Nicolas Sarkozy, sans surprise

25 avril 2008

Ce matin toute la presse nous parle de l’intervention de Nicolas Sarkozy d’hier soir. La plupart des commentateurs soulignent un président calme qui a su rester humble. Pour Libération, Sarkozy a « gardé le cap », Le Monde voit un « changement de style sans céder sur le fond », alors que Le Figaro parle d’un « nouveau discours de la réforme ». Y-a-t-il donc vraiment eu un changement radical ?

Certes, on a eu pour la première fois, une sorte de mea culpa. Il a répété à l’envie « j’ai ma part de responsabilité », mais aussi des expressions telles que « sans doute moi-même j’ai fait des erreurs », « on a commis une erreur » ou à propos du paquet fiscal « nous avons fait une erreur de communication totale ». C’est vrai que contrairement aux précédents discours, notamment à celui du 8 janvier, il a évité de mettre sa vie personnelle en avant, a soigneusement évité les questions à ce sujet, et a essayé de limiter les anaphores. Nous avons échappé aux sempiternelles « j’ai été élu pour… » et autres figures de styles dont il nous régalait lors de ses discours. Mais toutes les figures de style habituellement utilisées n’ont pas disparu, nous le verrons. Parmi les autres changements, nous avons eu un président qui s’appuyait cette fois-ci sur de nombreuses références chiffrées. On a cru un moment assister au débat Rajoy-Zapatero où l’on se battait à coup de graphiques en bâtons et de diagrammes. Les chiffres ont toutefois été cantonnés au début de l’émission et n’ont jamais été vraiment expliqués. On ne sait pas d’où sortent les estimations, ni d’où viendrait l’argent quand il en est question. Soit. Ceci nous amène tout de même à réfléchir à la véracité des chiffres avancés, surtout lorsque le président nous apprend que la forêt amazonienne est à peu près aussi grande que la France (sauf erreur de ma part, elle fait plusieurs millions de km², et doit être 8 fois plus grande que notre pays). Passons pour revenir plutôt à ce qui n’a pas changé dans ce discours.

Je le disais plus haut, le style présidentiel, n’a pas totalement changé. Certes, plus de Rolex ni de Ray-Ban, mais à part ces détails on retrouve beaucoup du candidat Sarkozy. Hier soir, Nicolas Sarkozy, a été interviewé par 5 journalistes, c’est beaucoup, on a d’ailleurs souvent souligné que cela ressemblait aux émissions des années 80, comme l’heure de vérité. Beaucoup de journalistes, et pourtant, aussi étrange que cela puisse paraître, ce ne sont pas les journalistes qui ont posé le plus de questions hier, c’est Nicolas Sarkozy. Dès qu’il le pouvait, il répondait aux questions par une autre question, rhétorique le plus souvent. Quelques exemples. « Ca veut dire quoi ?», « Mais pourquoi ? » ou beaucoup plus fort encore, prenant en otage sont interlocuteur, « Est-ce que vous trouvez ça choquant ? », la réponse à ce moment là, ne peut-être évidemment qu’un non. Les deux exemples les plus marquants, c’est à mon sens, le moment où il va déstabiliser, décrédibiliser, la journaliste Véronique Auger, en lui demandant si elle savait depuis quand la France est en déficit. Elle ne connait pas la réponse exacte, mais essaie de répondre pour ne pas se laisser déstabiliser, « euh, vingt-trente ans ». Facile pour le président qui avait répété de lui dire que la réponse était 34 ans, plus dur pour la journaliste de rebondir. Mais Nicolas Sarkozy, ne s’arrêtera pas là, il veut s’en prendre à Yves Calvi, le seul qui a été incisif, l’un des plus aptes à rebondir dans un débat (et pour cause, il s’entraine tous les jours !). Comment le déstabiliser ? Facile. La loi sur les retraites prévoit que tout le monde cotisera 41 ans, sauf changement majeur, Nicolas Sarkozy, lui demande donc si, à son avis, il y a un changement majeur. Le journaliste, qui n’est pas venu ici pour donner son opinion, s’en trouve embarrassé, et alors qu’il maîtrise totalement l’exercice, va offrir un blanc de quelques secondes qui passe très mal à l’antenne et qui renforce la supériorité de son interlocuteur, bien joué.

En dehors de ces éléments, on retrouve aussi la prégnance, de ce qui fait le régal de tous les imitateurs de Nicolas Sarkozy, son inévitable réflexe de toujours s’adresser aux journalistes en les nommant. « Je vais vous dire Monsieur d’Arvor », « Vous m’avez compris, Monsieur Calvi ? » … Ce dernier semble-t-il était le redouté par le président, puisqu’il est le seul qu’il a cherché à attaquer, notamment en lui disant « je regarde souvent vos émissions »…

Pour le reste, pas de surprises non plus, les trente cinq heures sont une « catastrophe économique et sociale », « le problème de la France c’est qu’on ne travaille pas assez », « travailler plus pour gagner plus »,… Pas de régularisation globale des sans-papiers ; même si ça semble de plus en plus improbable, on parle toujours de faire disparaitre le déficit de l’Etat pour 2012 ; on n’oublie l’idée du vote des étrangers aux municipales, mais on continue à critiquer le capitalisme financier (« qui marche sur la tête ») et enfin on insiste pour dire que ce qui se passe en Afghanistan n’est pas une guerre. Passons, sur les propositions, que l’on connait déjà tous, le RSA sera la solution au retour à l’emploi et il ne coûtera que 1 milliard d’euros, ce qui n’est rien à côté des 20 milliards qu’ont coûté les 35 heures. 20 milliards d’euros, mais d’où sort ce chiffre ? Même lorsqu’il était candidat (alors que tout le monde affirmait qu’il exagérait un peu), il n’était jamais allé jusqu’à dire que les 35 heures avaient coûté 20 milliards (au maximum il avait déclaré 17, il me semble). L’avantage, c’est que le coût des 35 heures est tellement complexe à calculer, que personne ne s’y est vraiment aventuré, et par conséquent, tout le monde peut estimer le coût à sa guise. L’OFCE (observatoire français des conjonctures économiques) estime cependant que le coût n’a pas pu excéder le 7 milliards d’euros. Mais ce chiffre, n’est qu’un exemple des attaques qui ont été fait à l’autre camp, même président, Nicolas Sarkozy n’en reste pas moins en campagne, il est venu à la télévision pour montrer que ses réformes forment « un ensemble cohérent », un discours avec un avant (ou arrière) goût de campagne.


Il était tant Aimé…

17 avril 2008


A ce jour, le seul hommage que j’avais rendu sur ce blog était dédié à Ivan Rebroff, la mort d’Aimé Césaire donne une occasion de se rattraper. En guise d’hommage à cet homme qui disait avoir « plié la langue français à son vouloir dire » et dont son ami André Breton affirmait qu’il « manie la langue française comme il n’est pas aujourd’hui un blanc pour la manier » je vous laisse avec ces quelques vers:

Ecoutez le monde blanc
Horriblement las de son effort immense
Ses articulations rebelles craquer sous les étoiles dures
Ses raideurs d’acier bleu transperçant la chair mystique
Ecoute ses victoires proditoires trompeter ses défaites
Ecoute aux alibis grandioses son piètre trébuchement
Pitié pour nos vainqueurs omniscients et naïfs !


Arrêt sur les mots de François Léotard

17 avril 2008

Avec un peu de retard, je vous livre quelques mots à propos du livre de François Léotard, Ça va mal finir. A la base je l’ai acheté parce que j’aimais beaucoup la couverture, mais il faut dire que parmi les soixante-dix titres publiés sur Nicolas Sarkozy, celui-ci a été l’un des plus médiatisés – l’auteur n’ayant pas été avare sur la promo – et c’est donc à ce titre que j’ai décidé de m’y intéresser un peu. Ce livre est avant tout une charge virulente contre le président Sarkozy, mais c’est aussi un ouvrage politique.

