Nicolas Sarkozy, une année de Canard!

29 décembre 2007

Le Canard Enchaîné vient, comme à son habitude, de faire paraître un bêtisier de l’année. Inutile de préciser qu’une grande partie de ce bêtisier est consacrée à notre président, on pouvait l’imaginer ; notons tout de même que plus d’un article sur deux lui font référence (206 articles sur 397). Inutile de préciser aussi que ce journal ne porte pas notre président dans son cœur. Connu pour ses satyres et son indépendance, Le Canard a toujours été, en effet, une sorte de contre-pouvoir. Afin de mettre en relief la position de ce journal sur Nicolas Sarkozy, nous allons nous appuyer sur les termes utilisés au cours de cette année pour le nommer. Dans le but de rendre les choses plus claires, nous étudierons dans un premier temps la période de campagne [janvier-mai 2007] pour ensuite voir comment est appelé notre président à partir du moment qu’il entre en fonction [mai-décembre 2007].

La campagne pour les présidentielles a commencé très tôt, il n’est donc pas surprenant que Le Canard Enchaîné écrive beaucoup à ce sujet dès janvier. De cette période de campagne, le grand bêtisier du Canard a gardé 144 articles : 67 font référence à Nicolas Sarkozy, 28 à Ségolène Royal (soit respectivement 46,5% et 19,5% des articles). A 77 reprises Nicolas Sarkozy est désigné par le terme « Sarko », c’est de loin la manière la plus employée par les journalistes du Canard pour désigné le candidat de l’UMP. Elle représente 49% des formes que nous avons relevées. Puis suit comme on le voit ci-dessous « Sarkozy », « Nicolas Sarkozy », « Nicolas »,…

Ces résultats sont bien sûr liés à la ligne éditoriale du journal. C’est, en effet, un des rares journaux à pouvoir appeler systématiquement Nicolas Sarkozy, « Sarko »; on imagine mal Le Monde faire de même… Toutefois, pour comprendre en quoi cette dénomination est chargée de sens, il faut d’abord la comparer aux termes utilisés pour nommer Ségolène Royal puis étudier les autres formes utilisées pour nommer le candidat de l’UMP.

A la différence de son adversaire, Ségolène Royal n’est quasiment jamais appelée par son nom. On sait que ceci est essentiellement lié au déroulement de la campagne, la candidate socialiste préférant que l’on scande son prénom alors que le candidat de l’UMP avait mis son nom en avant. Notons tout de même que la forme « traditionnelle » de dénomination, c’est-à-dire nom-prénom est utilisée beaucoup plus fréquemment pour la candidate socialiste que pour le candidat de l’UMP. Cette forme est souvent considérée comme plus respectueuse que la simple utilisation du nom ou d’un surnom. Le fait que le candidat de l’UMP soit donc si rarement appelé par cette formule est en soit déjà chargé de sens. Notons de plus que le diminutif « Ségo » est utilisé deux fois moins fréquemment que « Sarko », ce qui confirme cette idée.

A chaque événement majeur de la campagne, Le Canard a trouvé une nouvelle façon de dénommer Nicolas Sarkozy. Ces dénominations plus engagées confirment le positionnement du journal vis-à-vis de cette candidature. Dans un premier temps, le journal insiste sur la double étiquette de ministre de l’Intérieur et de candidat de Nicolas Sarkozy. Ceci transparaît au travers de formules telles que « ministre-candidat » (4), « Premier flic de France » ou « l’encore ministre de l’Intérieur et candidat UMP ». Par la suite, deux axes sont surtout soulignés : les références utilisées par Nicolas Sarkozy et son caractère hyperactif. Ainsi, il sera a deux reprises nommé « le candidat nouvel ami de Jaurès et de Blum » mais aussi le « nouveaux fils spirituel de Mongénéral » [en référence à son recueillement sur la tombe du Général de Gaulle]. D’un autre côté, Nicolas Sarkozy est surnommé « Lapin Duracell » ou « Speedy Sarko ». Ces dénominations sont toutes extrêmement critiques à l’égard du candidat UMP.

