ne suis pas capable de juger l’effet des réformes annoncées, il semble évident qu’en les dévoilant juste après la rencontre avec les syndicats, le chef de l’État a voulu paraître plus ouvert et plus à l’écoute alors que concrètement tout était planifié depuis longue date. Ce qui est choquant, c’est que finalement, il aura fallu attendre deux semaines depuis sa précédente intervention pour que Nicolas Sarkozy annonce sa propre réponse à la crise dont nous ne sommes qu’à la moitié… Même s’il a appelé les syndicats « à la raison », il est tout à fait possible que la grève prévue au mois de mars soit maintenue et qu’elle soit tout à fait populaire… affaire à suivre !


Nicolas Sarkozy, sans surprise

25 avril 2008

Ce matin toute la presse nous parle de l’intervention de Nicolas Sarkozy d’hier soir. La plupart des commentateurs soulignent un président calme qui a su rester humble. Pour Libération, Sarkozy a « gardé le cap », Le Monde voit un « changement de style sans céder sur le fond », alors que Le Figaro parle d’un « nouveau discours de la réforme ». Y-a-t-il donc vraiment eu un changement radical ?

Certes, on a eu pour la première fois, une sorte de mea culpa. Il a répété à l’envie « j’ai ma part de responsabilité », mais aussi des expressions telles que « sans doute moi-même j’ai fait des erreurs », « on a commis une erreur » ou à propos du paquet fiscal « nous avons fait une erreur de communication totale ». C’est vrai que contrairement aux précédents discours, notamment à celui du 8 janvier, il a évité de mettre sa vie personnelle en avant, a soigneusement évité les questions à ce sujet, et a essayé de limiter les anaphores. Nous avons échappé aux sempiternelles « j’ai été élu pour… » et autres figures de styles dont il nous régalait lors de ses discours. Mais toutes les figures de style habituellement utilisées n’ont pas disparu, nous le verrons. Parmi les autres changements, nous avons eu un président qui s’appuyait cette fois-ci sur de nombreuses références chiffrées. On a cru un moment assister au débat Rajoy-Zapatero où l’on se battait à coup de graphiques en bâtons et de diagrammes. Les chiffres ont toutefois été cantonnés au début de l’émission et n’ont jamais été vraiment expliqués. On ne sait pas d’où sortent les estimations, ni d’où viendrait l’argent quand il en est question. Soit. Ceci nous amène tout de même à réfléchir à la véracité des chiffres avancés, surtout lorsque le président nous apprend que la forêt amazonienne est à peu près aussi grande que la France (sauf erreur de ma part, elle fait plusieurs millions de km², et doit être 8 fois plus grande que notre pays). Passons pour revenir plutôt à ce qui n’a pas changé dans ce discours.

Je le disais plus haut, le style présidentiel, n’a pas totalement changé. Certes, plus de Rolex ni de Ray-Ban, mais à part ces détails on retrouve beaucoup du candidat Sarkozy. Hier soir, Nicolas Sarkozy, a été interviewé par 5 journalistes, c’est beaucoup, on a d’ailleurs souvent souligné que cela ressemblait aux émissions des années 80, comme l’heure de vérité. Beaucoup de journalistes, et pourtant, aussi étrange que cela puisse paraître, ce ne sont pas les journalistes qui ont posé le plus de questions hier, c’est Nicolas Sarkozy. Dès qu’il le pouvait, il répondait aux questions par une autre question, rhétorique le plus souvent. Quelques exemples. « Ca veut dire quoi ?», « Mais pourquoi ? » ou beaucoup plus fort encore, prenant en otage sont interlocuteur, « Est-ce que vous trouvez ça choquant ? », la réponse à ce moment là, ne peut-être évidemment qu’un non. Les deux exemples les plus marquants, c’est à mon sens, le moment où il va déstabiliser, décrédibiliser, la journaliste Véronique Auger, en lui demandant si elle savait depuis quand la France est en déficit. Elle ne connait pas la réponse exacte, mais essaie de répondre pour ne pas se laisser déstabiliser, « euh, vingt-trente ans ». Facile pour le président qui avait répété de lui dire que la réponse était 34 ans, plus dur pour la journaliste de rebondir. Mais Nicolas Sarkozy, ne s’arrêtera pas là, il veut s’en prendre à Yves Calvi, le seul qui a été incisif, l’un des plus aptes à rebondir dans un débat (et pour cause, il s’entraine tous les jours !). Comment le déstabiliser ? Facile. La loi sur les retraites prévoit que tout le monde cotisera 41 ans, sauf changement majeur, Nicolas Sarkozy, lui demande donc si, à son avis, il y a un changement majeur. Le journaliste, qui n’est pas venu ici pour donner son opinion, s’en trouve embarrassé, et alors qu’il maîtrise totalement l’exercice, va offrir un blanc de quelques secondes qui passe très mal à l’antenne et qui renforce la supériorité de son interlocuteur, bien joué.

