Les mythologies mutatis mutandis (article qui ne sert à rien mais peut distraire)

29 octobre 2007

Cet article se voulait être un travail de fond. Il va se transformer en un article publicitaire. Je voulais vous parler des Nouvelles Mythologies de Jérôme Garcin, mais j’ai beaucoup trop apprécié ce livre pour lui consacrer une critique objective. Je voudrais tout de même vous rappeler le fonctionnement de ce livre, avant de relever quelques bons mots pour vous donner envie de parcourir cet ouvrage collectif.

En 1957, Roland Barthes écrivait Mythologies, 53 chroniques et autant de portraits acides de la société de consommation française. Aujourd’hui ces articles paraissent parfois désuets, mais font toujours référence. Dans cette œuvre, il traitait de sujets allant du steak-frites à Poujade en passant par la D.S, c’est ce principe que l’on retrouve dans ces Nouvelles Mythologies. Jérôme Garcin, qui dirige cet ouvrage, a d’ailleurs insisté dans sa préface sur le fait qu’ils allaient être « fidèles aux principes » et qu’ils allaient « ouvrir le bazar des années 2000 ». Le bazar ils vont l’ouvrir avec un joli collectif fait de romanciers, sociologues, philosophes, neurologues, économistes et psychanalystes. Collectif qui va s’attaquer à des sujets hyper-contemporains tels que le Wifi, les OGM, la Star Academy ou le coaching. Je l’ai déjà dit, mais je trouve que ce livre est une vraie réussite, et je vais donc vous livrer quelques bons mots qui m’ont particulièrement marqués…

Le premier article est consacré au speed-dating, Nelly Arcan l’appelle « dispositif de rencontre à grande surface » relevant du « mythe des sentiments gérables » et le compare au « Bingo », on est tout de suite dans le ton. Suivront un article qualifiant Michel Houellebecq d’ « auteur comique », et quelques bons mots tels ceux de Frédéric Beigbeder à propos du GPS: « l’humain est devenu le seul animal géographiquement repérable. A chaque fois qu’il allume son téléphone mobile ou son GPS, il ne peut plus se cacher : on peut lui envoyer des missiles ou la police, ou sa femme ».

Mon coup de cœur ira à l’article d’Alix Girod de l’Ain à propos des machines Nespresso. Elle les qualifie de « monodose égoïste, jetable et non recyclable, résolument clientèle captive » et renchérira en écrivant que cette « drogue légale » « est un concept tellement droite libérale qui pourrait à lui seul expliquer l’effacement de Madelin ». Difficile de ne pas citer aussi les articles se demandant si Google est méchant (réponse : « ce qui est sûr, c’est qu’il est bête. Si les réponses foisonnent à l’écran, c’est qu’il comprend de travers »), affirmant que L’Abbé Pierre avait trouvé un métier novateur celui de « françaislepluspopulaire » ou qualifiant les Smart de « boite à chaussure de la modernité ».

Je finirai sur deux coups de cœur personnels. Sous la plume de Thierry Pech, les sondages deviennent « une photographie floue, mal cadrée, aux contrastes souvent discutables, systématiquement retouchée et bricolée avant d’être diffusée » et pour finir citons Philippe Rambaud, qui écrit à propos des blogs : « n’importe qui peut dire n’importe quoi à des individus masqués qu’il ne rencontrera jamais ». Je ne sais pas si c’est du « n’importe quoi » mais en tout cas vous l’aurez compris j’ai pris beaucoup de plaisir à lire ces Nouvelles Mythologies.


La sémantique de Nicolas Baverez

29 octobre 2007

Je vous avais promis plusieurs travaux de fond, en voici un premier exemple. J’ai eu l’occasion d’assister à une conférence de Nicolas Baverez à Grenoble. Son éloquence et ses qualités oratoires m’avaient marqué, tout comme la spécificité du vocabulaire utilisé. A travers son livre La France qui tombe paru en 2003, j’ai voulu me pencher sur ces/ses mots. J’ai lu quelques uns de ses éditos publiés dans l’Express pour confirmer mes pistes. Avant de vous livrer le résultat de mes analyses et afin de vous préciser le positionnement politique de cet auteur, je tiens à préciser que Nicolas Baverez officie actuellement auprès de notre président en qualité de consultant, et qu’il avait fait parler de lui pendant la campagne, en publiant un article sur son blog intitulé « Pourquoi je vote Sarkozy ».

