Bayrou, en toute indifférence…

27 octobre 2008

C’est dans une indifférence médiatique assez généralisée que le président du Modem a réalisé ses deux allocutions, hier, à la Conférence nationale de son mouvement.

François Bayrou, en bon chef de parti a assuré l’introduction et la conclusion de la journée du mouvement démocrate. Le premier discours est particulièrement court, mais il est tout de même intéressant de le lire avec attention. Quant au second, il définit les grandes orientations de son parti pour les années à venir et notamment pour les élections européennes et régionales dans lesquelles le parti espère avoir un rôle à jouer.

Ce qui est particulièrement marquant dans le discours introductif du président du Modem,c’est la vision que celui-ci peut avoir de son parti. Deux mots sont à noter dans cette définition du Modem: transformation et commando.

On comprend assez vite la volonté de François Bayrou de mettre en avant la transformation de la société. D’une part parce que le mot changement est trop éculé (voir ici) et d’autre part parce que sans transformation il n’y a pas vraiment de place pour son parti dans le spectre politique français. Ce qui est plus surprenant c’est qu’il affirme sans retenue que son mouvement est le seul à vouloir faire bouger le paysage politique français. On est ici dans un pur acte de communication politique car s’il est facile de prouver que le PS et l’UMP (l’UMPS comme il les appelait jadis) n’ont pas vraiment intérêt à modifier le fonctionnement bipartite de notre démocratie, il semble plus difficile d’affirmer que des partis comme le NPA (Besancenot) et le FN (Le Pen) souhaitent conserver ce fonctionnement. Passons.

Il souhaite cependant tellement souligner sa volonté de transformer le paysage politique français, qu’outre le fait qu’il utilise 5 fois en quelques minutes le mot transformation, il va aller jusqu’à parler de son parti comme un « commando de transformation » (3 occurrences). Pourquoi avoir mobiliser cette image du commando? Il faut reconnaître que les pistes de compréhension sont assez limitées. Il est vraisemblable qu’il ait souhaité rompre avec l’image d’un centre un peu mou et qu’il souhaitait montrer un parti en actions. Je suis aller chercher dans le dictionnaire la définition la plus vaste de ce que pouvait être un commando et je n’ai pas été surpris de trouver la définition suivante: « Petit groupe d’intervention armé, dépendant le plus souvent d’une organisation politique, révolutionnaire, anarchiste, etc., pour le compte de laquelle il exécute des attentats, sabotages, enlèvements, détournements d’avions ». Je ne comprends dès lors pas plus le choix de cette image. A-t-il voulu souligner le fait qu’il soit un (tout) petit groupe? Je ne pense pas. Est-il en train de nous annoncer un coup d’Etat, va-t-il prendre les armes? Je ne le pense pas vraiment non plus. Il semblerait qu’à vouloir trop insister sur le côté actif de son organisation, François Bayrou se soit laissé emporter par une image un peu trop exagérée, ce qui pourrait expliquer qu’il n’emploie plus du tout cette expression dans son discours de clôture de la Conférence nationale du MODEM.

Le discours de clôture sera plus rodé et moins surprenant. François Bayrou insistera sur l’unité de son parti. Parlant d’ « extraordinaire cohérence », il conclut que ce mouvement « n’est pas une création, mais une révélation ». Rien que ça.

Comme dans son discours inaugural, François Bayrou évoque une crise de dimension séculaire. Une crise qui semble donner tout son sens au parti qui sera donc une troisième voie entre le socialisme et le capitalisme. Il s’attaque finalement assez peu au socialisme, il se contente de le qualifier de « modèle soviétique » tout en affirmant qu’il est mort avec la chute du mur de Berlin ce modèle de pensée qui consistait à croire que « l’Etat pouvait décider à la place des gens ». Il ne croit pas en sa possible refondation, comme il ne croit pas non plus en la refondation du capitalisme.