Après l’élection de Nicolas Sarkozy au poste de chef de l’Etat français, Le Canard Enchaîné va continuer à être aussi critique à son égard.

Il est toujours majoritairement nommé « Sarko », la part d’appellation « traditionnelle » est encore moins importante qu’auparavant. Et de nouvelles formes apparaissent, tout d’abord celle de la dénomination par la fonction. Cette forme de dénomination est généralement utilisée de manière aussi respectueuse que la dénomination « traditionnelle », toutefois dans le Canard on en trouve une utilisation parfois bien différente et souvent ironique. Ainsi une expression telle que « Monsieur Nicolas Sarkozy, président de la République Française » est utilisée pour railler la façon dont s’est conduit notre président face aux pêcheurs du Guilvinec. Parmi les formules nouvelles, on note bien sûr cette formule d’ « omniprésident ». On remarque vingt occurrences de ce mot dans Le grand bêtisier du Canard 2007, mais on peut aussi trouver d’autres termes rattachés tels que « hyperprésident » (3), « OmniSarko » (3), « SuperSarko » (7), « notre super héros » ou encore « le chef de l’Etat, chef du gouvernement, maître du Sénat et de l’Assemblée nationale et chef de la majorité ». Toutes ces expressions soulignant la suractivité de Nicolas Sarkozy tout comme « notre suractif président de la République », « notre surprésident », ou enfin «président qui intervient pour le moindre fait divers ». Enfin, nous notons des expressions renvoyant à des chefs ou des Etats totalitaires. C’est le cas de « Sarko Ier » (16) mais aussi de termes comme « Sarkoléon » qui nous renvoient à un empereur connu ainsi que de l’« immense Timonier Sarkozy » (qui renvoie bien sûr à Mao Zedong, le grand timonier). Ces mots sont à mettre en relation avec les termes tels que « l’Etat Sarkozy », « le système Sarkozy » ou « Sarkozystème ».

Enfin, pour conclure notons quelques dernières formules qui servent tout au long de ce bêtisier à désigner Nicolas Sarkozy. Il est notamment nommé ironiquement « le « candidat du peuple » » (2) ou « le candidat de « la France qui souffre » » mais aussi le « magicien Nicolas », « l’homme d’affaire Sarkozy », « le plus américanophile des présidents français » ou enfin « l’ex-karchériseur ». Bref, en lisant ce bêtisier vous découvrirez encore d’autres expressions de « Sarko-incompatibilité » de ce journal entré en résistance contre « Sarko-la-rupture ». Une revue à conseiller pour tous les « sarkosceptiques »…

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Nicolas Sarkozy, un voyage, trois versions.

25 décembre 2007

Le président de la République, M. Nicolas Sarkozy est arrivé aujourd’hui à Louxor pour un séjour qui s’achèvera le 31 Décembre par une visite officielle. Ce voyage n’est pas tout à fait décrit de la même façon sur les sites du Figaro, du Monde et de Libération.

Commençons par un panorama des titres de ces articles. Libération titre « Sarkozy a rejoint Louxor dans un avion de Bolloré », Le Monde : « Nicolas Sarkozy arrive en Egypte à bord d’un avion de Vincent Bolloré » et enfin Le Figaro préfère la formule simple : « Nicolas Sarkozy est arrivé en Egypte ». Quelques points à noter, Libération est tout d’abord le seul à nommer le chef de l’Etat par son seul nom. Bien que ce soit un procédé courant dans les titres de presse, appeler quelqu’un de cette façon est toujours moins respectueux que l’appeler par son prénom et son nom ou par son titre [article à venir sur ce blog à ce sujet]. Bien sûr, il faut aussi remarquer que le titre très court du Figaro, omet de souligner le fait que ce vol ait été affrété par Vincent Bolloré. Le fait que le journaliste de ce site n’ait pas voulu inscrire cet élément dans le titre est chargé de sens. Ceci signifie que, pour eux, ce n’est pas quelque chose de central. Pour Libération et Le Monde c’est bien la provenance de cet avion qui fait événement.