Afin de présenter au mieux la spécificité de son lexique, je vais vous présenter dans un premier temps en quoi son discours s’inscrit dans un traditionnel clivage droite-gauche, pour ensuite insister sur le particularisme de son discours qui explique qu’on le considère comme un « érudit déclinologue » (acrimed.org) plus que comme un penseur de la droite.

Le discours de Nicolas Baverez peut-être avant tout perçu comme un « vrai » discours de droite. Tout d’abord dans ce livre on retrouve des références fréquentes à Margaret Thatcher, Ronald Reagan, José Maria Aznar et Anthony Blair. Mais, pour se tourner plutôt du côté des mots, on peut noter une critique récurrente de la loi sur les 35 heures de travail hebdomadaire, la critique des septennats Mitterrand et des privilèges des fonctionnaires.

La loi sur les 35 heures est citée à six reprises dans ce petit ouvrage de 130 pages. Elle est souvent utilisée dans le syntagme « coût des 35 heures » ce qui montre l’opposition de l’auteur à cette loi. Les mots qu’il lui réserve sont parfois particulièrement durs, il considère que cette loi « rationne le travail et ralentit le progrès technique », qu’elle est responsable de la « faillite de Moulinex » puisque c’est une « arme de destruction massive de la production et des emplois industriels ». Il appelle à une suppression de cette loi et à une « simplification drastique du droit du travail » afin de rompre avec le chômage de masse généré par ces « rigidités ».

Les attaques les plus virulentes sont probablement portées à cette loi sur les 35 heures mais Nicolas Baverez s’en prend aussi à François Mitterrand à travers quelques formules très crues. Selon lui, « la systématisation de la corruption reste la marque de fabrique incontestée des deux septennats de François Mitterrand ». Mais l’expression qui m’a probablement le plus marqué est celle de « funestes utopies de 1981 ». Il critique aussi la gauche en général, utilisant notamment des termes comme « transfuges du trotskisme ».

Pour en finir avec le vocabulaire de Nicolas Baverez qui peut être inclus dans un discours de droite « classique », on peut noter qu’il se réfère au général de Gaulle, qu’il veut favoriser les initiatives entrepreneuriales et industrielles et qu’il est pour la fin des régimes spéciaux.

Ce qui fait que l’on s’intéresse tout particulièrement à cet auteur c’est parce qu’il utilise un vocabulaire encore peu commun en France. On le considère comme un déclinologue parce que selon lui la France connaît « un décrochage qui est en passe de se muer en déclassement hors du groupe de tête des pays développés », notre pays deviendrait alors « une économie de seconde zone, dépendante des moteurs de la croissance mondiale ». On a montré les critiques « de droite » qu’il pouvait formuler, il n’est cependant pas non plus avare de critiques vis-à-vis de Jacques Chirac, selon lui « François Mitterrand et Jacques Chirac sont réunis par un talent commun pour gagner les élections et faire perdre la France » (« On entend souvent la droite a gagné les élections, la gauche a gagné les élections, moi je voudrais que ce soit pour une fois la France qui gagne les élections » Coluche, 1981). Il ne critique d’ailleurs pas uniquement le personnel politique : ce qui fait que « la France plonge désormais dans le déclin » c’est l’ « immobilisme politique, économique et social, mais aussi intellectuel et moral».

Au cours de cet ouvrage, il va démontrer avec un certain talent, grâce à l’appui d’exemples historiques et de données statistiques, cette théorie. Il appuiera sa démonstration par un lexique hors du commun, dont je vais vous fournir quelques exemples.

