Ségolène Royal à la tête de Dailymotion

29 mars 2009

A l’heure où Dominique Strauss-Kahn bénéficie de tous les égards des médias pour son retour en France, Ségolène Royal innove une fois encore dans sa communication en prenant les commandes de la page d’accueil Dailymotion ce week-end.

C’est dans une indifférence médiatique totale que Ségolène Royal fait à nouveau évoluer la communication politique. En effet, tous les médias ont repris le buzz de Romain Mesnil qui arpente les rues de Paris nu et perche en main mais aucun ne s’est intéressé à l’expérience de Ségolène Royal sur Internet. Aucun rapport, certes. Il est tout de même étrange que seul le site de l’Express s’intéresse à cette expérience nouvelle de la présidente de la Région Poitou-Charentes qui court-circuite les médias traditionnels pour faire passer ses idées.

Le site Dailymotion récemment attaqué par Nadine Morano s’offre une première personnalité politique aux commandes de leur page d’accueil et c’est tout de même un petit événement. Si Marc Eychenne affirme qu’ils ont « envoyé de nombreuses demandes à des personnalités politiques de tout bord, [et que Ségolène Royal] est la seule à avoir répondu favorablement pour l’instant » du côté de la socialiste on affirme que « DailyMotion voulait que ce soit elle, la première [car] elle connaît bien Internet, elle y est très active et ses vidéos plaisent. » Les vidéos mises en avant par Ségolène Royal ne présentent pas un intérêt démesuré, mais ce qui est intéressant c’est le principe de vidéos questions-réponses auquel elle a adhéré.

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Les vidéos actuellement en ligne balayent un certain nombre de thèmes, de la voiture électrique à la crise en passant par l’éducation à l’école maternelle, Ségolène Royal répond à toutes les questions. Celles qui ne sont pas publiées sur Dailymotion et qui ont pourtant été suggérées à Ségolène Royal devraient normalement être reprises sur le site desirdavenir.org. Une fois encore l’exercice de communication est maîtrisé, elle apparaît proche des gens dans ce décor minimaliste composé uniquement d’une pancarte de sa région.

Pas besoin de journalistes complaisants, Ségolène Royal répond aux questions qu’elles souhaitent aborder en choisissant les vidéos d’internautes. L’invitée spéciale de Dailymotion donne dès lors l’impression de répondre aux vraies préoccupations des Français ce qui est une constante dans sa communication. En plus, elle utilise les mêmes ressorts émotionnels que ceux que décrit François Belley dans Ségolène, la femme marque. Ainsi, pour mettre en avant sa crédibilité, elle ramène sans cesse les questions à ses actions concrètes pour la région Poitou-Charentes ou dans ses fonctions gouvernementales. Pour mettre en avant, sa proximité avec les Français elle utilise d’une part ce format questions-réponses et d’autre part elle essaye de paraître dans ses vidéos comme en plein dialogue avec les internautes tout en insistant sur sa proximité avec les gens et sur le bon sens des idées issues de la démocratie participative. Enfin, pour mettre en relief le registre de l’émotion, elle nous rappelle à plusieurs reprises ses origines modestes : elle nous rappelle qu’elle est originaire d’un « petit village des Vosges », d’ « une famille de quatre enfants avec peu de moyens »…

Elle utilise cette communication sur quasiment toutes les questions, par exemple à propos de l’environnement. Elle commence sa réponse par « je vais vous raconter une histoire », nous évoque ses actions lorsqu’elle était ministre de l’environnement. Puis revient sur son enfance : « j’ai été élevée comme ça dans la petite enfance » (« ma mère récupérait l’eau de pluie pour nous laver les cheveux » ; « J’ai fait des herbiers » ; « j’allais aux champignons avec mon grand-père ») et finit par ses actions concrètes aujourd’hui pour sa région. Elle emploie un vocabulaire peu habituel de type « j’ai été soutenue par l’opinion public à fond la caisse » ou « ça a fait un malheur » pour nous amener on ne peut plus sérieusement vers la crise mondiale de l’eau.