Le capitalisme et par son biais le pouvoir en place sont au centre du discours du centriste. On voit ainsi que le discours s’adresse davantage aux déçus du sarkozisme. Pour lui le capitalisme a fait que « les riches sont devenus plus riches et les pauvres plus pauvres » et a vendu « de la drogue » aux pauvres « à savoir le crédit surabondant même s’ils ne pouvaient pas payer ». Nicolas Sarkozy, cité trois fois dans le discours est raillé pour ses récentes prises de positions pour la refondation du capitalisme. Il « brûle ce qu'[il] adorait hier », ce qui doit « faire bien rigoler du côté du Fouquet’s ». François Bayrou ne manque d’ailleurs pas de moquer la déclaration d’Hugo Chavez au sujet du président Français. Il rappelle que la politique du gouvernement, notamment la loi TEPA et le bouclier fiscal, a eu pour conséquence de toujours favoriser les plus aisés. Il se fait aussi l’écho des français qui se demandent d’où Nicolas Sarkozy dégote tous les milliards pour sauver les banques et qui voudraient que l’on favorise plutôt l’éducation, l’emploi,…

S’appuyant notamment sur le général de Gaulle, François Bayrou va affirmer que le « capitalisme comme modèle de société est à peu près le contraire de ce que nous voulons ». Ce que veut le MODEM, c’est une troisième voie, l’humanisme. « Ce que nous mettons en premier ce n’est pas l’argent, c’est l’être humain ». Il critique notamment le travail du dimanche: il faut qu’ « il y ait un jour sur sept au moins où la déesse Consommation puisse être ramenée à sa juste place et qui ne doit pas être la première, un jour pour le verbe Être et pas pour le verbe Avoir. » Il met en relief son profond désaccord sur la politique de l’éducation du gouvernement Fillon: « Je regrette que l’on choisisse de faire sortir le lycée de la culture de la durée pour la faire entrer dans la culture du zapping ».

Enfin, François Bayrou affirme sa volonté d’être à la tête d’un parti foncièrement européen. Il ne voit pas comment résoudre les problèmes écologiques en dehors de ce niveau. Il critique aussi les remarques que Nicolas Sarkozy se permet de faire à nos voisins européens, en rappelant qu’ils pourraient tout à fait reprocher au pouvoir en place: le non-respect de la séparation des pouvoirs, le fonctionnement de notre système juridique, les médias, le fonctionnement même de notre démocratie…

C’est donc sans surprise que François Bayrou a mis en place un commando d’attaque contre le gouvernement en place pour s’affirmer comme le premier parti d’opposition au pouvoir. Aucune réponse sur les éventuelles alliances en vue d’accéder au pouvoir, pas de propositions concrètes mais les bases « idéologiques » de ce nouveau parti qui est né « après une gestation de neuf mois ».

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Sarkozy aux deux extrêmes?

27 octobre 2008

En l’espace d’un week-end Nicolas Sarkozy a été à la fois accusé de se conduire comme un collaborateur d’Hitler et qualifié de « camarade » par Hugo Chavez, un véritable grand écart…

Hugo Chávez, Nicolas Sarkozy, Vaclav Klaus

Hugo Chávez, Nicolas Sarkozy, Vaclav Klaus

C’est le président du Vénézuela qui a ouvert le bal samedi en déclarant: «Sarkozy, tu es en train de te rapprocher du socialisme, bienvenu au club, ce sont des idées intéressantes». Il fait naturellement échos aux idées lancées par le président français pour résoudre la crise économique mondiale. Lors de son message transmis à la radio-télévision nationale, Hugo Chávez a appelé Nicolas Sarkozy – son camarade – a venir discuter de la mise en place d’un nouveau système. En parcourant les journaux vénézuélien, on peut retrouver cette phrase de leur président: « ¡Qué frase para la historia! Camarada Sarkozy, caramba, me tiene sorprendido »(Quelle déclaration historique! Caramba, le camarade Sarkozy m’a surpris). Il se réfère alors au fait que Nicolas Sarkozy ait souhaité réformer le capitalisme, ce qu’il voit comme un point commun entre eux. Même s’il sait que la président français est d’obédience libérale et qu’il ne nommera surement pas cette refonte du capitalisme « le socialisme », il pense que leurs deux nations peuvent collaborer pour changer le système mondial…