Cette théorie se voulant alarmiste et appelant à une « théorie de choc », il se doit d’utiliser un vocabulaire hyperbolique. On en a d’ores et déjà souligner quelques exemples, mais on peut remarquer des syntagmes tels que « anesthésie de la production et de la croissance » qui apparaît à plusieurs reprises, des mots tel qu’ « anémie », « ruiner », « déliquescence » ou « gangrène » tiennent aussi une bonne place. On peut aussi remarquer cette surprenante antonomase : à propos de l’intervention de la diplomatie française pendant la guerre en Irak, il parle d’ « Azincourt diplomatique ». Rappelons que la bataille d’Azincourt fut une véritable déroute française durant la guerre de cent ans.

Cet échec de la diplomatie française est très présent dans cet ouvrage paru en 2003, il le traite comme « un isolement complet », puisque selon lui la France en est sortie « marginalisée ». Il aura cette expression très dure : « la diplomatie française dont l’action tout entière est contenue dans le slogan ˝ beaucoup de bruit pour rien˝ est isolée ».

L’une des critiques centrales de cet ouvrage est adressée aux fonctionnaires, nous l’avons vu, une fois encore le vocabulaire est au service de cette idée. Tout d’abord, on peut remarquer que, sous sa plume, les fonctionnaires deviennent des « actifs protégés du service public ». Il estime le sureffectif de l’Etat à 500 000 personnes, et estime que l’on a participé à « la corruption de la République en un gouvernement des fonctionnaires, par les fonctionnaires et pour les fonctionnaires ». Parmi ces fonctionnaires, son cœur de cible demeure les cheminots. Selon lui, ils sont des « fossoyeur des services publics » puisque leurs grèves ont « mis à mort le fret ferroviaire et ont gravement affecté le trafic des voyageurs ». Sujet d’actualité, ici traité avec beaucoup de virulence comme on peut le remarquer, notamment à travers des termes aussi violents que « fossoyeur ».

Des critiques plus générales sont formulées dans cet ouvrage afin de justifier en quoi « La France est le maillon faible de l’Europe » et en quoi elle fournit chaque jour des « nouvelles et navrantes illustrations du sacrifice systématique de l’avenir au présent, voire au passé », mais je vous laisserai les découvrir dans son ouvrage. On peut noter avant de finir que son talent oratoire se ressent à travers l’adaptation de son vocabulaire à un contexte précis : aujourd’hui certaines expressions paraissent désuètes mais quand on sait que ce livre a été écrit en 2003, on comprend mieux l’apparition de termes comme « destruction massive » (guerre en Irak) ou « euthanasie » (affaire Vincent Humbert).


« Offense au chef de l’Etat », un syntagme d’actualité ?

27 octobre 2007
Vous avez peut-être déjà entendu parler de cette vidéo de la « Une », chaîne belge, présentant des élus UNEF poursuivis pour « offense au chef de l’Etat » suite à cette affiche.

Cette vidéo nous amène à la fois à nous interroger sur l’absence totale de traitement médiatique de cette mise en examen. Mais aussi sur cette expression « offense au chef de l’Etat».

Selon le juriste J-P Doucet, l’article 26 de la loi du 29 juillet 1881 sur la presse incrimine spécialement les manifestations outrageantes ou méprisantes exprimées par des paroles ou des écrits et visant le Président de la République. Ce texte a été utilisé contre Victor Hugo, dans son pamphlet particulièrement virulen, « Napoléon le petit »: « Cet homme ment comme les autres respirent… Machiavel a fait des petits, Louis Bonaparte en est un… Louis Bonaparte, ce masque, ce nain, ce Tibère avorton, ce néant ! ». Cette loi avait aussi été utilisé par De Gaulle, et pour la dernière fois par le président Georges Pompidou. La jurisprudence a donc précisé cet article en affirmant qu’il concernait :

les discours, cris ou menaces proférés dans les lieux ou réunions publics

les écrits, imprimés, dessins, gravures, peintures, emblèmes, images ou tout autre support de l’écrit, de la parole ou de l’image vendus ou distribués, mis en vente ou exposés dans des lieux ou réunions publics

les placards ou affiches exposés au regard du public.

On voit donc qu’en soi cette loi peut-être utilisée contre cet affichage de l’UNEF à la condition que cette affiche soit « l’offense la plus grave qui puisse être faite » à notre président puisque c’est selon le dictionnaire la définition du mot outrage


On parle de nous, et pourtant nous n’en sommes pas fiers…étrange?