Dans les vidéos choisies elle met aussi en avant ses connaissances sur des questions très pointues comme la voiture Heuliez qui faute d’aide gouvernementale peine à voir le jour alors qu’elle pourrait être la première voiture électrique avec une autonomie de deux heures mise en vente à 5000 euros ! Elle tacle d’ailleurs le gouvernement sur beaucoup d’autres sujets comme la petite enfance où ce « gouvernement de nantis » ne prend pas conscience de l’importance de l’école primaire pour l’égalité des chances, le CNRS et aussi et surtout sur le soutien aux banques qui ont reçues des milliards et qui rechignent à financer les PME. Elle critique le « déficit de dialogue social » et épingle les entreprises qui délocalisent ou licencient alors qu’elles ont reçues des aides publiques. Ségolène Royal développe ses idées dans ce domaine, évoque les pays du Nord de l’Europe comme elle aime le faire avant d’aborder d’autres sujets comme sa place au sein du parti. Elle explique qu’elle ne créera pas de partis mais invite tout le monde à adhérer à désir d’avenir – « un lieu apaisé ou l’on travaille, ou l’on échange » – pour seulement 5 euros!

Si le résultat est mitigé : elle n’a pas attiré les médias traditionnels sur son initiative et sa vidéo sur l’environnement n’a été vue que par quelques centaines de personnes, elle réussit tout de même à attirer jusqu’à vingt mille personnes sur sa réponse à la crise soit en un week-end cinq fois plus que la vidéo star de Martine Aubry sur l’Europe. Une fois encore en utilisant cette nouvelle communication et en poussant les internautes vers désir d’avenir et non vers le P.S., Ségolène Royal doit faire grincer des dents, mais elle trouve encore un nouveau moyen d’exister auprès des Français tout en restant fidèle à ses idées et à sa manière de faire la politique. Qu’elle sera la prochaine étape ?

Sur le même sujet :

Ségolène, la femme marque


FN : L’insupportable buzz Jaurès

27 mars 2009

Alors que le FN joue sa survie dans les élections européennes et régionales à venir, certains élus sont prêts à tout pour faire parler de leur candidature, c’est le cas de Louis Aliot et de son insupportable affiche reprenant une citation de Jaurès.

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L’affiche est simple et présente exclusivement le portrait de Jean Jaurès avec ces deux titres « A celui qui n’a plus rien, la patrie est son seul bien », « Jaurès aurait voté front national ». Si c’est actuellement l’affiche du candidat FN pour la région Sud-Ouest aux européennes, elle devrait aussi être utilisée par Bruno Gollnish dans l’Est et Marine Le Pen pour le Nord.

Il faut dire que le buzz a particulièrement bien fonctionné. La plupart des têtes de listes FN n’ont récolté qu’une seule dépêche AFP donnant leur affectation et quelques détails sur leur candidature. Depuis le début de la semaine, tous les médias parlent de l’affiche de Louis Aliot. AFP et Reuters ont écrit des dépêches, Libération, Le Figaro, Le Monde, Les Echos ont repris l’information et le quotidien local : L’indépendant a développé l’information plusieurs jours consécutifs. Le buzz est réussi, ce matin encore, en écoutant France Inter j’ai entendu parler de cette affiche.

Cette affiche est une provocation comme une autre pour le FN. Actuellement dans une mauvaise passe, le parti d’extrême droite concurrencé par le parti de la France de Carl Lang se doit d’exister médiatiquement pour récupérer une part de l’électorat déçu par Nicolas Sarkozy. L’enjeu est vital, les finances du parti frontiste étant dans le rouge. Preuve de ce besoin de faire parler d’eux, Le Pen a encore réitéré ses propos sur les chambres à gaz.

