Indoor parachute doré, le nouveau sport des patrons.

En ces temps de crise, les parachutes dorés sont plus que jamais contestés. Impossible pour les grands patrons de réclamer les indemnités de départ qu’ils avaient pourtant âprement négociées lors de leur recrutement.

Face à une telle réprobation morale, Nicolas Méridol qui a donné sa démission dimanche de la direction générale de la Caisse nationale des Caisses d’Epargne (CNCE), ne pouvait pas réclamer les quelques millions auxquels il prétendait. On a donc eu l’idée, pour éviter le scandale de le placer à un autre poste au Crédit Foncier filière de la CNCE (il est vrai que quand on regarde le logo du crédit foncier, il semble que cette société soit tout à fait à même de servir de parachute)… Malheureusement, les médias n’ont pas été dupes et se sont aperçus de la supercherie… on a donc parlé d’un « parachute doré mais en interne » voire d’un « parachute interne ».

Je ne sais pas vous, mais personnellement j’ai déjà un peu du mal à croire en l’efficacité d’un parachute doré. Il faut avoir une sacrée confiance en ce métal fin pour confectionner en cette matière l’objet qui va permettre d’amortir sa chute. Mais bon, passe encore. Mais alors aller faire du parachute doré à l’intérieur, je ne comprends vraiment plus rien. Le vocabulaire imagé des médias n’a vraiment aucune limite. Ceci m’a d’ailleurs donné l’envie d’aller fouiller un peu dans l’utilisation de ce mot parachute ces dernières années dans la presse.

Force est de constater que dans un premier temps la presse parle de parachute pour évoquer un objet qui ralentit une chute. Logique. On n’en parle un peu comme sport, beaucoup dans le registre militaire. Passées ces évocations au sens propre, le parachute a encore du sens en réserve.

C’est en fait dans les colonnes politique qu’on le retrouve le plus souvent. C’est le verbe « parachuter », conjugué au participe passé et prononcé sur le mode injurieux, qui est le préféré des médias. Dès lors qu’ils ne sont pas natifs de la circonscription à laquelle leur parti les a affectés, les candidats aux législatives ou aux municipales n’y échappent pas :  » espèce de parachuté  » leur dit-on. C’est une sorte de nouveau droit du sol, en somme, mais version politique. On a de bien beaux exemples dans le Monde par exemple avec « le parachute blésois » qui désigne la porte de sortie de Jack Lang au cas où il n’ait pas de rôle national. On évoque aussi les parachutés Perben et Martinon (non, non) respectivement envoyés à Lyon et à Neuilly avec les succès qu’on leur connait.

Mais ce sont aux colonnes économie que j’ai voulu m’intéresser, histoire de comprendre un peu d’où sortait cette expression « parachute doré ». Selon Jean-Claude Lasanté, l’homme qui a introduit les chasseurs de tête en France, cette expression est apparue dans la langue française au milieu des années 80 (c’est à dire entre la sortie du premier disque de Lio et la catastrophe de Tchernobyl) . Il y voit la conséquence d’implantations en France à cette époque de grandes entreprises anglo-saxonnes.

En fait si l’on regarde concrètement, le terme est encore très peu utilisé à cette époque. On nous évoque çà et là un « golden parachute » ou un « parachute en or ». Celui qui a beaucoup œuvré pour mettre ce mot au goût du jour, c’est incontestablement Jean-Marie Messier. Il est resté plusieurs mois en une des journaux pour avoir touché quelques 20,6 millions d’euros pour son départ de la firme Vivendi-Universal…

Mais malgré tous les scandales, les procès, et la couverture médiatique sans précédent, il n’a pas vraiment réussi à pleinement lexicaliser cette expression. Les journaux utilisaient encore les guillemets et le Petit Larousse ne voulait pas lui ouvrir l’accès à ses colonnes.

Heureusement quelques autres patrons se sont mobilisés. Il y a tout d’abord eu Pierre Jaffré et ses 20 millions d’euros de stock options offerts à son pot de départ d’EDF (il paraît que ses collègues hésitaient entre une canne à pêche et un rocking-chair comme cadeau de départ et que n’arrivant pas à trancher ils ont finalement préféré les stock options). Pierre Bliger a essayé de prendre 4,1 millions d’euros dans les fonds de caisse d’Alstom en rentrant chez lui, mais comme les médias s’en sont un peu aperçu, il a dû les rendre. C’est dommage, ce n’était déjà pas grand chose par rapport aux autres.

On peut alors lire dans les colonnes du Monde qu’« il n’y a pas si longtemps, ce mot, issu de para- (protéger contre) se contentait de désigner l’appareil  » permettant de ralentir la chute d’une personne ou d’un objet tombant d’un aérostat ou d’un avion  » (Le Robert). Depuis, il y a eu M. Messier et Vivendi, et bien d’autres encore, et le dispositif s’est paré d’une couleur, outrageusement dorée, et d’un parfum de scandale ». En effet, le mot devient alors de plus en plus souvent utilisé, les journalistes ne sentent plus le besoin de définir ce qu’est un parachute doré, et ils commencent même en masse à l’écrire sans parenthèses de mise à distance.

Mais ce qui va décider Monsieur Petit Larousse à le faire entrer dans son dictionnaire en même temps que blog, bluetooth ou coming-out c’est vraisemblablement le parachute doré évoqué pour le départ de Carrefour de Monsieur Daniel Bernard, parachute alors estimé à quelques 38 milliards d’euros…(soit l’équivalent – mais en mieux utilisé – d’une prime annuelle de 7000€ à tous les employés du groupe carrefour ou comme le montre le schéma de l’époque 2462 années de SMIC).

Malheureusement aujourd’hui bien que le mot soit pleinement lexicalisé, qu’il repose en paix dans les dictionnaires, il n’a plus du tout la côte. Notre président s’y est vivement attaqué, même la présidente du MEDEF après que deux rapports aient fustigé la place prise par les parachutes dorés dans l’économie française (l’un de Hay groupe qui conclut que les parachutes dorés français sont les plus importants d’Europe et l’autre d’Invertosight qui affirme qu’une entreprise du CAC 40 sur 4 a recours à ces pratiques ce qui correspond à 52 « parachutes » par an…) a dû les désapprouver.

Ainsi alors que Laurence Parisot était « fumasse » à l’évocation des 8,5millions d’euros de prime de départ de Noël Forgeard (EADS), elle milite à présent pour « la fin des excès ». Car comme le disait Nicolas Sarkozy. « Le parachute doré c’est quoi ? C’est un système où si on réussit, on gagne un bonus, si on échoue, on a un bonus aussi. Ce n’est donc pas compatible avec l’économie de marché ». C’est la fin des parachutes dorés en toute liberté, voyez à quoi les patrons en sont réduits actuellement: du « parachute en interne »

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