Bayrou, en toute indifférence…

C’est dans une indifférence médiatique assez généralisée que le président du Modem a réalisé ses deux allocutions, hier, à la Conférence nationale de son mouvement.

François Bayrou, en bon chef de parti a assuré l’introduction et la conclusion de la journée du mouvement démocrate. Le premier discours est particulièrement court, mais il est tout de même intéressant de le lire avec attention. Quant au second, il définit les grandes orientations de son parti pour les années à venir et notamment pour les élections européennes et régionales dans lesquelles le parti espère avoir un rôle à jouer.

Ce qui est particulièrement marquant dans le discours introductif du président du Modem,c’est la vision que celui-ci peut avoir de son parti. Deux mots sont à noter dans cette définition du Modem: transformation et commando.

On comprend assez vite la volonté de François Bayrou de mettre en avant la transformation de la société. D’une part parce que le mot changement est trop éculé (voir ici) et d’autre part parce que sans transformation il n’y a pas vraiment de place pour son parti dans le spectre politique français. Ce qui est plus surprenant c’est qu’il affirme sans retenue que son mouvement est le seul à vouloir faire bouger le paysage politique français. On est ici dans un pur acte de communication politique car s’il est facile de prouver que le PS et l’UMP (l’UMPS comme il les appelait jadis) n’ont pas vraiment intérêt à modifier le fonctionnement bipartite de notre démocratie, il semble plus difficile d’affirmer que des partis comme le NPA (Besancenot) et le FN (Le Pen) souhaitent conserver ce fonctionnement. Passons.

Il souhaite cependant tellement souligner sa volonté de transformer le paysage politique français, qu’outre le fait qu’il utilise 5 fois en quelques minutes le mot transformation, il va aller jusqu’à parler de son parti comme un « commando de transformation » (3 occurrences). Pourquoi avoir mobiliser cette image du commando? Il faut reconnaître que les pistes de compréhension sont assez limitées. Il est vraisemblable qu’il ait souhaité rompre avec l’image d’un centre un peu mou et qu’il souhaitait montrer un parti en actions. Je suis aller chercher dans le dictionnaire la définition la plus vaste de ce que pouvait être un commando et je n’ai pas été surpris de trouver la définition suivante: « Petit groupe d’intervention armé, dépendant le plus souvent d’une organisation politique, révolutionnaire, anarchiste, etc., pour le compte de laquelle il exécute des attentats, sabotages, enlèvements, détournements d’avions ». Je ne comprends dès lors pas plus le choix de cette image. A-t-il voulu souligner le fait qu’il soit un (tout) petit groupe? Je ne pense pas. Est-il en train de nous annoncer un coup d’Etat, va-t-il prendre les armes? Je ne le pense pas vraiment non plus. Il semblerait qu’à vouloir trop insister sur le côté actif de son organisation, François Bayrou se soit laissé emporter par une image un peu trop exagérée, ce qui pourrait expliquer qu’il n’emploie plus du tout cette expression dans son discours de clôture de la Conférence nationale du MODEM.

Le discours de clôture sera plus rodé et moins surprenant. François Bayrou insistera sur l’unité de son parti. Parlant d’ « extraordinaire cohérence », il conclut que ce mouvement « n’est pas une création, mais une révélation ». Rien que ça.

Comme dans son discours inaugural, François Bayrou évoque une crise de dimension séculaire. Une crise qui semble donner tout son sens au parti qui sera donc une troisième voie entre le socialisme et le capitalisme. Il s’attaque finalement assez peu au socialisme, il se contente de le qualifier de « modèle soviétique » tout en affirmant qu’il est mort avec la chute du mur de Berlin ce modèle de pensée qui consistait à croire que « l’Etat pouvait décider à la place des gens ». Il ne croit pas en sa possible refondation, comme il ne croit pas non plus en la refondation du capitalisme.

Le capitalisme et par son biais le pouvoir en place sont au centre du discours du centriste. On voit ainsi que le discours s’adresse davantage aux déçus du sarkozisme. Pour lui le capitalisme a fait que « les riches sont devenus plus riches et les pauvres plus pauvres » et a vendu « de la drogue » aux pauvres « à savoir le crédit surabondant même s’ils ne pouvaient pas payer ». Nicolas Sarkozy, cité trois fois dans le discours est raillé pour ses récentes prises de positions pour la refondation du capitalisme. Il « brûle ce qu'[il] adorait hier », ce qui doit « faire bien rigoler du côté du Fouquet’s ». François Bayrou ne manque d’ailleurs pas de moquer la déclaration d’Hugo Chavez au sujet du président Français. Il rappelle que la politique du gouvernement, notamment la loi TEPA et le bouclier fiscal, a eu pour conséquence de toujours favoriser les plus aisés. Il se fait aussi l’écho des français qui se demandent d’où Nicolas Sarkozy dégote tous les milliards pour sauver les banques et qui voudraient que l’on favorise plutôt l’éducation, l’emploi,…

S’appuyant notamment sur le général de Gaulle, François Bayrou va affirmer que le « capitalisme comme modèle de société est à peu près le contraire de ce que nous voulons ». Ce que veut le MODEM, c’est une troisième voie, l’humanisme. « Ce que nous mettons en premier ce n’est pas l’argent, c’est l’être humain ». Il critique notamment le travail du dimanche: il faut qu’ « il y ait un jour sur sept au moins où la déesse Consommation puisse être ramenée à sa juste place et qui ne doit pas être la première, un jour pour le verbe Être et pas pour le verbe Avoir. » Il met en relief son profond désaccord sur la politique de l’éducation du gouvernement Fillon: « Je regrette que l’on choisisse de faire sortir le lycée de la culture de la durée pour la faire entrer dans la culture du zapping ».

Enfin, François Bayrou affirme sa volonté d’être à la tête d’un parti foncièrement européen. Il ne voit pas comment résoudre les problèmes écologiques en dehors de ce niveau. Il critique aussi les remarques que Nicolas Sarkozy se permet de faire à nos voisins européens, en rappelant qu’ils pourraient tout à fait reprocher au pouvoir en place: le non-respect de la séparation des pouvoirs, le fonctionnement de notre système juridique, les médias, le fonctionnement même de notre démocratie…

C’est donc sans surprise que François Bayrou a mis en place un commando d’attaque contre le gouvernement en place pour s’affirmer comme le premier parti d’opposition au pouvoir. Aucune réponse sur les éventuelles alliances en vue d’accéder au pouvoir, pas de propositions concrètes mais les bases « idéologiques » de ce nouveau parti qui est né « après une gestation de neuf mois ».

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One Response to Bayrou, en toute indifférence…

  1. Bayrou parle de transformation mais de la modification de la constitution au renforcement de l’envoi de jeunes français en Afghanistan soutient les conservateurs lors des votes importants.

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