Siné Hebdo, un journal mal élevé?

2 novembre 2008

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Que penser de cet hebdomadaire impertinent qu’est Sine Hebdo? Deux mois et huit numéros plus tard, les ventes semblent se stabiliser, plutôt au dessus de son rival Charlie Hebdo.

J’ai eu l’occasion d’acheter quelques uns des numéros parus et j’ai aujourd’hui un peu de mal à faire un bilan. Je ne vais pas nier que quelques pages, quelques dessins n’ont pas manqué de me faire marrer. C’est le cas par exemple de ceux qui sont présentés ci-dessous (extraits des numéros 1,3,4,5)

Je ne vais pas cacher non plus que j’ai ri parfois devant quelques uns des textes.

« _ Cette crise c’est pire qu’un divorce

_ Comment ça?

_ J’ai perdu la moitié de ma fortune et ma femme est toujours à la maison »


J’aime aussi (parfois) la bande dessinée S & fils qui est assez bien sentie et qui réussit à faire passer en trois dessins une forme d’humour. On y voit le fils Sarkozy regretter d’avoir épouser la fille Darty face à tout l’électroménager reçu en cadeau, il préfèrerait avoir épouser la fille Porsche, on le voit réclamer un scooter en plaqué or pour le retrouver plus facilement, on le voit aussi demander comment remercier Rachida Dati – comme l’a fait Bernard Tapie – pour ce qu’elle a fait pour lui,… Il est vrai que ça ne vole pas haut, mais ça peut quand même faire rire. Bête et méchant.

Oui mais voilà, dès le numéro un, Siné a voulu affirmer qu’il souhaitait faire un journal très différent de Charlie Hebdo. Il a affirmé qu’il avait réuni « sous [sa] bannière de pestiféré, une bande de trublions bien décidés à ruer dans les brancards du pouvoir ». A la découverte de la liste on ne peut qu’être un peu surpris. Delfeil de ton (dont la présence n’est pas à la base pour me déplaire) a déclaré « Elle a de la gueule cette équipe ». C’est une façon de voir les choses. En tout cas, c’est assez surprenant de voir présents des chroniqueurs comme Alevêque, Didier Porte, Guy Bedos, Noël l’entarteur Godin, Philippe Geluck ou Isabelle Alonso. Ce n’est pas une grand équipe de révolutionnaires comme on aurait pu le croire. A 80 ans, Siné semble revenir plein centre pour faire un journal mal élevé mais pas trop. Un peu provocateur mais pas trop. L’objectif numéro un semble clair, pas de provocations inutiles, pas de risque de procès. Comme il le dit si bien dans cette interview, « un journal qui a un procès par numéro ne peut pas survivre »… On comprend ainsi mieux le succès de cette parution hebdomadaire, ne pas trop choquer, plaire au plus grand nombre et cætera.

En dehors de ces a priori, on peut affirmer que les articles sont un peu à l’image de ce que l’on vient d’évoquer. Quelques uns sont tout à fait réussis, l’article de Michel Onfray sur Edvige m’a plu par exemple. Il est cependant un peu dans le même ton que tout le reste du journal. Pas vraiment mal élevé, ni provocateur on l’a dit, mais pas vraiment anarchiste, anti-pouvoir,… C’est en fait plutôt une résurgence de ce que l’on appelait le TSS, tout sauf Sarkozy. Une forme d’anti-sarkozysme primaire.

La rubrique d’Etienne Liebig m’a paru séduisante sur le papier. L’idée de dénoncer les rues mal baptisées est souvent un vrai enjeu politique. Une partie de l’onomastique politique s’intéresse d’ailleurs à la toponymie et ses enjeux symboliques. L’idée était donc intéressante, la réalisation est pourtant peu convaincante. Si la critique des rues associées au nom de Canrobert, Vincent d’Indy ou Jean-Louis Armand de Quatrefages semble recevable bien que pour autant contestable dans certains cas, si la place Maurice Barrès devrait en effet être renommée que penser des boulevards et rues au nom de Vincent Auriol et de Louis Adolphe Thiers qui ont tous les deux été présidents de la République.

Que penser de ce portrait d’Adolphe Thiers? « En 1871, alors chef du gouvernement, il fait exécuter au moins 25 000 communards et déporter les survivants du massacre au bagne de Nouvelle Calédonie. On lui doit aussi quelques exécutions sommaires d’ennemis politiques. » Si ce portrait n’est pas pour ainsi dire erroné, on est obligé de remarquer qu’on pourrait lui opposer une autre vision de l’homme celui que Gambetta voyait comme un « libérateur du territoire ». Il en va de même pour Vincent Auriol qui est vu comme le « père du plus grand massacre colonial »… Une rubrique peut-être tout simplement un peu trop importante pour se contenter d’un petit encadré en dernière page.

Le reste des articles est parfois composé de vraies réussites, mais dans la plupart des cas on reste sur notre fin. Delfeil de Ton se contente de mettre en œuvre une fine part de son talent d’éditorialiste pour nous conter son histoire d’Hara Kiri, les autres chroniqueurs semblent avant tout contraints de respecter un format d’articles courts et efficaces.

Ni libertaire sur le fond, ni libertaire sur la forme, ce journal peut en décevoir plus d’un mais c’est le prix à payer pour faire un hebdomadaire qui plait au plus grand nombre ce qui doit permettre à Siné de savourer une forme de victoire sur Charlie Hebdo.


