L’édition de ce dimanche du Parisien titre en une : Le vrai nombre de militants P.S., un titre alléchant pour une enquête sans grande révélation…
L’article commence par un bref état des lieux des partis en France, enfin de trois partis. L’UMP tout d’abord qui aurait compté 400 000 adhérents en 2007 plafonnerait à 200 000 aujourd’hui, le PCF qui comptaient 700 000 adhérents en 1979 aurait aujourd’hui quelques 130 000 encartés et enfin le PS, principal intéressé, qui aurait à l’heure actuelle quelques 203 000 adhérents.
La principale révélation de ce dossier consiste à montrer qu’un adhérent au P.S., n’est pas forcément un militant ? Ah bon ? Le journaliste semble surpris qu’une section avec 250 adhérents ne se retrouve peuplée que de 40 personnes lors des réunions… c’est pourtant la réalité de la politique depuis fort longtemps et le fait de prendre une carte dans un parti ne signifie pas pour autant devenir un militant actif, participer aux réunions, tracter, débattre,…
Au delà de ça, le quotidien essaye de chiffrer le nombre de socialistes encartés qui devraient disparaître avant la fin de l’année… Selon une source interne, il y aurait « 40 993 » adhérents considérés comme des « inactifs ». Ce qui signifierait que « plus d’un adhérent sur cinq ne participe plus à la vie du parti et ne verse plus de cotisations. » Car un adhérent inactif, n’est pas un adhérent qui n’agit pas, c’est un adhérent qui n’est pas à jour de sa cotisation et que les partis laissent négligemment sur les listes pour gonfler un peu leur nombre de militants…
Pour eux, « Aux inactifs, il faut ajouter ceux qui ont déjà jeté l’éponge : 1 812 démissions ont déjà été enregistrées entre le 28 février et le 22 juin, ce qui correspond à la période du fiasco des européennes (16,48 % pour le PS). Avec 357 cartes rendues, le Pas-de-Calais monte sur la première marche du podium. Là encore, la région parisienne doit faire face à une lente érosion : 122 en moins à Paris, 70 en Seine-Saint-Denis… »
Pour étayer ces révélations chocs, le quotidien parisien s’appuie sur quelques entretiens, ainsi, Philippe Bonnefoy, membre du bureau national des adhésions, affirme qu’« il y a un coup de blues
incontestable ». Pour autant, « personne ne parle encore d’hémorragie ». La preuve, selon la direction, « 2 942 nouveaux adhérents » auraient rejoint le PS depuis le 1er mars. « Ce qui ne compense évidemment pas les départs et les inactifs. » A propos de ceux qui ont pris leurs distances, Rémi Féraud, le jeune maire du Xème arrondissement parisien en est certain : « Si nous sommes capables de leur proposer une perspective, ils reviendront. »
En un mot, un dossier bien vide du Parisien, pour combler la une d’un dimanche sans information intéressante… Un petit cours de vocabulaire sur la différence entre un militant et un adhérent aurait cela dit été un peu plus utile…
A quelques jours des élections européennes et alors que le débat est monté d’un cran hier sur France 2, je vous invite à découvrir l’ouvrage de Jean-Christophe Cambadélis, les socialistes européens et les temps nouveaux (disponible gratuitement en ligne).
Le livre s’ouvre sur un bilan de la crise et des possibilités qu’elle offre. « la période ouvre un champ historique à l’Europe » puisqu’il s’agit d’ « une crise généralisée du système capitaliste financier » et d’une « réorganisation de l’empire américain ». Dès lors, l’auteur attend de l’Europe quatre éléments :
> La régulation des marchés.« Mettre un terme à la spéculation sur [le marché]du capital et à la crise des liquidités sur le marché interbancaire »
> La relance de l’économie. Il propose la suspension du pacte de stabilité pour pouvoir mettre en place un plan de relance au niveau des États, ainsi qu’un plan de relance européen de cent milliards d’euros.
> Le contrôle du capitalisme. Il aspire à la généralisation de l’impôt progressif sur le revenu et à la concrétisation des engagements du G20 sur la fin des paradis fiscaux.
> Une nouvelle régulation financière. Une fois encore, il s’agit d’attendre que les promesses du G20 se réalisent au niveau européen, notamment par l’adoption d’un nouveau Bretton Woods.
Mais cet ouvrage se veut avant tout une réflexion sur le socialisme à l’heure actuelle. Pour l’auteur « le blairisme s’est effondré avec le capitalisme financier » dès lors il faut sortir du social-libéralisme pour entrer dans l’aire d’ « une sociale démocratie moderne et assumée ». Tout au long de cet ouvrage, Jean-Christophe Cambadelis s’en prend aux années Blair-Schröder, à cette « gauche désireuse d’affirmer sa ”modernité idéologique” » qui a effectué une « remise en cause radicale de tout un héritage historique ». Pour lui, cette gauche a accepté « la précarité salariale comme condition du plein emploi » et à trop défendre l’idée d’égalité des chances, elle en a oublié de penser à l’égalité des revenus et même « oublié la volonté de réguler le marché à travers des règles, des interventions publiques et de la redistribution ».
Bien sûr, il n’oublie pas non plus d’épingler ses rivaux politiques, les libéraux dans un premier temps : « partout en Europe et dans le monde, les compromis sociaux issus des décennies d’après-guerre ont fait l’objet d’une forte remise en cause » mais aussi la droite populiste qui « dresse les classes moyennes et populaires contre les assistés et les immigrés » en affirmant être des « rénovateurs ». Évoquant « les révolutionnaires sans révolution », il critique la tentative de renouvellement des partis d’extrême-gauche qu’il soit LCR, PCF, Die Linke ou même alter mondialistes.
