Et Sarkozy conquit l’Espagne

29 avril 2009

Après la polémique autour des propos du chef de lEtat français la semaine passée, tous les yeux étaient rivés vers lEspagne pour la visite officielle de Nicolas Sarkozy. Si les journaux espagnols ne devaient retenir quun seul point de cette visite, ce serait  sans aucun doute l’élégance de Carla Brunipourtant notre président a réussi à séduire lEspagne.

 

Pour commencer et tout de suite comprendre à quels points tous les regards étaient rivés sur Carla Bruni lors de ces deux jours en Espagne, il suffit de regarder ces quelques unes de journaux espagnols.

 

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 A lire les journaux espagnols, en tout cas ceux de mardi, il semblerait que la rencontre la plus attendue dans ce voyage officiel était celle des deux premières dames. On peut ainsi trouver des titres dans la presse telle que « le jour des premières dames », « jeux de dames », « princesses ». El Mundo, journal de référence s’il en est, proposait aux lecteurs de son site le sondage suivant : ¿Quién cree que iba ayer más elegante: la Princesa de Asturias o Carla Bruni?  Carla Bruni a été choisie comme la femme la plus élégante entre les deux à 67% ! Intéressant, non ?

 

La plupart des articles de mardi traite du charme de la première dame de France, de la couleur de ses vêtements, de la marque de sa robe… Un journaliste de La Vanguardia affirme que toutes les caméras étaient braquées sur elle, traquant le moindre de ses gestes. Elle séduit caméra, conclut-il. Certains chroniqueurs font même le parallèle avec Lady Diana… El País, le premier quotidien espagnol, nomme même Carla Bruni, « l’étoile de la première journée ».

 

Nicolas Sarkozy, n’a d’ailleurs pas mis longtemps à comprendre que sa femme était son atout popularité. Comme lors de leur visite en Angleterre, il a, à nouveau, mis sa femme en scène, en rendant hommage à une personne très populaire en Espagne : Carla Bruni…

 

Toutefois, les journaux retiendront aussi la grande popularité du président français en Espagne : les applaudissements à la tribune du Congrès et la très longue ovation à sa sortie ; mais aussi, les échanges d’amabilités entre Zapatero et Sarkozy le premier qualifiant leur relation d’ « intenso, profundo, sincero, sentido y para siempre » et le second, soulignant, comme pour rappeler une récente polémique, lintelligence du premier. Dans les colonnes espagnoles on parle damitié éternelle, et de nouvelle ère dans la collaboration entre les deux pays.

 

Grâce à sa femme et à ce que les journalistes espagnols considèrent comme une grande capacité didactique, Sarkozy a réussi à séduire lEspagne. Ce matin dans les colonnes dEl Mundo Santiago Gonzalvez affirmait que Sarkozy était le meilleur allié pour que lEspagne fasse son entrée dans le G-20 avant de le qualifier de « señor bajito, pero grande » (tout petit mais grand homme).


Le monde, Comment évoluent les valeurs des français ?

26 avril 2009

C’était l’article à lire absolument dans Le Monde daté d’hier. On peut le retrouver en partie en ligne ici. Cet article présente les grands traits de la quatrième enquête sur les valeurs des français depuis 1981. Cette enquête approfondie sur les valeurs des français (dont on peut trouver plus de détails à cette adresse) à donc lieu tous les neuf ans et mesure les évolutions des valeurs des Français.

Pour Le Monde, les principales leçons de cette enquête se résument ainsi :

« Le vol d’une voiture ou la triche dans sa déclaration d’impôts ne sont pas tolérés ; le divorce, l’avortement, l’éventualité de l’euthanasie même sont majoritairement admis. Neuf Français sur dix se disent très ou assez heureux de la vie qu’ils mènent, mais les deux tiers jugent que le gouvernement fonctionne mal. De même, neuf sur dix se déclarent  » fiers d’être français « , mais la xénophobie régresse et le regard porté sur les immigrés est plus tolérant. La demande d’égalité, pour la première fois depuis trente ans, devient plus forte que celle de liberté, en dépit des réquisitoires du président de la République contre l' » égalitarisme « . En revanche, le  » travailler plus  » sarkozyen rencontre manifestement les attentes des Français, mais pas forcément pour  » gagner plus « , tant le rapport à l’argent reste complexe. »