Ceci se confirme dans le corps des articles. Le seul article qui ne fera qu’une seule référence à Bolloré est bien sûr celui du Figaro, alors que Libération en fait deux et Le Monde quatre. A vrai dire, pour ce dernier, le fait que l’avion appartienne à Vincent Bolloré est véritablement le point central du voyage du chef de l’Etat. En effet, la moitié de l’article revient sur le voyage à Malte de Nicolas Sarkozy le 7 mai dernier. Pour les deux autres sites, on peut noter que l’intérêt de ce voyage tourne autour de la personne de Carla Bruni (citée 3 fois dans Le Figaro, 4 fois dans Libération contre une seule fois dans Le Monde). Libération joue la romance en utilisant à deux reprises l’image, « main dans la main ». Le Figaro comme Libération rappellent que notre président est divorcé depuis le 18 octobre. Ils présentent aussi son programme pour ses six jours, bien qu’ils ne soient pas tout à fait en accord au sujet de la répartition entre visite officielle et voyage privé. Pour Libération, la visite officielle ne durera que 24 heures alors que pour Le Figaro, elle durerait deux jours. Ces deux journaux s’entendent aussi pour nous informer que le président rejoindra Bernard Kouchner et sa femme Christine Ockrent dans quelques jours à Charm el-Cheikh ce qui justifierait un déploiement important de forces de sécurité. Les deux articles rappellent, en effet, qu’un important attentat avait eu lieu en 2005.

Notons encore quelques particularismes. Si tous les journaux utilisent au moins une fois le terme « luxueux » pour qualifier l’hôtel du président, Libération développe particulièrement ce point. Le journaliste dévoile notamment que la chambre coute environ 1100$ la nuit ! Ce journal qui développe beaucoup le lien entre le président et l’ex-mannequin, est le seul à rappeler que nous avons découvert cette relation au moment où la visite de Mouammar Kadhafi avait généré de nombreuses émules… L’objectivité est partout ?


Arrêt sur une série pleine de talent!

19 décembre 2007

Nous ne sommes pas des Saints – Le Doigt de Dieu
Vidéo envoyée par NousNeSommesPasDesSaints

NOUS NE SOMMES PAS DES SAINTS
Episode: « Le doigt de Dieu »

http://www.nousnesommespasdessaints.com

Une fois n’est pas coutume, un peu de divertissement avec cette vidéo d’une série prometteuse et pleine de talent. Profitez et faites passer!


www.taser.fr : un site à ajouter à ses favoris

14 décembre 2007

Inscrit depuis deux ans sur « gmail », j’ai toujours été surpris voire gêné par les publicités ciblées intégrées à ma boite mail. Mais, depuis quelques semaines, un lien apparaît tous les jours, quels que soient les mails que je reçois. Sous le titre de « TASER France : neutraliser sans blesser », ce lien mène au site de l’« arme non mortelle révolutionnaire ». Visite.

Arrivé sur le site, deux vidéos – que l’on peut qualifier sans complexe de propagande – nous présente l’arme en question. Un sondage est aussi présent sur cette page d’accueil : « Le taser ne présentant aucun danger qui doit être équipé: (plusieurs réponses possibles) ? ». Aucun doute, on est bien en face d’un site de propagande commerciale pour ce pistolet neutralisant. Deux axes de communications principaux : le taser serait « révolutionnaire » et « sans danger ».

Commençons par son caractère « révolutionnaire »(2). Dans ce domaine, les mots utilisés sont clairs : le taser « change radicalement la donne », il présente une « approche novatrice et responsable du maintien de l’ordre ». En plus d’éculer le terme « révolutionnaire », le site web n’hésite pas à parler à deux reprises d’« ère nouvelle ».

