Arrêt sur les mots de François Léotard

Avec un peu de retard, je vous livre quelques mots à propos du livre de François Léotard, Ça va mal finir. A la base je l’ai acheté parce que j’aimais beaucoup la couverture, mais il faut dire que parmi les soixante-dix titres publiés sur Nicolas Sarkozy, celui-ci a été l’un des plus médiatisés – l’auteur n’ayant pas été avare sur la promo – et c’est donc à ce titre que j’ai décidé de m’y intéresser un peu. Ce livre est avant tout une charge virulente contre le président Sarkozy, mais c’est aussi un ouvrage politique.

Ce qui rend ce livre intéressant c’est bien sûr la proximité des deux hommes. François Léotard et Nicolas Sarkozy étaient les deux jeunes loups qui soutinrent la candidature de Balladur contre Jacques Chirac en 1995. S’adressant dans ce livre directement au président il écrira : « Nicolas. Je te le dis parce que nous avons grandi ensemble. ». Et pourtant, regardons un peu ce qu’il écrit à son propos. « Sarko lui, sur un marché, c’est un évangéliste américain. Vous l’écoutez et vous repartez avec le sèche-salade électrique, le taille-crayon musical, la gomme magique, la machine à couper les poils de nez, une invitation à la Star Academy… On est un peu honteux, on s’est fait prendre. Mais quel talent ! » Ou encore « C’est un gosse qui s’émerveille devant la multitude de ses jouets. » Il lui rappelle aussi de faire attention parce que « les rois ne savent jamais limiter leur pouvoir. ».

Toute la politique du président est passée au crible et virulemment critiquée. Il attaque bien sûr sa personnalité, selon Léotard pour Sarkozy lire des livres et y réfléchir « c’est moins urgent que le pouvoir ». Il revient aussi sur l’incident du Guilvinec (et par extension sur celui du salon de l’agriculture) en ces termes : « Imagine-t-on une seconde l’un des cinq prédécesseurs de Sarko, répondant à un électeur (après tout c’en était un…) qu’il allait lui casser la gueule… ». Pour lui, nous sommes « passés à une autre République, tourbillonnante, échevelée, imprévue, tournée vers le rapport de force comme un tournesol vers le matin. ». Un autre exemple, qui va dans ce sens, il critique l’apparition de Nicolas Sarkozy et de Carla Bruni à Disneyland en nous remémorant les mots d’Ariane Mnouchkine qui disait, lors de sa création, qu’il était un « Tchernobyl culturel ». Léotard utilise d’ailleurs une image assez originale pour décrire le président, il parle d’un « Glen Gould en moins délicat » !

Tous les autres aspects de la politique du président passent entre ses mots acerbes. Regardons un peu. Tout d’abord, il y a le paquet fiscal, où comment « quinze milliards d’euros ont été évaporés dans un tournemain », à ce propos il ajoute ce bon mot : « La dette c’est comme la morphine : du bonheur immédiat ! ». La politique d’ouverture du président est elle aussi critiquée (« La chasse aux nigauds baptisée modestement « ouverture » ») au même titre que ses propos sur la pédophilie comme maladie innée, propos pour lesquels Léotard écrira : « Il semble que la séparation du pouvoir lui soit une énigme. ». Il critique aussi la politique étrangère de Nicolas Sarkozy notamment avec l’Allemagne : « j’ai eu honte lorsque le Président français a déclaré que ce n’était pas « nous qui avions inventé la solution finale » ». Il appelle aussi le président à revoir ce qu’est la laïcité en nous rappelant la déclaration qu’il a faite à Latran au début de l’année : « Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé. » Enfin, il est très virulent à propos du traitement des étrangers en France car pour lui c’est « l’image de la xénophobie ». « Ces préfets convoqués, toutes affaires cessantes, parce que le chiffre d’affaires n’avait pas été atteint, ces policiers, ces gendarmes arrivant à l’aube, arrêtant parfois des enfants, séparant des couples, ces avions au fond desquels, derrière des touristes qui baissent les yeux, on entend des hurlements… en sommes-nous si fiers ? ». Et en revenant sur l’amendement prévoyant les tests ADN pour les étrangers dans le cadre de regroupement familial, « le texte repose désormais, inerte, un peu ridicule, un peu honteux, dans la fosse commune des lois qui n’auraient jamais dû voir le jour. »

Tout ces éléments l’amènent à dire qu’il « commence, petit à petit, à bouffer mon bulletin de vote. ». Mais ce livre est aussi une réflexion politique. Réflexion dans laquelle il réfléchit à la démocratie qui a amené au pouvoir Nicolas Sarkozy avec des termes qui nous feraient croire que Léotard est nostalgique de l’époque où le président était désigné au suffrage universel indirect. « Jamais un dictateur ne sera issu du Sénat ! La plupart de ceux que nous avons connus venaient du suffrage universel. ». Ce qui me fait aussi dire que ce livre est bel et bien un ouvrage politique, c’est que François Léotard ne manque rarement une occasion de critiquer la gauche dans ces lignes et qu’il rappelle sa filiation politique avec le Général de Gaulle notamment en concluant son livre par une lettre qu’il lui adresse. Lettre dans laquelle on peut trouver ce bon mot : « Le mot peuple vous n’aviez pas besoin de le mettre en anglais pour le respecter. »

Pour donner en quelques mots mon avis sur ce livre, je dirais qu’il figure logiquement dans les bons livres publiés sur notre président ces derniers temps, c’est un livre bien écrit, bien argumenté et qui prend toute sa valeur par la nature de son auteur. Toutefois, malgré le fait qu’il ne fasse que 136 pages, j’ai trouvé des passages un peu longuet et semblant parfois n’être que des expositions inutiles de culture. A vous de vous faire une idée.

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