Pour lui, « la crise actuelle du capitalisme financiarisé a agi comme un puissant stimulant pour un retour de la gauche à ses fondamentaux. » La gauche peut aussi s’appuyer sur l’espoir qu’a fait naître l’élection de Barack Obama, « puissant stimulant pour les progressistes de la planète ». Dès lors, il précise son propos. « Il ne s’agit plus d’abolir le capitalisme mais il reste fondamental de le domestiquer à travers une triple régulation économique, sociale et écologique ». Il invite à sortir de la troisième voie blairiste inspirée par les écrits d’Anthony Giddens et son « beyond left and right »1pour – au contraire - réaffirmer l’affrontement « gauche – droite ».
Citant le Manifeste des partis socialistes européens, il écrit : « contrairement à la droite, nous n’assimilons pas l’emploi et les droits sociaux des salariés à des charges qu’il faudrait sans cesse réduire ». Concrètement, il en appelle à :
> La préservation d’une sphère non-marchande avec « un cadre européen pour les services publics qui garantira aux citoyens le droit d’accès universel et égal à ses services ».
> Un salaire minium décent. L’idée est d’impulser l’harmonisation sociale vers le haut avec un salaire négocié pays par pays, mais qui garantirait partout un niveau de vie décent aux travailleurs. « les travailleurs ne doivent pas voir leurs droits sociaux mis en concurrence »
> Une engagement contre le réchauffement climatique : il a la « conviction que la lutte contre le réchauffement climatique peut renouveler l’économie européenne », c’est pourquoi il espère que l’union européenne sera unie pour proposer au sommet de Copenhague en fin d’année prochaine une réduction des gaz à effet de serre de 30 % en vingt ans.
Cet ouvrage est éminemment politique, et d’ailleurs l’auteur en appelle à l’entrée massive de la politique dans le cadre du parlement européen, pour Jean-Christophe Cambadelis, « le nouveau cours mondial et la crise économique rendent caduc le compromis historique avec la droite dans la construction européenne. »« Pour la première fois depuis l’institution en 1979 de l’élection du Parlement Européen au suffrage universel, l’affrontement droite-gauche devient lisible dans l’espace public européen. ». Le combat de la gauche sera pour une « Europe politique porteuse non seulement d’un modèle social, mais aussi d’un idéal de civilisation ».
En quelques mots : un livre accessible, agréable à lire et qui nous rappelle que cette campagne n’est pas seulement une question d’égo et d’antisarkozysme mais qu’elle est aussi un important vecteur d’idées nouvelles pour l’Europe. A lire sans modération.
C’était l’événement politique de la soirée d’hier, Ségolène Royal et Martine Aubry ont tenu un meeting commun à Rezé (Grand-ouest). Après avoir un peu hésité à vous en parler – comme tout le monde – j’ai décidé de vous proposer une petite analyse du discours de Ségolène Royal autour de quatre points : son appel à l’unité, son appel à la participation, sa critique de l’Europe libérale et ces propos sur la création des « Etats-Unis d’Europe ».
Un appel à l’unité et une photo de famille
La photo on l’a longtemps attendue dans cette campagne et inutile de nier qu’elle est arrivée beaucoup trop tard pour renverser la tendance. Mais l’unité hier était de mise. Tout au long de son discours Ségolène Royal a essayé de le rappeler. En vrac, on peut noter les phrases suivantes : « Tout le bonheur de se retrouver là tous ensemble », « ça fait du bien d’être ensemble » (3fois), « unis nous allons gagner », « nous sommes heureux d’être ensemble », « nous avons la puissance de l’unité et du rassemblement ». Bien sûr, plus que des mots, il fallait des attitudes, et cette fameuse photo. Écouter les discours de l’autre, applaudir sans cesse et ne pas laisser présager une rivalité… Les deux meneuses du Parti Socialiste ont de ce point de vue là été irréprochables. J’aurais imaginé, toutefois, Ségolène Royal parler davantage de Martine Aubry pour souligner l’absence totale de rivalités entre les deux. Elle l’a fait, et il faut le noter. Dès le début, elle parle de « ma chère Martine, notre première secrétaire ». Les mots sont importants, et le « notre » prend ici, un sens crucial de ralliement. Puis elle évoque un P.S. uni « à côté de (…) Martine vaillante et opiniâtre dans cette campagne ». Toujours dans le registre des louanges, Ségolène Royal affirme que Martine Aubry est responsable de la réussite du manifesto. «Ce manifesto nous te le devons en tant que chef du P.S. français ». Une fois encore, elle réaffirme volontiers le rôle de leader incontestée du P.S. à Martine Aubry, sans rancune ni rivalité, du moins en façade.
Cependant tous ces louanges ont lieu au début du discours et je m’attendais à davantage de piqures de rappel pour définitivement en finir avec l’idée de division des socialistes. Des rappels il n’y en a eu que deux à la vingtième et à la 29ème minutes, le dernier étant d’ailleurs peu naturel. Le « Comme tu l’as dit Martine » et le « Comme vous l’a souvent dit Martine » glissés à dix minutes d’intervalle dans un discours d’une demie heure étaient évidemment prévisibles mais bien joués. Ils servent à rappeler en permanence l’unité du parti socialiste ce qui était incontestablement le but de ce meeting commun.
« Un appel vibrant à la participation »
L’unité du parti socialiste est une chose, il faut encore avoir des électeurs. Ségolène Royal en est convaincue, chaque électeur qui restera chez lui dimanche offrira sa voix à l’UMP et à l’Europe actuellement en place. Quasiment tout au long de son discours Ségolène Royal s’adresse à ceux qui ne souhaitent pas s’exprimer dimanche. « Ce qui menace, c’est l’abstention, l’indifférence et même le dégoût, le pire c’est que ceux qui aujourd’hui ne veulent pas voter sont les principales victimes de l’Europe libérale ». Puis elle se lance dans ce qu’elle nomme « un appel vibrant à la participation », avec une longue anaphore (que l’on pourrait qualifier de sarkozienne tant il en use et abuse) en répétant « L’Europe sociale a besoin de vous ». Elle cite toute une série de personnes, des chercheurs aux milliers de licenciés – évoquant un très grand nombre d’usines – et à chaque fois ponctue sa phrase de ce syntagme « L’Europe sociale a besoin de vous ».