On peut noter, en outre, que « les valeurs de gauche et de droite sont aujourd’hui beaucoup plus camaïeu qu’autrefois, chacun composant son mélange de convictions politiques, en général quelque peu décalé par rapport aux grands systèmes constitués ». Ce qui est intéressant aussi à noter c’est que – bien que cette grande enquête ait eu lieu avant la crise – le nombre de français à vanter les mérites de la concurrence est passé en 18 ans de trois français sur cinq à deux français sur cinq ce qui constitue une baisse importante. Ce qui est particulièrement saisissant dans cette enquête, comme le résumait Le Monde, c’est la montée spectaculaire des valeurs égalitaires qui dépassent même la demande de liberté. Elles vont de pair avec la montée de demande d’autorité liée à la prégnance croissante de la question de la sécurité. Parallèlement on note une hausse de la libéralisation des mœurs qui se manifeste notamment par une plus grande acceptation de l’homosexualité, une baisse des opinions xénophobes et une diminution du nombre de partisans de la peine de mort et à l’inverse une hausse des pro-euthanasie.

Pour plus de détails, je vous invite à lire l’intégralité du compte-rendu de cette enquête qui peut à plus d’un titre être surprenante.


L’anglicisme de la semaine : Think Tank

26 avril 2009

Le journal officiel du 14 Août 1998 propose de remplace cet anglicisme par le terme laboratoire d’idées et en donne pour définition : « Groupe plus ou moins formel dont les membres interviennent dans les débats publics sur les grands problèmes économiques et de société, parallèlement aux travaux effectués par les administrations publiques. »

Régulièrement, je publierai ici les anglicismes que je rencontre dans la journée pour en proposer une manière de la remplacer en français, notamment en regardant ce qui peut se faire à l’étranger dans les pays francophones ou non.

Dans le cas présent on peut voir des pays qui résistent plus ou moins à cette expression de plus en plus courante. Par exemple, on peut voir qu’un pays comme l’Espagne a importé l’expression en l’hispanisant ce qui donne tanque de pensamiento, ce qui conserve l’image d’origine tout en l’important dans la langue locale toutefois, il n’est pas rare de voir l’expression think tank employée ainsi. En Allemagne, à l’opposé, le mot est rarement employé, on lui a rapidement trouvé une expression de substitution avec le terme Denkfabrik (littéralement usine de pensées). On remarque toutefois que dans la plupart des cas, l’expression est importée et traduite dans la langue locale ce qui est le cas du Danemark avec tænketank, de la Suède avec Tankesmedja, ou des Pays-Bas avec Denktank. En revanche, et pour finir le tour de nos voisins européens, on peut noter qu’en Italie, au Portugal comme en France, le terme le plus souvent usité est thinktank même si on a prévu une substitution avec serbatoio di pensiero ou catalizador de idéias.

A noter pour finir que l’esperanto avait prévu une traduction pour cet anglicisme, en se basant sur plusieurs idiomes cela donnait : Pensfabriko !


Sarkozy/Zapatero/Royal, l’affaire ne passionne pas l’Espagne.

24 avril 2009

Une conférence et quelques TD en préparation, des copies à corriger qui s’empilent, un travail alimentaire, le temps pour bloguer se raréfie ! Je me suis pourtant intéressé à cette histoire de « pardon » de Ségolène Royal.

images1J’avais personnellement trouvé le coup du pardon à l’Afrique très bien joué. Le fait de parler au nom de la France lui confère une fausse légitimité qui peut contribuer à la présidentialisation de son image. Elle joue aussi sur le jeu de la décrédibilisation de Sarkozy en lui faisant un procès en compétence, chacun de ses pardons étant accompagnés d’une vision de ce que peut ou ne peut pas dire un président de la République. Elle se crée un rôle de contre-présidente, représentant le pays et non son parti.

L’affaire du pardon à Zapatero est toute différente. D’une part, elle arrive quelques semaines après celui à l’Afrique ce qui crée un écho désagréable et met sur le même plan deux affaires très différentes. Il y a d’un côté un discours très contestable de l’autre, un mot déplacé qui a pu – ou non – avoir été prononcé, qui a pu – ou non – être sorti de son contexte. Certains confirment les propos présidentiels cités par Libération sur la mise en doute de l’intelligence de José Luis Zapatero, d’autres les nient.