Second tour des municipales et cantonales, les mots de la presse.

17 mars 2008

La semaine passée nous nous étions intéressés à la difficulté pour les rédactions de trouver le mot qui résumera le mieux le premier tour des élections présidentielles. Une semaine plus tard, même casse tête pour les journalistes français et européens, visite guidée.

A part Le Figaro qui titre sur la « belle victoire de Gaudin », tous les autres journaux mettent en avant la victoire de la gauche. Le titre du Figaro fait d’ailleurs figure de lot de consolation mais aussi de cas à part, pour Libération, ce serait faire preuve de « mauvaise fois soviétique » que de soutenir que la droite n’a pas perdu ces élections. Ce journal joue le titre humoristique en passant du président « bling bling » à l’expression cartoonesque « et bling ! ». Laurent Joffrin dans son édito utilise les termes de « désaveu cinglant» et même de « fiasco ». Il est relayé par toute la rédaction, on peut d’ailleurs lire que « l’UMP voulait croire à la bourrasque, c’est une tornade qui s’est abattue hier sur le parti présidentiel ». Si l’on regarde encore un peu plus à gauche, L’Humanité titre : « la gauche confirme » et parle d’un « nouvel échec pour Sarkozy-Fillon ». Pour Pierre Laurent, éditorialiste, « la sanction est claire et nette ». Le Parisien – Aujourd’hui en France, parle de « déferlante». Pour eux « Nicolas Sarkozy à bel et bien reçu une claque ». S’intéressant à Metz, qui a pour la première fois depuis 1848 un maire de gauche, les éditorialistes affirment que la gauche va devoir gérer sa victoire. Sur le web, Le Monde titrait que « le succès de la gauche au municipale confirme sa dynamique locale » puis que la droite a été « sanctionnée aux élections municipales ». Passé le titre que nous citions, Le Figaro affirme que la gauche possède maintenant « une force de frappe territoriale considérable », mais Etienne Mougeotte, loin de parler de désaveu en appel à des « réformes, plus vite, plus fort ». Reconnaissant que la gauche a obtenue une « écrasante victoire », Olivier Pognon a une expression surprenante « la droite sauve Marseille », on se demande de quoi Marseille a été sauvée, mais c’est ainsi.

Avant de passer à la presse européenne, notons un autre fait marquant dans les colonnes de nos journaux, les réactions à contre-courant des ministres du gouvernement. L’Humanité cite quelques phrases clés : « la majorité est un peu égratignée » (Brice Hortefeux), « le second tour des élections est un rééquilibrage entre la droite et la gauche » pour Patrick Devedjian, alors que Jean-François Copé parle de « conjugaison des impatients et des mécontents. ». Dans l’édito d’Aujourd’hui en France, les journalistes écrivent : « sur les plateaux de télévision, les leaders de l’UMP avaient beau, une fois de plus, minimiser la portée du scrutin, insistant sur ses enjeux locaux et niant la vague rose puisque Marseille a résisté, les faits sont là. ». Libération affirme « vous avez perdu et bien perdu ces élections municipales, vos affidés, vos porte-voix et votre Premier ministre ont beau soutenir le contraire, ce premier scrutin, tenu dix mois après votre élection, se solde par un désaveu cinglant ». Laurent Joffrin continue sur le même ton, « dans un sondage portant sur 44 millions de personnes interrogées, ce qu’on avait deviné : le charme sarkozien s’est rompu en quelques mois ».

Ces analyses présentées, regardons ce qu’il en est chez nos voisins européens. Commençons par l’Espagne qui a été très réactive et qui dès hier soir donnait déjà des informations sur le scrutin. Pour El Mundo, « La droite française subit un revers au deuxième tour des élections municipales ». El pais va plus loin en affirmant que l’impopularité du président français a été un boulet pour l’UMP qui a même perdu des villes qu’ils tenaient depuis des décennies, ce journal titre : « la gauche émerge comme force d’opposition ». Nos voisins italiens sont encore plus sévères sur le constat, le Corriere de la Sera titre « La France punit Sarkozy » alors que La Repubblica préfère : « Les élections en France, un coup pour Sarkozy ». Ces titres sont retrouvés chez d’autres de nos voisins européens, le Financial Times parle aussi de « coup pour Sarkozy » et le journal munichois, le Süddeutsche Zeitung titre « Les français punissent Sarkozy aux élections municipales ». L’humour suisse a encore marqué des points ce matin avec ce titre de La Tribune de Genève : « La France d’en bas inflige une claque au pouvoir ». Ils analysent tout de même plus en détails cette élection en affirmant que « Déjà majoritaires dans les régions, les socialistes possèdent désormais plus de villes et de départements que la droite. Le MoDem est l’autre grand perdant avec l’UMP de Sarkozy. ». Les quotidiens belges n’ont pas non plus manqué de réagir sur ce scrutin, Le Soir évoque un « sévère avertissement », et parle même d’« un vote sanction qui devrait pousser le Président à (ré)agir. ». Malgré son titre très net, « la gauche l’emporte très largement », La libre Belgique est plus modérée, le journaliste évoque « une vague rose à l’égal de la vague bleue de 2001. ».