On aurait pu imaginer qu’elle prononce l’expression « vote utile », mais elle en a laissé le soin à Martine Aubry. Cela dit tout son discours consiste de la même manière à capter l’électorat indécis, et à amener aux urnes les électeurs qui pensent à les bouder : « Venez voter toutes celles et ceux qui veulent que ça change! ». S’il est bien un élément qui ne laisse pas de doute, c’est que la dernière réplique de son discours a été : « Et que pas une voix ne manque! »
Contre l’axe sarko-berlusconien
A quelques jours des européennes, le discours de Ségolène Royal avait un petit goût de campagne présidentielle du second tour. Elle ne s’est pas attaquée aux partis plus à gauche, ni au Modem mais exclusivement à l’UMP et à « l’axe sarko-berlusconien ». Certes en filigrane, les critiques des autres partis apparaissent, elle vise vraisemblablement la gauche extrême et Europe Ecologie lorsqu’elle en appelle à l’unité et au rassemblement ou qu’elle affirme que seuls les socialistes peuvent construire l’Europe sociale (« qui d’autre que les socialistes peuvent construire l’Europe sociale ») mais la cible est réellement dans l’autre camp, celui de l’Europe libérale. Une Europe et une droite décomplexée qu’elle résume en six points : individualisme, avidité, brutalité, imposture, populisme et démagogie. Illustrant chacun par un exemple concret du « cynisme libéral ». Elle s’attaque une fois encore à la droite sur son terrain de chasse : l’insécurité. Rappelant qu’en France ils sont en poste depuis 2002 et que ce sont eux qui génèrent de l’insécurité, Ségolène Royal évoque « l’hystérie législative de la droite » raillant l’arrestation du voleur de bicyclette de six ans qui n’avait pas même voler de vélo…
Les « États-Unis d’Europe »
Pour Ségolène Royal soit « L’Europe marche vers l’unité politique [soit] elle se disloquera dans le nationalisme ». Elle en appelle de ses vœux à la création des États-Unis d’Europe dépassant par là-même la position officielle de son parti. Avant d’énoncer cette idée, elle avait tout de même appeler à une Europe de la « justice sociale », dotée d’une « démocratie exemplaire » qui mène un « combat écologiste » et se bat pour « des libertés toujours plus grandes ». Elle n’évoque pas de sujets qui fâchent comme le salaire minimum européen et rappelle par ses affirmations que le combat pour les libertés n’est pas l’apanage de l’UMP mais bien des socialistes. Avant tout, c’est donc une Europe sociale que Ségolène Royal souhaite ou plus précisément une Europe « social-humaniste du XXIème siècle ».
Toujours en campagne, elle propose donc l’idée de la création des Etats-Unis d’Europe en répétant cette expression à cinq reprises, et donc s’affirme en faveur d’une intégration politique totale. Une « Europe unie des peuples d’Europe ». Citant l’internationale socialiste, elle en appelle au « courage de faire la différence » pour se protéger de cette Europe – et là elle paraphrase Hobbes – [de la guerre du tous contre tous où l'homme est un loup pour l'homme]
En sous-régime, baffouillante à cause d’une absence manifeste de maîtrise de son texte, nettement moins charismatique qu’à son habitude, Ségolène Royal a réussi à remarquablement prêcher l’unité tout en affirmant sa différence et en proposant à quelques jours du scrutin des idées qui ne figurent pas vraiment au programme. Électron libre : beaucoup se demandait comment elle se comporterait mardi soir, elle a, en fait, été assez prévisible se rangeant derrière sa « très chère Martine » avec qui elle n’a plus aucune rivalité ni jalousie. Ce meeting était crucial pour le parti socialiste, et il a été nettement plus réussi que le lancement de la campagne de l’UMP mais il est certainement arrivé trop tard pour convaincre les indécis et ceux qui souhaitent se tourner vers une alternative à gauche que le P.S. est un parti uni.
Alors qu’il y a quatre ans, le PS avait progressé régulièrement dans les sondages jusqu’à arracher presque le tiers des suffrages – infligeant une sévère défaite à l’UMP – les sondages à paraître demain à propos des élections européennes sont affreusement décourageants pour les socialistes.
C’est une information que l’on pouvait retrouver dès hier soir sur le site du Figaro et aujourd’hui dans la version papier de la plupart des quotidiens. Le dernier sondage sur les élections européennes est loin d’être bon pour le PS.
Le PS est situé actuellement à 7,5 points en-dessous de leur résultat des élections européennes précédentes et à 5,5 points du parti présidentiel. Le pire, c’est qu’il affiche une dynamique négative, par rapport au mois passé le PS est crédité d’un point de moins passant à 21,5% des intentions de vote. Comme on le voit sur le petit tableau récapitulatif ci-dessus, l’UMP est largement en tête et ne semble menacée par aucun parti. Le MODEM demeure deux points au-dessus de leur résultat d’il y a cinq ans.
Parmi les autres conclusions que l’on peut tirer de ce sondage, Frédéric Dabi, directeur du département d’opinion de l’IFOP, évoque l’hypothèse d’une « surprise Front de gauche » et relève qu’« au sein de cette gauche de la gauche semble s’opérer un changement de dynamique. Flirtant en février avec la barre des 10 %, le NPA d’Olivier Besancenot subit une baisse, laquelle profite aux listes du Front de gauche ». « Avec 6,5 % d’intentions de vote, ajoute-t-il, ces dernières s’avèrent en progrès constant et pourraient venir contester au NPA son leadership au sein de la gauche radicale. »
Dans un tel cadre, le parti socialiste devrait réellement se remettre en question, notamment sur la discrétion de leur campagne à trois semaines du scrutin. Il est peut-être temps d’offrir des meetings unitaires et de voir Ségolène Royal et Martine Aubry en campagne. Les élections intermédiaires (c’est-à-dire les élections qui ont lieu entre les élections capitales que sont les législatives et les présidentielles) sont généralement des élections très profitables à l’opposition, cela s’est quasiment vérifié à chaque élection au cours de la Cinquième République, c’était notamment le cas des européennes et des régionales de 2004. Le PS avait alors bénéficié du « vote sanction » contre le gouvernement.
