Petite analyse du discours de Ségolène Royal à Rezé

28 mai 2009

C’était l’événement politique de la soirée d’hier, Ségolène Royal et Martine Aubry ont tenu un meeting commun à Rezé (Grand-ouest). Après avoir un peu hésité à vous en parler – comme tout le monde – j’ai décidé de vous proposer une petite analyse du discours de Ségolène Royal autour de quatre points : son appel à l’unité, son appel à la participation, sa critique de l’Europe libérale et ces propos sur la création des « Etats-Unis d’Europe ».

Un appel à l’unité et une photo de famille

La photo on l’a longtemps attendue dans cette campagne et inutile de nier qu’elle est arrivée beaucoup trop tard pour renverser la tendance. Mais l’unité hier était de mise. Tout au long de son discours Ségolène Royal a essayé de le La Photorappeler. En vrac, on peut noter les phrases suivantes : « Tout le bonheur de se retrouver là tous ensemble », « ça fait du bien d’être ensemble » (3fois), « unis nous allons gagner », « nous sommes heureux d’être ensemble », « nous avons la puissance de l’unité et du rassemblement ». Bien sûr, plus que des mots, il fallait des attitudes, et cette fameuse photo. Écouter les discours de l’autre, applaudir sans cesse et ne pas laisser présager une rivalité… Les deux meneuses du Parti Socialiste ont de ce point de vue là été irréprochables. J’aurais imaginé, toutefois, Ségolène Royal parler davantage de Martine Aubry pour souligner l’absence totale de rivalités entre les deux. Elle l’a fait, et il faut le noter. Dès le début, elle parle de « ma chère Martine, notre première secrétaire ». Les mots sont importants, et le « notre » prend ici, un sens crucial de ralliement. Puis elle évoque un P.S. uni « à côté de (…) Martine vaillante et opiniâtre dans cette campagne ». Toujours dans le registre des louanges, Ségolène Royal affirme que Martine Aubry est responsable de la réussite du manifesto. «Ce manifesto nous te le devons en tant que chef du P.S. français ». Une fois encore, elle réaffirme volontiers le rôle de leader incontestée du P.S. à Martine Aubry, sans rancune ni rivalité, du moins en façade.

Cependant tous ces louanges ont lieu au début du discours et je m’attendais à davantage de piqures de rappel pour définitivement en finir avec l’idée de division des socialistes. Des rappels il n’y en a eu que deux à la vingtième et à la 29ème minutes, le dernier étant d’ailleurs peu naturel. Le « Comme tu l’as dit Martine » et le « Comme vous l’a souvent dit Martine » glissés à dix minutes d’intervalle dans un discours d’une demie heure étaient évidemment prévisibles mais bien joués. Ils servent à rappeler en permanence l’unité du parti socialiste ce qui était incontestablement le but de ce meeting commun.

« Un appel vibrant à la participation »

L’unité du parti socialiste est une chose, il faut encore avoir des électeurs. Ségolène Royal en est convaincue, chaque électeur qui restera chez lui dimanche offrira sa voix à l’UMP et à l’Europe actuellement en place. Quasiment tout au long de son discours Ségolène Royal s’adresse à ceux qui ne souhaitent pas s’exprimer dimanche. « Ce qui menace, c’est l’abstention, l’indifférence et même le dégoût, le pire c’est que ceux qui aujourd’hui ne veulent pas voter sont les principales victimes de l’Europe libérale ». Puis elle se lance dans ce qu’elle nomme « un appel vibrant à la participation », avec une longue anaphore (que l’on pourrait qualifier de sarkozienne tant il en use et abuse) en répétant « L’Europe sociale a besoin de vous ». Elle cite toute une série de personnes, des chercheurs aux milliers de licenciés – évoquant un très grand nombre d’usines – et à chaque fois ponctue sa phrase de ce syntagme « L’Europe sociale a besoin de vous ».

On aurait pu imaginer qu’elle prononce l’expression « vote utile », mais elle en a laissé le soin à Martine Aubry. Cela dit tout son discours consiste de la même manière à capter l’électorat indécis, et à amener aux urnes les électeurs qui pensent à les bouder : « Venez voter toutes celles et ceux qui veulent que ça change! ». S’il est bien un élément qui ne laisse pas de doute, c’est que la dernière réplique de son discours a été : « Et que pas une voix ne manque! »

Contre l’axe sarko-berlusconien

A quelques jours des européennes, le discours de Ségolène Royal avait un petit goût de campagne présidentielle du second tour. Elle ne s’est pas attaquée aux partis plus à gauche, ni au Modem mais exclusivement à l’UMP et à « l’axe sarko-berlusconien ». Certes en filigrane, les critiques des autres partis apparaissent, elle vise vraisemblablement la gauche extrême et Europe Ecologie lorsqu’elle en appelle à l’unité et au rassemblement ou qu’elle affirme que seuls les socialistes peuvent construire l’Europe sociale (« qui d’autre que les socialistes peuvent construire l’Europe sociale ») mais la cible est réellement dans l’autre camp, celui de l’Europe libérale. Une Europe et une droite décomplexée qu’elle résume en six points : individualisme, avidité, brutalité, imposture, populisme et démagogie. Illustrant chacun par un exemple concret du « cynisme libéral ». Elle s’attaque une fois encore à la droite sur son terrain de chasse : l’insécurité. Rappelant qu’en France ils sont en poste depuis 2002 et que ce sont eux qui génèrent de l’insécurité, Ségolène Royal évoque « l’hystérie législative de la droite » raillant l’arrestation du voleur de bicyclette de six ans qui n’avait pas même voler de vélo…

Les « États-Unis d’Europe »

Pour Ségolène Royal soit « L’Europe marche vers l’unité politique [soit] elle se disloquera dans le nationalisme ». Elle en appelle de ses vœux à la création des États-Unis d’Europe dépassant par là-même la position officielle de son parti. Avant d’énoncer cette idée, elle avait tout de même appeler à une Europe de la « justice sociale », dotée d’une « démocratie exemplaire » qui mène un « combat écologiste » et se bat pour « des libertés toujours plus grandes ». Elle n’évoque pas de sujets qui fâchent comme le salaire minimum européen et rappelle par ses affirmations que le combat pour les libertés n’est pas l’apanage de l’UMP mais bien des socialistes. Avant tout, c’est donc une Europe sociale que Ségolène Royal souhaite ou plus précisément une Europe « social-humaniste du XXIème siècle ».

Toujours en campagne, elle propose donc l’idée de la création des Etats-Unis d’Europe en répétant cette expression à cinq reprises, et donc s’affirme en faveur d’une intégration politique totale. Une « Europe unie des peuples d’Europe ». Citant l’internationale socialiste, elle en appelle au « courage de faire la différence » pour se protéger de cette Europe – et là elle paraphrase Hobbes – [de la guerre du tous contre tous où l'homme est un loup pour l'homme]

En sous-régime, baffouillante à cause d’une absence manifeste de maîtrise de son texte, nettement moins charismatique qu’à son habitude, Ségolène Royal a réussi à remarquablement prêcher l’unité tout en affirmant sa différence et en proposant à quelques jours du scrutin des idées qui ne figurent pas vraiment au programme. Électron libre : beaucoup se demandait comment elle se comporterait mardi soir, elle a, en fait, été assez prévisible se rangeant derrière sa « très chère Martine » avec qui elle n’a plus aucune rivalité ni jalousie. Ce meeting était crucial pour le parti socialiste, et il a été nettement plus réussi que le lancement de la campagne de l’UMP mais il est certainement arrivé trop tard pour convaincre les indécis et ceux qui souhaitent se tourner vers une alternative à gauche que le P.S. est un parti uni.


