La sémantique de Nicolas Baverez

Je vous avais promis plusieurs travaux de fond, en voici un premier exemple. J’ai eu l’occasion d’assister à une conférence de Nicolas Baverez à Grenoble. Son éloquence et ses qualités oratoires m’avaient marqué, tout comme la spécificité du vocabulaire utilisé. A travers son livre La France qui tombe paru en 2003, j’ai voulu me pencher sur ces/ses mots. J’ai lu quelques uns de ses éditos publiés dans l’Express pour confirmer mes pistes. Avant de vous livrer le résultat de mes analyses et afin de vous préciser le positionnement politique de cet auteur, je tiens à préciser que Nicolas Baverez officie actuellement auprès de notre président en qualité de consultant, et qu’il avait fait parler de lui pendant la campagne, en publiant un article sur son blog intitulé « Pourquoi je vote Sarkozy ».

Afin de présenter au mieux la spécificité de son lexique, je vais vous présenter dans un premier temps en quoi son discours s’inscrit dans un traditionnel clivage droite-gauche, pour ensuite insister sur le particularisme de son discours qui explique qu’on le considère comme un « érudit déclinologue » (acrimed.org) plus que comme un penseur de la droite.

Le discours de Nicolas Baverez peut-être avant tout perçu comme un « vrai » discours de droite. Tout d’abord dans ce livre on retrouve des références fréquentes à Margaret Thatcher, Ronald Reagan, José Maria Aznar et Anthony Blair. Mais, pour se tourner plutôt du côté des mots, on peut noter une critique récurrente de la loi sur les 35 heures de travail hebdomadaire, la critique des septennats Mitterrand et des privilèges des fonctionnaires.

La loi sur les 35 heures est citée à six reprises dans ce petit ouvrage de 130 pages. Elle est souvent utilisée dans le syntagme « coût des 35 heures » ce qui montre l’opposition de l’auteur à cette loi. Les mots qu’il lui réserve sont parfois particulièrement durs, il considère que cette loi « rationne le travail et ralentit le progrès technique », qu’elle est responsable de la « faillite de Moulinex » puisque c’est une « arme de destruction massive de la production et des emplois industriels ». Il appelle à une suppression de cette loi et à une « simplification drastique du droit du travail » afin de rompre avec le chômage de masse généré par ces « rigidités ».

Les attaques les plus virulentes sont probablement portées à cette loi sur les 35 heures mais Nicolas Baverez s’en prend aussi à François Mitterrand à travers quelques formules très crues. Selon lui, « la systématisation de la corruption reste la marque de fabrique incontestée des deux septennats de François Mitterrand ». Mais l’expression qui m’a probablement le plus marqué est celle de « funestes utopies de 1981 ». Il critique aussi la gauche en général, utilisant notamment des termes comme « transfuges du trotskisme ».

Pour en finir avec le vocabulaire de Nicolas Baverez qui peut être inclus dans un discours de droite « classique », on peut noter qu’il se réfère au général de Gaulle, qu’il veut favoriser les initiatives entrepreneuriales et industrielles et qu’il est pour la fin des régimes spéciaux.

Ce qui fait que l’on s’intéresse tout particulièrement à cet auteur c’est parce qu’il utilise un vocabulaire encore peu commun en France. On le considère comme un déclinologue parce que selon lui la France connaît « un décrochage qui est en passe de se muer en déclassement hors du groupe de tête des pays développés », notre pays deviendrait alors « une économie de seconde zone, dépendante des moteurs de la croissance mondiale ». On a montré les critiques « de droite » qu’il pouvait formuler, il n’est cependant pas non plus avare de critiques vis-à-vis de Jacques Chirac, selon lui « François Mitterrand et Jacques Chirac sont réunis par un talent commun pour gagner les élections et faire perdre la France » (« On entend souvent la droite a gagné les élections, la gauche a gagné les élections, moi je voudrais que ce soit pour une fois la France qui gagne les élections » Coluche, 1981). Il ne critique d’ailleurs pas uniquement le personnel politique : ce qui fait que « la France plonge désormais dans le déclin » c’est l’ « immobilisme politique, économique et social, mais aussi intellectuel et moral».

Au cours de cet ouvrage, il va démontrer avec un certain talent, grâce à l’appui d’exemples historiques et de données statistiques, cette théorie. Il appuiera sa démonstration par un lexique hors du commun, dont je vais vous fournir quelques exemples.

Cette théorie se voulant alarmiste et appelant à une « théorie de choc », il se doit d’utiliser un vocabulaire hyperbolique. On en a d’ores et déjà souligner quelques exemples, mais on peut remarquer des syntagmes tels que « anesthésie de la production et de la croissance » qui apparaît à plusieurs reprises, des mots tel qu’ « anémie », « ruiner », « déliquescence » ou « gangrène » tiennent aussi une bonne place. On peut aussi remarquer cette surprenante antonomase : à propos de l’intervention de la diplomatie française pendant la guerre en Irak, il parle d’ « Azincourt diplomatique ». Rappelons que la bataille d’Azincourt fut une véritable déroute française durant la guerre de cent ans.

Cet échec de la diplomatie française est très présent dans cet ouvrage paru en 2003, il le traite comme « un isolement complet », puisque selon lui la France en est sortie « marginalisée ». Il aura cette expression très dure : « la diplomatie française dont l’action tout entière est contenue dans le slogan ˝ beaucoup de bruit pour rien˝ est isolée ».

L’une des critiques centrales de cet ouvrage est adressée aux fonctionnaires, nous l’avons vu, une fois encore le vocabulaire est au service de cette idée. Tout d’abord, on peut remarquer que, sous sa plume, les fonctionnaires deviennent des « actifs protégés du service public ». Il estime le sureffectif de l’Etat à 500 000 personnes, et estime que l’on a participé à « la corruption de la République en un gouvernement des fonctionnaires, par les fonctionnaires et pour les fonctionnaires ». Parmi ces fonctionnaires, son cœur de cible demeure les cheminots. Selon lui, ils sont des « fossoyeur des services publics » puisque leurs grèves ont « mis à mort le fret ferroviaire et ont gravement affecté le trafic des voyageurs ». Sujet d’actualité, ici traité avec beaucoup de virulence comme on peut le remarquer, notamment à travers des termes aussi violents que « fossoyeur ».

Des critiques plus générales sont formulées dans cet ouvrage afin de justifier en quoi « La France est le maillon faible de l’Europe » et en quoi elle fournit chaque jour des « nouvelles et navrantes illustrations du sacrifice systématique de l’avenir au présent, voire au passé », mais je vous laisserai les découvrir dans son ouvrage. On peut noter avant de finir que son talent oratoire se ressent à travers l’adaptation de son vocabulaire à un contexte précis : aujourd’hui certaines expressions paraissent désuètes mais quand on sait que ce livre a été écrit en 2003, on comprend mieux l’apparition de termes comme « destruction massive » (guerre en Irak) ou « euthanasie » (affaire Vincent Humbert).

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3 Responses to La sémantique de Nicolas Baverez

  1. Anonymous dit :

    C’est d’un niveau très faible cette analyse… tu devrais faire autre chose. Et puis IEP de province + sociologie politique, bon courage pour la suite.

  2. Greg dit :

    C’est super gentil de s’inquiéter pour mon avenir, mais rassures toi d’ici que je tombe suffisamment bas pour laisser des commentaires idiots et anonymes sur un blog j’ai encore une belle marge 🙂

  3. Un autre anonymous dit :

    Bonne analyse au contraire 😉

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