Fort de ces sondages, Xavier Bertrand fanfaronne aujourd’hui dans Le Figaro : « Les Français ne se trompent jamais d’élection. Nous, nous parlons de notre projet pour l’Europe et des succès de la présidence française. Si certains ne sont pas à l’aise sur l’Europe et veulent parler de notre action, j’y suis également prêt. Mais si les socialistes avaient des choses à dire sur l’Europe, cela se saurait et ils auraient su cicatriser leurs blessures du référendum. »
Il est vrai que comparé à la cuisante défaite d’il y a cinq ans, l’UMP aborde ces élections européennes dans de très bonnes conditions. Dans le dernier sondage le rapport de force gauche-droite, n’est pas très différent de celui des dernières élections européennes (la gauche perdrait tout de même trois points par rapport à 2004), mais les positions de l’UMP et du PS sont totalement différentes. Si le PS perdrait environ 7,5 points, l’UMP lui en gagnerait plus de 10 points par rapport aux résultats de 2004. L’opposition cumule 41,5% seulement ce qui montre qu’il n’y a pas réellement d’aspect « vote sanction » actuellement. Le PS aurait à peu près une voix sur deux parmi les votes de gauche alors qu’en 2004 il récupérait près de 65% de ces votes de gauche, il faut dire que depuis le référendum sur la Constitution Européenne a laissé des traces. Ces chiffres montrent un rapport de force très défavorable au parti socialiste qui avait en 2007 bénéficié d’un important effet « vote utile ».
A trois semaines du scrutin, le parti socialiste devrait remettre à plat sa stratégie pour les européennes. Alors que Nicolas Sarkozy à une côte de popularité assez basse, la gauche ne réussit pas à bénéficier de l’aspect « vote sanction » des scrutins intermédiaires. Si ce sondage se vérifiait dans trois semaines dans les urnes, cela redonnerait une grande légitimité au gouvernement Fillon et à la présidence Sarkozy et risquerait de mettre à mal le PS et les mobilisations collectives. A gauche, le seul gagnant de ce scrutin semblerait être le Front de gauche qui pourrait réussir à voler la vedette au NPA.
A l’heure où Dominique Strauss-Kahn bénéficie de tous les égards des médias pour son retour en France, Ségolène Royal innove une fois encore dans sa communication en prenant les commandes de la page d’accueil Dailymotion ce week-end.
C’est dans une indifférence médiatique totale que Ségolène Royal fait à nouveau évoluer la communication politique. En effet, tous les médias ont repris le buzz de Romain Mesnil qui arpente les rues de Paris nu et perche en main mais aucun ne s’est intéressé à l’expérience de Ségolène Royal sur Internet. Aucun rapport, certes. Il est tout de même étrange que seul le site de l’Express s’intéresse à cette expérience nouvelle de la présidente de la Région Poitou-Charentes qui court-circuite les médias traditionnels pour faire passer ses idées.
Le site Dailymotion récemment attaqué par Nadine Morano s’offre une première personnalité politique aux commandes de leur page d’accueil et c’est tout de même un petit événement. Si Marc Eychenne affirme qu’ils ont « envoyé de nombreuses demandes à des personnalités politiques de tout bord, [et que Ségolène Royal] est la seule à avoir répondu favorablement pour l’instant » du côté de la socialiste on affirme que « DailyMotion voulait que ce soit elle, la première [car] elle connaît bien Internet, elle y est très active et ses vidéos plaisent. » Les vidéos mises en avant par Ségolène Royal ne présentent pas un intérêt démesuré, mais ce qui est intéressant c’est le principe de vidéos questions-réponses auquel elle a adhéré.
Les vidéos actuellement en ligne balayent un certain nombre de thèmes, de la voiture électrique à la crise en passant par l’éducation à l’école maternelle, Ségolène Royal répond à toutes les questions. Celles qui ne sont pas publiées sur Dailymotion et qui ont pourtant été suggérées à Ségolène Royal devraient normalement être reprises sur le site desirdavenir.org. Une fois encore l’exercice de communication est maîtrisé, elle apparaît proche des gens dans ce décor minimaliste composé uniquement d’une pancarte de sa région.
Pas besoin de journalistes complaisants, Ségolène Royal répond aux questions qu’elles souhaitent aborder en choisissant les vidéos d’internautes. L’invitée spéciale de Dailymotion donne dès lors l’impression de répondre aux vraies préoccupations des Français ce qui est une constante dans sa communication. En plus, elle utilise les mêmes ressorts émotionnels que ceux que décrit François Belley dans Ségolène, la femme marque. Ainsi, pour mettre en avant sa crédibilité, elle ramène sans cesse les questions à ses actions concrètes pour la région Poitou-Charentes ou dans ses fonctions gouvernementales. Pour mettre en avant, sa proximité avec les Français elle utilise d’une part ce format questions-réponses et d’autre part elle essaye de paraître dans ses vidéos comme en plein dialogue avec les internautes tout en insistant sur sa proximité avec les gens et sur le bon sens des idées issues de la démocratie participative. Enfin, pour mettre en relief le registre de l’émotion, elle nous rappelle à plusieurs reprises ses origines modestes : elle nous rappelle qu’elle est originaire d’un « petit village des Vosges », d’ « une famille de quatre enfants avec peu de moyens »…
Elle utilise cette communication sur quasiment toutes les questions, par exemple à propos de l’environnement. Elle commence sa réponse par « je vais vous raconter une histoire », nous évoque ses actions lorsqu’elle était ministre de l’environnement. Puis revient sur son enfance : « j’ai été élevée comme ça dans la petite enfance » (« ma mère récupérait l’eau de pluie pour nous laver les cheveux » ; « J’ai fait des herbiers » ; « j’allais aux champignons avec mon grand-père ») et finit par ses actions concrètes aujourd’hui pour sa région. Elle emploie un vocabulaire peu habituel de type « j’ai été soutenue par l’opinion public à fond la caisse » ou « ça a fait un malheur » pour nous amener on ne peut plus sérieusement vers la crise mondiale de l’eau.