Sarkozy/Zapatero/Royal, l’affaire ne passionne pas l’Espagne.

24 avril 2009

Une conférence et quelques TD en préparation, des copies à corriger qui s’empilent, un travail alimentaire, le temps pour bloguer se raréfie ! Je me suis pourtant intéressé à cette histoire de « pardon » de Ségolène Royal.

images1J’avais personnellement trouvé le coup du pardon à l’Afrique très bien joué. Le fait de parler au nom de la France lui confère une fausse légitimité qui peut contribuer à la présidentialisation de son image. Elle joue aussi sur le jeu de la décrédibilisation de Sarkozy en lui faisant un procès en compétence, chacun de ses pardons étant accompagnés d’une vision de ce que peut ou ne peut pas dire un président de la République. Elle se crée un rôle de contre-présidente, représentant le pays et non son parti.

L’affaire du pardon à Zapatero est toute différente. D’une part, elle arrive quelques semaines après celui à l’Afrique ce qui crée un écho désagréable et met sur le même plan deux affaires très différentes. Il y a d’un côté un discours très contestable de l’autre, un mot déplacé qui a pu – ou non – avoir été prononcé, qui a pu – ou non – être sorti de son contexte. Certains confirment les propos présidentiels cités par Libération sur la mise en doute de l’intelligence de José Luis Zapatero, d’autres les nient.

 L’Espagne s’est émue de ces propos. El Mundo évoque « une pluie de commentaires ». Pourtant les excuses de Ségolène Royal ne déchaînent pas les passions. Dans la presse espagnole ses jours, on s’intéresse plus à ses collaborateurs non-rémunérés et aux échanges d’amabilités entre l’UMP et PS. En premier lieu, les quotidiens espagnols reviennent sur les propos de Frédéric Lefebvre qui conseille à la présidente du Poitou-Charentes une « aide psychologique » ou qui la considère comme une octavilla (un tract de propagande). Ces propos font dire aux journalistes espagnols que la politique française est « mas de frasecitas que de confrontacion de proyectos »[1]. Cette affaire de politique franco-française qui vient se régler sur leur terre aura au moins le mérite d’avoir fait rire quelques journalistes ! La plupart des journaux qui relatent l’affaire raillent cependant plus les « bravuconadas verbales »[2] de Sarkozy que les pardons de Ségolène Royal !

 


[1] Une politique de petites phrases et non de confrontation de projets

[2] fanfaronnades verbales


Christophe Donner, 20 000 euros sur Ségo

9 avril 2009

Après vous avoir parlé de Ségolène la femme marque le mois passé, c’est sur un autre livre qui traite de la présidente de Poitou-Charentes que je me suis penché : 20000 euros sur Ségo ! de Christophe Donner.

20000eurossursegoÉtrange roman que ce 20000 euros sur Ségo ! L’idée de base est pourtant simple, c’est une métaphore filée entre la politique, et plus précisément le congrès du PS, et les courses hippiques : favoris, outsiders, stratégies… Le résultat est à l’arrivée assez mitigé.

Je ne le cacherai pas, j’ai pourtant pris du plaisir à lire ce livre. Une fois commencé difficile de le lâcher et de ne pas le lire d’une seule traite. Pourtant ce roman est dérangeant, voire désagréable. C’est un roman politique écrit par quelqu’un qui pense qu’un « parti est d’abord un lieu de rencontres sexuelles » et qui avoue avoir dès son plus jeune âge converti la passion politique qui animait sa famille en passion hippique.

Concrètement, cela entraine des raccourcis loin d’être flatteurs pour le P.S. et pour la politique en général. Ainsi, évoquant les différentes motions déposées au Congrès du parti socialiste, Christophe Donner trouve qu’elles étaient toutes identiques : « c’était la même bouillie contestataire, un pudding de paraphrases». Tous les candidats ont droit à leur petite phrase : Aubry fait mémère, Hamon n’est « pas bon », il a « un manque de texte et de style » et « Le projet de Delanoë était insaisissable, et plus il le remplissait de fadaises, de lieux communs, plus il se vidait. ».

Bien sûr, celle qui en prend le plus pour son grade, c’est évidemment Ségolène Royal. Même s’il a choisi de parier 20000 euros sur sa victoire au Congrès, il ne manque pas de l’égratigner tout au long de son ouvrage. Tout d’abord à propos de son Zénith : « Ségolène ne marchait pas, elle ne dansait pas non plus, elle faisait l’oie, celle qui essaie de s’envoler, de s’élever, mais rien. » Puis il insiste : « elle est insupportable : « Fra-ter-ni-té ! Fra-ter-ni-té ! » c’est juste pas possible ». Quelques pages plus loin, il revient encore à la charge : « Cette grand-messe de la fraternité, là, quelle horreur ! Cette bonne femme est folle ! » et ajoute encore des termes comme « c’est la honte », « horrible » ou encore «ridicule. Elle était ridicule» pour conclure qu’«elle ne sera jamais élue il y a trop de gens qui la détestent, au PS. »

Même, s’il comprend que « L’enjeu du congrès c’est [...]comment s’en débarrasser ? », il mise tout de même sur ce canasson. Même, s’il reconnaît que Ségolène Royal perd les élections au moment de son discours raté au Congrès, il conclut son ouvrage en affirmant que «ce n’est pas au vote que s’est jouée la désignation de Martine Aubry, elle a été désignée et non élue. C’est un fait, une évidence : le comité directeur a décidé que ça devait être elle, plus exactement que ça ne pouvait pas être Ségolène ».

Mais avant d’en arriver à cette conclusion, Christophe Donner nous a offert toute une série de raccourcis qui donne un ton populiste à ce bouquin. Par exemple, un psy fait du « bla bla freudien », Delanoë ne se définit que par son « coming-out » et Ségolène Royal par ses gaffes. Pour lui, « la gaffe est son sport préféré » et «les élections présidentielles furent pour elle l’occasion d’une grande tournée internationale de gaffes, elle donnait son irrésistible spectacle à guichets fermés, tous les journalistes locaux se pressant pour être les premiers à recueillir la dernière bourde».

En définitive, si Christophe Donner regrette d’avoir misé 20000 euros sur Ségo, je regrette d’avoir misé 12 euros sur ce livre qui certes est prenant mais qui n’a en tout cas pas le moindre intérêt politique. L’auteur arrive à nous tenir par la qualité de son écriture et par quelques bons mots bien sentis comme sa réflexion sur le vocabulaire marxiste de Sarkozy après la crise financière : «en l’adoptant , en faisant sien les slogans marxistes de l’ancien temps, Sarkozy les portait au sommet du ridicule, dévoilait leur inanité, leur vacuité, leur part de démence». Pour en apprendre plus sur Ségolène, il vaut mieux se reporter sur Ségolène, la femme marque ou sur un ouvrage directement écrit par l’intéressée, vous pouvez toujours parcourir ce roman pour vous divertir et savoir si ou non l’auteur pourra s’offrir ses fenêtres en or.