Ce qui rend ce livre intéressant c’est bien sûr la proximité des deux hommes. François Léotard et Nicolas Sarkozy étaient les deux jeunes loups qui soutinrent la candidature de Balladur contre Jacques Chirac en 1995. S’adressant dans ce livre directement au président il écrira : « Nicolas. Je te le dis parce que nous avons grandi ensemble. ». Et pourtant, regardons un peu ce qu’il écrit à son propos. « Sarko lui, sur un marché, c’est un évangéliste américain. Vous l’écoutez et vous repartez avec le sèche-salade électrique, le taille-crayon musical, la gomme magique, la machine à couper les poils de nez, une invitation à la Star Academy… On est un peu honteux, on s’est fait prendre. Mais quel talent ! » Ou encore « C’est un gosse qui s’émerveille devant la multitude de ses jouets. » Il lui rappelle aussi de faire attention parce que « les rois ne savent jamais limiter leur pouvoir. ».

Toute la politique du président est passée au crible et virulemment critiquée. Il attaque bien sûr sa personnalité, selon Léotard pour Sarkozy lire des livres et y réfléchir « c’est moins urgent que le pouvoir ». Il revient aussi sur l’incident du Guilvinec (et par extension sur celui du salon de l’agriculture) en ces termes : « Imagine-t-on une seconde l’un des cinq prédécesseurs de Sarko, répondant à un électeur (après tout c’en était un…) qu’il allait lui casser la gueule… ». Pour lui, nous sommes « passés à une autre République, tourbillonnante, échevelée, imprévue, tournée vers le rapport de force comme un tournesol vers le matin. ». Un autre exemple, qui va dans ce sens, il critique l’apparition de Nicolas Sarkozy et de Carla Bruni à Disneyland en nous remémorant les mots d’Ariane Mnouchkine qui disait, lors de sa création, qu’il était un « Tchernobyl culturel ». Léotard utilise d’ailleurs une image assez originale pour décrire le président, il parle d’un « Glen Gould en moins délicat » !

Tous les autres aspects de la politique du président passent entre ses mots acerbes. Regardons un peu. Tout d’abord, il y a le paquet fiscal, où comment « quinze milliards d’euros ont été évaporés dans un tournemain », à ce propos il ajoute ce bon mot : « La dette c’est comme la morphine : du bonheur immédiat ! ». La politique d’ouverture du président est elle aussi critiquée (« La chasse aux nigauds baptisée modestement « ouverture » ») au même titre que ses propos sur la pédophilie comme maladie innée, propos pour lesquels Léotard écrira : « Il semble que la séparation du pouvoir lui soit une énigme. ». Il critique aussi la politique étrangère de Nicolas Sarkozy notamment avec l’Allemagne : « j’ai eu honte lorsque le Président français a déclaré que ce n’était pas « nous qui avions inventé la solution finale » ». Il appelle aussi le président à revoir ce qu’est la laïcité en nous rappelant la déclaration qu’il a faite à Latran au début de l’année : « Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé. » Enfin, il est très virulent à propos du traitement des étrangers en France car pour lui c’est « l’image de la xénophobie ». « Ces préfets convoqués, toutes affaires cessantes, parce que le chiffre d’affaires n’avait pas été atteint, ces policiers, ces gendarmes arrivant à l’aube, arrêtant parfois des enfants, séparant des couples, ces avions au fond desquels, derrière des touristes qui baissent les yeux, on entend des hurlements… en sommes-nous si fiers ? ». Et en revenant sur l’amendement prévoyant les tests ADN pour les étrangers dans le cadre de regroupement familial, « le texte repose désormais, inerte, un peu ridicule, un peu honteux, dans la fosse commune des lois qui n’auraient jamais dû voir le jour. »