 L’Espagne s’est émue de ces propos. El Mundo évoque « une pluie de commentaires ». Pourtant les excuses de Ségolène Royal ne déchaînent pas les passions. Dans la presse espagnole ses jours, on s’intéresse plus à ses collaborateurs non-rémunérés et aux échanges d’amabilités entre l’UMP et PS. En premier lieu, les quotidiens espagnols reviennent sur les propos de Frédéric Lefebvre qui conseille à la présidente du Poitou-Charentes une « aide psychologique » ou qui la considère comme une octavilla (un tract de propagande). Ces propos font dire aux journalistes espagnols que la politique française est « mas de frasecitas que de confrontacion de proyectos »[1]. Cette affaire de politique franco-française qui vient se régler sur leur terre aura au moins le mérite d’avoir fait rire quelques journalistes ! La plupart des journaux qui relatent l’affaire raillent cependant plus les « bravuconadas verbales »[2] de Sarkozy que les pardons de Ségolène Royal !

 


[1] Une politique de petites phrases et non de confrontation de projets

[2] fanfaronnades verbales


Bac menacé, l’histoire se répète

15 avril 2009

L’histoire se répète parfois inlassablement. Depuis que la droite est revenue au pouvoir en 2002, c’est la quatrième édition du bac qui est menacée. Après, 2003, 2005, 2007 ; 2009 sera-t-elle, la première année sans épreuves du baccalauréat?

C’est assez peu probable d’imaginer la suppression des épreuves du baccalauréat. Si le chantage en la matière est monnaie courante, il est pratiquement inimaginable que cette suppression devienne concrète. C’est pourtant la menace qu’ont déposé des centaines d’enseignants-chercheur de l’académie de Rouen avec la lettre suivante :

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En 2003, les enseignants menaçaient de ne pas corriger le bac ou de mettre 10 à tout le monde (voire noter entre 15 et 20 toutes les copies), le gouvernement avait fini par céder à la pression et les ministres Sarkozy et Ferry avaient renoncé à transférer aux collectivités locales les conseillers d’orientation, les assistantes sociales et les médecins scolaires. En 2005, le ministre de l’éducation, un certain François Fillon, avait alors utilisé le bac contre les mouvements étudiants. Il a rapidement fait passer le message que le bac ne serait pas modifié et que dès lors les étudiants qui auront manqué des cours pourraient se trouver à l’examen face à des sujets non-traités en classe. Le résultat avait été assez concluant, il avait réussi à mettre un peu de plombs dans l’aile de la mobilisation. Le 7 avril 2005, 480 lycées étaient bloqués, deux semaines plus tard, la mobilisation était terminée, le projet de loi Fillon était voté à l’exception – une fois encore – de la réforme du baccalauréat retirée en guise de compromis. Malgré le CPE en 2006, il ne règne pas une grande menace sur les épreuves du baccalauréat, les manifestants étant majoritairement des étudiants du supérieur. En 2007, les enseignants se sont mobilisés pour le retrait du décret Robien qui touchait au temps de travail des profs et à leur bivalence. Pour montrer le sérieux de leur mobilisation, plusieurs centaines d’établissements ont bloqué le bac blanc. La menace était une fois encore de reproduire la même action quelques mois plus tard avec les vraies épreuves du baccalauréat. Même si les enseignants devront attendre octobre 2007 pour avoir gain de cause, le baccalauréat s’était alors déroulé sans entrave.

Aujourd’hui, ce sont les maîtres de conférences et professeurs des universités qui menacent le bac, immédiatement le pouvoir réagit en commandant un sondage. Ainsi on peut lire aujourd’hui dans la presse que près de deux Français sur trois (64 %) désapprouvent la proposition de certains enseignants chercheurs de refuser de présider les jurys du bac pour protester contre la politique du gouvernement dans les universités. C’est ce qu’ indique le sondage OpinionWay pour le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

Le baccalauréat demeure un symbole que l’on peut essayer d’utiliser de part et d’autres, il ne sera cette année probablement pas plus menacé que les années précédentes, toutefois on peut souhaiter aux enseignants-chercheurs qu’ils réussissent à tirer profit de cette menace et que celle-ci ne se retournera pas contre eux comme ça a pu être le cas, les années précédentes…


Ceci n’est pas un sondage

14 avril 2009

J’ai reçu hier une invitation pour parler de ce « sondage » et je tenais à préciser à la personne qui me l’a envoyé ainsi qu’à tous mes lecteurs que ceci n’est pas un sondage.

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Pour être représentatif un sondage par panel (un échantillon de la population) doit être une représentation miniature de la population qu’il cherche à représenter. Ainsi il doit y avoir la même proportion de femmes que dans la population réelle, ainsi que la même proportion de jeunes, de vieux,…

Il est vrai que l’on considère souvent en France que pour avoir une marge d’erreur décente (environ 3 points) il faut une population de 1000 personnes et que ce sondage a déjà eu 1500 « votants ». Mais les 1500 visiteurs du Post ne sont en aucun cas un échantillon représentatif de la population française. Il faut de plus noter le nombre colossal de personne n’ayant pas pris par au vote. Ainsi sur plus de 7000 clics seuls 1500 ont voté.