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Ségolène, la femme marque

Femme debout, Ségolène Royal sans surprise



Ségolène Royal à la tête de Dailymotion

29 mars 2009

A l’heure où Dominique Strauss-Kahn bénéficie de tous les égards des médias pour son retour en France, Ségolène Royal innove une fois encore dans sa communication en prenant les commandes de la page d’accueil Dailymotion ce week-end.

C’est dans une indifférence médiatique totale que Ségolène Royal fait à nouveau évoluer la communication politique. En effet, tous les médias ont repris le buzz de Romain Mesnil qui arpente les rues de Paris nu et perche en main mais aucun ne s’est intéressé à l’expérience de Ségolène Royal sur Internet. Aucun rapport, certes. Il est tout de même étrange que seul le site de l’Express s’intéresse à cette expérience nouvelle de la présidente de la Région Poitou-Charentes qui court-circuite les médias traditionnels pour faire passer ses idées.

Le site Dailymotion récemment attaqué par Nadine Morano s’offre une première personnalité politique aux commandes de leur page d’accueil et c’est tout de même un petit événement. Si Marc Eychenne affirme qu’ils ont « envoyé de nombreuses demandes à des personnalités politiques de tout bord, [et que Ségolène Royal] est la seule à avoir répondu favorablement pour l’instant » du côté de la socialiste on affirme que « DailyMotion voulait que ce soit elle, la première [car] elle connaît bien Internet, elle y est très active et ses vidéos plaisent. » Les vidéos mises en avant par Ségolène Royal ne présentent pas un intérêt démesuré, mais ce qui est intéressant c’est le principe de vidéos questions-réponses auquel elle a adhéré.

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Les vidéos actuellement en ligne balayent un certain nombre de thèmes, de la voiture électrique à la crise en passant par l’éducation à l’école maternelle, Ségolène Royal répond à toutes les questions. Celles qui ne sont pas publiées sur Dailymotion et qui ont pourtant été suggérées à Ségolène Royal devraient normalement être reprises sur le site desirdavenir.org. Une fois encore l’exercice de communication est maîtrisé, elle apparaît proche des gens dans ce décor minimaliste composé uniquement d’une pancarte de sa région.

Pas besoin de journalistes complaisants, Ségolène Royal répond aux questions qu’elles souhaitent aborder en choisissant les vidéos d’internautes. L’invitée spéciale de Dailymotion donne dès lors l’impression de répondre aux vraies préoccupations des Français ce qui est une constante dans sa communication. En plus, elle utilise les mêmes ressorts émotionnels que ceux que décrit François Belley dans Ségolène, la femme marque. Ainsi, pour mettre en avant sa crédibilité, elle ramène sans cesse les questions à ses actions concrètes pour la région Poitou-Charentes ou dans ses fonctions gouvernementales. Pour mettre en avant, sa proximité avec les Français elle utilise d’une part ce format questions-réponses et d’autre part elle essaye de paraître dans ses vidéos comme en plein dialogue avec les internautes tout en insistant sur sa proximité avec les gens et sur le bon sens des idées issues de la démocratie participative. Enfin, pour mettre en relief le registre de l’émotion, elle nous rappelle à plusieurs reprises ses origines modestes : elle nous rappelle qu’elle est originaire d’un « petit village des Vosges », d’ « une famille de quatre enfants avec peu de moyens »…

Elle utilise cette communication sur quasiment toutes les questions, par exemple à propos de l’environnement. Elle commence sa réponse par « je vais vous raconter une histoire », nous évoque ses actions lorsqu’elle était ministre de l’environnement. Puis revient sur son enfance : « j’ai été élevée comme ça dans la petite enfance » (« ma mère récupérait l’eau de pluie pour nous laver les cheveux » ; « J’ai fait des herbiers » ; « j’allais aux champignons avec mon grand-père ») et finit par ses actions concrètes aujourd’hui pour sa région. Elle emploie un vocabulaire peu habituel de type « j’ai été soutenue par l’opinion public à fond la caisse » ou « ça a fait un malheur » pour nous amener on ne peut plus sérieusement vers la crise mondiale de l’eau.

Dans les vidéos choisies elle met aussi en avant ses connaissances sur des questions très pointues comme la voiture Heuliez qui faute d’aide gouvernementale peine à voir le jour alors qu’elle pourrait être la première voiture électrique avec une autonomie de deux heures mise en vente à 5000 euros ! Elle tacle d’ailleurs le gouvernement sur beaucoup d’autres sujets comme la petite enfance où ce « gouvernement de nantis » ne prend pas conscience de l’importance de l’école primaire pour l’égalité des chances, le CNRS et aussi et surtout sur le soutien aux banques qui ont reçues des milliards et qui rechignent à financer les PME. Elle critique le « déficit de dialogue social » et épingle les entreprises qui délocalisent ou licencient alors qu’elles ont reçues des aides publiques. Ségolène Royal développe ses idées dans ce domaine, évoque les pays du Nord de l’Europe comme elle aime le faire avant d’aborder d’autres sujets comme sa place au sein du parti. Elle explique qu’elle ne créera pas de partis mais invite tout le monde à adhérer à désir d’avenir – « un lieu apaisé ou l’on travaille, ou l’on échange » – pour seulement 5 euros!

Si le résultat est mitigé : elle n’a pas attiré les médias traditionnels sur son initiative et sa vidéo sur l’environnement n’a été vue que par quelques centaines de personnes, elle réussit tout de même à attirer jusqu’à vingt mille personnes sur sa réponse à la crise soit en un week-end cinq fois plus que la vidéo star de Martine Aubry sur l’Europe. Une fois encore en utilisant cette nouvelle communication et en poussant les internautes vers désir d’avenir et non vers le P.S., Ségolène Royal doit faire grincer des dents, mais elle trouve encore un nouveau moyen d’exister auprès des Français tout en restant fidèle à ses idées et à sa manière de faire la politique. Qu’elle sera la prochaine étape ?

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Ségolène, la femme marque


Ségolène ®, la femme marque

16 mars 2009

A l’heure où Ségolène Royal – qui a si souvent exposé sa vie privée – se plaint d’être en une de Paris Match avec son nouveau compagnon, il est intéressant de découvrir l’ouvrage de François Belley qui analyse la marque Ségolène ®.

Sur invitation de l’auteur, j’ai décrypté Ségolène ® la femme marque. Je ne vous cache pas avoir été quelquesegolenefemmemarque2 peu inquiet en découvrant le postulat de départ. L’analyse d’une femme politique par un « marketeux » risquait de réveiller en moi les souvenirs plus ou moins difficiles des cours d’analyse économique du politique. J’ai eu peur de retrouver le spectre de Capitalisme, socialisme et démocratie de Schumpeter, Anthony Downs ou encore des calculs tels que V = pU – C + R1 qui nous explique l’irrationalité du vote. Au lieu de cela, je me suis trouvé en présence d’un livre très travaillé et tout à fait agréable à lire. L’omniprésence de termes utilisés en marketing et en communication nous rappelle toutefois la nature de cet ouvrage. Ainsi on peut trouver des mots comme covering, C to P (consumer to politics), insights, big idea, team, feedback, brand linking, ou encore des termes qui nous plongent directement dans l’univers de la publicité comme aspirationnel ou désirabilité. Pourtant la démonstration apporte un vrai plus à l’étude du politique tant il est vrai que parfois la science politique est désarmée face à la mise en abîme de l’image des professionnels de la politique.