L’utilisation des « grands hommes » par le parti d’extrême droite n’est en rien une nouveauté. On sait que le parti attache une grande importance aux héros de l’histoire de France, comme Jeanne d’Arc par exemple. On peut aussi se remémorer cette affiche du FN pour les municipales de 2001 dont le slogan était « De Gaulle avec Le Pen ». Dans le cas présent, De Gaulle était le nom d’un des candidats figurant sur la liste de Jean-Marie Le Pen qui n’était autre que le petit-fils de Charles de Gaulle. Cette utilisation de l’histoire par le FN participe d’un double processus de légitimation et d’existence médiatique. En mettant en avant Jaurès, grande figure républicaine s’il en est, le parti d’extrême droite entend autant gagner en médiatisation qu’en légitimité en se présentant comme un vrai parti de gouvernement.

La stratégie à cette fois été particulièrement payante. Tous les regards étant tournés vers Louis Aliot il a pu faire passer son message. Ainsi, nous avons pu lire dans les colonnes des Echos que selon lui « La seule formation politique à défendre les valeurs de justice sociale et d’humanisme est le FN ». Dans L’indépendant, le candidat frontiste profite de son entretien qui tourne autour du socialisme pour tacler le PS. Selon lui, « toutes les directives européennes cassant La Poste, le fret ferroviaire et France Télécom ont été négociées sous des gouvernements de gauche. » Sur son site Internet, propos repris dans la dépêche AFP, Louis Aliot assume parfaitement son buzz en affirmant profiter du 150ème anniversaire de la naissance de Jaurès qui devrait entrainer beaucoup de publications : « Au moment où nombre de nos compatriotes commémorent cette année le cent cinquantenaire de la naissance de Jean Jaurès (1859-1914), voilà une manière de rappeler qu’aujourd’hui, la seule formation politique en France à défendre les valeurs de justice sociale et d’humanisme est le Front National ».

L’opposition est piégée : elle ne peut pas laisser passer cette provocation mais toute réponse à cette affiche contribue à sa publicité. Ainsi Paul Quilès, qui a été député de la circonscription de Jaurès, écrit sur son blog qu’il a été « saisi par une bouffée d’indignation et de colère ». Georges Frêche s’est lui aussi indigné contre cette provocation. « Cette affiche est une injure à l’homme d’Etat que fut Jaurès, une injure à ses idéaux d’égalité et de fraternité ô combien toujours d’actualité aujourd’hui » déclarait-il à l’AFP ce jeudi. Ce genre de buzz est le « degré zéro de la politique » comme le souligne le sociologue Dominique Sistach au journal L’Indépendant. Il prend en otage l’opposition. Pour cet auteur, « Il n’y a dès lors plus de barrière morale car pour faire une cochonnerie pareille, il faut être sans vergogne. Ce n’est pas possible de faire usage de Jaurès de cette manière. Mais contre ça que peut-on faire ? Dénoncer, c’est participer au buzz, mais se taire c’est laisser passer cette usurpation historique. En tout cas, le degré zéro de la politique on y est. Ça fait flipper de voir des réactionnaires s’emparer de ça. »

C’est sûr, une fois encore on a essayé d’enterrer le FN trop vite. Malgré leurs cuisants échecs de 2007-2008 le parti frontiste demeure capable d’occuper le terrain médiatique en s’appropriant toujours cette célèbre phrase de Sacha Guitry : que l’on en dise du bien ou que l’on en dise du mal, l’essentiel c’est que l’on en parle…


BTM TV : Internet tous journalistes ?

23 mars 2009

Chose promise, chose due : je vous donne le lien pour découvrir l’émission à laquelle j’ai participé samedi sur BFM TV.

A plus d’un titre cette émission a pu être frustrante, pourtant il faut reconnaître que cette expérience a été plus que sympathique. Après l’Express 3001, on me proposait à nouveau de donner mon avis sur la question « Internet : tous journalistes ? » Le problème dans le cas présent est bien sûr le format de l’émission, moins d’une heure, deux invités plateaux, Versac sur la plateforme human-network et six internautes en direct par webcam. A l’arrivée, chaque internaute n’a pu intervenir qu’une fois, il me semble même qu’un des six blogueurs présents n’a pipé mot.