En dehors de ces éléments, on retrouve aussi la prégnance, de ce qui fait le régal de tous les imitateurs de Nicolas Sarkozy, son inévitable réflexe de toujours s’adresser aux journalistes en les nommant. « Je vais vous dire Monsieur d’Arvor », « Vous m’avez compris, Monsieur Calvi ? » … Ce dernier semble-t-il était le redouté par le président, puisqu’il est le seul qu’il a cherché à attaquer, notamment en lui disant « je regarde souvent vos émissions »…

Pour le reste, pas de surprises non plus, les trente cinq heures sont une « catastrophe économique et sociale », « le problème de la France c’est qu’on ne travaille pas assez », « travailler plus pour gagner plus »,… Pas de régularisation globale des sans-papiers ; même si ça semble de plus en plus improbable, on parle toujours de faire disparaitre le déficit de l’Etat pour 2012 ; on n’oublie l’idée du vote des étrangers aux municipales, mais on continue à critiquer le capitalisme financier (« qui marche sur la tête ») et enfin on insiste pour dire que ce qui se passe en Afghanistan n’est pas une guerre. Passons, sur les propositions, que l’on connait déjà tous, le RSA sera la solution au retour à l’emploi et il ne coûtera que 1 milliard d’euros, ce qui n’est rien à côté des 20 milliards qu’ont coûté les 35 heures. 20 milliards d’euros, mais d’où sort ce chiffre ? Même lorsqu’il était candidat (alors que tout le monde affirmait qu’il exagérait un peu), il n’était jamais allé jusqu’à dire que les 35 heures avaient coûté 20 milliards (au maximum il avait déclaré 17, il me semble). L’avantage, c’est que le coût des 35 heures est tellement complexe à calculer, que personne ne s’y est vraiment aventuré, et par conséquent, tout le monde peut estimer le coût à sa guise. L’OFCE (observatoire français des conjonctures économiques) estime cependant que le coût n’a pas pu excéder le 7 milliards d’euros. Mais ce chiffre, n’est qu’un exemple des attaques qui ont été fait à l’autre camp, même président, Nicolas Sarkozy n’en reste pas moins en campagne, il est venu à la télévision pour montrer que ses réformes forment « un ensemble cohérent », un discours avec un avant (ou arrière) goût de campagne.


Guaino, une plume bien mal inspirée.

10 octobre 2007

La joute oratoire entre BHL (devrais-je dire PCP ?) et Guaino a marqué l’actualité de la journée. Un mot me vient à l’esprit : dommage ! Bernard Henry-Levy accuse celui que l’on appelle « la plume de Sarkozy » (Je me passerai de l’appeler « le nègre », par peur de mauvais goût.) de racisme, et celui-ci ne trouve rien de mieux à faire que de lui répondre qu’il n’est qu’un « petit con prétentieux » qui «a la bave aux lèvres, avec la haine qui suinte de partout ».

Dommage, en effet, puisque le débat sur le caractère raciste – ou non – de ce discours n’a du coup pas avancé. Cette accusation avait permis de remettre sur le devant de la scène ce discours qui n’avait que faiblement influencé nos préoccupations estivales. Proclamé à l’Université de Dakar (Sénégal) il avait pourtant suscité une onde de choc en Afrique et indigné plusieurs intellectuels. Parmi eux on compte une historienne malienne qui travaille actuellement sur un ouvrage du type l’Afrique pour les Nuls qu’elle a ironiquement intitulé : Mettre Sarkozy à niveau de connaissance de l’histoire africaine.

Jean Daniel avait posé le débat sur le caractère raciste, ou non, de ce discours dans les colonnes du Nouvel Obs’. Il n’a pas souhaité trancher préférant souligner la dualité de ce discours en montrant qu’il y a certes des termes choquants mais que «jamais sans doute un Président n’avait été aussi loin dans la critique de la colonisation ». Notre Président a, en effet, vivement critiqué le colonisateur qui « a exploité, pillé des ressources, des richesses qui ne lui appartenaient pas » et « a dépouillé le colonisé de sa personnalité, de sa liberté, de sa terre, du fruit de son travail. ». Il a en outre souligné que l’esclavage avait été un « crime contre l’humanité toute entière », répétant à quatre reprises l’expression « ils ont eu tort ».

Certes, ce discours controversé contient ces termes, mais Nicolas Sarkozy avait aussi profité de cette occasion pour souligner à nouveau les « bienfaits » de la colonisation. Il a, en effet, montré que les colons avaient « construit des ponts, des routes, des hôpitaux,… » tout en rappelant que « la colonisation n’est pas responsable de toutes les difficultés actuelles de l’Afrique », qu’elle n’est pas « responsable des génocides », « des dictateurs » ni « du fanatisme » ou « de la corruption ». Ce n’est pas la première fois que notre Président tient de tels propos, ce n’est pas forcément un avis que tout le monde partage, ce n’est pas pour autant qu’il peut être qualifié de « raciste ».

En « s’arrêtant » un peu plus sur les mots de ce discours, on trouve pourtant quelques syntagmes ambigus. Tout d’abord si l’on s’arrête sur la façon dont M. Sarkozy désigne les « Africains », on note qu’il utilise des expressions telles que « l’homme africain » ou « l’homme noir ». On ne peut pas dire en soit que ces termes soient de nature « raciste », mais force est de constater que ce n’est pas une manière classique de designer un peuple. Notons au passage que l’adjectif « noir » apparaît tout de même à six reprises dans ce texte. Cependant, le débat tourne plutôt autour de quelques phrases litigieuses. En effet, dans ce discours, on a pu entendre que «l’homme africain ne s’élance jamais vers l’avenir », qu’il « n’est pas assez entré dans l’histoire » et que corollairement « il n’y a de place [dans son histoire] ni pour l’aventure humaine, ni pour le progrès ».

Ce n’est pas à moi de trancher si ces termes sont racistes ou non, mais je peux en revanche déplorer que nos intellectuels préfèrent échanger des insanités – au demeurant amusantes – que débattre sur la nature de ces termes controversés.


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