Le livre commence par une préface de Jacques Séguéla, l’homme qu’il fallait pour un ouvrage qui veut imbriquer communication et politique. Cette préface très courte peut à plusieurs titres décevoir, il n’empêche qu’elle remplit son rôle, elle met le lecteur en haleine et annonce la couleur. De ces quelques lignes, je ne retiendrai qu’une phrase qui éclaire la thèse de l’auteur : « la consommation, si on la réduit à sa plus simple expression, se résume à deux vases communicants. L’un symbolise la confiance, l’autre le désir. Le choix va toujours à l’offre qui témoigne de la meilleure synthèse des deux ». En 2007, c’était Nicolas Sarkozy, c’est pourtant à l’autre « gagnante » de l’élection que François Belley s’est intéressé.

Rapidement, l’auteur nous explique dans quelle mesure on peut affirmer que les hommes politiques sont des marques comme les autres. A travers des exemples très concrets comme celui de José Bové, on commence à adhérer à la thèse du livre. L’œil du professionnel du marketing nous apporte tout d’abord une vraie connaissance de ce qu’est une marque. Insistant sur le triptyque notoriété, identité et pérennité qui fonde la marque, l’auteur conclut que « seul le profit semble différencier la marque commerciale de la marque politique ».

Mais Ségolène ® la femme marque n’est pas un ouvrage lointain et théorique. Basé sur un travail colossal, l’auteur nous retrace l’ascension de Ségolène Royal de son entrée en politique à la veille du congrès du P.S.. Partant du principe qu’une marque doit « incarner et développer une spécificité (…) et donc [se] rendre unique, dans une certaine mesure, aux yeux du consommateur. » L’auteur analyse ce qui fait de la présidente de région un produit marketing.

Pour l’auteur, la marque Ségolène Royal se distingue des autres offres politiques, par sa féminité et sa proximité. De ce point de vue, force est de reconnaître la stabilité de Ségolène Royal. Tout au long de sa carrière, elle aura joué sur le registre de l’émotion et sur la carte de l’écoute. L’auteur nous montre le parcours qu’elle a entrepris depuis la mise en avant de la naissance de sa fille Flora en 1992 dans Paris Match jusqu’à son Zénith à la fin de l’année passée, il est totalement impossible de passer à côté de la vie privée de Ségolène Royal. Elle va, de plus, « faire de ses places aux gouvernements et de ses fonctions politiques un levier médiatique pour émerger, installer la marque dans l’esprit des Français ». La notoriété est déjà là, et le fait qu’elle ait toujours été une « bonne cliente » pour les médias, va profondément l’aider à devenir une possible présidentiable en 2007.

En ce qui concerne l’émotion, inutile de préciser que Ségolène Royal aime mettre en avant sa vie privée, « chez Ségolène, la politique s’apparente toujours à un récit dans lequel les séquences émotionnelles rythment la vie de l’héroïne narratrice ». Tout au long de sa carrière, elle n’aura de cesse de mettre en avant, son statut de femme, son charme et ses atouts de mère de famille nombreuse. Pour l’auteur, « Ségolène Royal sera l’incarnation même de la femme rassurante, maternelle, douce et protectrice »

Mais le point fort de la marque Ségolène, c’est l’écoute. Si Ségolène Royal peut apparaître comme un pur produit de la demande, c’est parce qu’elle n’effectue que rarement une prise de parole sans avoir préalablement commandé une étude de marché. Sur ce point là, elle ressemble beaucoup à Nicolas Sarkozy. Mais Ségolène Royal, pousse le sentiment d’écoute à son paroxysme en ne jurant que par la démocratie participative. L’auteur établit un parallèle entre la démocratie participative de Ségolène Royal et ce que les marques commerciales appellent le « Customer made » – autrement dit, « conçu par le consommateur ». Le « principe qui tend à faire du consommateur un acteur avisé de l’entreprise en l’associant d’une manière tactique à l’élaboration de ses produits, en amont de son processus de décision jusqu’à la conception de ses campagnes de communication. » De ce point de vue là encore, François Belley montre la cohérence du parcours de Ségolène Royal qui dans ses slogans, ses écrits ou ses pratiques met toujours en avant le citoyen-expert.

Le livre pourrait s’avérer enrichissant avec ces éléments, mais l’auteur va plus loin en nous offrant une analyse de l’image de Ségolène Royal. Il revient sur l’utilisation du blanc par la candidate, sur ses références plus ou moins explicites à François Mitterrand et à la culture catholique et même sur ses sourires par le biais d’analyses toujours pertinentes. Sa vision marketing permet aussi d’expliquer l’essoufflement de Ségolène Royal à la veille des élections internes au P.S.. Dans le cycle de vie du produit Ségolène, on a atteint actuellement le stade de la maturité. Le produit est moins attirant et n’est plus vraiment une nouveauté sur le marché. Ceci explique notamment que les médias avides par nature de nouveautés ce soient tournés massivement vers le produit Bertrand Delanoë avant le Congrès du PS. Dans cette phase la stratégie est simple, exister à tout prix. Cela explique les controverses suscitées par Ségolène Royal : on cite dans le livre sa petite phrase sur la libération d’Ingrid Bettencourt, mais on peut aussi penser à son récent voyage en Guadeloupe par exemple. Pour Ségolène Royal, chaque sujet d’actualité devient un moyen d’exister aux yeux des Français.

Vous l’aurez compris, j’ai particulièrement apprécié ce livre, et j’attends avec hâte une analyse similaire sur d’autres candidats à l’élection présidentielles, et pourquoi pas un prochaine opus sur la stratégie de marque de notre président?

1 Arbitrage final = Probabilité anticipée par l’électeur que son vote sera déterminant pour l’issu du scrutin multiplié par l’utilité escomptée moins le coût du vote plus la variable résiduelle et marginale.


Politique : qu’avez vous manqué pendant vos vacances?

2 mars 2009

Une semaine chargée s’achève : ni Fillon ni Sarkozy ne se sont encore rendus en Guadeloupe, aucun visiteur du salon de l’agriculture n’a dû se casser parce qu’il était un pauv’ con ; pourtant, si vous avez passé la semaine sous un rocher ou ailleurs vous avez surement manqué quelques informations. Petit aperçu.