Rappelons que nous sommes simplement en train de parler d’un nouvel équipement policier. Rien de révolutionnaire a priori. Mais les arguments pleuvent : cette arme « supprimant les risques de dérapages mortels » serait « l’arme anti-bavure par excellence ». Ce terme de « bavure » apparaît à plusieurs reprises pour affirmer que le fusil « évite dans tous les cas la ˝bavure˝ » notamment les « dérapages mortels involontaires dans les actions de maintien de l’ordre » ; dérapages « désolant pour les victimes, traumatisant pour les auteurs. ». Le but de cette arme est de « neutraliser des forcenés ou des personnes mentalement dérangées. ». On apprend notamment qu’il « est sûr et efficace sur les sujets sous l’emprise de drogues/alcool. ». Ce qui fait qu’elle serait : « l’arme la plus efficace pour la sécurité des policiers ». Ce n’est pas à demi-mot que l’on trouve donc en conclusion que le « Taser concourt à la paix civile. »

Je ne vous cache pas que j’ai quand même un peu de mal à comprendre pourquoi on fait une telle propagande auprès des citoyens pour ce taser. Logiquement, on ne va pas aller demain à Carrefour en acheter un pour protéger sa maison. Le site a donc probablement comme simple but d’habituer le citoyen à l’utilisation de ses armes par la police. En tout cas n’hésitez pas à aller y faire un tour vous apprendrez que 10 200 vies ont été sauvées grâce à cette arme, mais surtout que grâce à elle, les « plaintes de citoyens [ont été] réduites jusqu’à 50% ». Peut-être m’aiderez-vous à répondre à cette question : qui paye cette publicité sur Google Mail ?

Ami de la sécurité, bonne journée.


Ségolène Royal vide son sac

11 décembre 2007

Une semaine après sa sortie en librairie, on a entendu tout et rien sur le livre de Ségolène Royal. En quelques lignes et en m’arrêtant sur ses mots, je vais essayer de vous en faire une présentation un peu plus approfondie que ce qu’on a pu lire ou entendre ça et là. La présidente du Poitou-Charentes nous présente, dans Ma plus belle histoire, c’est vous, un livre très personnel mais aussi un témoignage précieux de cette campagne dont on a déjà oublié de nombreux éléments.

Le caractère éminemment personnel de ce livre se voit surtout à travers deux éléments : sa façon de s’adresser (à nouveau) directement au Français et sa vision des femmes en politique.

Tout d’abord, on a beaucoup parlé des lettres majuscules utilisées pour le « c’est vous » dans le titre de cet ouvrage. Aucun doute, ceci reflète bien le contenu du livre. Les Français lui « ont tant donné. [Elle] les a tant aimés. [Elle] leur doit [sa] part de vérité. ». Dire la « vérité » aux « Français » est bien le but de ce livre puisque ces mots reviennent respectivement plus de 15 et plus de 25 fois dans cet ouvrage. Elle parle même de « vraie réalité ». C’est une sorte de lettre qu’elle adresse à ceux qui lui ont fait vivre « ce formidable instant démocratique » ou on a assisté à une « réhabilitation du débat ». Nous offrant une belle raffarinade elle désigne les militants socialistes comme le « parti d’en bas » et ce à plusieurs reprises. A travers ces mots on retrouve la griffe de Ségolène Royal qui s’adresse au « vrai gens », elle affirme d’ailleurs qu’elle a été « mieux comprise par les Français que par tous ceux qui donnèrent des voix dans l’espoir de [la] décrédibiliser ». Mais, si Ségolène fait des emprunts à l’ancien premier ministre, elle nous offre aussi dans cet ouvrage quelques exemples de son style indéfinissable. Ainsi, on peut trouver des expressions telles que : « Peuple de France comme je t’ai aimé pendant cette campagne » ou encore « Ayez confiance en vous ! », « Respecter l’autre, c’est aussi se respecter soi-même »