C’était pourtant une expérience enrichissante et surprenante. Participer à une émission télé sans se voir, ni voir les autres est déstabilisant. J’étais relié aux autres invités uniquement par le retour dans le casque, ce qui donne un peu l’impression d’être à la radio. Les intervenants étaient partagés sur le sujet ce qui aurait pu faire naître un vrai débat. En ce qui me concerne, je suis intervenu en début d’émission pour rappeler les bons chiffres de la presse écrite en 2008. Puis je n’ai pu obtenir à nouveau la parole ce qui est peut-être lié au fait que j’ai eu un bogue informatique au milieu de l’émission et que je me suis trouvé déconnecté quelques instants ce qui a dû faire paniquer la régie! Dans tous les cas, on ne pouvait prétendre à parler plus d’une minute chacun. J’aurais aimé intervenir sur Twitter qui fêtait ses trois ans le jour même de l’émission. J’aurais aimé relativiser l’idée que les blogs cherchent à faire du sensationnalisme…

Dans tous les cas si vous voulez voir l’émission elle est en ligne ici. J’espère quant à moi avoir l’occasion de poursuivre ce débat dans une prochaine occasion !


Arrêt sur les mots invité sur BFM TV ce soir

21 mars 2009

Dans le cadre de l’émission « Partageons nos idées », je serai ce soir invité à répondre par webcam à la question suivante :

Internet : tous journalistes ?

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La vidéo de cette emission sera sur ce blog dès la semaine prochaine et sinon vous pouvez me voir ce soir à 19 h 00 sur BFM TV…


Paquet fiscal, le coût du péché originel.

18 mars 2009

Mardi paraissait dans les colonnes des Echos le bilan chiffré pour 2008 des baisses d’impôts décidées à l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy. L’occasion pour l’opposition et une partie de la majorité de faire entendre leur voix.


Revenons tout d’abord sur les chiffres parus ce mardi. Première remarque qui doit ravir la majorité, le paquet fiscal a coûté moins cher que prévu. Près de 5 milliards de moins que prévu, en ces temps de crise, c’est toujours ça de pris. Le problème pour la majorité c’est que ce chiffre est à peu près le seul point positif du bilan.

La principale mesure de la loi TEPA concerne bien entendu l’exonération des charges sur les heures supplémentaires. Elles auraient coûtées environ 4,3 milliards aux contribuables français ce qui représente environ 40 millions d’heures supplémentaires qui ont permis à 4,3 million de foyers de gagner en moyenne 150 €. A priori, cela pourrait ressembler à un bon point, d’autant plus que ces foyers appartiennent à ce qu’il convient d’appeler la classe moyenne (la moitié d’entre eux déclarant entre 11 345 € et 25 195 €). Le problème c’est que ces heures supplémentaires sont tellement attractives pour les entreprises qu’il n’y a aucune raison de se tourner vers de nouvelles embauches voire vers de l’intérim. On estime que les heures supplémentaires effectuées dans le cadre de cette loi TEPA correspondent à 90.000 emplois. Pendant ce temps là, la France perdait environ 115 000 emplois. Même s’il serait un peu facile de croire que les deux chiffres pourraient s’équilibrer, force est de constater que la loi TEPA est une mesure qui décourage l’emploi. A titre d’exemple on aurait pu donner une prime de 150 € aux 4,3 millions de foyers concernés par les heures supplémentaires pour quasiment le même coût sans décourager l’emploi. Cela s’appelle une politique de relance. La différence de coût (2 milliards environ) aurait largement été compensée par les indemnités chômage que l’État n’aurait pas eu à verser puisque les entreprises auraient dû embaucher…