Du côté de l’opposition

Sans parler du nouveau parti de la France crée par Carl Lang, l’opposition a été assez active cette semaine. Le parti socialiste a occupé les médias pendant leurs congés, Martine Aubry est allée jusqu’à parler d’un « grand jour pour le P.S. ». Mais de qui pouvait-elle bien parler? De la nouvelle couleur de cheveux de François Hollande? Surement pas. Du voyage de Ségolène Royal en Guadeloupe alors que le chef de l’Etat n’est pas même passé sur le stand de ce DOM au salon de l’agriculture? Je ne crois pas non plus. Du fait que l’un d’entre eux ait trouvé un poste, Jack Lang s’étant vu confier par le président une mission pour la reprise de la coopération entre la France et Cuba? C’est peu crédible. D’autant plus que généralement les transfuges de la gauche vers le gouvernement obtenaient des postes un peu plus intéressants que ce lui de « petit télégraphistes de Sarkozy » comme le disait si bien Stéphane Guillon ce matin sur France Inter : « il a viré sa cuti pour un colissimo » c’est un peu triste de voir « l’immense ministre de la culture de Mitterrand devenir facteur chez Sarko ». Ce n’est donc pas encore cela le grand jour du P.S.. J’ai trouvé ! Il s’agit de l’unification du P.S.. Le principal parti de l’opposition a enfin affirmé haut et fort son unité. Onze membres proches de Ségolène Royal ont fait leur entrée à la direction du P.S., il aura fallu plusieurs mois pour que ce parti se rende compte que sa direction ne représentait qu’un adhérent sur deux. Voilà ce qui a été un grand jour pour le P.S.. Le problème d’un grand jour, c’est qu’il ne dure que 24 heures. Immédiatement, il a fallu que les divisions resurgissent. Non pas que Martine Aubry soit en colère parce que Ségolène Royal fait la une de Match, non, il se trouve que la nomination des têtes de listes régionales pour les européennes n’a pas plu à tout le monde. Il faut dire que c’est un beau casse tête. Tout d’abord, il a fallu panacher entre les femmes et les hommes, ce n’est encore pas très naturel au P.S.. Ensuite, il a fallu introduire une goute de « diversité » puisque c’est nécessaire, que c’est à la mode et qu’une fois encore ça n’a rien de très naturel. Mais le plus dur c’est qu’il faut réussir à représenter chaque courant du P.S. Dans chacune des régions, afin de ne privilégier personne, de ne froisser personne. Raté ! Voilà que l’unité du P.S. est déjà mise à mal, Vincent Peillon apprenant sa nomination à la tête de la liste de la région Sud-Est- lui qui voulait le Nord-Ouest – a parlé de « crève-cœur ». Le parti a déjà du mal à s’y retrouver entre sa tête de liste et sa tête de gondole, l’unité ne survivra pas si, en plus, il se paie des fortes têtes…

Mais du côté de la majorité rien ne va non plus.

Le procès des époux Tibéri a marqué la fin d’une époque. Eux qui n’étaient pas arrivés au pouvoir par hasard se retrouvent bien seuls sur le banc des accusés. La majorité ayant d’autres soucis que de s’occuper des chiraquiens à la dérive. Bien sûr, il y a déjà la Guadeloupe et Yves Jégo qui comme le dit Anne Roumanoff n’est décidément pas le plus « Fort-de-France ». Sarkozy aurait aimé tout régler en un jour, mais rien n’y fait. Les médias pourtant essaient de l’aider, ils continuent de préférer parler des conséquences de cette grève plutôt que de ses causes. On montre des blocages, des pénuries, et autres décisions « lourdes de conséquences » et on insiste sur le refus de compromis du LKP. Rien n’y fait. Sarkozy perd encore six points de côte de popularité. Tous ses adversaires se rendent en Guadeloupe, mais lui n’a toujours pas eu le temps d’y aller.

Il faut dire qu’il a eu du boulot ces derniers temps. Et puis, il n’est pas avare, on ne lui a rien demandé et pourtant il a réussi à trouver le temps de nommer le nouveau patron de la fusion caisse d’épargne – banque populaire. Du coup, l’opposition critique ses tendances autoritaires et sa visible volonté de se débarrasser de tout ce qui pourrait ressembler de près ou de loin à un contre-pouvoir. En plus, il a affirmé avoir le soutien de la commission d’éthique au lieu de quoi il n’avait eu qu’une lettre à titre personnel du président de ladite commission soulignant qu’il parlait en son nom. Pas sûr dès lors que la majorité ait assez de force pour faire passer ce qui s’annonce comme un des grands chantiers du mandat de Nicolas Sarkozy, la réforme du « millefeuille administratif ». La commission Balladur n’a pas manqué de soulever des indignations en annonçant la suppression des cantons, la création des métropoles et surtout le regroupements de certaines régions pour passer de 22 à 15 régions administratives. Ce que l’on annonçait comme étant un big bang territorial va encore devoir affronter de nombreuses tempêtes avant de passer de projet à réalité…


Politique : qui sont les stars de nos journaux?

11 février 2009

Après avoir découvert une énième couverture sur Rachida Dati cette semaine dans mon kiosque à journaux, j’ai décidé de regarder à quelles personnalités politiques la presse s’intéresse le plus depuis les élections. Pour ce faire, j’ai regardé combien d’articles évoquaient les seize personnalités que j’avais choisies dans la presse nationale1. Un moyen un peu plus simple que de mesurer le temps de parole de chacun et qui permet déjà de dégager de sérieuses tendances.

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Le premier constat est sans appel, la presse n’en a que pour Nicolas Sarkozy. Ce n’est pas une surprise mais les chiffres sont sans appel. Depuis l’élection présidentielle, sur trente cinq mille articles évoquant l’un des présidentiables (Bayrou, Le Pen, Royal, Sarkozy) plus de 75% des articles font référence à Nicolas Sarkozy. S’il est assez logique que le président de la République fasse parler de lui, on ne peut qu’être surpris de remarquer qu’environ un article politique sur deux évoque Nicolas Sarkozy, un sur deux! On peut tout de même remarquer que depuis un an, sa présence dans les colonnes de presse s’est (un peu) raréfiée. L’écart le plus faible entre lui et Ségolène Royal a été atteint pendant la primaire socialiste en novembre 2008. Toutefois, le président de la République est tout de même évoqué deux fois plus souvent que sa rivale socialiste sur cette période !

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Avant de revenir sur les leaders de l’opposition notons que Jean-Marie Le Pen n’a plus vraiment la cote. Après avoir été omniprésent dans les médias en 2002, il désintéresse de plus en plus. Sur les huit titres de la presse écrite que j’aibenlepen2 sélectionnés le leader du front national est évoqué en moyenne 30 fois par mois soit environ cinq fois moins que François Bayrou par exemple et même moins qu’Olivier Besancenot (50 articles / mois). Ceci explique ses dernières tentatives de dérapages contrôlés. Cette semaine il annonçait que le maire de Marseille devrait bientôt s’appeler Ben Gaudin si la population d’origine maghrébine continuait à croître. Sans commenter cette sortie raciste, cette phrase me rappelle une des premières unes de l’Echos des Savannes que l’on voit ici.

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Pour en revenir à notre sujet, le plus inquiétant dans mes résultats c’est que lorsque l’on compare les articles évoquant les principaux leaders de l’opposition (Martine Aubry, François Bayrou, Olivier Besancenot, François Hollande et Ségolène Royal) et ceux consacrés à Nicolas Sarkozy, on se rend compte que ce dernier est évoqué dans deux fois plus d’articles que tous les autres réunis. Jusqu’à l’élection de Martine Aubry à la tête du P.S., la figure de l’opposition était indiscutablement Ségolène Royal. Le seul mois où il y avait plus d’articles au sujet de François Bayrou que de la présidente de la région Poitou-Charentes c’étaien mars passé lors des élections municipales de 2008… Rappelons que l’élection à Pau avait été sur-médiatisée car l’enjeu était évidemment de faire barrage au leader centriste. Un autre point est intéressant à noter dans ce graphique. Si Ségolène Royal a perdu les élections internes du parti socialiste, elle n’en est pas moins présente dans la presse. Martine Aubry arrive à peine à la dépasser ces derniers mois. A propos de cette dernière, on peut remarquer qu’il y a un an, la presse ne l’évoquait à peine. Elle ne s’est imposée comme dirigeante possible que très tardivement ce qui risque d’être un handicap supplémentaire pour son mandat à la tête du parti qui incarne comme le montre ce graphique la principale opposition au gouvernement.