Mais le week-end était loin d’être terminé pour Nicolas Sarkozy, c’est au tour du président Tchèque de s’exprimer. La règle en matière de présidence de l’Union Européenne est presque la même depuis 50 ans. Tous les six mois le pays président change pour laisser place à son suivant dans l’ordre alphabétique. Avec l’élargissement de l’Union Européenne la désignation du pays suivant a un peu changé, il n’empêche que le roulement à tout de même lieu tous les six mois. Une durée qui semble peu convenir au président Sarkozy qui a trouvé dans la crise financière une manière d’exprimer sa volonté d’action, un rôle à sa mesure. Il se verrait bien garder ces pouvoirs quelques mois de plus. Le problème c’est qu’au premier janvier 2009, c’est à la République Tchèque d’exercer cette présidence. Selon Libération, Vaclav Klaus aurait déclaré: «M. Sarkozy veut siphonner notre présidence». Mais le problème c’est que ce libéral eurosceptique convaincu ne s’est pas arrêté à ce point, dans son allocution télévisuelle il aurait déclaré: « les quatre pays (France, Allemagne, Grande-Bretagne et Italie) qui ont initié début octobre une action européenne concertée sont les mêmes que ceux qui ont écrit les accords de Munich qui ont permis à Hitler d’envahir une partie de la Tchécoslovaquie en 1938. » Cet amalgame est tout à fait regrettable pour celui qui devrait être le prochain président de l’Union. On comprend pourquoi plusieurs journaux européens affirmaient cette semaine que la crise aurait été beaucoup plus mal gérée en Europe si elle avait eu lieu six mois plus tard c’est à dire pendant la présidence tchèque…

A l’issue d’un week-end comme celui-ci, on est en droit de se demander comment Nicolas Sarkozy va pouvoir (s’il peut) gérer son retour à l’anonymat de la présidence française. Il semble vraiment à l’aise quand il est au centre de toutes les attentions comme ce fut le cas ce week-end.


Un préfixe lourd de conséquences…

24 octobre 2008

C’est une erreur d’écriture qui est à l’origine de la décision prise le 17 octobre par la cour d’appel de Paris de remettre en liberté un violeur récidiviste présumé. La chambre d’instruction de la cour d’appel de Paris s’est, en effet, trompée de terme dans l’arrêt qu’elle a rendu : elle a écrit infirme au lieu de confirme . Bien que dans la suite du texte, la cour d’appel motive clairement les raisons pour lesquelles cette libération lui paraît impossible, il n’y a priori aucune possibilité de revenir sur cette décision. Depuis un arrêt de la chambre criminelle du 18 janvier 1994, la Cour de cassation stipule que la cour d’appel, si elle un pouvoir de rectification, « ne peut restreindre ou accroître les droits consacrés par la décision », c’est ce qu’a fait valoir le parquet général pour justifier sa décision.

Mais connaissant le pouvoir en place, il n’était bien entendu impossible qu’on n’en reste là. Les victimes ont été indignées par cette décision, et on peut les comprendre. Leurs avocats sont furieux et comptent attaquer l’État pour faute lourde du service public de la justice. « C’est un dysfonctionnement majeur, rarissime, de remettre en liberté un homme dangereux », s’insurge Me Henri de Beauregard, avocat d’une partie civile. Pour son collègue, Me Frank Berton, « C’est un vrai scandale, une erreur gravissime. Je suis habitué aux dysfonctionnements de la justice, mais celui-là est exceptionnel, c’est une honte. On ne peut pas sur deux pages écrire qu’il est un dangereux criminel et en un mot ordonner sa libération. »

Chat échaudé craignant l’eau froide, Rachida Dati a attendu l’amont présidentiel pour faire une déclaration. On sait la propension qu’elle peut avoir à se mettre à dos tous les corps professionnels concernés par son ministère, elle n’a pas voulu revenir sur cette erreur de préfixe qui a conduit à la libération de Jorge Montes. D’après Olivier Joulin (vice-président du Syndicat de la magistrature) bien que ce soit une « erreur statistiquement inévitable » (Il rappelle qu’il y a 20 à 30 000 détenus provisoires qui font chacun 4 ou 5 demandes de remises en liberté par an. Le rythme de travail est donc énorme. Les magistrats ne passent jamais plus de 10 minutes sur un dossier. Ils en traitent une trentaine par jour. ) c’est la première fois qu’une telle erreur est commise, la ministre ne peut donc pas s’appuyer sur une jurisprudence qui aurait pu justifier son intervention. Elle n’aura pourtant pas attendu longtemps avant que Nicolas Sarkozy lui demande « de faire engager immédiatement les procédures adaptées pour rectifier cette erreur et faire réincarcérer cet individu ».