Mais la mesure la plus contestée, bien que moins chère que prévue, est bien sûr le bouclier fiscal. En tout, il aurait coûté 458 millions d’euros aux contribuables. Mais ce n’est pas le montant total qui choque, c’est que le nombre de bénéficiaires de ce bouclier à diminuer (ce qui est surprenant) pour ne concerner que quelques 14 000 contribuables qui ont gagné en moyenne 33 000 euros. Ce gain a doublé par rapport à l’année précédente, ce qui est lié au passage du bouclier fiscal de 50 à 60 %… choquant en ces temps de crise ! Le pire dans l’histoire c’est que ceci n’a pas vraiment encouragé des fortunes exilées à revenir ni n’a découragé ceux qui le souhaitait à partir. On avait recensé 843 départs en 2006, il y en a eu 719 en 2007… avouons que la différence n’est pas énorme… Pendant ce temps là, le retour des expatriés n’augmentait que de 9%… A titre de provocation et de pavé dans la marre, rappelons qu’il y avait en moyenne moins de 400 fortunes exilées par an sous la gouvernement Jospin… C’est sûr c’est la politique du gouvernement qui les retient!

Face à ces chiffres pour le moins décevants, les réactions ne se sont pas faites attendre. Bien sûr, la gauche a sauté sur l’occasion pour remonter à l’assaut contre cette loi. Le bouclier fiscal « est un scandale, ça fait un an et demi que nous le dénonçons. » déclarait hier Jean-Marc Ayrault. On pouvait lire dans L’Humanité sous la plume de Jean-Paul Piérot : « L’opinion publique, un temps en partie abusée, ne comprend pas pourquoi, lorsque la crise frappe dur la majorité des Français, la caste de la finance, les grandes fortunes de notre pays ne rendraient pas au moins une partie des cadeaux mirifiques qu’elles ont encaissés. ». Mais ce qui est nouveau c’est que certains membres de la majorité grondent. Même, l’ultra libéral Alain Madelin critiquait hier sur BFM cette mesure. Le PS a salué hier « la lucidité et le courage de ceux qui à droite expriment cette volonté de revenir sur une mesure inique et inefficace ». Comme Pierre Méhaignerie, Dominique de Villepin a appelé à une contribution exceptionnelle portant sur les plus hauts revenus. L’éternel rival de Nicolas Sarkozy a d’ores et déjà souhaité qu’on « réexamine très sévèrement et de façon très exigeante » la loi TEPA.

Mais les habituels défenseurs de Nicolas Sarkozy sont montés au créneau. Frédéric Lefebvre s’est enflammé contre ceux qui voudraient faire des milliardaires « des boucs émissaires ». Pour lui, « Le bouclier fiscal est un principe sur lequel [la majorité] n’entend pas transiger » Pendant ce temps là, le patron des députés UMP, Jean-François Copé, a trouvé cette belle formule : « en temps de crise, on a besoin de gens fortunés ! ». A côté de cette provocation, les propos d’Eric Woerth sont passés inaperçus. Il affirmait pourtant que la loi TEPA est une mesure « juste » qui a permis que « les gens reviennent en France avec leurs capitaux et leurs investissements ». Ce n’est pourtant pas vraiment ce que dit le bilan, n’aurait-il pas eu le temps de le lire?

Le bouclier fiscal est à Sarkozy ce que les 35 heures étaient à Jospin. Il ne peut pas permettre qu’on le touche et pourtant il le plombe. C’est la base de sa politique économique. C’est sur ce thème libéral emblématique qu’il a bâti sa campagne électorale et sa victoire présidentielle. Même si comme on l’a vu le fameux bouclier fiscal est devenu – et pas seulement à gauche – le symbole même de l’injustice du moment. Un chiffon rouge sous les yeux des français qui souffrent de la crise. Le symbole du soutien aux riches contre les pauvres. Trop rapides sont ceux qui pensent que le gouvernement va faire marche arrière, ce serait un désaveu beaucoup trop grand pour Nicolas Sarkozy, il y a peu de chance que l’on ne change quoi que ce soit.