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Pour finir j’avais prévu de faire un graphique sur tous les membres du gouvernement pour essayer de voir ceux qui intéressent au premier plan les journaux français. Le graphique présentant un trop grand nombre de courbes devient totalement illisible une fois présenté sur ce blog. Je me contenterai donc de vous présenter ce camembert sans appel. Rachida Dati qui rafle de loin le plus grand nombre de unes, est aussi la ministre la plus fréquemment évoquée par les journaux français. Elle est suivie de près par Xavier Bertrand et Bernard Kouchner dont on parle beaucoup en ce moment. L’hyper-médiatisation du Grenelle de l’environnement permet à Jean-Louis Borloo de prendre une bonne place dans ce classement quand des personnalités qui font beaucoup de bruit -comme Fadela Amara- intéressent finalement assez peu les médias. Rama Yade n’est pas présentée ici, mais elle occupe aussi beaucoup les pages des magazines qui ont abondamment évoqué les ministres d’ouverture et ceux représentant la « diversité » dans ce gouvernement. A titre d’exemple, j’ai indiqué dans ce camembert Dominique de Villepin qui, en moyenne, est évoqué 70 fois par mois soit près de 20 fois moins que Nicolas Sarkozy ! Dur de se mettre sur les rangs pour 2012 dans ce cadre là!

1J’ai selectionné : l’humanité, libération, le monde, la croix, le figaro, le nouvel observateur, le point et l’express


Femme debout, Ségolène Royal sans surprise

9 février 2009

La présence de Nicolas Sarkozy jeudi dans les médias a presque réussi à faire oublier la sortie du livre de Ségolène Royal et Françoise Degois : Femme debout. Une fois encore, l’ancienne candidate à l’élection présidentielle réussit un ouvrage qui plaira à ceux qui l’apprécient et irritera les autres. Petit aperçu.

royal21Une charge contre Nicolas Sarkozy et son gouvernement

Les « bonnes pages » soigneusement publiées dans la presse depuis quelques jours présentaient cet ouvrage comme très polémique et donnaient quelques exemples de charges violentes contre Nicolas Sarkozy. Pourtant, ce livre n’est pas à proprement parler un pamphlet politique. Ségolène Royal évoque plus d’expériences et de ressentis personnels que d’attaques politiques. Toutefois, il est vrai que le fil rouge de cet ouvrage est l’attaque en règle de Nicolas Sarkozy et de quelques membres du P.S.

Les extraits que l’on a pu lire représentent la toute fin de l’ouvrage (p.230-235) pourtant dès la centième page, elle est catégorique : « Nicolas Sarkozy a manipulé l’opinion en créant un espoir mâtiné de spiritualité, regardez le résultat. L’essence de la politique, c’est d’unir, de rassembler, d’harmoniser la vie de ses concitoyens, pas de fracturer, de casser, de diviser. Il a tout fragmenté, désossé, désuni ». Les charges ne s’arrêteront plus, elle rappelle que si le président Uribe n’a pas fait appel à Sarkozy pour la libération d’Ingrid Bétancourt c’est parce qu’il est « immaîtrisable ». Elle ajoute que son action est de l’ordre de « l’incompétence politique crasse », que le président est « fade » et « malsain ». Elle affirme que son action n’est que du « chloroforme » et de « la manipulation politique de bas étage ». Comme dans son ouvrage précédent, elle dénonce « la connivence intenable, intolérable entre le chef de l’Etat, la haute finance, les grands patrons » et regrette parfois de ne pas avoir à l’affronter dans des élections américaines où on dénoncerait l’ « amoralité » de Sarkozy notamment en matière de fraude à l’ISF.

Outre les attaques que l’on a pu lire dans la presse, Ségolène Royal va aussi savoir faire preuve de subtilité en affirmant que l’un de ses livres préférés est La Princesse de Clèves « c’est une écriture somptueuse, voilà, c’est tout. Cette histoire magnifique, déchirante. ». Rappelez-vous le candidat Sarkozy déclarait pendant sa campagne à propos d’un concours administratif qu’ « un sadique ou un imbécile avait mis dans le programme d’interroger les concurrents sur La Princesse de Clèves. Je ne sais pas si cela vous est souvent arrivé de demander à la guichetière ce qu’elle pensait de ‘La Princesse de Clèves’… Imaginez un peu le spectacle ! » Subtil.

Règlements de compte au P.S.

Une fois encore, cet ouvrage était présenté comme très violent vis à vis du P.S. et pourtant, même si la plupart des pages ont été écrites avant le congrès du P.S. Ségolène Royal n’est pas si critique. La première charge est dédiée à Martine Aubry qui la « regarde toujours comme quand [Ségolène Royal était] sa sous-ministre. Elle le pense vraiment. » Une petite attaque contre François Hollande, Jack Lang et Michel Rocard avant de nous apprendre que certains au P.S. l’appellent « le serpent ». Pour elle ce qui est grave c’est que les éléphants « ne s’arrêteront jamais », même si elle sait que s’il n’y a pas de « cessez-le-feu » de leur part, le P.S. n’a aucune chance de gagner en 2012. Sur cette élection elle est « très claire. S’il y en a un de meilleur qu’[elle], qu’il y aille, [elle fera] même sa campagne en 2012. mais pardon, pour le moment [elle ne voit] pas. »

Françoise Dégois pense que d’une façon ou d’une autre ce parti voulait tourner la page Royal. Pour l’ancienne candidate, Martine Aubry n’est qu’un produit de l’action des éléphants qui ont trouvé une femme pour battre une autre femme et avoir la voie libre pour 2012. Pour elle, c’est la seule préoccupation des leaders du P.S., ils ne pensent jamais aux Français qui souffrent.

Lionel Jospin a été l’un des premiers à réagir aux extraits publiés du livre de Ségolène Royal, il a commencé à nouveau à s’en prendre à « celle qui était la moins capable de gagner » en 2007 comme il l’avait fait dans son ouvrage intitulé L’impasse. Pourtant dans Femme Debout, si la présidente de la région Poitou-Charente s’étonne de la violence des propos de Jospin, elle ne l’attaque guère allant même jusqu’à dire qu’il a été « un très grand premier ministre ».

Malheureusement pour certains membres du P.S., Ségolène Royal ne semble pas prête à abdiquer, elle affirme qu’elle pense déjà à 2012 et que si elle a « parfois eu le sentiment de ramper dans la cendre », elle revendique son Zénith et fait un petit clin d’œil à ceux qui n’auraient pas compris, son « personnage de roman préféré s’appelle Edmond Dantès, le comte de Monte-Cristo. Pour la persévérance. »

Ségolène Royal comme on l’aime, ou pas!

Pourquoi avoir fait cet ouvrage? La question on peut se la poser avant, on se la pose encore après. Ségolène Royal veut en finir avec la « cruchitude » comme écrit François Degois. Elle rappelle souvent qu’elle a fait de grandes études et qu’elle est adulée à l’étranger. C’est surement le vrai but de cet ouvrage : se présenter comme une opposition crédible à Nicolas Sarkozy et rappeler qu’elle sera là en 2012. « Une envie de m’expliquer sur tout, de tourner cette page et de prendre un nouveau départ » dira-t-elle.

Ce livre revient beaucoup sur son parcours, son enfance, sa famille. Avec le style Ségolène Royal qui en gênera plus d’un. Dès la dédicace du livre, elle frappe fort : en citant le discours d’investiture de Nelson Mandela : « en faisant briller sa propre lumière, on permet aux autres de faire briller la leur. »

Par la suite, on a le droit à des anecdotes d’enfance qui font parfois un peu Misérables, quelques phrases baroques comme elle les aime et un soupçon de mégalomanie pour rappeler qu’elle a une stature internationale.