Vous l’aurez compris, bien que les résultats donnés par les journaux soient en grande majorité des résultats définitifs, il n’est toujours pas possible de donner une interprétation claire et objective. La seule chose qui semble faire consensus, c’est que le MoDem va avoir du mal à s’en relever. « Le MoDem risque aujourd’hui d’être éliminé pour un certain temps de la scène nationale » écrit même Le Parisien ; Le Figaro surenchérit en écrivant que François Bayrou « aura beaucoup de mal, dans les mois à venir, pour trouver l’oxygène nécessaire afin d’aller jusqu’en 2012 sur sa route solitaire, refusant les sentiers de la majorité autant que ceux de l’opposition », affaire à suivre.


Elections municipales et cantonales, les mots de la presse.

10 mars 2008

« Poussée », « ajustement », « cuisant revers », difficile de trouver le mot qui résumera les élections municipales et cantonales qui ont vu une progression du vote de gauche par rapport aux élections de 2001.

Difficile de tirer une conclusion donc, la droite veut minimiser la défaite : « Ce ne sont pas de bons résultats naturellement, mais en même temps ils ne sont pas si mauvais que les sondages les ont annoncés. » [Patrick Devedjian, secrétaire général de l’UMP] et la gauche veut se garder de tout triomphalisme de peur de démobiliser son électorat au second tour : « Ce premier tour marque la volonté d’avertir le président de la République et le gouvernement sur la politique menée depuis neuf mois, en particulier sur le pouvoir d’achat (…) Rien n’est gagné ou joué, c’est encourageant mais une autre étape doit être franchie » [François Hollande, encore premier secrétaire du PS]. Pour Le Parisien, Aujourd’hui en France, la droite va essayer de « nier l’existence de vague rose et parler de résultat pas si mauvais » et la gauche va se battre pour la participation au second tour.

Cette volonté de modérer le vocabulaire se retrouve donc dans les journaux. On évoque éventuellement une « vague rose » dans les journaux de gauche, mais en tout cas ce n’est pas le tsunami attendu. « Le raz-de-marée n’a pas eu lieu » écrit Libération ce que confirme La Croix pour qu’il il n’y a pas eu « un raz-de-marée ». La bataille des mots a lieu dans tous les journaux, par exemple pour l’Union de Reims c’est une « grosse gifle pour la droite » alors que pour Est Eclair, il n’y a « pas eu de gifle », autre mot, même sens, pour Aujourd’hui en France, « ce n’est pas un claque ».

Notons tout de même quelques constantes, on parle volontiers de « poussée de la gauche», voire de « forte poussée » ou d’ « avertissement » et de « vote sanction ». Mais chaque journal a son propre vocabulaire, ainsi L’Humanité préfère « la gauche en conquête », parlant de « sérieux coup d’arrêt » et de « cinglant désaveu » et de « cuisants revers ». Libération, logiquement plus modéré, parle de « déception qui entoure le succès ». Le Figaro, enfin aspire à « contester la vague rose », citant le premier ministre, le journaliste affirme que les résultats « plus équilibrés qu’annoncés ». Pour eux « la gauche progresse mais la droite résiste mieux que prévue ». Ce verbe « résister » est d’ailleurs utiliser à de très nombreuses reprises dans les colonnes de ce journal, comme un appel à utiliser son bulletin de vote comme arme contre la gauche qui veut envahir toutes les mairies.

Les journalistes ne vont pas être avars en métaphores, notamment sportives. Dans les colonnes de Libération, Nicolas Sarkozy est dépeint comme un « avant-centre talentueux qui s’obstine à marquer contre son camps » et de nombreux journaux utilisent le terme « carton jaune ». C’est Le Figaro qui va le plus loin dans cette métaphore, « Les Français devront réfléchir avant de sortir un deuxième carton jaune dimanche prochain. Comme au foot, où un deuxième carton se transforme en carton rouge, une faible mobilisation de la droite et du centre au deuxième tour pourrait amplifier la poussée socialiste », il aurait pu ajouter que ce serait un véritable carton pour les « rouges » mais, il n’a pas osé, je pense ! Les métaphores footballistiques étaient les plus nombreuses, ce qui n’est pas rare comme le soulignait le politologue Denis Barbet dans un article intitulé « La politique est elle footue ? » (Revue Mots, septembre 2007), mais elles n’étaient pas seules, de nombreux journaux se demandent si le PS va, ou non, transformer l’essai marqué ce dimanche.

Quand la politique vole le vocabulaire du foot, il ne faut pas qu’elle s’indigne que celui-ci se défende, ainsi, L’Equipe titre « Lyon, garde son siège » et dans le Figaro on peut lire « Lyon élu sans ballotage » à propos de la victoire 4-2 de L’OL face aux girondins de Bordeaux.