Ségolène ®, la femme marque

16 mars 2009

A l’heure où Ségolène Royal – qui a si souvent exposé sa vie privée – se plaint d’être en une de Paris Match avec son nouveau compagnon, il est intéressant de découvrir l’ouvrage de François Belley qui analyse la marque Ségolène ®.

Sur invitation de l’auteur, j’ai décrypté Ségolène ® la femme marque. Je ne vous cache pas avoir été quelquesegolenefemmemarque2 peu inquiet en découvrant le postulat de départ. L’analyse d’une femme politique par un « marketeux » risquait de réveiller en moi les souvenirs plus ou moins difficiles des cours d’analyse économique du politique. J’ai eu peur de retrouver le spectre de Capitalisme, socialisme et démocratie de Schumpeter, Anthony Downs ou encore des calculs tels que V = pU – C + R1 qui nous explique l’irrationalité du vote. Au lieu de cela, je me suis trouvé en présence d’un livre très travaillé et tout à fait agréable à lire. L’omniprésence de termes utilisés en marketing et en communication nous rappelle toutefois la nature de cet ouvrage. Ainsi on peut trouver des mots comme covering, C to P (consumer to politics), insights, big idea, team, feedback, brand linking, ou encore des termes qui nous plongent directement dans l’univers de la publicité comme aspirationnel ou désirabilité. Pourtant la démonstration apporte un vrai plus à l’étude du politique tant il est vrai que parfois la science politique est désarmée face à la mise en abîme de l’image des professionnels de la politique.

Le livre commence par une préface de Jacques Séguéla, l’homme qu’il fallait pour un ouvrage qui veut imbriquer communication et politique. Cette préface très courte peut à plusieurs titres décevoir, il n’empêche qu’elle remplit son rôle, elle met le lecteur en haleine et annonce la couleur. De ces quelques lignes, je ne retiendrai qu’une phrase qui éclaire la thèse de l’auteur : « la consommation, si on la réduit à sa plus simple expression, se résume à deux vases communicants. L’un symbolise la confiance, l’autre le désir. Le choix va toujours à l’offre qui témoigne de la meilleure synthèse des deux ». En 2007, c’était Nicolas Sarkozy, c’est pourtant à l’autre « gagnante » de l’élection que François Belley s’est intéressé.

Rapidement, l’auteur nous explique dans quelle mesure on peut affirmer que les hommes politiques sont des marques comme les autres. A travers des exemples très concrets comme celui de José Bové, on commence à adhérer à la thèse du livre. L’œil du professionnel du marketing nous apporte tout d’abord une vraie connaissance de ce qu’est une marque. Insistant sur le triptyque notoriété, identité et pérennité qui fonde la marque, l’auteur conclut que « seul le profit semble différencier la marque commerciale de la marque politique ».

Mais Ségolène ® la femme marque n’est pas un ouvrage lointain et théorique. Basé sur un travail colossal, l’auteur nous retrace l’ascension de Ségolène Royal de son entrée en politique à la veille du congrès du P.S.. Partant du principe qu’une marque doit « incarner et développer une spécificité (…) et donc [se] rendre unique, dans une certaine mesure, aux yeux du consommateur. » L’auteur analyse ce qui fait de la présidente de région un produit marketing.

Pour l’auteur, la marque Ségolène Royal se distingue des autres offres politiques, par sa féminité et sa proximité. De ce point de vue, force est de reconnaître la stabilité de Ségolène Royal. Tout au long de sa carrière, elle aura joué sur le registre de l’émotion et sur la carte de l’écoute. L’auteur nous montre le parcours qu’elle a entrepris depuis la mise en avant de la naissance de sa fille Flora en 1992 dans Paris Match jusqu’à son Zénith à la fin de l’année passée, il est totalement impossible de passer à côté de la vie privée de Ségolène Royal. Elle va, de plus, « faire de ses places aux gouvernements et de ses fonctions politiques un levier médiatique pour émerger, installer la marque dans l’esprit des Français ». La notoriété est déjà là, et le fait qu’elle ait toujours été une « bonne cliente » pour les médias, va profondément l’aider à devenir une possible présidentiable en 2007.