En dehors de ce vocabulaire très « ségoliste », on note une autre implication très personnelle, celle de sa vision de la femme en politique. Si on me permettait de résumer schématiquement je dirais qu’il y a deux écoles pour les femmes en politique : les femmes qui prétendent faire de la politique différemment en mettant souvent en avant des arguments tels le charme ou l’instinct maternel, et les femmes qui font de la politique en adoptant les valeurs du champ politique traditionnel. C’est très schématique et polémique mais on constate que souvent les femmes doivent choisir un des deux camps, c’est l’opposition Elisabeth Guigou – Maryse Lebranchu ou Rama Yade – MAM. Le mot qui apparaît le plus souvent dans ce texte, c’est le mot « femme ». J’en ai compté deux-cent trente et une occurrences ! 77 pages allouées à sa vision du féminisme, avec à mon sentiment, des passages d’une nature assez dérangeante trop proche d’un cours magistral. A l’instar d’un passage similaire sur les sondages, je dois, en revanche, reconnaître que ces présentations sont d’une grande clarté et exhaustivité, je me demande juste pourquoi elle les aborde dans ce livre. Elle cite de grandes politologues spécialistes de ces questions (Mossuz-Lavau, Sineau) ainsi que de grands noms du féminisme (Olympe de Gouge, Louise Michel…) pour affirmer ce que Janine Mossuz-Lavau écrivait c’est-à-dire que les partis politiques sont des « cénacles masculins fonctionnant en cercle fermé ». Elle se présente comme victime de ce système en féminisant des expressions telles que « brebis noire ». Avec beaucoup d’humour elle paraphrase Cookie Dingler pour nous dire « qu’être une femme politique c’est pas si facile ». Ségolène affirme qu’elle ne « croit pas que les femmes aient « par essence » ou « par nature » un rapport différent à la politique ». Pourtant, à la page suivante, elle écrit : « On nous prête souvent un sens plus aigu des choses concrètes. Je crois, pour ma part, que c’est généralement vrai ». Dans la foulée elle écrit qu’il y a des « qualités communes et dissemblables aux hommes et aux femmes », qu’elle est « aussi une femme et une mère » et que ceci entre en compte dans sa façon de faire de la politique. Pour elle, une « femme à l’Elysée c’est une Révolution » qui « ouvre la politique à une ère nouvelle ». Beaucoup de termes qui font penser, bien qu’elle s’en défende, à une vision des femmes en politique proche de la première catégorie présentée. Elle ajoutera d’ailleurs cette phrase, qui semble être une phrase antagoniste avec les valeurs de femme indépendante qu’elle voudrait véhiculer : « Pour gagner la prochaine fois, il faudra le soutien (…) d’un compagnon amoureux, à fond avec la candidate ».

