Nicolas Sarkozy, une intervention pour rien

5 février 2009

Alors que trois chaînes diffusaient le même programme ce mercredi soir, j’ai accordé ma soirée au président Sarkozy venu nous présenter sa politique face à la crise. Une fois encore, il a déroulé son plan de communication sans surprise. Sans réel contradicteur, notre président a pu exposer ses idées censées être « concrètes ». Petite analyse du discours, de la forme au fond.

Un style habituel

adsl-tv-20268 On ne change rien sur la forme. Mais alors rien. Le 24 avril dernier, alors que le Président avait déjà squatté nos médias nationaux, Le Monde titrait « changement de style sans changement de fond », j’avais eu l’occasion de montrer que le changement de style était plus que relatif. Une fois encore c’est le cas. Le président parle toujours à la première personne, avec beaucoup de je, de moi je, de je dois, mon devoir, je me suis engagé, j’ai fait le pari de, … Bien sûr, le président aime tout le monde quand il passe à la télévision le personnel hospitalier est « admirable de dévouement », telle autre catégorie professionnelle sont « des gens compétents », Xavier Darcos « fait un très bon travail » et Guy Lagache « résume très bien ». Mais il gouverne seul !

Il est toujours le président de la rupture. Avant lui personne ne faisait rien, lui agit. Il a réussi une fois encore à placer des expressions telles que « ça fait tellement longtemps qu’on ne décide pas » alors que lui a été « élu pour agir, assumer, décider, résoudre des problèmes ». Sans bien sûr rappeler qu’il est en politique depuis plusieurs décennies.

Pour le reste pas de changement non plus. Nicolas Sarkozy incarne la vérité face aux médias, à l’opposition et aux syndicats qui ne font que dire des mensonges, des plaisanteries. Beaucoup de phrases comme « on m’a fait beaucoup de reproches mais jamais celui de mentir » et des oppositions entre « c’est faux » et « la vérité ». Il a toujours son utilisation caricaturale des noms des journalistes qu’il a répétée des dizaines de fois jusqu’à saturation, et son utilisation démesurée des questions rhétoriques. Dès qu’il le pouvait il répondait à une question par une autre : « Vous croyez que mon travail est facile ? » ou « c’est pas gagné c’est ce que vous voulez me dire ? » ou encore ces questions qui ont totalement déstabilisé M.Pujadas : « qu’appelez-vous le modèle social ? » ou « quel est le sujet que vous voulez que j’aborde ? ».

Une petite nouveauté tout de même, le président ne semble plus vouloir agir seul, et il n’a jamais autant cité le premier ministre même si celui ci semble cantonné à un rôle de consultation et qu’il est bien loin de « déterminer et conduire la politique de la nation » comme le dit l’article 20 de la Constitution.

Où sont les contradicteurs ?

C’est une habitude dorénavant, Nicolas Sarkozy provoque les journalistes qui l’interviewent. L’émission de ce mercredi était encadrée par Laurence Ferrari et David Pujadas avec les interventions de Guy Lagache et Alain Duhamel. Une fois encore, les journalistes n’ont servi à rien. Mais alors à rien. Pourquoi d’ailleurs continuer à présenter des journalistes, pourquoi ne pas laisser une heure et demie d’antenne au président tant qu’on n’est pas capable d’opposer des journalistes crédibles ?

Les journalistes ont été en concurrence tout au long de la soirée. Se coupant la parole, faisant preuve d’une impolitesse sans nom les uns envers les autres sans jamais déranger le président. Aucune question dérangeante n’a été posée. Nicolas Sarkozy a réussi à affirmer que le million de manifestant descendu dans la rue se révoltait contre la crise sans qu’aucun journaliste présent n’arrive à lui dire que les manifestants ne se plaignaient pas de la crise, mais de la réponse de la majorité à cette crise. Il s’est caché derrière cette crise (mot qu’il a employé près de 50 fois) en refusant totalement sa responsabilité. Les journalistes n’ont pas bronché. Comme le dit Edwy Plenel, c’était un « monologue ». On ne l’interrompt pas, on ne le contredit pas. Est-ce que quelqu’un a posé la question dérangeante de la dualité entre les heures supplémentaires et la hausse du chômage ? A vouloir favoriser les heures supplémentaires, plus aucun patron ne veut embaucher, mais cette question personne ne la lui a posée. Il a parlé de Barack Obama, mais personne ne lui a demandé ce que Nicolas Sarkozy pensait de cette phrase du discours d’investiture de Barack Obama : les ouvriers « préfèrent travailler moins que de voir un ami perdre son emploi ».