GQ – lancement réussi

25 février 2008

GQ – 120 sec
Vidéo envoyée par masculin.fr

C’est le buzz médias de la semaine – si on excepte les excès de langage présidentiel – un nouveau mensuel pour homme vient de paraître, GQ. GQ où comment faire un titre paradoxal en deux lettres. GQ signifie, en effet, Gentlemen’s Quarterly soit le trimestriel des gentlemen, or c’est un mensuel. Passons. Ce mensuel se veut « masculin, beau et intelligent », tout un programme. Mais GQ s’appuie sur son expérience, rappelons que c’est déjà un mensuel de référence dans douze pays en matière de sport, mode, culture, … Il appartient au même groupe que Vogue ou Vanitiy Fair, et a commencé sa parution en 1957 Outre-Atlantique. Cette revue a eu pour égérie des personnalités telles que Richard Gere, John Travolta, Michael Jordan, Sting, Harrison Ford ou Sean Penn, pour son lancement en France, c’est Vincent Cassel qui assume ce rôle.
Ce magazine se veut, vous l’aurez compris, ouvert aux préoccupations de l’homme. Bien que son rédacteur en chef, soit une rédactrice, Anne Boulay, GQ parle de l’homme en disant « nous ». Dans ce numéro 1, tous les sujets sont traités, de l’homme au foyer, en passant par le foot, les belles voitures, le ciné, la culture, la politique, mais aussi comment bien porter un costume-cravate… On y trouve des recettes de cuisine, un reportage au cœur d’une milice talibane et même un peu d’économie. Au centre de ce magazine, on peut apprécier la rubrique Salon, qui laisse tribune libre à des écrivains plus ou moins célèbres ; on retrouve d’ailleurs avec plaisir Nicolas Rey, que nous avions un peu perdu de vue depuis la sortie de Courir à trente ans.

Je pense que vous l’aurez déjà compris, j’ai aimé que dire j’ai adoré ce magazine. Petites explications. J’aime le soin apporté aux photos, que ce soit celles des talibans ou celles des places boursières, ces photos sont esthétiquement belles tout en étant surprenantes. J’aime aussi le soin apporté aux mots, par exemple, la définition du geek : « c’est Peter Parker avant qu’il ne devienne Spiderman. Un adolescent boutonneux à lunettes fan d’informatique et amoureux en secret de la plus belle fille du lycée. ». Mais aussi la rubrique salon, dont le style – bien que très littéraire – intéresse, attire, informe. J’ai beaucoup apprécié l’entretien Bayrou-Beigbeder, le procédé paraît artificiel – mettre deux personnalités autours d’une table et enregistrer – mais le résultat est très intéressant, beaucoup plus que la plupart des interviews politiques. J’ai aussi aimé passer d’articles en articles divers et variés, des photos de Jean-Loup Sieff à l’orgasme féminin en passant par le Rubbot ou l’anti-coup de foudre.

Ce n’est pas très positif, de finir par pointer les défauts de ce magazine, mais je dois bien y faire un petit crochet. Les amateurs de mode et de tendance resteront un peu sur leur faim, il manque un peu de pages consacrées à ce sujet. Ainsi quand dans le sommaire vous lisez « L’équipe de France a-t-elle un style ? », je m’attendais à une analyse du look des footballeurs, malheureusement c’était un article sur le style de jeu… On relègue à la fin du journal les rubriques qui se doivent d’être présentes dans un magasine masculin, soit les belles voitures, les belles femmes et le foot, personnellement j’aurais bien réduit un peu les articles sur ces sujets (qui a dit supprimé ?) pour mettre un peu plus de deux recettes de cuisine mais bon je ne suis pas le seul lecteur de GQ, il faut bien que ça se vende !

En résumé, ce magazine s’adresse aux hommes qui en ont marre de finir sur les forums féminins quand ils recherchent une recette de cuisine, qui prennent soin de leur look et sont prêts à assumer qu’on leur parle avec des termes tels qu’ « über-beauf ». Quant à moi, si je ne devais en dire que deux mots ce serait surement Merci. Encore.


Jouer pour cinq fois plus, « Les Français pensent qu’» on se fout d’eux !!!

18 février 2008

Cette fois-ci, on peut le dire, TF1 touche le fond. Pour relancer l’audimat du dimanche soir avant l’émission 7 à 8, la chaine a racheté les droits de l’émission américaine Power of ten. Le principe est simple, gagner toujours plus en en faisant toujours moins. L’appât est le même qu’à qui veut gagner des millions, le fameux million d’euros, mais cette fois-ci il faut deviner « ce que pense les Français ».

Bien sûr, l’idée n’est pas neuve, La famille en or lui doit ses belles heures, et Attention à la marche exploite aussi le filon. Mais force est de noter quelques différences tout de même. Rappelons les règles de ce jeu. Pour arriver au million d’euros, le candidat doit répondre à cinq questions que l’IFOP a préalablement posé à 500 Français « représentatifs » de la population. Il est aidé par un ami et un public extrêmement bruyants ainsi que par une marge d’erreur. Cette marge va decrescendo, ainsi à la première question, il a une marge d’erreur de 40pts (Sa réponse se situe donc entre 20 et 60% par exemple) puis de 30 points, 20, 10, et enfin, il faut donner la valeur exacte de « ce que pense les Français ».