« Je viens de décider de demander au parquet général de saisir immédiatement la cour d’appel pour la rectification d’une erreur matérielle s’agissant de la décision invraisemblable de libérer un multirécidiviste », a déclaré Nicolas Sarkozy aux journalistes français qui l’accompagnaient à Pékin.

Même si Nicolas Sarkozy voulait que cette affaire soit réglée dans la nuit, rien n’est fait. Si cette affaire est certainement plus consensuelle que les décisions de Rachida Dati, Nicolas Sarkozy et son gouvernement ont pris une fois encore le risque et le pari de ne pas trop se soucier de la séparation des pouvoirs, affaire à suivre…


La caisse d’épargne tient ses promesses

24 octobre 2008

Dans la série, il faut bien rire un peu en ces temps de crise Jean Véronis nous fait état sur son blog de cette vieille publicité de la Caisse d’Epargne qui prend un tout autre sens depuis que l’écureil a perdu plus de 600 millions d’euros en bourse…


Procrastination.

24 octobre 2008

Un mot et une vidéo qui illustrent parfaitement ma journée avec une pensée particulière à la personne qui m’a fait découvrir cette excellente animation.


Indoor parachute doré, le nouveau sport des patrons.

22 octobre 2008

En ces temps de crise, les parachutes dorés sont plus que jamais contestés. Impossible pour les grands patrons de réclamer les indemnités de départ qu’ils avaient pourtant âprement négociées lors de leur recrutement.

Face à une telle réprobation morale, Nicolas Méridol qui a donné sa démission dimanche de la direction générale de la Caisse nationale des Caisses d’Epargne (CNCE), ne pouvait pas réclamer les quelques millions auxquels il prétendait. On a donc eu l’idée, pour éviter le scandale de le placer à un autre poste au Crédit Foncier filière de la CNCE (il est vrai que quand on regarde le logo du crédit foncier, il semble que cette société soit tout à fait à même de servir de parachute)… Malheureusement, les médias n’ont pas été dupes et se sont aperçus de la supercherie… on a donc parlé d’un « parachute doré mais en interne » voire d’un « parachute interne ».

Je ne sais pas vous, mais personnellement j’ai déjà un peu du mal à croire en l’efficacité d’un parachute doré. Il faut avoir une sacrée confiance en ce métal fin pour confectionner en cette matière l’objet qui va permettre d’amortir sa chute. Mais bon, passe encore. Mais alors aller faire du parachute doré à l’intérieur, je ne comprends vraiment plus rien. Le vocabulaire imagé des médias n’a vraiment aucune limite. Ceci m’a d’ailleurs donné l’envie d’aller fouiller un peu dans l’utilisation de ce mot parachute ces dernières années dans la presse.

Force est de constater que dans un premier temps la presse parle de parachute pour évoquer un objet qui ralentit une chute. Logique. On n’en parle un peu comme sport, beaucoup dans le registre militaire. Passées ces évocations au sens propre, le parachute a encore du sens en réserve.

C’est en fait dans les colonnes politique qu’on le retrouve le plus souvent. C’est le verbe « parachuter », conjugué au participe passé et prononcé sur le mode injurieux, qui est le préféré des médias. Dès lors qu’ils ne sont pas natifs de la circonscription à laquelle leur parti les a affectés, les candidats aux législatives ou aux municipales n’y échappent pas :  » espèce de parachuté  » leur dit-on. C’est une sorte de nouveau droit du sol, en somme, mais version politique. On a de bien beaux exemples dans le Monde par exemple avec « le parachute blésois » qui désigne la porte de sortie de Jack Lang au cas où il n’ait pas de rôle national. On évoque aussi les parachutés Perben et Martinon (non, non) respectivement envoyés à Lyon et à Neuilly avec les succès qu’on leur connait.