A travers ces exemples on voit que cet ouvrage est fortement imprégné de la personnalité de Ségolène Royal, de sa vision particulière du féminisme et de son amour pour la démocratie participative. Mais cet ouvrage n’est pas qu’un livre personnel, c’est aussi un témoignage de campagne précieux à ce titre. La candidate revient sur sa défaite assez longuement. On en a beaucoup entendu parler dans la presse je vais faire court. Tout le monde connaît maintenant l’anecdote à propos de Bayrou, tout comme la plupart des autres éléments de ce domaine. Deux choses intéressantes à noter. D’une part elle revient beaucoup sur sa soi-disant « incompétence ». Elle montre notamment que c’est lié à une vision que l’on a des femmes même si ce n’est pas la seule raison qu’elle avance. L’autre vraie raison est l’absence de soutien de son parti. Elle revient beaucoup sur chacun des ténors et la façon dont il a contribué à décrédibiliser sa candidature notamment dans la campagne interne au parti. Depuis les propos machistes de Laurent Fabius jusqu’au voyage de DSK au Canada à la fin de la campagne, elle présente en détails l’absence de soutien de son parti qu’elle oppose à la machine de guerre UMP. Une expression m’a marqué : c’est lorsqu’elle écrit qu’elle attendait des éléphants du PS qu’ils fassent « comme dans un vrai parti ». C’est-à-dire qu’il s’aligne sur la candidate choisie par les militants. Elle écrit qu’une de ses rares fautes aura été de ne pas avoir réussi à fédérer les ténors du parti derrière elle. « La victoire n’était pas possible sans l’union ». Elle répond au passage à Jospin qui a écrit dans L’impasse que Ségolène était « la moins capable de gagner », qu’elle était un « outsider » « démagogique » et « peu responsable », en le qualifiant d’ « homme du déni majeur ». Selon elle le PS « aurait pu contrer l’adversaire si tous les ténors étaient entrés dans la bataille ». Sans ça, l’UMP n’a eu qu’à reprendre les critiques faites en interne à la candidate. C’est ainsi qu’ils ont essayé de véhiculer une image de Ségolène sérial gaffeuse (on se souvient de cette affiche de l’UNI, « non à Ségo la gaffe »). Elle s’en explique et montre que Nicolas Sarkozy s’est illustré point de vue gaffes : il a annoncé que la moitié de la population touchait le SMIC (17%), que le baril de pétrole était à 90$ (il avait un peu d’avance), il a parlé d’ « héritation » qui est un terme pas plus français que « bravitude » et a appelé les habitants de Dakar « cher compatriotes qui vivez loin de la métropole » !

Selon elle, si elle est passée pour une sérial gaffeuse c’est parce que son adversaire maitrisait les médias. A deux reprises elle parle de méthodes « mussolino-berlusconiennes » puisque Nicolas Sarkozy dominait le « feu sacré médiatique ». Sa propre société de production fournissait des images parfaites pour le 20h, on le savait, mais elle montre une « liaison dangereuse entre le pouvoir politique et les médias » (Le Matin, quotidien suisse). Elle présente les liens entre Sarkozy et les grands patrons de presse. Quelques exemples : le candidat de l’UMP aurait auparavant nommé Pierre Louette à l’AFP et Michel Boyon au CSA, tous deux ayant déjà travaillé pour des gouvernements de droite. Elle relate de plus comment un sondage qui la présentait comme la candidate la plus crédible sur les questions économiques a pu disparaître de la une de la Tribune pour finir dans un papillon quelques pages plus loin. Beaucoup d’exemples comme ceux-ci l’amènent à dire que « quand la frontière entre communication et information se brouille c’est la propagande qui gagne du terrain ». Elle montre aussi que Nicolas Sarkozy pouvait s’appuyer sur Opinion way, un nouveau venu sur le marché des sondages politiques. Opinion way rémunère les personnes répondant aux questionnaires par internet, ils n’hésitent pas à présenter des sondages dont les questions influençaient beaucoup les réponses (critique traditionnelle des sondages que l’on retrouve beaucoup à propos de cette société comme on le voit sur ce site). Elle conclue en posant la question suivante : « censure et propagande seraient-elles les mamelles du régime ?».

En conclusion, ce livre est à l’image de la campagne de Ségolène Royal, ainsi il sera facile de le trouver sympathique pour ceux qui ont voté pour elle avec entrain, tout comme il est aisé de le trouver très mauvais si on l’a détestée. En ce qui me concerne je regrette la nature un peu étrange de ce livre qui est à la fois comme je l’ai dit un récit factuel et personnel flirtant dans d’autres passages avec le cours magistral. Je trouve, cependant, qu’il ne manque pas d’humour, notamment dans la façon dont Ségolène Royal attaque son adversaire. Notons qu’elle le nomme souvent Sarkozy, alors qu’elle appelle tous les autres hommes politiques par leur nom et leur prénom, qu’elle le qualifie d’ « éradicateur » et de « précarisateur », de personnage « manipulant l’histoire avec cynisme », faisant « allégeance au bushisme », et étant un « fin connaisseur en matière de populisme ». Mais ce qui est une véritable preuve d’humour, à mon avis, c’est quand elle relate ce jeu vidéo où nains sadiques et nains rampants s’affrontent et qu’elle ajoute que « toute ressemblance avec des personnages existants serait naturellement fortuite ».