25 octobre 2007

J’essaie de ne pas manquer de JT, je lis les journaux, et pourtant deux événements majeurs ont failli me passer totalement au dessus de la tête :

. le prestigieux New York Times a rédigé un édito à propos de notre pays, une fierté.

. une émissaire de l’ONU spécialiste de la question du droit des minorités a rendu un rapport sur notre pays, un événement.

De ces deux événements aucun des grands médias nationaux n’a cru bon de faire écho. Et pourtant les mots qui ont été écrits à propos de la France ne sont pas des moindres. Commençons tout d’abord par le New York Times. Pour ce journal la France n’est qu’un État sans intérêt perdu au milieu du vieux continent. Il faut vraiment que quelque chose de très important se passe dans notre pays pour que ce quotidien nous consacre un article, un fait capital pour avoir le droit à un édito. A ma connaissance les derniers éditos réservés à la France dans ce journal étaient au sujet des émeutes en banlieue de 2005 et auparavant il s’agissait de la déclaration de Dominique de Villepin à l’ONU. Si ce grand quotidien de référence traite de la situation en France c’est à propos de cette « ugly new law » [nouvelle loi dégueulasse] qu’est la loi sur l’immigration. A ce propos le journaliste titre une «Bigoterie pseudo-scientifique en France», il fait le parallèle avec le régime de Vichy expliquant que «sous les occupants nazis et leurs collaborateurs de Vichy, des notions pseudo-scientifiques de descendance pure avaient été introduites dans le droit français avec les conséquences tragiques que l’on connaît.». L’article est conclu par cette phrase sans équivoque au sujet de celui qui nous promettait une réconciliation avec le pays de l’oncle Sam : «M. Sarkozy veut être considéré comme un homme d’Etat. Qu’il agisse en tant que tel.». Etrange que seul un site web ait fait allusion à cet article…

Le 28 septembre, le site de la diplomatie française faisait état de la « visite en France de Mme Gay McDougall, Experte indépendante des Nations Unies sur les questions relatives aux minorités (19-28 septembre 2007) ». Sur ce site on apprend le parcours qu’a suivi l’experte de l’ONU sans avoir un mot sur ses conclusions. Et pourtant… En cherchant un peu nous trouvons sur le site du Nouvel Observateur quelques mots à propos de ce rapport dont une fois encore aucun grand medium n’a parlé. Les mots sont durs une fois encore, elle parle d’un « racisme pernicieux » qui perdure en France. Elle s’arrête beaucoup sur la panne de l’ascenseur social pour les « jeunes issus de l’immigration », elle écrit en ces termes que ces jeunes « se sentent discriminés et rejetés par une conception rigide de l’identité nationale française qui ne leur convient pas ».

Une fois de plus, je ne donnerai pas mon avis sur l’opportunité de ces mots à propos de notre pays, mais je peux en tant que citoyen m’indigner de ne pas avoir été informé de leurs existences. Comment expliquer que le site de la diplomatie française puisse écrire un article aussi froid et neutre après qu’une émissaire de l’ONU ait qualifié notre pays de « raciste » ? Pour le même mot, M.Guaino avait squatté tous les médias pendant une semaine…


Ils ont été aussi grands que Sarkozy

16 octobre 2007

Je ne connais rien au rugby et je l’assume. Aujourd’hui pourtant c’est à propos de cette demi-finale perdue que j’ai envie d’écrire. L’équipe de France ne gagnera pas « sa » Coupe du Monde, on l’a compris. Le Quinze de la rose a fait taire le coq français. Pas de cocorico donc ni de cock-a-doodle-do comme disent nos meilleurs ennemis anglais.

A l’heure du bilan, tous les journaux font front uni et se déchaînent contre un homme, Bernard Laporte. Arrêtons-nous sur les mots puisque c’est la devise de ce blog. Comment les journalistes vont-ils s’en prendre au sélectionneur de l’équipe de France ?