Mais ce sont aux colonnes économie que j’ai voulu m’intéresser, histoire de comprendre un peu d’où sortait cette expression « parachute doré ». Selon Jean-Claude Lasanté, l’homme qui a introduit les chasseurs de tête en France, cette expression est apparue dans la langue française au milieu des années 80 (c’est à dire entre la sortie du premier disque de Lio et la catastrophe de Tchernobyl) . Il y voit la conséquence d’implantations en France à cette époque de grandes entreprises anglo-saxonnes.

En fait si l’on regarde concrètement, le terme est encore très peu utilisé à cette époque. On nous évoque çà et là un « golden parachute » ou un « parachute en or ». Celui qui a beaucoup œuvré pour mettre ce mot au goût du jour, c’est incontestablement Jean-Marie Messier. Il est resté plusieurs mois en une des journaux pour avoir touché quelques 20,6 millions d’euros pour son départ de la firme Vivendi-Universal…

Mais malgré tous les scandales, les procès, et la couverture médiatique sans précédent, il n’a pas vraiment réussi à pleinement lexicaliser cette expression. Les journaux utilisaient encore les guillemets et le Petit Larousse ne voulait pas lui ouvrir l’accès à ses colonnes.

Heureusement quelques autres patrons se sont mobilisés. Il y a tout d’abord eu Pierre Jaffré et ses 20 millions d’euros de stock options offerts à son pot de départ d’EDF (il paraît que ses collègues hésitaient entre une canne à pêche et un rocking-chair comme cadeau de départ et que n’arrivant pas à trancher ils ont finalement préféré les stock options). Pierre Bliger a essayé de prendre 4,1 millions d’euros dans les fonds de caisse d’Alstom en rentrant chez lui, mais comme les médias s’en sont un peu aperçu, il a dû les rendre. C’est dommage, ce n’était déjà pas grand chose par rapport aux autres.

On peut alors lire dans les colonnes du Monde qu’« il n’y a pas si longtemps, ce mot, issu de para- (protéger contre) se contentait de désigner l’appareil  » permettant de ralentir la chute d’une personne ou d’un objet tombant d’un aérostat ou d’un avion  » (Le Robert). Depuis, il y a eu M. Messier et Vivendi, et bien d’autres encore, et le dispositif s’est paré d’une couleur, outrageusement dorée, et d’un parfum de scandale ». En effet, le mot devient alors de plus en plus souvent utilisé, les journalistes ne sentent plus le besoin de définir ce qu’est un parachute doré, et ils commencent même en masse à l’écrire sans parenthèses de mise à distance.

Mais ce qui va décider Monsieur Petit Larousse à le faire entrer dans son dictionnaire en même temps que blog, bluetooth ou coming-out c’est vraisemblablement le parachute doré évoqué pour le départ de Carrefour de Monsieur Daniel Bernard, parachute alors estimé à quelques 38 milliards d’euros…(soit l’équivalent – mais en mieux utilisé – d’une prime annuelle de 7000€ à tous les employés du groupe carrefour ou comme le montre le schéma de l’époque 2462 années de SMIC).

Malheureusement aujourd’hui bien que le mot soit pleinement lexicalisé, qu’il repose en paix dans les dictionnaires, il n’a plus du tout la côte. Notre président s’y est vivement attaqué, même la présidente du MEDEF après que deux rapports aient fustigé la place prise par les parachutes dorés dans l’économie française (l’un de Hay groupe qui conclut que les parachutes dorés français sont les plus importants d’Europe et l’autre d’Invertosight qui affirme qu’une entreprise du CAC 40 sur 4 a recours à ces pratiques ce qui correspond à 52 « parachutes » par an…) a dû les désapprouver.

Ainsi alors que Laurence Parisot était « fumasse » à l’évocation des 8,5millions d’euros de prime de départ de Noël Forgeard (EADS), elle milite à présent pour « la fin des excès ». Car comme le disait Nicolas Sarkozy. « Le parachute doré c’est quoi ? C’est un système où si on réussit, on gagne un bonus, si on échoue, on a un bonus aussi. Ce n’est donc pas compatible avec l’économie de marché ». C’est la fin des parachutes dorés en toute liberté, voyez à quoi les patrons en sont réduits actuellement: du « parachute en interne »


Vendredi, un journal utile?