Tout ces éléments l’amènent à dire qu’il « commence, petit à petit, à bouffer mon bulletin de vote. ». Mais ce livre est aussi une réflexion politique. Réflexion dans laquelle il réfléchit à la démocratie qui a amené au pouvoir Nicolas Sarkozy avec des termes qui nous feraient croire que Léotard est nostalgique de l’époque où le président était désigné au suffrage universel indirect. « Jamais un dictateur ne sera issu du Sénat ! La plupart de ceux que nous avons connus venaient du suffrage universel. ». Ce qui me fait aussi dire que ce livre est bel et bien un ouvrage politique, c’est que François Léotard ne manque rarement une occasion de critiquer la gauche dans ces lignes et qu’il rappelle sa filiation politique avec le Général de Gaulle notamment en concluant son livre par une lettre qu’il lui adresse. Lettre dans laquelle on peut trouver ce bon mot : « Le mot peuple vous n’aviez pas besoin de le mettre en anglais pour le respecter. »

Pour donner en quelques mots mon avis sur ce livre, je dirais qu’il figure logiquement dans les bons livres publiés sur notre président ces derniers temps, c’est un livre bien écrit, bien argumenté et qui prend toute sa valeur par la nature de son auteur. Toutefois, malgré le fait qu’il ne fasse que 136 pages, j’ai trouvé des passages un peu longuet et semblant parfois n’être que des expositions inutiles de culture. A vous de vous faire une idée.


Les oreilles du scandale…

3 avril 2008
Elle semble anodine, voire être une bonne blague de potache, et pourtant elle suscite la colère de Caracas. Certains dirigeants aiment à se montrer à Disneyland, d’autres ne supportent pas d’être ridiculisés par deux cercles noirs qui leur donnent une tête de Mickey.

Les médias « chavistes » se sont unis pour décrier les méthodes de l’agence Reuters qu’ils accusent de vouloir décrédibiliser le président Hugo Chávez. « L’agence internationale d’information a publié cette photo dans le seul but de se moquer de l’image de notre président » entendait-on sur les ondes de Radio Mundial .

Les déclarations les plus impressionnantes sont à lire sur le site progouvernemental aporrea.org. On y apprend que cette photo – prise lors de la dernière visite de Hugo Chavez au Brésil – a été intentionnelle que Reuters avaient prévu le coup notamment en se renseignant directement auprès du Pentagone !

Dans cet article, titré : « Reuters continúa irrespeto sistemático hacia presidentes latinoamericanos » [Reuters continue à présenter un irrespect systématique aux présidents d’Amérique Latine] le journaliste note que l’agence a essayé de faire en sorte que cette photo soit vue par le maximum de personnes, elle a été distribuée aux journalistes au Brésil et a notamment été visible pendant plusieurs jours sur le site Yahoo News et sur 20minutas avec le titre « Hugo Chávez et ses oreilles ».

Pour enfoncer le clou, le journalisme chaviste, ne mâche pas ses mots, il parle de terrorisme médiatique ! Il enquête ensuite sur Reuters et nous apprend que tout avait été fait pour qu’aucun actionnaire ne puisse posséder plus de 15% du capital de l’agence d’information. Cette règle devait garantir la neutralité des informations données. Oui, mais voilà, en mai 2007, la société Thomson a contourné la règle et est devenue propriétaire de 53% de Reuters. Pis encore, l’autre actionnaire important de cette agence est Rupport Murdoch, le mania de la presse conservatrice, patron d’une chaine comme Fox News. Sous l’impact de ces deux actionnaires, moins de dix pour cent des revenus de Reuters est lié à l’information, tout le reste vient des analyses financières du Down Jones ce qui fait de Reuters « un des principaux rouages de l’économie capitaliste et spéculative étasunienne » .