Nicolas Sarkozy a déroulé sa communication sans entrave, il est même allé jusqu’à placer cette phrase incroyable : « permettez-moi de présenter la même chose différemment » façon de rappeler que c’est lui qui fixe le vocabulaire à employer, pas les journalistes. Je ne reviendrai pas sur les questions rhétoriques toujours aussi efficaces. Pujadas bafouille, Duhamel se laisse déstabiliser, et cætera.

Pour parler un peu du fond à présent, notons  qu’il a réussi à ne presque rien dire de concret tout en utilisant des dizaines de fois ce mot.

On ne change rien : ça c’est du concret

Difficile de savoir quelles sont les orientations du gouvernement et du président à l’issue de cette intervention. Rien ne semble avoir changé. A plusieurs reprises les journalistes ont essayé de demander à Nicolas Sarkozy s’il allait modifier sa politique, ils étaient surpris par sa réponse : on ne change rien. Rien. La réforme n’a jamais été aussi utile. On n’évoque pas le paquet fiscal, les heures supplémentaires, on ne parle pas du contre-projet de relance proposé par l’opposition, rien. On ne change rien. « Des manifestations en France il y en a très souvent. Si on doit arrêter chaque réforme quand il y a une manifestation autant ne pas faire de réformes ». C’est dit. Grâce à ses réformes on va « sortir de la crise plus forte qu’on y est rentré » alors qu’en même temps il assume le fait que la France supprime « 40 000 emplois mensuels ».

Politiquement parlant, il a une fois encore attaqué les 35 heures qui ont crée du chômage parce que « le partage du travail a été une erreur sociale historique » alors que bien sûr ce n’était pas la question posée. Comme s’il était en campagne.

Ce qu’il faut retenir c’est bien sûr qu’il n’y a pas d’annonce immédiate. Notamment du fait que le président refuse catégoriquement une politique de relance. On évoque éventuellement une baisse de l’impôt pour les ménages imposés les plus pauvres, mais rien de concret.

La seule annonce concrète est repoussée à 2010 et il s’agit de supprimer la taxe professionnelle. Pourquoi la taxe professionnelle ? C’est certes une taxe que paient les entreprises et c’est assez cohérent dans la politique de relance de l’investissement de Nicolas Sarkozy, mais ce qui est particulier avec cette taxe c’est qu’il s’agit de la ressource principale des collectivités locales. Un impôt local supprimé en 2010 ? Serait-ce une idée pour que les collectivités locales de gauche soient obligées d’augmenter l’impôt l’année des élections ? Comment ces collectivités pourraient-elles trouver 8 milliards d’euros sinon ? Rappelons aussi que pour ce prix là, on peut envoyer un chèque de 500 euros à la moitié des foyers français, comme l’ont fait nos voisins européens. Rappelons aussi que le président a annoncé qu’il voulait une fois encore supprimer un échelon administratif, en oubliant d’ailleurs de citer les cantons.

Et maintenant, que vais-je faire ?

Un changement est tout de même à noter dans ce discours. Cet omniprésident qui se veut toujours dans l’action s’est mis à adorer le temps long. La seule annonce concrète datée est repoussée en 2010, on l’a dit. Rappelons aussi qu’il a tout de même attendu une semaine avant de passer à la télévision. A l’heure de l’immédiateté de l’information, le président a attendu une semaine avant de s’exprimer sur une grève qui a réuni au moins un million de français, une semaine ! De plus, dès qu’une question était gênante, dès que l’on évoquait une possible réforme, il se cachait derrière la future rencontre du 18 février. Et encore deux semaines de perdues ! Faut-il aujourd’hui deux semaines pour réunir les leaders des syndicats d’employés et de patrons ? Face à cette « crise l’un plus importante depuis un siècle » (plus que celle de 1929 donc) on doit attendre encore deux semaines pour réagir ?