En ce qui concerne l’émotion, inutile de préciser que Ségolène Royal aime mettre en avant sa vie privée, « chez Ségolène, la politique s’apparente toujours à un récit dans lequel les séquences émotionnelles rythment la vie de l’héroïne narratrice ». Tout au long de sa carrière, elle n’aura de cesse de mettre en avant, son statut de femme, son charme et ses atouts de mère de famille nombreuse. Pour l’auteur, « Ségolène Royal sera l’incarnation même de la femme rassurante, maternelle, douce et protectrice »

Mais le point fort de la marque Ségolène, c’est l’écoute. Si Ségolène Royal peut apparaître comme un pur produit de la demande, c’est parce qu’elle n’effectue que rarement une prise de parole sans avoir préalablement commandé une étude de marché. Sur ce point là, elle ressemble beaucoup à Nicolas Sarkozy. Mais Ségolène Royal, pousse le sentiment d’écoute à son paroxysme en ne jurant que par la démocratie participative. L’auteur établit un parallèle entre la démocratie participative de Ségolène Royal et ce que les marques commerciales appellent le « Customer made » – autrement dit, « conçu par le consommateur ». Le « principe qui tend à faire du consommateur un acteur avisé de l’entreprise en l’associant d’une manière tactique à l’élaboration de ses produits, en amont de son processus de décision jusqu’à la conception de ses campagnes de communication. » De ce point de vue là encore, François Belley montre la cohérence du parcours de Ségolène Royal qui dans ses slogans, ses écrits ou ses pratiques met toujours en avant le citoyen-expert.

Le livre pourrait s’avérer enrichissant avec ces éléments, mais l’auteur va plus loin en nous offrant une analyse de l’image de Ségolène Royal. Il revient sur l’utilisation du blanc par la candidate, sur ses références plus ou moins explicites à François Mitterrand et à la culture catholique et même sur ses sourires par le biais d’analyses toujours pertinentes. Sa vision marketing permet aussi d’expliquer l’essoufflement de Ségolène Royal à la veille des élections internes au P.S.. Dans le cycle de vie du produit Ségolène, on a atteint actuellement le stade de la maturité. Le produit est moins attirant et n’est plus vraiment une nouveauté sur le marché. Ceci explique notamment que les médias avides par nature de nouveautés ce soient tournés massivement vers le produit Bertrand Delanoë avant le Congrès du PS. Dans cette phase la stratégie est simple, exister à tout prix. Cela explique les controverses suscitées par Ségolène Royal : on cite dans le livre sa petite phrase sur la libération d’Ingrid Bettencourt, mais on peut aussi penser à son récent voyage en Guadeloupe par exemple. Pour Ségolène Royal, chaque sujet d’actualité devient un moyen d’exister aux yeux des Français.

Vous l’aurez compris, j’ai particulièrement apprécié ce livre, et j’attends avec hâte une analyse similaire sur d’autres candidats à l’élection présidentielles, et pourquoi pas un prochaine opus sur la stratégie de marque de notre président?

1 Arbitrage final = Probabilité anticipée par l’électeur que son vote sera déterminant pour l’issu du scrutin multiplié par l’utilité escomptée moins le coût du vote plus la variable résiduelle et marginale.


Laurence Parisot au Parisien « On va s’en sortir »

9 mars 2009

Quelques jours après le refus du MEDEF de signer les accords en Guadeloupe, Laurence Parisot répond aux questions des lecteurs du Parisien / Aujourd’hui. Une interview assez plate et sans profondeur pourtant très commentée ce lundi dans les médias.