Passons sur le côté insupportable du bruit de fond, sur le style éculé de Jean-Pierre Foucault, mais notons tout de même, que les sondages déjà accusés de bien des mots, sont ici profondément salis. « L’opinion publique n’existe pas » disait Bourdieu, TF1 entend bien prouver que si ! Pourtant, il faut fouiller pour savoir comment ces sondages ont été réalisés [rappelons que la loi sur les sondages obligent de présenter la méthode utilisée par le sondage en même temps que ses résultats]. En fouillant un peu, on apprendre donc que ce sondage est réalisé par l’IFOP sur 500 personnes. On reproche souvent aux sondages (politiques) l’oubli de la marge d’erreur dans la présentation des résultats. Ceux-ci, réalisés généralement sur un échantillon de 1000 personnes, sont fiables à environ trois points près. Si on me permet une simplification mathématique, on dirait donc que sur une population de 500 personnes, population choisie par TF1 pour son émission, la marge d’erreur est donc de plus de 5%. Selon les termes de TF1, il faut donc dire que la marge d’erreur est d’au moins 10 pts (5 points de plus ou de moins soit une fourchette de dix). Les deux dernières étapes du jeu sont donc purement hasardeuse, on doit découvrir le résultat d’un sondage avec une précision que ce sondage n’est pas même en mesure de garantir. Autant dire que l’on se trouve dans un jeu de hasard au même titre qu’A prendre ou à laisser, le fameux jeu où il fallait ouvrir des boites au hasard. En soit, ce n’est pas un problème, sauf que Jean-Pierre Foucault, ne cesse de nous rebattre les oreilles, tout au long de l’émission, avec des expressions telles que « voyions ce que les Français pensent ». On peut avoir l’opinion que l’on veut au sujet des sondages, mais là franchement, je ne vois pas ce qu’une maison comme l’IFOP peut gagner à associer son nom avec un programme qui décrédibilise autant les sondages. L’institut de sondages – présidé par Laurence Parisot – n’aurait-il donc aucune éthique scientifique pour voir ses sondages dévoyés à ce point ?

Un petit point pour se rassurer tout de même – et peut-être pour montrer à quel point TF1 est tombé bien bas – Power of ten, l’émission d’origine, a cessé d’être diffusée faute d’audience !


Arrêt sur les chiffres de Laurence Parisot

12 février 2008
Sur ce blog, j’ai pris l’habitude de m’arrêter sur les mots, une fois n’est pas coutume, ce sont bien des chiffres que j’aimerais commenter ce soir. Une étude sur les 135 plus grandes entreprises du pays est sortie aujourd’hui, les salaires des grands patrons sont en hausse de 40%, France 2, soucieux d’en savoir plus, a cru bon d’inviter Laurence Parisot (présidente du Mouvement des Entreprises DE France) au JT de 20H. Si vous ne l’avez pas vue, la démonstration de Laurence Parisot est inattaquable.

On nous explique dans un reportage que pour faire une hausse de 40% en fait, les salaires de bases des grands patrons ont augmenté de 12%, leur “bonus” de 30% et les stock options de 48%. Voilà le commentaire de Laurence Parisot. La hausse de 40% est surtout liée au stock options qui ne sont pas de l’argent réel mais du virtuel, ce sont des actions. Or le cours de la bourse – entre le moment où a été réalisée l’étude a baissé de 20% – donc du coup, on doit dire que l’augmentation de leur salaire n’est que de 20%. CQFD! David Pujadas se contente de répondre un “mmmm” approbatif.
C’est quand même aberrant que le journaliste ne lui dise pas, “mais votre calcul est idiot madame Parisot”. La bourse ne touche que la partie stock option de la rémunération, nous sommes d’accord, il reste donc toujours les 12% de hausse du salaire et les 30% d’augmentation du bonus. Et pourtant Laurence Parisot nous fait ce calcul simple 40% d’augmentation de salaire – 20% de baisse de la bourse = 20% de hausse des salaires… brillant!
Des dizaines de personnes ont dû être effondrées devant un calcul si grossier, mais David Pujadas, lui n’a rien trouvé de mieux à dire que “Mmmmm”. Non vraiment cette interview nous a aidé à avoir , comme le dit Mme Parisot, une “vision fiable et objective de cette situation”, Merci France 2.


Marre du pouvoir d’achat…

11 février 2008

Super Pouvoir d’Achat (la chanson du dimanche s02e11)
Vidéo envoyée par lachansondudimanche

S’il y avait une seule expression à retenir de l’année 2007, on aurait probablement choisi celle-ci, « le pouvoir d’achat ». Ca fait maintenant un an que l’on ne peut plus passer une journée sans l’entendre, on ne sait toujours pas vraiment ce que ça veut dire, ce que l’on sait c’est qu’il faudrait l’augmenter. Tous les politiques sont d’accord sur ce point, même si, bien sûr, personne n’ait d’accord sur la façon d’atteindre ce but.


Un an que l’on entend tous les jours la même expression ? Les publicitaires ne pouvaient pas passer à côté de l’occasion et voilà que fleurissent des tonnes et des tonnes de publicités qui promettent d’augmenter le pouvoir d’achat des Français. Le message est clair, les hommes politiques sont incapables d’augmenter le pouvoir d’achat, nous si. Les exemples ne manquent pas, je vous invite d’ailleurs à me faire partager ceux que vous connaissez.