Le reste de l’article est du même ton, en conclusion, le journaliste parle de « hasard » en n’oubliant pas de mettre le mot entre guillemets, hasard qui comme d’habitude cherche à décrédibiliser l’Amérique latine… Comme toujours Hugo Chavez ne manque pas une occasion d’afficher son hostilité envers l’administration des États-Unis et son « impérialisme ». C’est le trait dominant de la politique étrangère du gouvernement vénézuelien depuis 1998. Le gouvernement américain a été accusé de comploter pour perpétuer l’hégémonie de son pays en Amérique latine, et pour y arriver, de vouloir renverser le gouvernement Chávez (voir notamment cet article du nouvel observateur). Rappelons aussi que le 13 septembre 2006, il exprime publiquement ses doutes portant sur la version du gouvernement américain des attentats du 11 septembre en s’interrogent sur un possible dynamitage des tours jumelles et l’usage d’un missile pour frapper le Pentagone. Il soutiendra publiquement les thèses de Thierry Meyssan et une semaine plus tard, le 20 septembre 2006, lors d’un discours à l’assemblée générale de l’ONU, il qualifiera le président américain de « menteur » de « tyran » et de « diable ». Rien de bien surprenant donc dans cette affaire d’oreilles de Mickey…


Qui sera la personnalité politique (la plus drôle) de l’année?

1 avril 2008
En ce premier Avril, il faut bien rire un peu, alors notons cette information de taille, le jury du prix « Press club, humour et politique » a procédé à une deuxième sélection de six « petites phrases » pour son Prix 2008.

Composé de 18 membres, ce jury est présidé par Jean Miot, ex-président de l’AFP. Le prix récompense l’auteur de la phrase la plus hilarante de l’année, qu’il s’agisse d’humour volontaire ou involontaire.

Voici les six phrases retenues par le jury :

– François Bayrou, président du MoDem au soir de sa défaite aux municipales : « Je vous le promets, nous aurons d’autres victoires ».

– Xavier Bertrand, ministre du Travail : « Le Parti socialiste est un parti sans leader. François Bayrou est un leader sans parti. Ils sont faits pour fusionner ».

– François Fillon, Premier ministre, cité par l’Express : « Quand j’ai appris que Xavier Bertrand appartenait à la Franc-Maçonnerie, je ne me suis pas étonné de le découvrir Maçon ; mais franc, ça m’en bouche un coin ».

– Bernard Laporte, ministre des sports débarquant en Guadeloupe : « Je voulais voir les Antilles de vive voix ».

– Christian Estrosi, ancien ministre, maire de Nice, s’adressant à des journalistes accompagnant le chef de l’Etat en Guyane : « Vous avez vu comme Monsieur Sarkozy est populaire en forêt amazonienne ? ».

En bonus, une « Raffarinade » : « Il faut avoir conscience de la profondeur de la question du sens ».

Notons qu’en décembre 2007, le jury avait déjà fait une première sélection que je vous livre ci-dessous :

– Un échange entre Nadine Morano (UMP) et Fadela Amara, secrétaire d’Etat à la politique de la Ville.

Nadine Morano : « Fadela Amara au gouvernement, cela montre les limites du casting à la Fogiel ». Réponse de Fadela Amara : « J’ai tendance à croire que Nadine Morano c’est la Castafiore ».

– François Bayrou (UDF) disant à Ségolène Royal de ne pas monter chez lui, un soir entre les deux tours de la présidentielle, selon le récit de l’ex-candidate PS dans son livre : « Ne montez pas, il y a du monde dans la rue ». Réponse de Ségolène Royal : « Il m’a fait l’impression de l’amant qui craint la panne… ».

– François Goulard (UMP) : « Johnny Hallyday qui annonce son intention de rester Français et Bernard Laporte qui entre au gouvernement, c’est une période faste pour l’intelligence française ».

– Christine Lagarde, ministre de l’Economie : « Pour faire face à la hausse du prix du pétrole, je conseille aux Français de faire du vélo ».

– Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO : « Les retraits de l’UIMM, c’est mieux que la valise RTL ».

– Rama Yade, secrétaire d’Etat aux droits de l’Homme : « Je me retrouve avec la journée des droits de l’Homme sur les bras et Kadhafi sur le tarmac ».

On applaudit tous les sélectionnés et on rappelle aux autres qu’il ne faut pas baisser les bras, la dernière sélection aura lieu en juin, il leur reste donc trois mois pour nous faire rire. Alors à vos gaffes, prêts, partez !