Laurence Parisot, 5 février 2009.  REUTERS/Jacky Naegelen (FRANCE)

Laurence Parisot, 5 février 2009. REUTERS/Jacky Naegelen (FRANCE)

Comme à son habitude, Laurence Parisot va maîtriser ses mots, ses coups. On ne sait pas dans quelle mesure cet entretien a été retravaillé a posteriori mais les termes sont choisis, pesés, ciblés. Des réponses claires, simples et directes.

Si l’interview débute par la situation en Guadeloupe, la présidente du MEDEF dévie rapidement sur une vision plus globale de cette crise. Après avoir décrit le LKP comme une « organisation gauchiste, très politisée, et usant de pressions qui ont semé un véritable climat de terreur », Laurence Parisot rappelle que ce syndicat n’a rien à voir avec ceux qu’elle à l’habitude de côtoyer qui sont plus « constructifs et responsables ». Par la suite elle expose sa vision générale de cette crise qui « va durer au moins un an ». Pour elle, « le gouvernement n’a pas pris la mesure du nombre de faillites prévisibles au premier semestre 2009 ». Comme à son habitude, elle critique les charges sociales et fiscales qui lestent la compétitivité de nos entreprises qui sont « entrées dans la crise plus faibles et plus fragiles que les entreprises de nos voisins ».

Pourtant, tout au long de cet entretien, la présidente du MEDEF n’a cessé d’être optimiste : « La crise, ce n’est pas la mort. Ne pensons pas que, demain, tout le monde va se retrouver à faire la queue devant un Pôle emploi. » ou encore « des secteurs entiers continuent à embaucher ». Dans cet interview elle a aussi soutenu sans faille le patronat, ce qui est certes son boulot, mais qui l’a amenée à défendre sans détour les entreprises qui font du profit et qui dans la foulée annoncent un plan de licenciement. Pour elle : « C’est justement quand elle fait encore un peu de profits qu’une entreprise peut procéder aux ajustements nécessaires avant de risque le pire », il ne faut pas croire que les patrons sont « des robots sans cœur ». « Nous avons les charges les plus élevées du monde. Mais personne ne veut nous croire » ira-t-elle jusqu’à affirmer sans soucis d’étayer sa pensée. Pour elle, il n’est pas question de mieux répartir les profits, c’est une idée aberrante puisqu’« en France, les salaires représentent [déjà] les deux tiers de la richesse créée (…) alors qu’en Allemagne ce n’est que 55% ».

En fait, comme je le disais en introduction, cet entretien ne nous apprend rien de très nouveau, on retrouve Laurence Parisot dans son rôle traditionnel, défendant fermement ses idées face à des lecteurs qui n’avaient pas la possibilité de rebondir, un exercice de communication en somme. Elle expose quelques idées simples comme le risque de la tentation protectionniste qui serait « économiquement et humainement désastreu[se] ». Finalement ce qui a le plus attiré mon attention dans cet entretien c’est le commentaire de quelques lignes écrit par Philippe Martinat.

Le journaliste politique du Parisien a dû oublier la « morale » de la journée internationale des femmes. En effet, dans ce tout petit encadré, le journaliste va réussir à faire trois occurrences à la tenue vestimentaire de la présidente du MEDEF. Son journal reçoit cette femme puissante parmi les puissants qui vient de s’exprimer pendant de longues minutes et, lui, la seule chose qu’il trouve à noter c’est qu’elle a une « mince silouhette sanglée dans un pardessus synthétique aussi bleu que le ciel ce jour-là. », qu’elle se présente finalement dans un « spencer couleur parme » avec « ses mains libres de bijoux et de montres ». Ce genre de commentaires montre d’une part la vacuité de l’argumentation du journaliste, mais témoigne aussi d’une prégnance machiste dans la profession. Serait-il allé commenter les tenues du baron Ernest-Antoine Sellière? Sûrement pas. Mais une femme se définit avant tout par son apparence, c’est bien connu.

Heureusement qu’on a inventé la journée des femmes, il reste plus que 364 jours pour que les journalistes comme Philippe Martinat puissent rabaisser le sexe qu’ils pensent faible à la simple description de ses tenues vestimentaires…