Je pense, que le champion de la récupération est une fois encore, E.Leclerc. Non content de faire des publicités affirmant que les centres E.Leclerc augmentent le pouvoir d’achat, cette chaine de supermarchés a créé un site web : www.mon-pouvoir-dachat.com! Mais ce ne sont pas les seuls, les maisons de crédit comme la banque Accord ou France Finance expliquent qu’en regroupant les crédits on augmente son pouvoir d’achat, Cdiscount.com avait lancé toute une campagne de pub avec pour slogan créateur de pouvoir d’achat. Notons encore, G-cif, société de conseil en achat immobilier qui se dit « le n°1 en amélioration du pouvoir d’achat », et la nouvelle pub des tickets restaurant c’est « un pouvoir d’achat supplémentaire jusqu’à 1109€ par an »

On nous enseigne que « La publicité ne crée rien, elle récupère », ce n’est vraiment pas faux, on voit comment avec cette exemple la pub surfe sur une expression en vogue. La publicité se nourrit de l’air du temps et reflète les valeurs de notre société, on peut donc présager que de nombreuses annonces vont encore éculer un peu plus ce terme de pouvoir d’achat, probablement suffisamment pour qu’après on soit obligé de l’enterrer définitivement. Plus aucun homme politique ne pourra le réutiliser tellement ce terme sera usé… et à ce moment là on dira que, vraiment, la publicité ça a du bon.


Nicolas Sarkozy, une année de Canard!

29 décembre 2007

Le Canard Enchaîné vient, comme à son habitude, de faire paraître un bêtisier de l’année. Inutile de préciser qu’une grande partie de ce bêtisier est consacrée à notre président, on pouvait l’imaginer ; notons tout de même que plus d’un article sur deux lui font référence (206 articles sur 397). Inutile de préciser aussi que ce journal ne porte pas notre président dans son cœur. Connu pour ses satyres et son indépendance, Le Canard a toujours été, en effet, une sorte de contre-pouvoir. Afin de mettre en relief la position de ce journal sur Nicolas Sarkozy, nous allons nous appuyer sur les termes utilisés au cours de cette année pour le nommer. Dans le but de rendre les choses plus claires, nous étudierons dans un premier temps la période de campagne [janvier-mai 2007] pour ensuite voir comment est appelé notre président à partir du moment qu’il entre en fonction [mai-décembre 2007].

La campagne pour les présidentielles a commencé très tôt, il n’est donc pas surprenant que Le Canard Enchaîné écrive beaucoup à ce sujet dès janvier. De cette période de campagne, le grand bêtisier du Canard a gardé 144 articles : 67 font référence à Nicolas Sarkozy, 28 à Ségolène Royal (soit respectivement 46,5% et 19,5% des articles). A 77 reprises Nicolas Sarkozy est désigné par le terme « Sarko », c’est de loin la manière la plus employée par les journalistes du Canard pour désigné le candidat de l’UMP. Elle représente 49% des formes que nous avons relevées. Puis suit comme on le voit ci-dessous « Sarkozy », « Nicolas Sarkozy », « Nicolas »,…

Ces résultats sont bien sûr liés à la ligne éditoriale du journal. C’est, en effet, un des rares journaux à pouvoir appeler systématiquement Nicolas Sarkozy, « Sarko »; on imagine mal Le Monde faire de même… Toutefois, pour comprendre en quoi cette dénomination est chargée de sens, il faut d’abord la comparer aux termes utilisés pour nommer Ségolène Royal puis étudier les autres formes utilisées pour nommer le candidat de l’UMP.

A la différence de son adversaire, Ségolène Royal n’est quasiment jamais appelée par son nom. On sait que ceci est essentiellement lié au déroulement de la campagne, la candidate socialiste préférant que l’on scande son prénom alors que le candidat de l’UMP avait mis son nom en avant. Notons tout de même que la forme « traditionnelle » de dénomination, c’est-à-dire nom-prénom est utilisée beaucoup plus fréquemment pour la candidate socialiste que pour le candidat de l’UMP. Cette forme est souvent considérée comme plus respectueuse que la simple utilisation du nom ou d’un surnom. Le fait que le candidat de l’UMP soit donc si rarement appelé par cette formule est en soit déjà chargé de sens. Notons de plus que le diminutif « Ségo » est utilisé deux fois moins fréquemment que « Sarko », ce qui confirme cette idée.

A chaque événement majeur de la campagne, Le Canard a trouvé une nouvelle façon de dénommer Nicolas Sarkozy. Ces dénominations plus engagées confirment le positionnement du journal vis-à-vis de cette candidature. Dans un premier temps, le journal insiste sur la double étiquette de ministre de l’Intérieur et de candidat de Nicolas Sarkozy. Ceci transparaît au travers de formules telles que « ministre-candidat » (4), « Premier flic de France » ou « l’encore ministre de l’Intérieur et candidat UMP ». Par la suite, deux axes sont surtout soulignés : les références utilisées par Nicolas Sarkozy et son caractère hyperactif. Ainsi, il sera a deux reprises nommé « le candidat nouvel ami de Jaurès et de Blum » mais aussi le « nouveaux fils spirituel de Mongénéral » [en référence à son recueillement sur la tombe du Général de Gaulle]. D’un autre côté, Nicolas Sarkozy est surnommé « Lapin Duracell » ou « Speedy Sarko ». Ces dénominations sont toutes extrêmement critiques à l’égard du candidat UMP.

Après l’élection de Nicolas Sarkozy au poste de chef de l’Etat français, Le Canard Enchaîné va continuer à être aussi critique à son égard.

