Sus au franglais! Cultivons le français du XXIème siècle.

26 janvier 2009

Faire un debriefing en one to one, développer le B to B, assurer le backup avant son day off, et ce, asap (as soon as possible), risque d’être de plus en plus compliqué. L’anglais comme langue corporate connait quelques déboires. Attaquées pour non-respect de la loi Toubon, des entreprises ont perdu en justice.

Chris Wattie / REUTERS 17-19 octobre 2008 sommet de la francophonie au Québec

Chris Wattie / REUTERS 17-19 octobre 2008 sommet de la francophonie au Québec

Dès 1975, les parlementaires soucieux de préserver la langue française face aux mots anglais passés trop vite dans le langage courant adopte la loi Bas-Lauriol. Cette loi allonge la longue liste des textes mort-nés, sans réelles mesures d’application, elle tombe rapidement en désuétude. Il faut attendre la motivation de quelques parlementaires, et un ministre en charge simultanément de la culture et de la francophonie pour voir ce projet de loi réapparaitre.

En 1994, Jacques Toubon fait de l’adoption de ce texte « une question de société, une question pour la place de la France et pour son avenir. » Le principe de cette loi est « de sortir du modèle unique anglo-marchand qui est en train de se répandre dans un certain nombre de pays. » Rien que ça. Le débat à l’assemblée nationale n’est pas très virulent. Les parlementaires ne sont pas contre le projet, ils sont simplement assurés qu’une fois encore cette loi va finir dans un placard sans avoir aucun impact sur l’arrivée de nouveaux termes anglo-saxons.

Sans grande difficulté nait donc la loi nº 94-665 du 4 août 1994 relative à l’emploi de la langue française plus connue sous le nom de loi Toubon. En quelques mots, cette loi prévoit que toute annonce, affiche, publicité visible dans les lieux publics ou dans les médias soit en français ou traduite dans notre langue de manière visible. Le détail de la loi est bien sûr plus complexe (lire ici), il prévoit aussi un quota de créations francophones à la radio et à la télévision ainsi que des mesures protégeant les travailleurs.

Si les parlementaires ne se sont pas opposés à cette loi, la presse notamment étrangère va railler sa publication. En France on évoque un « nationalisme linguistique », un « chauvinisme de la langue » ou une « fierté nationale mal placée». Les critiques les plus virulentes viennent de nos amis anglais. Avec des titres en français comme « Ne Parlez Pas Anglais » ou « Why france should be linguistically laissez-faire »1 les journalistes outre-manche se moquent de notre langue que l’on préserve comme une espèce protégée. L’amende prévues en cas de non respect de la loi (entre 3000 et 20000 francs de l’époque soit actuellement entre 500 et 3000€) est présentée comme démesurée et ridicule. N’ayant pas peur des clichés les anglais présentent Jacques Toubon (dénommé All-good) avec une baguette sous le bras et ce devant la Tour Eiffel expliquant que c’est l’image qu’il donne de la France. Avec un peu d’humour un journaliste de The Independent conclut son article par la formule suivante : « Any Anglo-Saxon with a soupcon of savoir-vivre would see the lack of chic in venturing up a linguistic cul-de-sac so palpably vieux jeu. »2

Pourtant le France est loin d’être le seul pays à avoir légiféré pour protéger sa langue. On peut prendre le cas du Quebec, du Mexique, de la Grèce, de la Catalogne ou encore de la Lituanie. Ce dernier pays interdit toute enseigne rédigée dans une autre langue que la langue officielle. Le Mexique, fort de 98 millions d’habitants, a cru bon se protéger de l’anglais. Les lois et règlements mexicains exigent non seulement l’usage de l’espagnol sur tout produit destiné au consommateur, mais ils vont jusqu’à prohiber l’anglais ou toute autre langue que l’espagnol sur les produits fabriqués au Mexique. Pour ce qui est des produits étrangers, un règlement imposait dès 1974 des caractères plus petits que l’espagnol.

La loi française a parfois été très protectrice pour les salariés. Elle constitue un recours en matière de droit au travail, à l’information, à la santé. A titre d’exemple, Europ Assistance a perdu en octobre dernier un procès qui l’oblige dès à présent à traduire un des logiciels mis à la disposition des employés. On a aussi vu des entreprises étrangères devoir adopter le français comme langue de travail, des études venant prouver que l’utilisation de termes anglais lors des réunions génère une double conséquence négative. D’une part certains salariés ne comprenant pas toujours les informations sortent de réunions sans en avoir saisi le sens ce qui peut avoir des conséquences plus ou moins graves. D’autre part cette pratique de l’anglais crée une sorte de discrimination et une hiérarchisation des employés en fonction de leur compétence linguistique ce qui défavorise particulièrement les employés plus âgés.

Si l’aspect protecteur de la loi est plutôt une réussite, force est de constater que ce texte n’a pas endigué la diffusion de l’anglais. Les termes de la nouvelle technologie sont essentiellement issus du monde anglo-saxon et les publicités utilisent toujours aussi souvent des slogans en anglais. Comme le cas de la Française des jeux qui bien qu’étant une entreprise publique diffuse actuellement cette publicité avec son slogan « j’ai la win ».

