Obama, une investiture mutatis mutandis

J’ai essayé de résister, mais il est dur actuellement de ne pas parler des Etats-Unis le monde ayant cessé de tourner depuis plusieurs semaines et l’élection de Barack Obama. Petite analyse de son discours d’investiture.

Le président américain et la première dame le 20 janvier 2009

Jim Young / Reuters : Le président américain et la première dame le 20 janvier 2009

Le discours de Barack Obama paraît plus en rupture avec ses allocutions précédentes qu’avec les investitures de ses prédécesseurs. Il a utilisé un style plus policé, moins lyrique que lors de sa campagne. La solennité de l’événement est vraisemblablement la cause de ce changement de style : « On ne peut pas parler de sacrifice, de responsabilité et de refondation sur un ton qui galvanise les foules. » commente Vincent Michelot, professeur de civilisation américaine à l’IEP de Lyon.

Depuis l’hexagone on peut en tout cas être surpris de voir un discours où le « je » est aussi peu utilisé. Dans cette allocution, Barack Obama l’emploie seulement trois fois contre 92 « nous »! Nous avons eu l’occasion de montrer sur ce blog que l’impression d’égotisme surdimensionné de notre président tient à son absence d’utilisation de ce nous.

Si l’introduction de son discours rend – comme le veut la coutume – hommage à l’équipe précédente, le reste est nettement plus critique. Le discours inaugural est fait pour rassembler la majorité des américains pourtant Barack Obama a férocement critiqué les « enfantillages », les « haines » et les divisions du passé visant bien sûr l’administration Bush.

Le point central du discours de Barack Obama est à mon avis le fait qu’il ait beaucoup insisté sur les notions de responsabilité et de sacrifice. Ces deux termes ont été rarement prononcés au cours des années Bush. Il a notamment utilisé à huit reprises dans ce court discours le terme de travail ou un dérivé. C’est probablement la seule vraie rupture dans ce discours qu’il a comme ses prédécesseurs placé sous le signe de Dieu invoqué à trois reprises. Il ne faut pourtant pas croire (contrairement à Christian Estrosi) qu’il y ait une quelconque inspiration sarkozienne dans cet appel au travail : dans le monde de Barack Obama, les ouvriers « préfèrent travailler moins que de voir un ami perdre son emploi ».

Conscient de la pression mondiale, le nouveau président américain a aussi fait des déclarations de « président du monde ». Affirmant que « les Etats-Unis doivent jouer leur rôle en donnant l’élan d’une nouvelle ère de paix » et à propos de son Etat il a ajouté : « nous sommes prêts à nouveau à jouer notre rôle dirigeant. »

En dehors de ces éléments, ce discours était relativement pauvre, quelques anaphores mettent en relief le caractère historique de l’événement puisqu’un homme de couleur qui – il y a seulement soixante ans – « n’aurait peut-être pas pu être servi dans un restaurant de quartier » est à présent le 44ème président des Etats-Unis.

Laissons un peu retomber le soufflé médiatique et attendons les premiers agissements du président Obama pour juger sur pièces.

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