Une semaine de grève, c’est long… pour les journalistes !

Parmi les « victimes de la grève », on parle très souvent de cette catégorie abstraite que sont les « usagers », on parle un peu des commerçants qui pâtissent de l’absence de clients, mais on oublie systématiquement une autre catégorie qui souffre beaucoup : les journalistes. Depuis le 14 novembre, les présentateurs des JT font leur premier titre sur les grèves, plus d’une semaine sur le même sujet ; il faut beaucoup d’imagination, les journalistes ont eu du mal mais ils ont résisté : florilège.

Parmi les mots incontournables que l’on a entendus tous les jours, il y a bien sûr « la galère ». C’est le mot qui doit sortir de la bouche des « usagers ». On interviewe plusieurs personnes sur un quai mais au montage on ne garde qu’un mot « la galère ». Ce terme on l’entendra un peu moins d’une dizaine de fois sur France 2, douze fois sur TF1 qui diffusera même le témoignage d’un homme qui parle de « galère, galère et regalère ». Pas de doute c’est le mot de la grève.

Mais il y a concurrence, deux expressions ont aussi été employées par tous les JT : « s’armer de patience » (4 fois sur TF1, 3 fois sur France 2) et « ras-le-bol » (4 fois sur TF1, 2 sur France 2). Pour exprimer ce « ras-le-bol de la galère» on aurait pu dire « prendre son mal en patience », « garder patience », ou beaucoup d’autres encore, mais l’expression qui a fait consensus c’est bien « s’armer de patience ».

Ce n’est cependant ni avec un mot ni avec ces expressions que l’on peut traiter en plusieurs minutes, chaque jour, de cette information. Alors les journalistes ont dû innover. Pour TF1, les grèves renvoient à l’image du réveil. Deux jours de suite le réveil difficile des parisiens a fait la une, tout d’abord ils parlent de « réveil matinal et grognon » puis d’un « réveil qui a sonné tôt, très tôt ». Cette chaîne qui plaint les « pauvres usagers totalement démunis et impuissants » va aussi s’appuyer sur des images comme les « sardines » ou « le train fantôme ». Cela dit, France 2 n’est pas en reste, mais ils s’inquiètent plus de la santé des parisiens. Selon eux « les petits gabarits suffoquent », il y a beaucoup de « pieds écrasés », « la galère continue, les claustrophobes sont prévenus ». Pour cette chaîne les gens sont « à bout », ils sont « pris en otages », « prisonniers ». TF1 partage ce constat, « ce sont les usagers qui trinquent ». Mais ils insistent beaucoup plus sur des expressions de lassitude telles que « encore » ou « toujours » utilisées à cinq reprises dans le 20h du 14 novembre.

Si France 2 a gagné le prix des meilleurs jeux de mots employant successivement des bons mots comme « train train des perturbations », « métro, boulot, sans dodo » ou encore « Lyon, ville de bouchon », c’est TF1 qui emporte le prix de l’expression la plus incongrue : Patrick Poivre d’Arvor nous annonce en effet un « trafic un peu moins paralysé ».

Que les journalistes se rassurent, de nouveaux sujets arrivent, après la manifestation anti-grève [ ou pour « la première fois on voyait un vison en manif » (Mouloud, Canal +) ] qui a occupé 15 secondes du JT de France 2, 80 de celui de TF1, un vrai événement s’est produit. Le président de la République – « qui était silencieux ce qui n’est pas son habitude » (David Pujadas, France 2) – est intervenu, citant Thorez et promettant de venir rapidement à la télévision pour annoncer des mesures.

2 commentaires pour Une semaine de grève, c’est long… pour les journalistes !

  1. Venus kiss dit :

    Moi c’est plus spécifiquement l’expression s’armer de patience qui m’a choqué, je l’ai entendue plusieurs fois, et cela avait un coté .. « s’armer de patience pour affronter ces vilains grévistes ».
    J’aime la totale (im)partialité des médias français. A quand de pauvres usagers contraints à la grève de la faim pour demander la fin de la grève??

  2. Greg dit :

    Oui je suis tout a fait d’accord avec toi. Ca va de pair avec l’image de l’otage ou du prisonnier. On a une vraie prégnance du champ lexical du « conflit ». Il ne fait aucun doute que ces « usagers », sont des « victimes » de ces méchants grévistes.

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