On peut lire que « la vie [lui a] beaucoup donné » même si « on ne [lui] a rien offert », elle nous raconte que revenue d’Afrique et des Antilles elle s’est installée dans la campagne française où « il fallait se débrouiller avec la neige qui nous arrivait jusqu’aux genoux, qu’on mettait du papier journal dans les chaussures pour ne pas avoir froid ». Et elle nous livre quelques phrases qui ne sont pas sans nous rappeler les carottes râpées de Laurent Fabius, elle nous dit qu’elle « aime bien faire des choses simples » (en l’occurrence aller au supermarché…) et qu’elle « essaie de rester en contact profond avec le pays ».

Plus surprenant dans cet ouvrage on trouve des phrases comme celle-ci : « Il y aurait un cataclysme, un tremblement de terre, tout serait détruit, je ne serais pas à la rue. Je serais leader. Je dirais aux gens : « Ça n’est pas grave, on va faire ci, on va faire ça. » Quand le soleil se coucherait, je dirais, on va sa coucher. Quand le soleil se lèverait, on irait travailler. Parfois, j’y pense. Je ne serais pas démunie s’il n’y avait plus d’électricité par exemple, plus de boutiques… ». Quelques autres surprises vous attendent comme quand elle confie qu’elle aurait « aimé être soeur Emmanuelle », qu’elle a un « besoin de sauvageonne », qu’elle vient du « XIXème siècle » et qu’elle a toujours aimé « ripailler, rire, et même les blagues graveleuses ».

Pour finir, dans le style Ségolène Royal on pourra noter un soupçon de mégalomanie, elle affirme qu’elle et le Dalaï Lama étaient « mutuellement contents de se voir ». Mais surtout, et cette phrase ne manquera pas de lui être reprochée elle affirme qu’« Obama n’a rien inventé (…) la démocratie participative excusez-moi de vous le rappeler que c’était l’axe de ma campagne ». On peut dire que ça devrait raviver un débat pas si lointain, encore de l’humour?

Une vision dérangeante des femmes en politique

Dans son livre précédent j’avais eu l’occasion de montrer que le mot que Ségolène Royal employait le plus souvent était le mot femme. Elle lui consacrait le tiers de son ouvrage. Dans Femme debout, ces références sont nettement plus rares. Toutefois, si elle critique le machisme des uns, elle ne peut pas s’empêcher de penser « qu’une femme dirige un pays différemment ». Des idées que l’on pensait rangées au placard depuis le règne de Margaret Tatcher.

Pour Ségolène Royal, la première qualité d’une femme c’est sa « douceur ». Elle cite pourtant à nouveau Olympe de Gouge et évoque le plafond de verre, autant de points qui semblent l’inscrire dans une posture féministe.« Je crois que dans leur approche d’un problème les femmes sont plus pragmatiques, plus douces et plus intuitives que les hommes. Il faut parfois de la force douce pour délier un problème diplomatique, pas seulement de la force ». De mon point de vue, une phrase comme celle-ci décrédibilise son combat pour dénoncer le machisme du champ politique, elle est persuadée que « le monde aurait pu avoir une autre face avec Angela, moi et Hillary dans les sommets internationaux. »

Malgré toutes ces critiques, ce livre se trouve être plutôt réussi. L’exercice de l’interview permet une lecture agréable et rend le style vivant. S’il est évident que ces entretiens ont laissé place à une réécriture a posteriori, il n’empêche que le style permet des digressions loin d’être totalement inintéressantes. Avec ce livre, les amateurs de Ségolène Royal ou les électeurs intéressés pourront apprendre un peu plus de la personnalité de la (future / ex-) candidate socialiste à l’élection présidentielle : ses traits d’humour, son enfance,… tout en recevant un message politique de sa part.


La cacophonie au P.S. amuse le monde.

24 novembre 2008

A l’heure où les dirigeants du P.S. comptent, décomptent, recomptent les bulletins des militants de vendredi dernier, la presse mondiale se moque de ce parti incapable de se renouveler. Petite revue de presse de ce qui a pu être écrit ce week-end chez nos voisins plus ou moins lointains.

aubryroyalRegardons dans un premier temps ce que ces journaux pensent de la situation du P.S., inutile de préciser que les mots que l’on retrouve le plus souvent appartiennent au registre de la division. Ce qui est plus surprenant c’est l’omniprésence du champ lexical de la guerre. Pretoria News le journal sud-africain est certainement celui qui va plus loin dans cette métaphore en allant jusqu’à titrer « civil war in France ». On retrouve souvent l’idée de « guerre des chiffres » entre les deux camps. Le Welt am Sonntag évoque une guerre des femmes (« Krieg der Frauen ») et le quotidien de référence espagnol, El Mundo traite des événements de ces derniers jours comme d’une pulsion de mort qui entrainera les deux camps au tribunal. (« El pulso a muerte entre Aubry y Royal acaba en los tribunales »). Dans ce registre, la palme du journal le plus drôle et le plus moqueur est accordé à The Independent comparant les événements du P.S. à un combat de boue entre femmes (« Female mud-wrestling, French style »). Pour le journaliste anglosaxon, il s’agit du seul moyen de détourner pendant quelques temps les médias du président français… Tout au long de l’article il file la métaphore du catch allant jusqu’à appeler Ségolène Royal « the Poitou hellcat ». Le résultat de ces querelles intestines est parfois qualifié de chaos, de désastre et de complet désarroi. Pour le Daily Telegraph ce chaos est un désastre de plus pour un parti dont le déclin est facile à mesurer depuis la mort de Mitterrand. Le journaliste y voit une illustration de l’apathie française et de l’incapacité de notre pays à se réformer.

Les journaux insistent beaucoup sur la division. Beaucoup soulignent que le P.S. est à présent totalement divisé en deux. La dépêche de l’AFP en espagnol parlait d’un parti au bord de la scission (« al borde de la escisión »), Reuters surenchérit dans sa dépêche dédiée à l’Amérique Latine en utilisant le mot « schisme » (« El cisma del socialismo francés podría acabar en los tribunales »). L’image du divorce est aussi souvent évoquée, l’éditorialiste del Mundo pense que les deux factions du PS ont autant de chance de se mélanger que l’huile et l’eau (« Como el agua y el aceite. Así han quedado las dos facciones del Partido Socialista francés después de la votación celebrada el pasado viernes para elegir a su líder.”)

