Kadhafi, une polémique à 10 milliards.

Polémique sémantique autour de la venue de Mouammar Kadhafi. La secrétaire d’Etat aux droits de l’homme, Rama Yade (prononcez Yadé si vous ne l’aimez pas), a marqué les esprits en affirmant que la France n’était ni « une balance commerciale », ni « un paillasson » elle a même parlé d’« un baiser de la mort ». Bien qu’elle lui ait serré la main tout sourire en juillet, il semble difficile pour elle d’assumer la venue de Kadhafi à Paris pour sa première journée mondiale des droits de l’homme, instrumentalisée Rama Yade ? En tout cas, l’opposition a emboité le pas. Ségolène Royal a apporté son soutien à la jeune secrétaire d’Etat, tandis que François Hollande affirmait qu’ « aucune signature de contrat n’explique un tel aveuglement ».

Mais les échos dans la presse sont bien différents selon les sources. Commençons par un exemple simple : Libération titre aujourd’hui : « Kadhafi met le souk en Sarkozie » alors que Le Figaro préfère : « Kadhafi à Paris : 10 milliards d’euros de contrats ». Le premier parle de « tyran de Libye » le second préfère le nommer « Guide de la révolution ». Libération insiste sur la polémique suscitée par cette visite, Le Figaro avance le chiffre de « 30 000 emplois créés sur cinq ans ». Une seule visite : mais deux visions diamétralement opposée de l’événement.

Les JT sont un peu à cette image. Le 13 heures de TF1 a placé la venue de Mouammar Kadafi en quatrième titre entre les pêcheurs touchés par les conditions climatiques et le sort judiciaire des membres de l’Arche de Zoé. Un peu moins de deux minutes montre en main, alors que France 2 ouvrait son journal sur le sujet et lui consacrait près d’un quart d’heure. Après avoir fait un tour d’horizon de la « rafale de critiques » adressées par la droite et par l’opposition à cette visite, citant des phrases telles que « sacrifice d’une certaine vision de la France », Elise Lucet recevait Danièle Klein pour le compte de l’association des victimes du DC 10 d’UTA – attentat attribué aux proches du colonel Kadhafi.

Le 20 heures semble moins tranché entre ces deux chaines, mais de grandes différences sont tout de même notables. D’un côté France 2 parle de Kadhafi comme d’ « une ancienne bête noire » « commanditaire d’actes terroristes », parlant de « retour en grâce du colonel » « 34 ans après sa dernière visite officielle ». Puis le journaliste laisse la parole à François Bayrou pour qui la politique de l’UMP se résumerait à ces trois mots : « carnet de chèques, carnet de chèques, carnet de chèques ». La conclusion se fait sur un doute quant à la « diplomatie des valeurs » prônée par Nicolas Sarkozy alors candidat à l’élection présidentielle, rappelant que si Kadhafi a longtemps été « un chef terroriste », il aurait « tourné la page » ce qui n’empêche que son pays « reste une dictature (…) qui détient des défenseurs des droits de l’homme emprisonnés sans procès ». Sur TF1, on parle de cette « visite très controversée », mais on préfère insister sur les 10 milliards d’euros de contrat. Pour eux, Kadhafi a fait une « entrée remarquée ». Mais ce sont les membres de l’opposition qui « reproche au numéro un libyen son implication dans le terrorisme ». S’il ne fallait retenir qu’une seule phrase de ce JT c’est probablement que la Libye est, pour eux, « un partenaire difficile mais obligé ».

« Real politique », « politique étrangère pragmatique », sont-ils des concepts qui justifient la négociation avec celui que l’on présente généralement comme un « dictateur » impliqué dans le « terrorisme » ?

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5 Responses to Kadhafi, une polémique à 10 milliards.

  1. Anonymous dit :

    Pauvre Rama Yad[é] sacrifiée sur l’autel de la diversité (origine ethnique, âge, prétendue liberté d’expression), il les u(tili)sera tous jusqu’au bout…

  2. Greg dit :

    Le privilège d’un hyper-président c’est de ne plus avoir un mais des fusibles…

  3. Anonymous dit :

    Ce qui est assez remarquable aussi c’est la manière dont Nicolas Sarkozy justifie ses agissements avec la Lybie, au lieu de défendre le fond il privilégie la forme et avance des arguments tels que « oui mais ceux qui critiquent ils ne sont pas allés libérer les infirmières bulgares, alors, hein Mame Chabot, voyez bien ce sont des mauvaises langues ».

  4. Greg dit :

    Je suis ravi que vous soyez encore surpris de voir la forme privilégiée sur le fond…

  5. Anonymous dit :

    Pas autant surpris que déçu de voir ces arguments repris dans une large partie des médias, qui ne cherchent guère à creuser plus..à l’image de la dernière interview télévisée de notre hyperprésident par Chabot et d’Arvor, qui lui passaient les plats et surtout, surtout, ne contestaient jamais ses réponses même en cas d’aberration.

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