Tout son discours était basé sur cette distinction entre le temps court et le temps long. Il demeure le président hyperactif, mais il s’est arrêté. Il attend. Pour finir, je voudrais revenir sur une des réformes sur laquelle il a insisté. Celle de la nomination du président de France Télévisions par le président de la République. A mon sens cette annonce résume son intervention de ce soir. Le président a réussi à affirmer qu’on était passé « de l’hypocrisie totale à la transparence totale » sans trouver aucune contradiction. En gros, il nous explique que le président de France Télévisions a toujours été nommé par le président de la République mais de façon cachée alors au lieu de réformer ceci, d’y mettre fin – alors que l’on affirme haut et fort que c’est mal – et bien on entérine et on grave dans le marbre qu’à présent ce sera comme ça. Personne ne réagit. Il a placé exactement la phrase qu’il voulait, il faut dire qu’en invitant les journalistes triés sur le volet à l’Elysée, on sait que le président joue à domicile et qu’il fera ce qu’il veut de cette entretien.

En résumé, une fois encore, une heure et demie pour rien. Une semaine d’annonce d’une intervention pour exprimer les décisions du président de la République face à la crise pour rien. Aucune annonce, aucun programme, aucune relance. Rien.

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Christophe Barbier provoque les chercheurs

5 février 2009

Le débat sur le statut des enseignants-chercheurs a généré un surprenant consensus chez les concernés. Si ce débat est en effet assez complexe, il ne faut pas non plus chercher comme Christophe Barbier à le schématiser et à le réduire:

Tous les enseignants-chercheurs ne sont pas des staliniens qui cherchent à pénaliser la promotion 2009. Tous les enseignants-chercheurs (ou presque) sont conscients que nous sommes entrés dans le 21ème siècle. Mais tous les enseignants chercheurs semblent d’accord que la recherche n’est pas une entreprise comme les autres qu’il est difficile de comparer sa structure à celle d’une PME. Il sera toujours dur et injuste qu’un président d’université évalue les enseignants-chercheurs vu le niveau de spécialisation de certains.

C’est un débat compliqué que la provocation de Nicolas Sarkozy a au moins le mérite d’avoir soulevé. Un débat que Christophe Barbier ne peut pas résumer en cinq minutes. On ne peut pas avoir raison à tous les coups.


La FNSEA trop de communication tue la communication

5 février 2009

Une première pour le FNSEA (Fédération nationale des syndicats des exploitants agricoles). Pour parler directement à de futurs jeunes candidats, la FNSEA, le plus important syndicat d’agriculteurs, lance sa première campagne de pub sur le thème « L’agriculture, des métiers à la mode ».

« On ne fait pas suffisamment connaître tous les métiers qui tournent autour de l’agriculture au grand public », déclare Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA.

Cette campagne, d’un montant de 2 millions d’euros, sera diffusée à la télévision et dans la presse régionale. Une série de mini-clips en décalage avec l’image du métier d’agriculteur et des affichages que l’on retrouve sur le site internet ouvert ce lundi pour l’occasion.

Pour Jean-Michel Lemétayer, cette campagne « tombe au bon moment ». Alors que la crise économique et financière « secoue des pans entiers de l’économie, nous sommes, nous, en mesure d’affirmer, et en particulier aux jeunes, qu’elle est un grand secteur dans lequel on peut s’éclater ».

Il n’est pourtant pas sûr que cette campagne puisse atteindre sa cible tant elle semble à mille lieux de ce qu’est l’agriculture aujourd’hui… J’aimerais avoir l’avis des spécialistes de la com’ et notamment de Stéphane sur le sujet…