Ce n’est pourtant pas faute d’avoir mis les moyens. L’un des corollaire de la loi Toubon est la création de la très sérieuse commission générale de terminologie et de néologie chargée de proposer des équivalents aux termes anglais importés massivement en France. Si cette commission peut se venter de quelques réussites comme la diffusion du terme baladeur en lieu et place du walkman elle compte à ce jour quelques glorieux échecs dus à sa lenteur de fonctionnement. En moyenne il faut compter sept mois avant qu’un terme proposé à la commission ne fasse son entrée au journal officiel. Une procédure d’urgence a permis à la commission de proposer le terme de « téléchargement pour baladeur » pour podcasting mais cela n’a pas empêché que la périphrase proposée ne soit pas utilisée. Le vocabulaire paraissant au Journal Officiel s’impose pourtant à l’administration et aux établissements publics, depuis sa création en 2006 la commission a proposé sept cents équivalents à des termes anglais.

Pour ne donner qu’un petit exemple si vous voulez vous plier aux propositions de la commission ne dîtes plus : Je check mes mails, je supprime mes spams et si je suis pas trop dans le rush, je ferai un post sur mon blog avant le brainstorming sur notre startup et le B. to B. Mais dîtes plutôt, je vérifie si je n’ai pas reçu de courriers électroniques (si vous êtes dans le coup dîtes courriel), je supprime l’arrosage et si je ne suis pas trop en épreuve, je ferai un billet sur mon bloc-note avant le remue-méninges sur notre jeune-pousse et l’entreprise à entreprise en ligne (EEL). Il n’est pas dit que tout le monde vous comprenne du premier coup…

Pour permettre la diffusion de ce vocabulaire, la commission propose (ici et ça vaut le détour!) un dictionnaire des équivalents français des termes importés, on laisse bien sûr de côté les mots présents depuis longtemps et déjà digérés par notre langue. Méfiez-vous, si vous ne prenez pas soin de corriger vos erreurs de langage vous risquez de vous retrouver couronné du prix de la carpette anglaise décerné par l’académie du même nom dirigée par Philippe de Saint-Robert, président de l’association pour la sauvegarde et l’expansion de la langue française.


1Pourquoi la France devrait avoir une politique linguistique plus souple.

2Tout anglosaxon avec un soupçon de savoir vivre verrait le manque de chic de cette politique linguistique qui est un cul de sac manifestement vieux jeu.

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Obama, une investiture mutatis mutandis

21 janvier 2009

J’ai essayé de résister, mais il est dur actuellement de ne pas parler des Etats-Unis le monde ayant cessé de tourner depuis plusieurs semaines et l’élection de Barack Obama. Petite analyse de son discours d’investiture.

Le président américain et la première dame le 20 janvier 2009

Jim Young / Reuters : Le président américain et la première dame le 20 janvier 2009

Le discours de Barack Obama paraît plus en rupture avec ses allocutions précédentes qu’avec les investitures de ses prédécesseurs. Il a utilisé un style plus policé, moins lyrique que lors de sa campagne. La solennité de l’événement est vraisemblablement la cause de ce changement de style : « On ne peut pas parler de sacrifice, de responsabilité et de refondation sur un ton qui galvanise les foules. » commente Vincent Michelot, professeur de civilisation américaine à l’IEP de Lyon.

Depuis l’hexagone on peut en tout cas être surpris de voir un discours où le « je » est aussi peu utilisé. Dans cette allocution, Barack Obama l’emploie seulement trois fois contre 92 « nous »! Nous avons eu l’occasion de montrer sur ce blog que l’impression d’égotisme surdimensionné de notre président tient à son absence d’utilisation de ce nous.

Si l’introduction de son discours rend – comme le veut la coutume – hommage à l’équipe précédente, le reste est nettement plus critique. Le discours inaugural est fait pour rassembler la majorité des américains pourtant Barack Obama a férocement critiqué les « enfantillages », les « haines » et les divisions du passé visant bien sûr l’administration Bush.

Le point central du discours de Barack Obama est à mon avis le fait qu’il ait beaucoup insisté sur les notions de responsabilité et de sacrifice. Ces deux termes ont été rarement prononcés au cours des années Bush. Il a notamment utilisé à huit reprises dans ce court discours le terme de travail ou un dérivé. C’est probablement la seule vraie rupture dans ce discours qu’il a comme ses prédécesseurs placé sous le signe de Dieu invoqué à trois reprises. Il ne faut pourtant pas croire (contrairement à Christian Estrosi) qu’il y ait une quelconque inspiration sarkozienne dans cet appel au travail : dans le monde de Barack Obama, les ouvriers « préfèrent travailler moins que de voir un ami perdre son emploi ».

Conscient de la pression mondiale, le nouveau président américain a aussi fait des déclarations de « président du monde ». Affirmant que « les Etats-Unis doivent jouer leur rôle en donnant l’élan d’une nouvelle ère de paix » et à propos de son Etat il a ajouté : « nous sommes prêts à nouveau à jouer notre rôle dirigeant. »

En dehors de ces éléments, ce discours était relativement pauvre, quelques anaphores mettent en relief le caractère historique de l’événement puisqu’un homme de couleur qui – il y a seulement soixante ans – « n’aurait peut-être pas pu être servi dans un restaurant de quartier » est à présent le 44ème président des Etats-Unis.

