Nicolas Sarkozy, sans surprise

Ce matin toute la presse nous parle de l’intervention de Nicolas Sarkozy d’hier soir. La plupart des commentateurs soulignent un président calme qui a su rester humble. Pour Libération, Sarkozy a « gardé le cap », Le Monde voit un « changement de style sans céder sur le fond », alors que Le Figaro parle d’un « nouveau discours de la réforme ». Y-a-t-il donc vraiment eu un changement radical ?

Certes, on a eu pour la première fois, une sorte de mea culpa. Il a répété à l’envie « j’ai ma part de responsabilité », mais aussi des expressions telles que « sans doute moi-même j’ai fait des erreurs », « on a commis une erreur » ou à propos du paquet fiscal « nous avons fait une erreur de communication totale ». C’est vrai que contrairement aux précédents discours, notamment à celui du 8 janvier, il a évité de mettre sa vie personnelle en avant, a soigneusement évité les questions à ce sujet, et a essayé de limiter les anaphores. Nous avons échappé aux sempiternelles « j’ai été élu pour… » et autres figures de styles dont il nous régalait lors de ses discours. Mais toutes les figures de style habituellement utilisées n’ont pas disparu, nous le verrons. Parmi les autres changements, nous avons eu un président qui s’appuyait cette fois-ci sur de nombreuses références chiffrées. On a cru un moment assister au débat Rajoy-Zapatero où l’on se battait à coup de graphiques en bâtons et de diagrammes. Les chiffres ont toutefois été cantonnés au début de l’émission et n’ont jamais été vraiment expliqués. On ne sait pas d’où sortent les estimations, ni d’où viendrait l’argent quand il en est question. Soit. Ceci nous amène tout de même à réfléchir à la véracité des chiffres avancés, surtout lorsque le président nous apprend que la forêt amazonienne est à peu près aussi grande que la France (sauf erreur de ma part, elle fait plusieurs millions de km², et doit être 8 fois plus grande que notre pays). Passons pour revenir plutôt à ce qui n’a pas changé dans ce discours.

Je le disais plus haut, le style présidentiel, n’a pas totalement changé. Certes, plus de Rolex ni de Ray-Ban, mais à part ces détails on retrouve beaucoup du candidat Sarkozy. Hier soir, Nicolas Sarkozy, a été interviewé par 5 journalistes, c’est beaucoup, on a d’ailleurs souvent souligné que cela ressemblait aux émissions des années 80, comme l’heure de vérité. Beaucoup de journalistes, et pourtant, aussi étrange que cela puisse paraître, ce ne sont pas les journalistes qui ont posé le plus de questions hier, c’est Nicolas Sarkozy. Dès qu’il le pouvait, il répondait aux questions par une autre question, rhétorique le plus souvent. Quelques exemples. « Ca veut dire quoi ?», « Mais pourquoi ? » ou beaucoup plus fort encore, prenant en otage sont interlocuteur, « Est-ce que vous trouvez ça choquant ? », la réponse à ce moment là, ne peut-être évidemment qu’un non. Les deux exemples les plus marquants, c’est à mon sens, le moment où il va déstabiliser, décrédibiliser, la journaliste Véronique Auger, en lui demandant si elle savait depuis quand la France est en déficit. Elle ne connait pas la réponse exacte, mais essaie de répondre pour ne pas se laisser déstabiliser, « euh, vingt-trente ans ». Facile pour le président qui avait répété de lui dire que la réponse était 34 ans, plus dur pour la journaliste de rebondir. Mais Nicolas Sarkozy, ne s’arrêtera pas là, il veut s’en prendre à Yves Calvi, le seul qui a été incisif, l’un des plus aptes à rebondir dans un débat (et pour cause, il s’entraine tous les jours !). Comment le déstabiliser ? Facile. La loi sur les retraites prévoit que tout le monde cotisera 41 ans, sauf changement majeur, Nicolas Sarkozy, lui demande donc si, à son avis, il y a un changement majeur. Le journaliste, qui n’est pas venu ici pour donner son opinion, s’en trouve embarrassé, et alors qu’il maîtrise totalement l’exercice, va offrir un blanc de quelques secondes qui passe très mal à l’antenne et qui renforce la supériorité de son interlocuteur, bien joué.

En dehors de ces éléments, on retrouve aussi la prégnance, de ce qui fait le régal de tous les imitateurs de Nicolas Sarkozy, son inévitable réflexe de toujours s’adresser aux journalistes en les nommant. « Je vais vous dire Monsieur d’Arvor », « Vous m’avez compris, Monsieur Calvi ? » … Ce dernier semble-t-il était le redouté par le président, puisqu’il est le seul qu’il a cherché à attaquer, notamment en lui disant « je regarde souvent vos émissions »…

Pour le reste, pas de surprises non plus, les trente cinq heures sont une « catastrophe économique et sociale », « le problème de la France c’est qu’on ne travaille pas assez », « travailler plus pour gagner plus »,… Pas de régularisation globale des sans-papiers ; même si ça semble de plus en plus improbable, on parle toujours de faire disparaitre le déficit de l’Etat pour 2012 ; on n’oublie l’idée du vote des étrangers aux municipales, mais on continue à critiquer le capitalisme financier (« qui marche sur la tête ») et enfin on insiste pour dire que ce qui se passe en Afghanistan n’est pas une guerre. Passons, sur les propositions, que l’on connait déjà tous, le RSA sera la solution au retour à l’emploi et il ne coûtera que 1 milliard d’euros, ce qui n’est rien à côté des 20 milliards qu’ont coûté les 35 heures. 20 milliards d’euros, mais d’où sort ce chiffre ? Même lorsqu’il était candidat (alors que tout le monde affirmait qu’il exagérait un peu), il n’était jamais allé jusqu’à dire que les 35 heures avaient coûté 20 milliards (au maximum il avait déclaré 17, il me semble). L’avantage, c’est que le coût des 35 heures est tellement complexe à calculer, que personne ne s’y est vraiment aventuré, et par conséquent, tout le monde peut estimer le coût à sa guise. L’OFCE (observatoire français des conjonctures économiques) estime cependant que le coût n’a pas pu excéder le 7 milliards d’euros. Mais ce chiffre, n’est qu’un exemple des attaques qui ont été fait à l’autre camp, même président, Nicolas Sarkozy n’en reste pas moins en campagne, il est venu à la télévision pour montrer que ses réformes forment « un ensemble cohérent », un discours avec un avant (ou arrière) goût de campagne.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :