Siné Hebdo, un journal mal élevé?

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Que penser de cet hebdomadaire impertinent qu’est Sine Hebdo? Deux mois et huit numéros plus tard, les ventes semblent se stabiliser, plutôt au dessus de son rival Charlie Hebdo.

J’ai eu l’occasion d’acheter quelques uns des numéros parus et j’ai aujourd’hui un peu de mal à faire un bilan. Je ne vais pas nier que quelques pages, quelques dessins n’ont pas manqué de me faire marrer. C’est le cas par exemple de ceux qui sont présentés ci-dessous (extraits des numéros 1,3,4,5)

Je ne vais pas cacher non plus que j’ai ri parfois devant quelques uns des textes.

« _ Cette crise c’est pire qu’un divorce

_ Comment ça?

_ J’ai perdu la moitié de ma fortune et ma femme est toujours à la maison »


J’aime aussi (parfois) la bande dessinée S & fils qui est assez bien sentie et qui réussit à faire passer en trois dessins une forme d’humour. On y voit le fils Sarkozy regretter d’avoir épouser la fille Darty face à tout l’électroménager reçu en cadeau, il préfèrerait avoir épouser la fille Porsche, on le voit réclamer un scooter en plaqué or pour le retrouver plus facilement, on le voit aussi demander comment remercier Rachida Dati – comme l’a fait Bernard Tapie – pour ce qu’elle a fait pour lui,… Il est vrai que ça ne vole pas haut, mais ça peut quand même faire rire. Bête et méchant.

Oui mais voilà, dès le numéro un, Siné a voulu affirmer qu’il souhaitait faire un journal très différent de Charlie Hebdo. Il a affirmé qu’il avait réuni « sous [sa] bannière de pestiféré, une bande de trublions bien décidés à ruer dans les brancards du pouvoir ». A la découverte de la liste on ne peut qu’être un peu surpris. Delfeil de ton (dont la présence n’est pas à la base pour me déplaire) a déclaré « Elle a de la gueule cette équipe ». C’est une façon de voir les choses. En tout cas, c’est assez surprenant de voir présents des chroniqueurs comme Alevêque, Didier Porte, Guy Bedos, Noël l’entarteur Godin, Philippe Geluck ou Isabelle Alonso. Ce n’est pas une grand équipe de révolutionnaires comme on aurait pu le croire. A 80 ans, Siné semble revenir plein centre pour faire un journal mal élevé mais pas trop. Un peu provocateur mais pas trop. L’objectif numéro un semble clair, pas de provocations inutiles, pas de risque de procès. Comme il le dit si bien dans cette interview, « un journal qui a un procès par numéro ne peut pas survivre »… On comprend ainsi mieux le succès de cette parution hebdomadaire, ne pas trop choquer, plaire au plus grand nombre et cætera.

En dehors de ces a priori, on peut affirmer que les articles sont un peu à l’image de ce que l’on vient d’évoquer. Quelques uns sont tout à fait réussis, l’article de Michel Onfray sur Edvige m’a plu par exemple. Il est cependant un peu dans le même ton que tout le reste du journal. Pas vraiment mal élevé, ni provocateur on l’a dit, mais pas vraiment anarchiste, anti-pouvoir,… C’est en fait plutôt une résurgence de ce que l’on appelait le TSS, tout sauf Sarkozy. Une forme d’anti-sarkozysme primaire.

La rubrique d’Etienne Liebig m’a paru séduisante sur le papier. L’idée de dénoncer les rues mal baptisées est souvent un vrai enjeu politique. Une partie de l’onomastique politique s’intéresse d’ailleurs à la toponymie et ses enjeux symboliques. L’idée était donc intéressante, la réalisation est pourtant peu convaincante. Si la critique des rues associées au nom de Canrobert, Vincent d’Indy ou Jean-Louis Armand de Quatrefages semble recevable bien que pour autant contestable dans certains cas, si la place Maurice Barrès devrait en effet être renommée que penser des boulevards et rues au nom de Vincent Auriol et de Louis Adolphe Thiers qui ont tous les deux été présidents de la République.

Que penser de ce portrait d’Adolphe Thiers? « En 1871, alors chef du gouvernement, il fait exécuter au moins 25 000 communards et déporter les survivants du massacre au bagne de Nouvelle Calédonie. On lui doit aussi quelques exécutions sommaires d’ennemis politiques. » Si ce portrait n’est pas pour ainsi dire erroné, on est obligé de remarquer qu’on pourrait lui opposer une autre vision de l’homme celui que Gambetta voyait comme un « libérateur du territoire ». Il en va de même pour Vincent Auriol qui est vu comme le « père du plus grand massacre colonial »… Une rubrique peut-être tout simplement un peu trop importante pour se contenter d’un petit encadré en dernière page.

Le reste des articles est parfois composé de vraies réussites, mais dans la plupart des cas on reste sur notre fin. Delfeil de Ton se contente de mettre en œuvre une fine part de son talent d’éditorialiste pour nous conter son histoire d’Hara Kiri, les autres chroniqueurs semblent avant tout contraints de respecter un format d’articles courts et efficaces.

Ni libertaire sur le fond, ni libertaire sur la forme, ce journal peut en décevoir plus d’un mais c’est le prix à payer pour faire un hebdomadaire qui plait au plus grand nombre ce qui doit permettre à Siné de savourer une forme de victoire sur Charlie Hebdo.

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2 Responses to Siné Hebdo, un journal mal élevé?

  1. Mateo dit :

    Les articles sont courts dans tous les sens du terme. Ça ne vole pas très haut, la syntaxe est souvent exécrable, et dans l’énorme majorité des cas ils ne sont ni méchants ni drôles.

  2. auber dit :

    Pas OK sur Etienne Liebig, il m’a parmis de découvrir pas mal de scandales et en particuliers l’histoire du massacre à Madagascar que j’ignorais. Jules

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