Il est toujours majoritairement nommé « Sarko », la part d’appellation « traditionnelle » est encore moins importante qu’auparavant. Et de nouvelles formes apparaissent, tout d’abord celle de la dénomination par la fonction. Cette forme de dénomination est généralement utilisée de manière aussi respectueuse que la dénomination « traditionnelle », toutefois dans le Canard on en trouve une utilisation parfois bien différente et souvent ironique. Ainsi une expression telle que « Monsieur Nicolas Sarkozy, président de la République Française » est utilisée pour railler la façon dont s’est conduit notre président face aux pêcheurs du Guilvinec. Parmi les formules nouvelles, on note bien sûr cette formule d’ « omniprésident ». On remarque vingt occurrences de ce mot dans Le grand bêtisier du Canard 2007, mais on peut aussi trouver d’autres termes rattachés tels que « hyperprésident » (3), « OmniSarko » (3), « SuperSarko » (7), « notre super héros » ou encore « le chef de l’Etat, chef du gouvernement, maître du Sénat et de l’Assemblée nationale et chef de la majorité ». Toutes ces expressions soulignant la suractivité de Nicolas Sarkozy tout comme « notre suractif président de la République », « notre surprésident », ou enfin «président qui intervient pour le moindre fait divers ». Enfin, nous notons des expressions renvoyant à des chefs ou des Etats totalitaires. C’est le cas de « Sarko Ier » (16) mais aussi de termes comme « Sarkoléon » qui nous renvoient à un empereur connu ainsi que de l’« immense Timonier Sarkozy » (qui renvoie bien sûr à Mao Zedong, le grand timonier). Ces mots sont à mettre en relation avec les termes tels que « l’Etat Sarkozy », « le système Sarkozy » ou « Sarkozystème ».

Enfin, pour conclure notons quelques dernières formules qui servent tout au long de ce bêtisier à désigner Nicolas Sarkozy. Il est notamment nommé ironiquement « le “candidat du peuple” » (2) ou « le candidat de “la France qui souffre” » mais aussi le « magicien Nicolas », « l’homme d’affaire Sarkozy », « le plus américanophile des présidents français » ou enfin « l’ex-karchériseur ». Bref, en lisant ce bêtisier vous découvrirez encore d’autres expressions de « Sarko-incompatibilité » de ce journal entré en résistance contre « Sarko-la-rupture ». Une revue à conseiller pour tous les « sarkosceptiques »…


Nicolas Sarkozy, un voyage, trois versions.

25 décembre 2007

Le président de la République, M. Nicolas Sarkozy est arrivé aujourd’hui à Louxor pour un séjour qui s’achèvera le 31 Décembre par une visite officielle. Ce voyage n’est pas tout à fait décrit de la même façon sur les sites du Figaro, du Monde et de Libération.

Commençons par un panorama des titres de ces articles. Libération titre « Sarkozy a rejoint Louxor dans un avion de Bolloré », Le Monde : « Nicolas Sarkozy arrive en Egypte à bord d’un avion de Vincent Bolloré » et enfin Le Figaro préfère la formule simple : « Nicolas Sarkozy est arrivé en Egypte ». Quelques points à noter, Libération est tout d’abord le seul à nommer le chef de l’Etat par son seul nom. Bien que ce soit un procédé courant dans les titres de presse, appeler quelqu’un de cette façon est toujours moins respectueux que l’appeler par son prénom et son nom ou par son titre [article à venir sur ce blog à ce sujet]. Bien sûr, il faut aussi remarquer que le titre très court du Figaro, omet de souligner le fait que ce vol ait été affrété par Vincent Bolloré. Le fait que le journaliste de ce site n’ait pas voulu inscrire cet élément dans le titre est chargé de sens. Ceci signifie que, pour eux, ce n’est pas quelque chose de central. Pour Libération et Le Monde c’est bien la provenance de cet avion qui fait événement.

Ceci se confirme dans le corps des articles. Le seul article qui ne fera qu’une seule référence à Bolloré est bien sûr celui du Figaro, alors que Libération en fait deux et Le Monde quatre. A vrai dire, pour ce dernier, le fait que l’avion appartienne à Vincent Bolloré est véritablement le point central du voyage du chef de l’Etat. En effet, la moitié de l’article revient sur le voyage à Malte de Nicolas Sarkozy le 7 mai dernier. Pour les deux autres sites, on peut noter que l’intérêt de ce voyage tourne autour de la personne de Carla Bruni (citée 3 fois dans Le Figaro, 4 fois dans Libération contre une seule fois dans Le Monde). Libération joue la romance en utilisant à deux reprises l’image, « main dans la main ». Le Figaro comme Libération rappellent que notre président est divorcé depuis le 18 octobre. Ils présentent aussi son programme pour ses six jours, bien qu’ils ne soient pas tout à fait en accord au sujet de la répartition entre visite officielle et voyage privé. Pour Libération, la visite officielle ne durera que 24 heures alors que pour Le Figaro, elle durerait deux jours. Ces deux journaux s’entendent aussi pour nous informer que le président rejoindra Bernard Kouchner et sa femme Christine Ockrent dans quelques jours à Charm el-Cheikh ce qui justifierait un déploiement important de forces de sécurité. Les deux articles rappellent, en effet, qu’un important attentat avait eu lieu en 2005.

Notons encore quelques particularismes. Si tous les journaux utilisent au moins une fois le terme « luxueux » pour qualifier l’hôtel du président, Libération développe particulièrement ce point. Le journaliste dévoile notamment que la chambre coute environ 1100$ la nuit ! Ce journal qui développe beaucoup le lien entre le président et l’ex-mannequin, est le seul à rappeler que nous avons découvert cette relation au moment où la visite de Mouammar Kadhafi avait généré de nombreuses émules… L’objectivité est partout ?