Beaucoup d’articles attaquent directement la tactique du futur secrétaire d’Etat aux sports, Libération trouve sa « stratégie déplorable », tandis que Le Monde critique « un management improvisé », et une « tactique figée », du côté des journaux gratuits le constat est le même, Métro estime que l’équipe de France était « engluée dans une tactique restrictive et frileuse ». Ce mot « frileux » semble faire l’unanimité puisqu’on le retrouve dans les colonnes des deux grands quotidiens que nous venons de citer. Mais les journalistes ont été créatifs. Libération consacre un article à ce que ses journalistes appellent un « festival de « non-jeu » voire de jeu contre nature », tandis que Le Monde invente un concept pour expliquer cette « cruelle désillusion » (Métro), celui de « losing ugly ». Les anglais ont pendant cette Coupe du Monde remporté des matches avec des scores bien piteux, la presse s’en amusant avait conceptualisé ceci sous le terme « winning ugly ». Selon Le Monde, on a voulu faire la même chose, mais sans la réussite, ce qui donne une « défaite sans la manière » (losing ugly).

Parmi tous les articles que j’ai pu rencontrer, on note aussi, une critique sur l’absence de remise en question du sélectionneur de l’équipe de France. Il n’y a pas eu « la moindre esquisse d’autocritique » pendant la conférence de presse. Les journalistes n’ont pas envie de défendre Bernard Laporte puisqu’il semble « difficile de trouver des circonstances atténuantes » à cette « faillite » (Le Monde), d’autant plus que le sélectionneur semble « refuser de reconnaître qu’il a pu se tromper » (Métro).

Avant de conclure, arrêtons nous une dernière fois sur les termes que nous venons de citer, et plus précisément sur les champs lexicaux auxquels ils appartiennent. Les journalistes ne sont pas particulièrement allés puiser dans le domaine sportif pour critiquer Bernard Laporte. L’importance de l’événement explique probablement qu’ils aient préféré se référer au domaine économique (« management »), politique (« faillite ») ou judiciaire (« circonstances atténuantes »), d’ailleurs Laporte avait fait de même, on se souvient de la fameuse lettre de Guy Môquet lue avant le match contre l’Argentine, il s’est aussi référé à notre Président en disant que « ses joueurs avaient été aussi grands que Sarkozy ».

Dommage que Nicolas Sarkozy ne mesure que 165 cm…


Guaino, une plume bien mal inspirée.

10 octobre 2007

La joute oratoire entre BHL (devrais-je dire PCP ?) et Guaino a marqué l’actualité de la journée. Un mot me vient à l’esprit : dommage ! Bernard Henry-Levy accuse celui que l’on appelle « la plume de Sarkozy » (Je me passerai de l’appeler « le nègre », par peur de mauvais goût.) de racisme, et celui-ci ne trouve rien de mieux à faire que de lui répondre qu’il n’est qu’un « petit con prétentieux » qui «a la bave aux lèvres, avec la haine qui suinte de partout ».

Dommage, en effet, puisque le débat sur le caractère raciste – ou non – de ce discours n’a du coup pas avancé. Cette accusation avait permis de remettre sur le devant de la scène ce discours qui n’avait que faiblement influencé nos préoccupations estivales. Proclamé à l’Université de Dakar (Sénégal) il avait pourtant suscité une onde de choc en Afrique et indigné plusieurs intellectuels. Parmi eux on compte une historienne malienne qui travaille actuellement sur un ouvrage du type l’Afrique pour les Nuls qu’elle a ironiquement intitulé : Mettre Sarkozy à niveau de connaissance de l’histoire africaine.

Jean Daniel avait posé le débat sur le caractère raciste, ou non, de ce discours dans les colonnes du Nouvel Obs’. Il n’a pas souhaité trancher préférant souligner la dualité de ce discours en montrant qu’il y a certes des termes choquants mais que «jamais sans doute un Président n’avait été aussi loin dans la critique de la colonisation ». Notre Président a, en effet, vivement critiqué le colonisateur qui « a exploité, pillé des ressources, des richesses qui ne lui appartenaient pas » et « a dépouillé le colonisé de sa personnalité, de sa liberté, de sa terre, du fruit de son travail. ». Il a en outre souligné que l’esclavage avait été un « crime contre l’humanité toute entière », répétant à quatre reprises l’expression « ils ont eu tort ».

