Nicolas Sarkozy au Figaro, on ne change pas une équipe même si elle ne gagne pas.

Dans une interview accordée ce matin au Figaro, Nicolas Sarkozy a réaffirmé – à quelques jours des municipales – sa volonté de ne pas changer de cap, quel que soit le résultat de ces élections. « Je n’ai pas l’intention de rythmer mon quinquennat en fonction des scrutins locaux », et c’est vrai que dans cette interview, où le chef de l’Etat est peu contredit, on retrouve la plupart des traits du candidat à l’élection présidentielle.

Commençons par le style. Bien que sa manière de gouverner soit souvent décriée comme trop personnelle, voire à dérive monarchique – on se souvient du très médiatisé « appel à la vigilance républicaine » – Nicolas Sarkozy n’entend pas changer quoi que ce soit. Dans cette interview, il utilise un peu moins de cinquante fois le « je » contre seulement deux fois « nous », on sait que c’est l’une des caractéristiques majeures de son discours, pas de changement en vue. Ces « je » sont appuyés par les habituelles expressions telles que « mon devoir », « ma mission », « mon devoir de président de la République » (2), « le président de la République doit », « le rôle du chef de l’Etat »,… Ces expressions montrent toujours une vision tout à fait personnelle de sa fonction, mais une vision qui semble être imposée, comme si c’était inscrit dans la Constitution, alors que rappelons que la Constitution indique simplement que « Le Président de la République veille au respect de la Constitution. Il assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l’Etat. Il est le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire, du respect des accords de Communauté et des traités. ». Ce n’est certainement pas écrit que « le président de la République doit choisir le meilleur [Premier Ministre] pour mettre en œuvre sa politique » comme le déclare dans les colonnes du Figaro Nicolas Sarkozy. Puisque l’article 20 stipule que c’est le gouvernement qui « détermine et conduit la politique de la nation » et que « le premier ministre dirige l’action du gouvernement ».

Outre la forme qui appuie la vision personnelle que Nicolas Sarkozy a de sa fonction, notons le vocabulaire utilisé par notre président. Tout d’abord, notons cette constante volonté d’associer le terme 35 heures au mot « carcan ». Rappelons, tout d’abord, qu’un carcan est à l’origine un collier de fer avec lequel on attachait un condamné au poteau d’exécution, par métaphore, ce terme signifie aujourd’hui « ce qui entrave la liberté de façon rigoureuse ». On est en droit de se demander quelle liberté est entravée par les 35h ? Nicolas Sarkozy fait probablement référence à la liberté de travailler. Que l’on soit pour ou contre cette loi, on est forcé de constater qu’elle n’a jamais empêchée quiconque de travailler puisque le stock d’heures supplémentaires prévu par la loi n’a jamais été utilisé au maximum. Ce n’est donc que pure communication que d’associer le terme 35 heures à celui de « carcan » et cela il faudrait le reconnaître même pour ceux qui considèrent que « les trente-cinq heures ont nui considérablement aux évolutions salariales ».

Comme l’explique si bien le psychiatre Jim Mc Dermott : « les gens qui ont peur ont leur fait faire ce qu’on veut ». On sait que Nicolas Sarkozy a beaucoup joué sur cette thématique pendant la campagne, ce qui a, notamment, contribué à le rendre populaire auprès des électeurs frontistes. Pour justifier son opposition au Conseil Constitutionnel – qu’il maintient en affirmant que « contre les récidivistes, [il ira] jusqu’au bout » – il déclare qu’il est de son « devoir de veiller à ce que des femmes, des petites filles, des petits garçons ne tombent pas dans les mains d’un violeur ». C’est une façon de présenter les choses qui explique probablement que le président ait l’assentiment d’une très large majorité de la population pour cette loi qui consisterait pourtant à inscrire dans la législation la reconnaissance officielle de l’incapacité de la prison à punir, à réinsérer ou à changer les individus.

Pour finir, notons pêle-mêle, qu’il affirme « travailler main dans la main avec Angela Merkel », qu’il affirme avoir mis fin à de longues « années de laxisme », qu’il se félicite de ne pas avoir « remplacé vingt-deux mille départ à la retraite dans la fonction publique », qu’il ne veut pas que « la pensée unique ne triomphe » et que « l’élévation du niveau de vie des français est un objectif central de [sa] politique », bref, à quelques jours de la présidentielle, on retrouve quasiment mot pour mot le discours de campagne de Nicolas Sarkozy. Finalement il ne revient que sur un point, alors qu’il avait déclaré qu’« être président de la République c’est renoncé au bonheur personnel », il affirme qu’il est heureux.

En conclusion, nous retiendrons donc que malgré les fortes baisses dans les sondages, le président ne cherche vraiment pas à changer de cap. Je vous laisse avec une citation de ce dernier, libre à vous de l’analyser comme bon vous semble. « Quand tant de gens suspectent vos discours, ce n’est pas le monde entier qui à tort, c’est peut-être vous qui devez faire votre introspection ».

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