Dans les vidéos choisies elle met aussi en avant ses connaissances sur des questions très pointues comme la voiture Heuliez qui faute d’aide gouvernementale peine à voir le jour alors qu’elle pourrait être la première voiture électrique avec une autonomie de deux heures mise en vente à 5000 euros ! Elle tacle d’ailleurs le gouvernement sur beaucoup d’autres sujets comme la petite enfance où ce « gouvernement de nantis » ne prend pas conscience de l’importance de l’école primaire pour l’égalité des chances, le CNRS et aussi et surtout sur le soutien aux banques qui ont reçues des milliards et qui rechignent à financer les PME. Elle critique le « déficit de dialogue social » et épingle les entreprises qui délocalisent ou licencient alors qu’elles ont reçues des aides publiques. Ségolène Royal développe ses idées dans ce domaine, évoque les pays du Nord de l’Europe comme elle aime le faire avant d’aborder d’autres sujets comme sa place au sein du parti. Elle explique qu’elle ne créera pas de partis mais invite tout le monde à adhérer à désir d’avenir – « un lieu apaisé ou l’on travaille, ou l’on échange » – pour seulement 5 euros!
Si le résultat est mitigé : elle n’a pas attiré les médias traditionnels sur son initiative et sa vidéo sur l’environnement n’a été vue que par quelques centaines de personnes, elle réussit tout de même à attirer jusqu’à vingt mille personnes sur sa réponse à la crise soit en un week-end cinq fois plus que la vidéo star de Martine Aubry sur l’Europe. Une fois encore en utilisant cette nouvelle communication et en poussant les internautes vers désir d’avenir et non vers le P.S., Ségolène Royal doit faire grincer des dents, mais elle trouve encore un nouveau moyen d’exister auprès des Français tout en restant fidèle à ses idées et à sa manière de faire la politique. Qu’elle sera la prochaine étape ?
Une semaine chargée s’achève : ni Fillon ni Sarkozy ne se sont encore rendus en Guadeloupe, aucun visiteur du salon de l’agriculture n’a dû se casser parce qu’il était un pauv’ con ; pourtant, si vous avez passé la semaine sous un rocher ou ailleurs vous avez surement manqué quelques informations. Petit aperçu.
Du côté de l’opposition
Sans parler du nouveau parti de la France crée par Carl Lang, l’opposition a été assez active cette semaine. Le parti socialiste a occupé les médias pendant leurs congés, Martine Aubry est allée jusqu’à parler d’un « grand jour pour le P.S. ». Mais de qui pouvait-elle bien parler? De la nouvelle couleur de cheveux de François Hollande? Surement pas. Du voyage de Ségolène Royal en Guadeloupe alors que le chef de l’Etat n’est pas même passé sur le stand de ce DOM au salon de l’agriculture? Je ne crois pas non plus. Du fait que l’un d’entre eux ait trouvé un poste, Jack Lang s’étant vu confier par le président une mission pour la reprise de la coopération entre la France et Cuba? C’est peu crédible. D’autant plus que généralement les transfuges de la gauche vers le gouvernement obtenaient des postes un peu plus intéressants que ce lui de « petit télégraphistes de Sarkozy » comme le disait si bien Stéphane Guillon ce matin sur France Inter : « il a viré sa cuti pour un colissimo » c’est un peu triste de voir « l’immense ministre de la culture de Mitterrand devenir facteur chez Sarko ». Ce n’est donc pas encore cela le grand jour du P.S.. J’ai trouvé ! Il s’agit de l’unification du P.S.. Le principal parti de l’opposition a enfin affirmé haut et fort son unité. Onze membres proches de Ségolène Royal ont fait leur entrée à la direction du P.S., il aura fallu plusieurs mois pour que ce parti se rende compte que sa direction ne représentait qu’un adhérent sur deux. Voilà ce qui a été un grand jour pour le P.S.. Le problème d’un grand jour, c’est qu’il ne dure que 24 heures. Immédiatement, il a fallu que les divisions resurgissent. Non pas que Martine Aubry soit en colère parce que Ségolène Royal fait la une de Match, non, il se trouve que la nomination des têtes de listes régionales pour les européennes n’a pas plu à tout le monde. Il faut dire que c’est un beau casse tête. Tout d’abord, il a fallu panacher entre les femmes et les hommes, ce n’est encore pas très naturel au P.S.. Ensuite, il a fallu introduire une goute de « diversité » puisque c’est nécessaire, que c’est à la mode et qu’une fois encore ça n’a rien de très naturel. Mais le plus dur c’est qu’il faut réussir à représenter chaque courant du P.S. Dans chacune des régions, afin de ne privilégier personne, de ne froisser personne. Raté ! Voilà que l’unité du P.S. est déjà mise à mal, Vincent Peillon apprenant sa nomination à la tête de la liste de la région Sud-Est- lui qui voulait le Nord-Ouest – a parlé de « crève-cœur ». Le parti a déjà du mal à s’y retrouver entre sa tête de liste et sa tête de gondole, l’unité ne survivra pas si, en plus, il se paie des fortes têtes…
Mais du côté de la majorité rien ne va non plus.