Arche de Zoé, les mots d’une affaire bien compliquée

1 avril 2008

Hier, Idriss Déby, le président Tchadien a annoncé officiellement la grâce des membres de l’Arche de Zoé, l’occasion de faire un retour sur cette affaire quelque peu obscure.

Tout a commencé en juin, le président de L’Arche de Zoé Eric Breteau avait annoncé un projet d’évacuation d’enfants soudanais du Darfour. Le 24 octobre 2007, à Paris s’ouvre une information judiciaire pour « exercice illégal de l’activité d’intermédiaire en vue d’adoption ». Le lendemain, neuf Français (six membres de l’association et trois journalistes) et sept Espagnols de l’équipage de l’avion affrété pour l’opération, sont arrêtés à Abéché (est du Tchad), où l’organisation, baptisée Children Rescue, s’apprêtait à faire embarquer 103 enfants vers la France. Dès le 28 octobre, le président Nicolas Sarkozy juge l’opération « illégale », le lendemain, les Français sont inculpés pour « enlèvement de mineurs » et « escroquerie » alors que les Espagnols le sont pour « complicité ».

Le 2 novembre, 17 Européens et quatre Tchadiens sont incarcérés à N’Djamena. Deux jours plus tard, les quatre hôtesses de l’air espagnoles et les trois journalistes français sont libérés puis rapatriés à Madrid et à Paris après une visite au Tchad du président Sarkozy. Une semaine plus tard, les trois derniers Espagnols et le pilote belge sont relâchés. L’Unicef affirme que la quasi-totalité des 103 enfants ont été identifiés, la grande majorité sont tchadiens.

Le 12 décembre, les dix inculpés (six Français, trois Tchadiens et un Soudanais) sont renvoyés devant la Cour criminelle. Les douze autres ont bénéficié d’un non-lieu.

10 jours plus tard s’ouvre le procès devant la Cour criminelle de N’Djamena, les six Français sont condamnés à huit ans de prison assortis de travaux forcés. Un Tchadien et le Soudanais sont condamnés à quatre ans de prison, les deux autres Tchadiens acquittés. Juste après Noël, le 28 décembre, les six Français sont rapatriés du Tchad pour être incarcérés en région parisienne.

9-10 janvier 2008, dans le volet français du dossier, mise en examen à Paris du logisticien de L’Arche de Zoé, Alain Péligat, du médecin Philippe van Winkelberg et de la compagne d’Eric Breteau, Emilie Lelouch.

Le 28 janvier, la justice française prononce une peine de substitution de huit ans de prison à l’encontre des six membres de l’Arche de Zoé. Une semaine plus tard, le 6 février, le président tchadien Idriss Deby évoque la possibilité d’une « grâce » des six Français condamnés si Paris le lui demande. Les avocats des six Français lui adressent des demandes de grâce. Le 13 février, Eric Breteau est mis en examen dans l’enquête française sur l’association.

Hier, le 31 mars, les six Français sont graciés par le président tchadien Idriss Deby selon deux décrets publiés à N’Djamena.

Mais cette affaire a, en fait, été un peu plus complexe que cela. « Ils voulaient offrir à des orphelins du Darfour une enfance heureuse dans un pays en paix ; ils sont rentrés sous les huées. Ils se rêvaient en chevaliers de l’humanitaire ; on les boucle en prison comme de vulgaires malfaiteurs. ». Difficile de trancher entre la réalité de l’opération et les intentions de l’association. Mais revenons un peu sur les débats de presse depuis six mois. Au début, les journaux ne se mouillaient pas trop, on parlait bien « d’humanitaires », mais on qualifiait leurs actions d’« étrange affaire » ou d’ « extravaguant projet ». Tout s’est accéléré avec l’instrumentalisation de l’affaire par le président tchadien Idriss Déby. Rapidement, il a utilisé les termes « impensable » et « inadmissible » pour qualifier l’affaire. L’Unicef emboite le pas et parle d’opération « illégale » et « irresponsable ». La presse ne sait plus qu’en penser, sont-ils des « doux rêveurs », des « mercenaires de l’humanitaire » ou des « inconscients » ? Rama Yade, leur donne la voie, elle reprend les mots de l’Unicef pour affirmer que cette opération était « illégale et irresponsable ».