18 octobre 2008

Après une campagne publicitaire savamment orchestrée, notamment sur le Web, l’hebdomadaire Vendredi a enfin vu le jour hier dans nos kiosques.

Je ne vais rien vous cacher, j’ai acheté ce journal avec pas mal de préjugés. Je ne voyais pas vraiment son intérêt tant les médias traditionnels ont du mal à s’approprier le web. L’idée même d’un journal qui évoque ce qui se fait de bien sur le web me paraissait déjà paradoxale.

Je me suis pourtant rendu hier chez mon marchand de journaux pour me procurer Vendredi. Qu’elle ne fût pas ma surprise quand j’ai sorti ce journal du présentoir. Il est d’un format encore moins pratique que Le Monde ou Le Figaro. 60 cm de hauteur pour 30 cm de largeur (donc 60*60 une fois déplié), un journal bien peu manœuvrable. J’ai aussitôt repensé à leur publicité qui circule ces temps-ci sur le web (cf supra) et je mets au défi quiconque de boire un café dans une brasserie parisienne en tournant une page de ce journal… Il me semble finalement plus pratique d’amener son ordinateur portable… soit.

Passé cet inconvénient j’ai donc attendu d’être chez moi pour déplier ce journal (qui n’a pas voulu tenir dans mon cartable même plié en deux) pour lire ce qu’il contenait. Je dois bien l’avouer j’ai été un peu moins déçu que prévu. Le lire m’a confirmé qu’il est impossible de représenter le meilleur du web dans un journal, mais finalement, pour quelqu’un qui n’a pas trop de temps à consacrer à la procrastination sur Internet, ce journal peut s’avérer utile. Toutefois, il demeure un journal très « mainstream », les blogs cités étant les plus connus, on regrette finalement que la rédaction ne soit pas allée chercher un peu plus loin.

J’ai trouvé également que l’éditorial était d’une prétention sans nom. « Il se crée un hebdo d’actualité en France tous les dix ans», ah bon ? Ils doivent avoir une vision très parcellaire de l’hebdo d’actualités… Plusieurs titres me sont passés en tête, j’ai pensé aux hebdos suppléments comme Le Monde 2 ou Libé Next, aux gratuits, à d’autres hebdomadaires comme feu Le Vrai Papier Journal ou plus récemment et plus satirique à Siné Hebdo… Si ces titres peuvent éventuellement ne pas rentrer dans la case « hebdo d’actualité Français », je ne conçois pas pour autant une filiation entre la création du Nouvel Obs’, ou celle de Marianne et celle de Vendredi qui n’est finalement qu’un journal qui propose un résumé en huit pages de ce qui se passe sur Internet. J’attendais en outre de l’édito qu’il nous explique un peu mieux la ligne éditoriale du journal et surtout qu’il nous éclaire sur le choix du nom du magazine. Il est fort probable qu’il s’appelle ainsi parce qu’il parait le vendredi, soit. Mais pourquoi avoir repris le nom de la publication hebdomadaire dans laquelle sévissait André Gide pendant la période du front populaire ? Mystère.

Pour continuer la liste des défauts, je dois avouer que mon exemplaire (peut-être est-ce de la malchance ?) était à certains endroits quasi-illisible. Certains dessins sont flous, et sur la une, « l’image de la semaine » est à peine distinguable. Je trouve, en plus, qu’il est tout à fait inutile de faire un « zapping » des meilleures vidéos du web sur un journal papier. Il est en effet assez difficile d’imaginer en quoi ces vidéos peuvent être intéressantes et il est, en outre, très fastidieux d’aller par la suite les visionner sur le net.

A noter tout de même quelques articles intéressants que j’ai pris du plaisir à parcourir sans trouver cela pour autant exceptionnel. Le site web en revanche (www.vendredi.info) me semble assez réussi (et utile) même s’il est actuellement inachevé.

Vous l’aurez compris, je ne compterai pas parmi les premiers abonnés de cet hebdomadaire, je ne pense pas que l’avenir de la presse consiste à regarder ce qui se passe sur Internet. Cela dit avec un format plus pratique, ce journal pourrait être utile à ceux qui manque de temps et qui ne savent pas ce qu’est un agrégateur de flux RSS…