Le procès des époux Tibéri a marqué la fin d’une époque. Eux qui n’étaient pas arrivés au pouvoir par hasard se retrouvent bien seuls sur le banc des accusés. La majorité ayant d’autres soucis que de s’occuper des chiraquiens à la dérive. Bien sûr, il y a déjà la Guadeloupe et Yves Jégo qui comme le dit Anne Roumanoff n’est décidément pas le plus « Fort-de-France ». Sarkozy aurait aimé tout régler en un jour, mais rien n’y fait. Les médias pourtant essaient de l’aider, ils continuent de préférer parler des conséquences de cette grève plutôt que de ses causes. On montre des blocages, des pénuries, et autres décisions « lourdes de conséquences » et on insiste sur le refus de compromis du LKP. Rien n’y fait. Sarkozy perd encore six points de côte de popularité. Tous ses adversaires se rendent en Guadeloupe, mais lui n’a toujours pas eu le temps d’y aller.
Il faut dire qu’il a eu du boulot ces derniers temps. Et puis, il n’est pas avare, on ne lui a rien demandé et pourtant il a réussi à trouver le temps de nommer le nouveau patron de la fusion caisse d’épargne – banque populaire. Du coup, l’opposition critique ses tendances autoritaires et sa visible volonté de se débarrasser de tout ce qui pourrait ressembler de près ou de loin à un contre-pouvoir. En plus, il a affirmé avoir le soutien de la commission d’éthique au lieu de quoi il n’avait eu qu’une lettre à titre personnel du président de ladite commission soulignant qu’il parlait en son nom. Pas sûr dès lors que la majorité ait assez de force pour faire passer ce qui s’annonce comme un des grands chantiers du mandat de Nicolas Sarkozy, la réforme du « millefeuille administratif ». La commission Balladur n’a pas manqué de soulever des indignations en annonçant la suppression des cantons, la création des métropoles et surtout le regroupements de certaines régions pour passer de 22 à 15 régions administratives. Ce que l’on annonçait comme étant un big bang territorial va encore devoir affronter de nombreuses tempêtes avant de passer de projet à réalité…
Alors que le P.S. mettait fin à ses querelles internes, enfin pour être plus précis, les mettait de côté pour s’accorder sur la victoire de Martine Aubry, la politique a repris ses droits cette semaine. Frédéric Lefebvre, le très médiatique secrétaire à l’économie de l’UMP souhaitait la bienvenue à la nouvelle secrétaire du P.S. en lui offrant une phrase dont il a le secret : « la dame des 35 heures, est totalement disqualifiée pour donner de grandes leçons en matière de politique de l’emploi ». Voilà qui est dit.
Monsieur Bockel, dans l’indifférence générale, a réuni pas mal de ministres de la majorité à sa réunion de la « gauche moderne » ce que (même) Martin Hirsch a railléen déclarant qu’il était un peu dur de faire croire que « la gauche moderne serait située à droite » au sens où une gauche de gauche serait archaïque…
Pendant ce temps là Jean-Luc Mélenchon et Marc Dolez avaient enfin réussi à trouver le nom pour leur nouveau parti, il s’appellera le PG, le parti de gauche. Simple et efficace. Le parti tenait (déjà) sont premier meeting à Saint-Ouen, l’occasion de critiquer « un PS de centre-gauche » et de faire un clin d’œil à Olivier Besancenot.
D’ailleurs à propos de Besancenot, que l’on dit être le grand gagnant de la cacophonie au P.S., il n’a pas manqué cette semaine de travailler son humour. Alors qu’il nous avait déjà fait rire avec ses belles expressions (voir ici par exemple), il a annoncé dans une grande interview au Nouvel Obs’ qu’il ne se serait pas présenté si Coluche avait été encore en vie. Il aurait voté pour lui. Si c’est une tentative pour faire une publicité gratuite pour le film de De Caunes, c’est un peu raté, le film reste un flop avec ses 500 et quelques milles entrées vendues. Au passage il a aussi gagné son duel contre la société Taser et en a profité pour fêter ça en manifestant sa joie avec quelques amis de Monsieur Rouillan…
Pendant ce temps du côté de la majorité. Etienne Mougeotte affirmait qu’on ne le reprendra plus à truquer les photos. « Aucune modification ne pourra être apportée à une photo d’actualité. »Rappelez vous, le Figaro qu’il dirige avait pris soin d’effacer une grosse bague (Cartier) sur un cliché de Rachida Dati paru en « une ». Malheureusement, quelques minutes après cette déclaration un soutien de poids était venu appuyer son choix. Galaaffirmait qu’en fait la photo de Rachida Dati avait été prise en juin dernier et que depuis elle arborait une bague plus discrète qui pourrait ressembler à une alliance (ah ah).
Nicolas Sarkozy a perdu son procès contre la poupée Vaudou à son effigie qui pourra donc bien se trouver sous les sapins de Noël. Mais il a perdu un peu plus cette semaine. Depuis qu’il a reçu Kadhafi à l’Élysée, il a compris qu’il n’était pas facile d’accueillir n’importe qui au château. Il avait trouvé un bon moyen pour rencontrer un grand délinquant sans le faire venir en France, le rencontrer en terrain neutre. En Pologne par exemple. C’est là qu’il doit en fin de semaine rencontrer le Dalaï-lama, qu’il ne pouvait décemment pas faire venir à l’Élysée. Malheureusement, le gouvernement chinois a repérer son manège et a annulé sur le champ la prochaine rencontre avec l’Union Européenne, dommage c’était bien joué.
Pendant ce temps là, sa ministre du logement prenait conscience que des gens mourraient de froid en France et que la coercition ni ferait rien. Après quatre morts anonymes elle se décida enfin à aller « visiter » le bois de Vincennes s’efforçant à ne pas ramasser de champignons.
Christine Albanel – la toujours ministre de la Culture – assurait qu’il n’était pas gentil de la part de France Télévisions de faire grève parce que promis la publicité sera compensée par 450 millions d’euros des caisses de l’Etat jusqu’en 2011. La promesse n’engage qu’elle et puis avec un peu de chance d’ici 2011 la télé publique n’existera plus, le problème serait auto-résolu. Notons tout de même qu’elle est la seule ministre à s’être émue du sort de Vittorio de Filippis. Cet ancien patron de Libérationque la police est venu récupérer à son domicile vendredi matin (un peu tôt il est vrai) en disant devant ses enfants qu’il était « pire que de la racaille »(et que de fait il ne sera pas même nettoyé au Karcher). Rachida Dati a trouvé cela normal, tout autant que de voir l’association Droit Au Logement (qui ne peut pas recevoir de dons) condamnée à 32000€ d’amende. Surprenant pour quelqu’un qui aimait tant critiquer les décisions de justice.
A me lire, on dirait qu’il ne s’est rien passé au MoDem cette semaine et pourtant, François Bayrou invité à France Inter a distribué les bons points aux candidats socialistes et surtout, surtout!, Yann Wehrling a rejoint son parti. Une grande nouvelle, lui que personne n’a oublié tellement il avait été un leader extrêmement charismatique des Verts est passé à l’orange…
A l’heure où les dirigeants du P.S. comptent, décomptent, recomptent les bulletins des militants de vendredi dernier, la presse mondiale se moque de ce parti incapable de se renouveler. Petite revue de presse de ce qui a pu être écrit ce week-end chez nos voisins plus ou moins lointains.
Regardons dans un premier temps ce que ces journaux pensent de la situation du P.S., inutile de préciser que les mots que l’on retrouve le plus souvent appartiennent au registre de la division. Ce qui est plus surprenant c’est l’omniprésence du champ lexical de la guerre. Pretoria News le journal sud-africain est certainement celui qui va plus loin dans cette métaphore en allant jusqu’à titrer « civil war in France ». On retrouve souvent l’idée de « guerre des chiffres » entre les deux camps. Le Welt am Sonntag évoque une guerre des femmes (« Krieg der Frauen »)et le quotidien de référence espagnol, El Mundo traite des événements de ces derniers jours comme d’une pulsion de mort qui entrainera les deux camps au tribunal. (« El pulso a muerte entre Aubry y Royal acaba en los tribunales »). Dans ce registre, la palme du journal le plus drôle et le plus moqueur est accordé à The Independent comparant les événements du P.S. à un combat de boue entre femmes (« Female mud-wrestling, French style »). Pour le journaliste anglosaxon, il s’agit du seul moyen de détourner pendant quelques temps les médias du président français… Tout au long de l’article il file la métaphore du catch allant jusqu’à appeler Ségolène Royal « the Poitou hellcat ». Le résultat de ces querelles intestines est parfois qualifié de chaos, de désastre et de complet désarroi. Pour le Daily Telegraph ce chaos est un désastre de plus pour un parti dont le déclin est facile à mesurer depuis la mort de Mitterrand. Le journaliste y voit une illustration de l’apathie française et de l’incapacité de notre pays à se réformer.
Les journaux insistent beaucoup sur la division. Beaucoup soulignent que le P.S. est à présent totalement divisé en deux. La dépêche de l’AFP en espagnol parlait d’un parti au bord de la scission (« al borde de la escisión »), Reuters surenchérit dans sa dépêche dédiée à l’Amérique Latine en utilisant le mot « schisme » (« El cisma del socialismo francés podría acabar en los tribunales»). L’image du divorce est aussi souvent évoquée, l’éditorialiste del Mundo pense que les deux factions du PS ont autant de chance de se mélanger que l’huile et l’eau (« Como el agua y el aceite. Así han quedado las dos facciones del Partido Socialista francés después de la votación celebrada el pasado viernes para elegir a su líder.”)
Les journaux essayent aussi de dresser un portrait des deux candidates. Celles que le Berliner Zeitung nomme les « Feindliche Schwestern » (les sœurs rivales) sont souvent décrites de la même façon. Ségolène Royal est plus connue, on l’évoque comme la candidate du PS à l’élection présidentielle de 2007 alors que l’on s’arrête un peu davantage sur Martine Aubry. « Madame 50,02 Prozent » (Madame 50,02 %) comme la nomme Die Welt, est souvent renvoyée à son poste de ministre du travail de Lionel Jospin et surtout à sa réforme clé les 35heures. Le Basler Zeitung l’appelle en français dans le texte«Madame 35 heures». The Daily Telegraph utilise aussi un mot français pour la qualifier, celui d’éléphant qu’il traduit plus loin par old guard, le journaliste affirme que sa réforme a profondément endommagé la productivité française. Pour lui le choix de Martine Aubry prouve que la France est passéiste (stuck to the past). Le Times de Londres enlève tout mérite à sa victoire, pour le journaliste, elle n’est pas vraiment appréciée et n’a gagné que parce qu’une courte majorité des militants socialistes ne voulaient pas de Ségolène Royal pourtant nommée‘Zapatera prodigiosa’ par El Mundo et qualifiée de glamour par l’éditorialiste du New York Times…
A quelques mois des élections européennes, le P.S. est la risée de l’Europe entière, aujourd’hui encore il a présenté une image déplorable. Il apparaît incapable de se mouvoir, de changer, de présenter des idées, et est en fait bien plus divisé qu’on ne le dit. Car si le camp Royal semble relativement uni autour de sa candidate, rien ne nous dit que les anciens soutiens de Delanoë et de Benoît Hamon soient capables de s’entendre sur l’avenir du P.S. en se rangeant derrière Martine Aubry. Un nouveau vote ne résoudrait vraisemblablement rien, qu’on le veuille ou non, il y aura des déçus au Parti Socialiste. Dans le cas d’un nouveau vote, si Ségolène Royal l’emportait quelques 70 000 militants se sentiraient floués et risqueraient de nourrir une réelle rancœur contre la candidate. Si la commission devait décider de proclamer la victoire de Martine Aubry, il ne laisse aucun doute que l’équipe de Ségolène Royal entrerait en résistance au sein du parti dans l’espoir de reprendre la main en 2012 face à cette coalition hétéroclite… Quelques belles années en perspective donc.