Si c’est gratuit c’est que ça ne vaut rien ?

27 novembre 2007

Je vous ai parlé il y a quelques temps des Nouvelles Mythologies. Parmi les articles qui avaient attiré mon attention dans ce livre, l’un, signé Patrick Besson, traitait des journaux gratuits. L’auteur leur réservait quelques mots durs dont le sommet semblait atteint avec cette phrase : « quand on vous donne une chose pour rien, c’est qu’elle ne vaut rien ». Il concluait pourtant son article sur le fait que ces journaux étaient une « concurrence déloyale » avec cette interrogation : « Comment accepter qu’en démocratie un distributeur de croissants et de pains au chocolat gratuits officie à deux mètres d’une boulangerie pâtisserie où les mêmes produits sont vendus ?».

Soucieux de faire la part des choses au sujet de ces journaux tant décriés – on se souvient notamment de ces mots de Serge July au moment du lancement de 20 minutes en France : « Le recours au papier journal ne suffit pas pour faire un quotidien d’information » (Libération, 19 février 2002) – j’ai essayé de me plonger pendant quelques semaines dans la lecture des quatre titres principaux : Métro, 20 minutes, Matin Plus et Direct soir. Ne prenant guère les transports en commun, je remercie toutes les personnes qui m’ont rapporté ces précieuses sources pour parvenir à la collection suivante : onze exemplaires des deux premiers journaux cités, six des deux suivants (plus difficiles à trouver).

Lors de la fondation de Métro, Lord Rothermere avait annoncé vouloir faire « un journal gratuit, sans aucune tendance politique, mais avec beaucoup de couleurs et des articles courts ». Il annonçait, en outre, vouloir faire des unes affichant un « article à caractère humain contrebalancé par un article plus sérieux ». Nous allons voir que cet objectif semble rempli. En effet, l’analyse des unes de ces journaux montre clairement une survalorisation des informations habituellement reléguées en fin de journaux dans les quotidiens traditionnels. Ainsi dans Métro, les articles référencés en une renvoient tout d’abord aux sports (14 occurrences) à égalité avec les articles d’actualités concernant notre pays, puis viennent les infos people (10) suivies de l’actualité internationale et locale (6). On retrouve ce classement dans tous les gratuits avec quelques différences toutefois, 20 minutes présente moins de titre en une sur les « people » mais un peu plus de sujet locaux. Notons que parmi les grands titres de ces journaux qui m’ont marqué, 20 minutes a fait deux unes sur le football et une sur facebook, tandis que Métro en a fait une sur la « Star Academy » et le jeu « PES », Direct Soir a même osé un gros titre sur les « rubik’s cube »…

En analysant ces unes on voit que le paroxysme du « modèle Girardin » mène à une information orientée vers des sujets considérés comme secondaires par les quotidiens payants. Corollairement, l’intérieur du journal va dans ce sens. A l’image du JT de Jean-Pierre Pernault, l’actualité internationale est réduite à peau de chagrin, environ une page par gratuit (un peu plus dans Matin Plus notamment grâce aux pages réalisées par Le Monde et Courrier International ; un peu moins dans Direct Soir ou les informations sont expédiées en quelques brèves). Les articles de fonds sont extrêmement rares, les premières pages de Métro ou l’interview en « une » de Direct Soir sont ce qu’on peut considérer de plus poussé en terme d’analyse. Les autres sujets sont des brèves, signées AFP dans Métro, non-signées dans les autres quotidiens gratuits. 20 minutes affiche le plus grand nombre de journalistes, mais les articles écrits sont aussi courts que des brèves AFP, ce sont en fait essentiellement des reformulations avec des titres accrocheurs souvent basés sur des jeux de mots aléatoires ( « le public donne de la voix », « baisse de régime », « Califournaise »). Didier Pequery (Métro), affirme que son journal ne fera jamais d’investigation ni d’exclu, par manque de temps et d’argent, il ne concurrence donc pas les autres quotidiens : « nous n’en avons ni les moyens ni la vocation ». Cet aveu est généralisable aux autres quotidiens gratuits, on ne trouve donc pas du tout une substitution à la presse payante mais simplement la présentation neutre de l’essentiel de l’actualité à laquelle on a ajouté une grosse dose de sport et de people. Notons que chez Métro, on appelle les pages people « Culture » alors que chez Direct Soir on préfère l’appellation « V.I.P. ». Quoi qu’il en soit, quel que soit le nom que les journaux lui donnent, le poids de ces informations est toujours environ égal à celui de l’actualité internationale.

Dans une conférence donnée à l’IEP de Paris, Eric Dupin affirme que ces journaux présentent « un dangereux rapport à l’information en insinuant qu’une information « gratuite » et incomplète suffit pour se faire une idée juste de problèmes complexes. ». De plus, pour lui, « rendre l’information gratuite revient à minimiser voir à nier la valeur ajoutée ». Pour conclure, j’ai envie de dire à Patrick Besson de se rassurer, les pains au chocolat que l’on distribue dans la rue sont certes gratuits mais ils semblent bien trop secs et bien trop peu fournis en chocolat pour concurrencer ceux de la pâtisserie…


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