De plus, les questions ne sont pas censées être orientées et en tout cas devraient être plus vastes. Ainsi soit on veut la démission immédiate du président (jusque là tout va bien) soit on considère qu’il reste car il arrange nos affaires. On ne peut pas vouloir qu’il reste parce qu’on se dit qu’après tout ce n’est pas le pire, parce qu’on se dit qu’on ne voit pas qui prendrait sa place… Enfin, on ne peut pas dire qu’on ne se prononce pas sans dire « connais pas ».

Ce sondage est tout à fait fantaisiste et ne signifie pas grand chose, il pourrait éventuellement être utilisé en pétition pour la démission du président, mais pour que celle-ci est un quelconque impact ce n’est pas 1500 votants qu’il faudrait mais mille fois plus…


« Fainéant fainéant », l’éthnomusicologie en lutte

10 avril 2009

Alors que l’on me signalait hier la sortie du second tube de Princess of Cleves, je vous invite à découvrir cette chanson écrite par les ethnomusicologues de Nanterre : fainéant, fainéant

Pour donner un petit aperçu, le refrain est le suivant :

Fainéant fainéant
Oui je suis un fainéant
Je gaspille votre argent
Avec un mauvais rendement

Si les chansons ont toujours été présentes dans les manifestations, le Web social permet dans ces cas une nouvelle forme de mobilisation collective. L’impact est vraisemblablement assez limité, mais la chanson des ethnomusicologues a au moins le mérite d’être réussie ! Pas sûr qu’elle puisse faire autant le buzz qu’une chanson comme celle de l’équipe de motorola !


Christophe Donner, 20 000 euros sur Ségo

9 avril 2009

Après vous avoir parlé de Ségolène la femme marque le mois passé, c’est sur un autre livre qui traite de la présidente de Poitou-Charentes que je me suis penché : 20000 euros sur Ségo ! de Christophe Donner.

20000eurossursegoÉtrange roman que ce 20000 euros sur Ségo ! L’idée de base est pourtant simple, c’est une métaphore filée entre la politique, et plus précisément le congrès du PS, et les courses hippiques : favoris, outsiders, stratégies… Le résultat est à l’arrivée assez mitigé.

Je ne le cacherai pas, j’ai pourtant pris du plaisir à lire ce livre. Une fois commencé difficile de le lâcher et de ne pas le lire d’une seule traite. Pourtant ce roman est dérangeant, voire désagréable. C’est un roman politique écrit par quelqu’un qui pense qu’un « parti est d’abord un lieu de rencontres sexuelles » et qui avoue avoir dès son plus jeune âge converti la passion politique qui animait sa famille en passion hippique.

Concrètement, cela entraine des raccourcis loin d’être flatteurs pour le P.S. et pour la politique en général. Ainsi, évoquant les différentes motions déposées au Congrès du parti socialiste, Christophe Donner trouve qu’elles étaient toutes identiques : « c’était la même bouillie contestataire, un pudding de paraphrases». Tous les candidats ont droit à leur petite phrase : Aubry fait mémère, Hamon n’est « pas bon », il a « un manque de texte et de style » et « Le projet de Delanoë était insaisissable, et plus il le remplissait de fadaises, de lieux communs, plus il se vidait. ».

Bien sûr, celle qui en prend le plus pour son grade, c’est évidemment Ségolène Royal. Même s’il a choisi de parier 20000 euros sur sa victoire au Congrès, il ne manque pas de l’égratigner tout au long de son ouvrage. Tout d’abord à propos de son Zénith : « Ségolène ne marchait pas, elle ne dansait pas non plus, elle faisait l’oie, celle qui essaie de s’envoler, de s’élever, mais rien. » Puis il insiste : « elle est insupportable : « Fra-ter-ni-té ! Fra-ter-ni-té ! » c’est juste pas possible ». Quelques pages plus loin, il revient encore à la charge : « Cette grand-messe de la fraternité, là, quelle horreur ! Cette bonne femme est folle ! » et ajoute encore des termes comme « c’est la honte », « horrible » ou encore «ridicule. Elle était ridicule» pour conclure qu’«elle ne sera jamais élue il y a trop de gens qui la détestent, au PS. »

Même, s’il comprend que « L’enjeu du congrès c’est […]comment s’en débarrasser ? », il mise tout de même sur ce canasson. Même, s’il reconnaît que Ségolène Royal perd les élections au moment de son discours raté au Congrès, il conclut son ouvrage en affirmant que «ce n’est pas au vote que s’est jouée la désignation de Martine Aubry, elle a été désignée et non élue. C’est un fait, une évidence : le comité directeur a décidé que ça devait être elle, plus exactement que ça ne pouvait pas être Ségolène ».