Le problème c’est que, rapidement, les enquêtes des journalistes ont montré que les autorités françaises étaient au courant de cette opération depuis le début de l’été. L’AFP avait d’ailleurs déjà publié une dépêche en juin. Le Figaro titrera à ce sujet « Paris embarrassé met l’Arche de Zoé au pilori ». Paris doublement embarrassé puisque la France doit coordonner les forces européennes au Tchad un mois plus tard. Tous les commentateurs s’accordent pour dire que la France fait profil bas face à Idriss Déby. Il ne pouvait pas manquer l’occasion de faire de la provocation et c’est alors, début novembre 2007, que le président tchadien a utilisé les termes de « trafic pur et simple », de « trafiquants d’organes » et de « pédophiles » pour qualifier les membres de l’Arche de Zoé. De l’autre côté de la Méditerranée, les choses s’empirent, on avait beaucoup parlé d’«ONG d’amateurs», d’« ONG auto-proclamée » et de « jeux douteux au Tchad » mais début novembre, une famille porte plainte pour escroquerie, elle avait versée une avance de 2400€ pour adopter un enfant. C’est à cette période que l’on apprend que les enfants n’étaient ni orphelins, ni soudanais. « Les soupçons s’accumulent » titre Libération le 3 novembre.

Par la suite tout va s’enchaîner très vite, Nicolas Sarkozy va annoncer qu’il irait chercher tous les membres de l’association « quoi qu’ils aient fait », Idris Déby lui répond que « la justice se fera au Tchad ». La France fait profil bas. Le procès commence, rapidement, on comprend que la sentence sera exemplaire, le seul enjeu est de rapatrier les Français. Le procès est expédié, la vérité ne sera jamais entièrement faite, on ne saura jamais vraiment qui étaient les 103 enfants,… Un nouveau mot est sur toutes les lèvres « transfèrement », il aura lieu mais la sentence ne change pas, elle est juste adaptée, de huit ans de travaux forcés, les membres de l’Arche de Zoé passent à huit ans de prison ferme. Ils ne pourront pas sortir de prison avant l’issu de la peine sauf si une grâce est prononcée par le président Tchadien, hypothèse vite écartée.

Mais en février tout bascule, des rebelles menacent le pouvoir d’Idriss Déby. La France attend d’évaluer le rapport de force dans ce conflit avant de donner sa position. Rapidement, on comprend que les rebelles vont être écrasés par le pouvoir en place. C’est à ce moment là, que la France va rappeler sa fidélité au pouvoir de Déby et va le soutenir pour mettre fin à ce soulèvement. Subitement, apparaît dans la bouche du président tchadien, le mot « grâce ». Les avocats des condamnés de l’Arche de Zoé, en font une demande immédiate, fin février, Nicolas Sarkozy va défendre le dossier, mais affirme qu’il ne paiera pas la somme due par les condamnés. Quelques semaines plus tard, nous apprenons la grâce présidentielle, les membres de l’Arche de Zoé sont libérés, François Fillon continue d’affirmer que la France n’a pas versé le moindre euro.

Depuis hier, les images de joie ne cessent d’être diffusées, mais elle risque d’être de courte durée car la grâce tchadienne ne marque pas la fin de la procédure judiciaire. Si le volet tchadien est quasi clos, quatre membres de l’Arche de Zoé – son président, Eric Breteau, sa compagne, Emilie Lelouch, Philippe Van Winkelberg, le médecin, et Alain Péligat, le logisticien – ont été mis en examen dans l’enquête française pour « exercice illégal de l’activité d’intermédiaire en vue d’adoption », « aide au séjour irrégulier de mineurs étrangers en France » et « escroquerie ». L’infirmière Nadia Merimi et l’autre logisticien, Dominique Aubry, ont été placés sous le statut de témoin assisté. Affaire à suivre.