La bataille des ego ne s’arrêtera pas avec le Congrès de Reims. Trois des six motions ont en effet présenté un candidat pour prendre la tête du PS, les militants devront les départager jeudi. Le premier secrétaire se devant d’être élu à la majorité absolue, il est donc possible qu’un second tour ait lieu vendredi. Trois bulletins seront à leur disposition, Martine Aubry (motion C), Benoît Hamon (motion D) et Ségolène Royal issue de la motion E.
Ces trois candidats ont eu un quart d’heure pour annoncer leur candidature. Sans surprise Ségolène Royal s’est présentée en rassembleuse, Martine Aubry semble vouloir prendre la tête d’un nouveau TSS (Tout Sauf Ségolène) alors que Benoît Hamon se présente comme le candidat du renouvellement du parti.
Pour commencer par Ségolène Royal, elle a une nouvelle fois mis en pratique la technique du rabâchage. Passé le petit mot d’introduction pour remercier son équipe Ségolène Royal a réussi en l’espace de trois minutes à dire deux fois le mot rassembler, une fois rassemblement, une fois réunir, deux fois unité et à placer cette anaphore : « Le Parti a besoin de tous, de tous ses militants bien sûr, de tous ses élus, de tous ses responsables nationaux et fédéraux, de tous ses secrétaires de section et de tous ceux et celles qui nous rejoindrons. » tout en utilisant des formules comme « tout le monde » ou « tous les militants ». Si toutefois tous les militants n’avaient pas compris qu’elle se présentait comme une candidate rassembleuse, elle a fait quelques piqures de rappel :au milieu du discours en affirmant qu’elle souhaite « rassembler nos forces, nos talents, nos volontés et tous nos courages. » puis en conclusion où elle affirme que son équipe « a vocation à s’élargir et à rassembler tous les socialistes ». Au cas où le message ne soit pas clair, quelques secondes avant de libérer le pupitre elle lâche un « Rassemblons-nous ». En dehors de ces appels à l’unité le message de Ségolène Royal est assez simple, la France a besoin d’une opposition solide qu’elle souhaite incarner en étant premier secrétaire du parti socialiste. Elle s’en est aussi un peu pris aux responsables de la crise économique avec des formules qu’elle apprécie tellement comme « la secte dorée des intégristes du marché » ou « ces acrobates de la mathématique financière ». Personnellement mon passage préféré est le suivant : « ils y mettaient de l’entrain ces idéologues suffisants attachés à détruire sous toutes les latitudes, l’Etat qu’aujourd’hui ils appellent au secours, comme on appelle un domestique pour qu’il éponge les dégâts d’une fête trop arrosée ! ».
Le message de Martine Aubry était un peu plus difficile à faire passer clairement. Elle est la candidate anti-Ségolène sans pouvoir le dire. Pour ne pas donner de noms elle va appeler ses camarades par leur motion. A 19 reprises Martine Aubry va employer ce mot motion. 19 fois en quelques minutes, on est proche de la saturation. La motion visée est bien sûr la motion A, celle de Bertrand Delanoë. Cette motion a obtenu plus de 30 000 voix la semaine passée et se trouve aujourd’hui sans candidat. Les deux candidats avaient d’ailleurs obtenus environ 25% des voix chacun, Martine Aubry sachant bien compter 25+25 = 50. Si elle récupère les voix de la motion A, elle pourrait être élue au premier tour. Tout au long de son discours elle va donc utiliser des expressions telles que « cette analyse, nous la partageons avec les camarades de la motion A et de la motion C » (Dans cette formule on a en plus un appel du pied aux partisans de Benoît Hamon pourtant candidat, ceci préfacerait-il une alliance dans le cas d’un éventuel second tour ?). Elle fera souvent allusion aux motions A, C et D (Delanoë, Hamon, et elle-même) qui remplace en fait l’expression Tous Sauf Ségolène Royal. Elle conclut son discours en saluant « Bertrand » et « Benoît » mais les électeurs du premier sont bien sa cible puisque ce n’est certainement pas un hasard si le dernier « mot » de son discours est « motion A ».
Benoît Hamon joue son rôle de challenger. Il représente la gauche du parti et pourrait bien obtenir une minorité de blocage. On peut imaginer que les deux candidates obtiennent chacune un peu moins de 40% des voix et que lui obtienne un peu plus de 20%. Dans ce cas de figure ce serait la candidate qui s’allierait avec lui qui gagnerait vraisemblablement le poste. Il va essayer de profiter de cette position pour tirer un peu le parti vers sa gauche. C’est d’ailleurs le candidat qui a fait le discours le plus conséquent. Le seul à avoir mis en avant des idées et presqu’un programme. Toutefois, il sent aussi qu’il a une carte à jouer et pour cela il se présente comme le candidat du changement. En deux phrases et moins d’une minute il va réussir à placer deux fois le mot changement et deux fois le verbe changer. Il affiche clairement ses idées, pour lui « les militants ont indiqué clairement leur souhait que le Parti socialiste soit ancré à gauche ». Si jamais il n’emporte pas l’investiture du parti, il donne deux conditions claires pour céder ses voix, il faudra interdire le licenciement des entreprises qui font du profit (« on continue de licencier dans des entreprises profitables, c’est inacceptable. ») et aucune alliance avec le MoDem n’est envisageable (« je considère aujourd’hui que l’alliance avec le MoDem est dangereuse »).
Trois candidats, un vrai débat sur l’orientation du parti mais aussi un combat des chefs. Une candidate qui se sent portée par les militants bien que sa base semble plus fragile qu’au moment de l’investiture pour la présidentielle de 2007 ; une candidate qui est prête à abattre cette première ; et un arbitre, un jeune quadra à gauche du parti qui pourrait bien être la clé de ce scrutin s’il devait se dérouler en deux tours. Affaire à suivre, souhaitons pour eux que le candidat qui aura les clés du parti la semaine prochaine réussisse à fédérer le parti socialiste.