Laissons un peu retomber le soufflé médiatique et attendons les premiers agissements du président Obama pour juger sur pièces.


Pauvres parmi les pauvres? Des femmes.

17 janvier 2009

Sorti à la fin de l’année passée, Pauvres parmi les pauvres? Des femmes est à présent en ligne (ici). Le dernier petit ouvrage de Janine Mossuz-Lavau est une enquête dans le milieu de la pauvreté qui s’intéresse aux souffrances particulières des femmes.

Janine Mossuz-Lavau, DR pour Le Figaro, 14 octobre 2007

Janine Mossuz-Lavau, DR pour Le Figaro, 14 octobre 2007

Chiffres à l’appui, cette directrice de recherche au C.N.R.S., nous fait partager des témoignages de femmes en grande pauvreté. Les premiers éléments qu’elle nous apporte frappent immédiatement, si 12,4 % des femmes françaises vivent sous le seuil de la pauvreté (contre 11,4 % des hommes), on apprend que 80 % des salariés pauvres sont des femmes ce qui est notamment lié au fait que 82 % des personnes restant plus de quinze ans à temps partiel sont des femmes. Janine Mossuz-Lavau insiste pour que l’on comprenne que ce temps partiel ne correspond plus au choix de ne pas travailler le mercredi pour être avec les enfants, mais plus à un temps partiel subi, peu qualifié et mal rémunéré.

Une fois encore sur la base de statistiques, l’auteur nous apprend que les femmes sont aussi plus touchées par le chômage que les hommes surtout si elles sont jeunes et ouvrières. Arrivé l’âge de la retraite l’égalité n’est toujours pas de mise. Parmi les personnes âgées de plus de 75 ans, 12,8 % des femmes et 9,2 % des hommes vivent sous le seuil de pauvreté. En outre, les hommes reçoivent en moyenne une retraite globale de 1625 € alors que les femmes perçoivent en moyenne 979 €.

Mais un ouvrage de Janine Mossuz-Lavau n’est jamais un simple étalage de statistiques, elle nous fait partager quelques phrases fortes de ses entretiens. Comme cette femme qui nous confie que « ça fait trente six ans qu'[elle est] mariée et que ça fait trente-six ans qu'[elle] vit à crédits » ou cette ancienne RMIste qui témoigne : « c’était affreux je ne pouvais pas aller prendre un café. C’était même pas café crème ou pas crème, c’était : non j’ai déjà bu un café hier ».

Un petit ouvrage que je ne peux que vous conseiller de lire, pour retrouver ces témoignages entrecoupés des références de Janine Mossuz-Lavau qui nous emmène de Nadine Gordimer aux Guignols de l’info, en passant par Grand Corps Malade, Claude Autant-Lara ou Jules Renard. Une seule surprise, malgré le titre de l’ouvrage Jules Michelet qui parlait des femmes comme étant les « prolétaires des prolétaires » n’est jamais cité.

Bonne lecture.


Les chaises musicales…

15 janvier 2009

Au gouvernement, on joue aux chaises musicales mais il y a de la place pour tout le monde. Tous les renseignements sur le remaniement ici.

Les ministres qui n’ont pas été gentils sont punis : NKM qui n’aime pas les O.G.M. perd son poste à l’écologie pour l’économie numérique (conflit d’intérêt?). Christine Boutin paie sa cohabitation difficile avec Fadela Amara en perdant une partie de ses prérogatives qui reviennent à Brice Hortefeux dont le bilan est une réussite inavouable pour le gouvernement . Sarkozy sachant que son frère est le papa de la petite Zohra, il n’avait pas besoin que son secrétaire d’Etat au sport se manifeste, résultat Bernard Laporte perd la jeunesse, on le déleste d’une partie de son poste…

Les gagnants sont bien sûr, Xavier Bertrand, Brice Hortefeux, Eric Besson et Martin Hirsch.

Qui a dit que c’était la compétence qui payait?


Besson et l’immigration

14 janvier 2009

Un excellent article à lire sur un blog Libération sur les anciens propos d’Eric Besson avant qu’il ne devienne sarkozyste.


Amendements, riposte immédiate!

13 janvier 2009

J’étais un peu mauvaise langue ce matin en annonçant que le PS ne réagirait que sous dix jours, les clips de riposte ont été mis en ligne aujourd’hui


Obstruction, Copé tient sa revanche !

13 janvier 2009

Alors qu’il s’agitait déjà le mois passé sur l’obstruction parlementaire des socialistes, son équipe a monté à la va-vite la vidéo ci-dessous :

La vidéo a au moins le mérite de montrer que c’est la droite qui a déclaré la guerre des amendements (même si bien sûr il faut lire entre les lignes). Rappelons qu’au milieu de cette vidéo M.Debré pose devant un amas de pages blanches et non pas d’amendements comme il le prétend!

La semaine prochaine (laissons-leur dix jours) la riposte socialiste…