Les journaux essayent aussi de dresser un portrait des deux candidates. Celles que le Berliner Zeitung nomme les « Feindliche Schwestern » (les sœurs rivales) sont souvent décrites de la même façon. Ségolène Royal est plus connue, on l’évoque comme la candidate du PS à l’élection présidentielle de 2007 alors que l’on s’arrête un peu davantage sur Martine Aubry. « Madame 50,02 Prozent » (Madame 50,02 %) comme la nomme Die Welt, est souvent renvoyée à son poste de ministre du travail de Lionel Jospin et surtout à sa réforme clé les 35heures. Le Basler Zeitung l’appelle en français dans le texte «Madame 35 heures». The Daily Telegraph utilise aussi un mot français pour la qualifier, celui d’éléphant qu’il traduit plus loin par old guard, le journaliste affirme que sa réforme a profondément endommagé la productivité française. Pour lui le choix de Martine Aubry prouve que la France est passéiste (stuck to the past). Le Times de Londres enlève tout mérite à sa victoire, pour le journaliste, elle n’est pas vraiment appréciée et n’a gagné que parce qu’une courte majorité des militants socialistes ne voulaient pas de Ségolène Royal pourtant nommée ‘Zapatera prodigiosa’ par El Mundo et qualifiée de glamour par l’éditorialiste du New York Times

A quelques mois des élections européennes, le P.S. est la risée de l’Europe entière, aujourd’hui encore il a présenté une image déplorable. Il apparaît incapable de se mouvoir, de changer, de présenter des idées, et est en fait bien plus divisé qu’on ne le dit. Car si le camp Royal semble relativement uni autour de sa candidate, rien ne nous dit que les anciens soutiens de Delanoë et de Benoît Hamon soient capables de s’entendre sur l’avenir du P.S. en se rangeant derrière Martine Aubry. Un nouveau vote ne résoudrait vraisemblablement rien, qu’on le veuille ou non, il y aura des déçus au Parti Socialiste. Dans le cas d’un nouveau vote, si Ségolène Royal l’emportait quelques 70 000 militants se sentiraient floués et risqueraient de nourrir une réelle rancœur contre la candidate. Si la commission devait décider de proclamer la victoire de Martine Aubry, il ne laisse aucun doute que l’équipe de Ségolène Royal entrerait en résistance au sein du parti dans l’espoir de reprendre la main en 2012 face à cette coalition hétéroclite… Quelques belles années en perspective donc.


Congrès de Reims: et un, et deux et trois candidats.

16 novembre 2008

La bataille des ego ne s’arrêtera pas avec le Congrès de Reims. Trois des six motions ont en effet présenté un candidat pour prendre la tête du PS, les militants devront les départager jeudi. Le premier secrétaire se devant d’être élu à la majorité absolue, il est donc possible qu’un second tour ait lieu vendredi. Trois bulletins seront à leur disposition, Martine Aubry (motion C), Benoît Hamon (motion D) et Ségolène Royal issue de la motion E.

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Ces trois candidats ont eu un quart d’heure pour annoncer leur candidature. Sans surprise Ségolène Royal s’est présentée en rassembleuse, Martine Aubry semble vouloir prendre la tête d’un nouveau TSS (Tout Sauf Ségolène) alors que Benoît Hamon se présente comme le candidat du renouvellement du parti.

Pour commencer par Ségolène Royal, elle a une nouvelle fois mis en pratique la technique du rabâchage. Passé le petit mot d’introduction pour remercier son équipe Ségolène Royal a réussi en l’espace de trois minutes à dire deux fois le mot rassembler, une fois rassemblement, une fois réunir, deux fois unité et à placer cette anaphore : « Le Parti a besoin de tous, de tous ses militants bien sûr, de tous ses élus, de tous ses responsables nationaux et fédéraux, de tous ses secrétaires de section et de tous ceux et celles qui nous rejoindrons. » tout en utilisant des formules comme « tout le monde » ou « tous les militants ». Si toutefois tous les militants n’avaient pas compris qu’elle se présentait comme une candidate rassembleuse, elle a fait quelques piqures de rappel :au milieu du discours en affirmant qu’elle souhaite « rassembler nos forces, nos talents, nos volontés et tous nos courages. » puis en conclusion où elle affirme que son équipe « a vocation à s’élargir et à rassembler tous les socialistes ». Au cas où le message ne soit pas clair, quelques secondes avant de libérer le pupitre elle lâche un « Rassemblons-nous ». En dehors de ces appels à l’unité le message de Ségolène Royal est assez simple, la France a besoin d’une opposition solide qu’elle souhaite incarner en étant premier secrétaire du parti socialiste. Elle s’en est aussi un peu pris aux responsables de la crise économique avec des formules qu’elle apprécie tellement comme « la secte dorée des intégristes du marché » ou « ces acrobates de la mathématique financière ». Personnellement mon passage préféré est le suivant : « ils y mettaient de l’entrain ces idéologues suffisants attachés à détruire sous toutes les latitudes, l’Etat qu’aujourd’hui ils appellent au secours, comme on appelle un domestique pour qu’il éponge les dégâts d’une fête trop arrosée ! ».

Le message de Martine Aubry était un peu plus difficile à faire passer clairement. Elle est la candidate anti-Ségolène sans pouvoir le dire. Pour ne pas donner de noms elle va appeler ses camarades par leur motion. A 19 reprises Martine Aubry va employer ce mot motion. 19 fois en quelques minutes, on est proche de la saturation. La motion visée est bien sûr la motion A, celle de Bertrand Delanoë. Cette motion a obtenu plus de 30 000 voix la semaine passée et se trouve aujourd’hui sans candidat. Les deux candidats avaient d’ailleurs obtenus environ 25% des voix chacun, Martine Aubry sachant bien compter 25+25 = 50. Si elle récupère les voix de la motion A, elle pourrait être élue au premier tour. Tout au long de son discours elle va donc utiliser des expressions telles que « cette analyse, nous la partageons avec les camarades de la motion A et de la motion C » (Dans cette formule on a en plus un appel du pied aux partisans de Benoît Hamon pourtant candidat, ceci préfacerait-il une alliance dans le cas d’un éventuel second tour ?). Elle fera souvent allusion aux motions A, C et D (Delanoë, Hamon, et elle-même) qui remplace en fait l’expression Tous Sauf Ségolène Royal. Elle conclut son discours en saluant « Bertrand » et « Benoît » mais les électeurs du premier sont bien sa cible puisque ce n’est certainement pas un hasard si le dernier « mot » de son discours est « motion A ».

Benoît Hamon joue son rôle de challenger. Il représente la gauche du parti et pourrait bien obtenir une minorité de blocage. On peut imaginer que les deux candidates obtiennent chacune un peu moins de 40% des voix et que lui obtienne un peu plus de 20%. Dans ce cas de figure ce serait la candidate qui s’allierait avec lui qui gagnerait vraisemblablement le poste. Il va essayer de profiter de cette position pour tirer un peu le parti vers sa gauche. C’est d’ailleurs le candidat qui a fait le discours le plus conséquent. Le seul à avoir mis en avant des idées et presqu’un programme. Toutefois, il sent aussi qu’il a une carte à jouer et pour cela il se présente comme le candidat du changement. En deux phrases et moins d’une minute il va réussir à placer deux fois le mot changement et deux fois le verbe changer. Il affiche clairement ses idées, pour lui « les militants ont indiqué clairement leur souhait que le Parti socialiste soit ancré à gauche ». Si jamais il n’emporte pas l’investiture du parti, il donne deux conditions claires pour céder ses voix, il faudra interdire le licenciement des entreprises qui font du profit (« on continue de licencier dans des entreprises profitables, c’est inacceptable. ») et aucune alliance avec le MoDem n’est envisageable (« je considère aujourd’hui que l’alliance avec le MoDem est dangereuse »).

Trois candidats, un vrai débat sur l’orientation du parti mais aussi un combat des chefs. Une candidate qui se sent portée par les militants bien que sa base semble plus fragile qu’au moment de l’investiture pour la présidentielle de 2007 ; une candidate qui est prête à abattre cette première ; et un arbitre, un jeune quadra à gauche du parti qui pourrait bien être la clé de ce scrutin s’il devait se dérouler en deux tours. Affaire à suivre, souhaitons pour eux que le candidat qui aura les clés du parti la semaine prochaine réussisse à fédérer le parti socialiste.


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