Certes, ce discours controversé contient ces termes, mais Nicolas Sarkozy avait aussi profité de cette occasion pour souligner à nouveau les « bienfaits » de la colonisation. Il a, en effet, montré que les colons avaient « construit des ponts, des routes, des hôpitaux,… » tout en rappelant que « la colonisation n’est pas responsable de toutes les difficultés actuelles de l’Afrique », qu’elle n’est pas « responsable des génocides », « des dictateurs » ni « du fanatisme » ou « de la corruption ». Ce n’est pas la première fois que notre Président tient de tels propos, ce n’est pas forcément un avis que tout le monde partage, ce n’est pas pour autant qu’il peut être qualifié de « raciste ».

En « s’arrêtant » un peu plus sur les mots de ce discours, on trouve pourtant quelques syntagmes ambigus. Tout d’abord si l’on s’arrête sur la façon dont M. Sarkozy désigne les « Africains », on note qu’il utilise des expressions telles que « l’homme africain » ou « l’homme noir ». On ne peut pas dire en soit que ces termes soient de nature « raciste », mais force est de constater que ce n’est pas une manière classique de designer un peuple. Notons au passage que l’adjectif « noir » apparaît tout de même à six reprises dans ce texte. Cependant, le débat tourne plutôt autour de quelques phrases litigieuses. En effet, dans ce discours, on a pu entendre que «l’homme africain ne s’élance jamais vers l’avenir », qu’il « n’est pas assez entré dans l’histoire » et que corollairement « il n’y a de place [dans son histoire] ni pour l’aventure humaine, ni pour le progrès ».

Ce n’est pas à moi de trancher si ces termes sont racistes ou non, mais je peux en revanche déplorer que nos intellectuels préfèrent échanger des insanités – au demeurant amusantes – que débattre sur la nature de ces termes controversés.


Fadela Amara, le vocabulaire de l’insoumission.

9 octobre 2007

Le mot du jour est sans conteste l’adjectif « dégueulasse » lâché hier par Fadela Amara pour désigner les tests ADN qui instrumentaliseraient l’immigration. Tous les quotidiens font échos à cette déclaration de la secrétaire d’Etat auprès de la Ministre de la ville.

Après le « détail » du Premier Ministre, nous remontons, en effet, un peu dans le dictionnaire pour trouver un nouveau mot qui crée la polémique. Ce mot composé d’un dérivé du terme dégouttant et du suffixe péjoratif « –asse » renvoie à un vocabulaire dit « populaire ». Désignant quelque chose de sale et de répugnant, que ce soit au sens physique ou moral, il appartient au champ lexical des jeunes en mal de rébellion.

Si la présidente de « ni pute ni soumise » l’a employé, c’est dans un but de rappeler qu’elle n’est pas « soumise » aux décisions de ce gouvernement comme elle le répétait ce matin. Après des débuts discrets, elle s’était déjà faite remarquer par sa sémantique d’insoumission au style politique traditionnel. Elle avait choqué en déclarant qu’elle serait « à donf » contre « la glandouille » en banlieue (Le Monde, 18 septembre), puis elle avait appelé le gouvernement à être « plus cool » au sujet d l’immigration. Son style plaisait tant qu’il était une bonne illustration de ce que notre Président attend de l’ouverture.

Mais ce « dégueulasse » fait beaucoup moins rire la majorité. A titre d’exemples, on trouve quelques commentaires très crus sur le site du Figaro aujourd’hui, émanant de personnes pour qui ce vocabulaire n’est pas digne d’une secrétaire d’Etat. Le secrétaire général de l’UMP, se devait donc d’intervenir. Patrick Devedjian, ne l’a pas traitée de « salope » comme il avait pu le faire auparavant au sujet d’Anne-Marie Comparini, mais il l’a accusée d’ « injurier les députés de la majorité » tout en lui proposant de « partir ». Serait-ce une nouvelle brèche dans l’ouverture ?