Kadhafi, une polémique à 10 milliards.

11 décembre 2007

Polémique sémantique autour de la venue de Mouammar Kadhafi. La secrétaire d’Etat aux droits de l’homme, Rama Yade (prononcez Yadé si vous ne l’aimez pas), a marqué les esprits en affirmant que la France n’était ni « une balance commerciale », ni « un paillasson » elle a même parlé d’« un baiser de la mort ». Bien qu’elle lui ait serré la main tout sourire en juillet, il semble difficile pour elle d’assumer la venue de Kadhafi à Paris pour sa première journée mondiale des droits de l’homme, instrumentalisée Rama Yade ? En tout cas, l’opposition a emboité le pas. Ségolène Royal a apporté son soutien à la jeune secrétaire d’Etat, tandis que François Hollande affirmait qu’ « aucune signature de contrat n’explique un tel aveuglement ».

Mais les échos dans la presse sont bien différents selon les sources. Commençons par un exemple simple : Libération titre aujourd’hui : « Kadhafi met le souk en Sarkozie » alors que Le Figaro préfère : « Kadhafi à Paris : 10 milliards d’euros de contrats ». Le premier parle de « tyran de Libye » le second préfère le nommer « Guide de la révolution ». Libération insiste sur la polémique suscitée par cette visite, Le Figaro avance le chiffre de « 30 000 emplois créés sur cinq ans ». Une seule visite : mais deux visions diamétralement opposée de l’événement.

Les JT sont un peu à cette image. Le 13 heures de TF1 a placé la venue de Mouammar Kadafi en quatrième titre entre les pêcheurs touchés par les conditions climatiques et le sort judiciaire des membres de l’Arche de Zoé. Un peu moins de deux minutes montre en main, alors que France 2 ouvrait son journal sur le sujet et lui consacrait près d’un quart d’heure. Après avoir fait un tour d’horizon de la « rafale de critiques » adressées par la droite et par l’opposition à cette visite, citant des phrases telles que « sacrifice d’une certaine vision de la France », Elise Lucet recevait Danièle Klein pour le compte de l’association des victimes du DC 10 d’UTA – attentat attribué aux proches du colonel Kadhafi.

Le 20 heures semble moins tranché entre ces deux chaines, mais de grandes différences sont tout de même notables. D’un côté France 2 parle de Kadhafi comme d’ « une ancienne bête noire » « commanditaire d’actes terroristes », parlant de « retour en grâce du colonel » « 34 ans après sa dernière visite officielle ». Puis le journaliste laisse la parole à François Bayrou pour qui la politique de l’UMP se résumerait à ces trois mots : « carnet de chèques, carnet de chèques, carnet de chèques ». La conclusion se fait sur un doute quant à la « diplomatie des valeurs » prônée par Nicolas Sarkozy alors candidat à l’élection présidentielle, rappelant que si Kadhafi a longtemps été « un chef terroriste », il aurait « tourné la page » ce qui n’empêche que son pays « reste une dictature (…) qui détient des défenseurs des droits de l’homme emprisonnés sans procès ». Sur TF1, on parle de cette « visite très controversée », mais on préfère insister sur les 10 milliards d’euros de contrat. Pour eux, Kadhafi a fait une « entrée remarquée ». Mais ce sont les membres de l’opposition qui « reproche au numéro un libyen son implication dans le terrorisme ». S’il ne fallait retenir qu’une seule phrase de ce JT c’est probablement que la Libye est, pour eux, « un partenaire difficile mais obligé ».

« Real politique », « politique étrangère pragmatique », sont-ils des concepts qui justifient la négociation avec celui que l’on présente généralement comme un « dictateur » impliqué dans le « terrorisme » ?