Mais avant d’en arriver à cette conclusion, Christophe Donner nous a offert toute une série de raccourcis qui donne un ton populiste à ce bouquin. Par exemple, un psy fait du « bla bla freudien », Delanoë ne se définit que par son « coming-out » et Ségolène Royal par ses gaffes. Pour lui, « la gaffe est son sport préféré » et «les élections présidentielles furent pour elle l’occasion d’une grande tournée internationale de gaffes, elle donnait son irrésistible spectacle à guichets fermés, tous les journalistes locaux se pressant pour être les premiers à recueillir la dernière bourde».

En définitive, si Christophe Donner regrette d’avoir misé 20000 euros sur Ségo, je regrette d’avoir misé 12 euros sur ce livre qui certes est prenant mais qui n’a en tout cas pas le moindre intérêt politique. L’auteur arrive à nous tenir par la qualité de son écriture et par quelques bons mots bien sentis comme sa réflexion sur le vocabulaire marxiste de Sarkozy après la crise financière : «en l’adoptant , en faisant sien les slogans marxistes de l’ancien temps, Sarkozy les portait au sommet du ridicule, dévoilait leur inanité, leur vacuité, leur part de démence». Pour en apprendre plus sur Ségolène, il vaut mieux se reporter sur Ségolène, la femme marque ou sur un ouvrage directement écrit par l’intéressée, vous pouvez toujours parcourir ce roman pour vous divertir et savoir si ou non l’auteur pourra s’offrir ses fenêtres en or.

> sur le même thème :

Ségolène, la femme marque

Femme debout, Ségolène Royal sans surprise



Les médias et la mobilisation des universités

8 avril 2009

Un lien vers un très bon article d’Acrimed relayé ce matin par l’Association Nationale des Candidats aux Métiers de la Science Politique : c’est en lien ici.


De la démocratie numérique, le livre de Nicolas Vanbremeersch alias Versac

7 avril 2009

Après avoir suscité le manque chez ses nombreux lecteurs, le blogueur Versac revient avec un nouveau blog et un livre référence sur le Web d’aujourd’hui.


delademocratienumerique2C’est avec humilité et concision que Versac nous résume en quelques pages son parcours de blogueur. Il nous rappelle sa présence sur le Web dès 1999 par le biais de la start-up qu’il avait créée puis, dès 2003, pour son célèbre blog sur lequel il a officié pendant plus de cinq ans, Versac.net. Dès lors, on entre réellement dans le cœur de ce livre qui est un essai sur le Web à mettre entre toutes les mains.

Tout au long de son ouvrage, Nicolas Vanbremeersch va faire l’effort de ne pas tomber dans le trop plein théorique, il s’efforce de toujours expliquer les choses avec pédagogie, un vocabulaire simple et illustré de cas concrets qu’il a rencontré au cours de son expérience numérique. Ainsi, il arrive à faire couler de source sa théorie des trois Web. Déjà maintes fois commentée sur internet (ici par exemple), cette théorie est très convaincante par sa simplicité. L’auteur « sépare » le Web en trois parties : le Web documentaire, le Web de l’information et le Web social et les présente sur un axe allant du statique au dynamique. En effet, pour lui, il y a « deux approches, deux moteurs qui animent différemment les logiques de publication : l’immédiateté et l’archivage. » L’archivage sur le Web sert en effet à diffuser et stocker des informations produites ailleurs.

Les trois web sont donc divisés pour Versac entre le Web documentaire : « ces millions de pages statiques, froides, ayant essentiellement une vocation d’information de référence. (…) Souvent ce qui se trouve dans le Web documentaire ne vient pas de cet espace : c’est juste une mise à disposition d’une connaissance ou de contenus venus d’ailleurs. » Il l’illustre par des projets comme Europeana ou Google Scholar mais on pourrait bien sûr penser à des initiatives comme Persee ou Revues.org. Instinctivement, on comprend ce que l’auteur entend par Web de l’information : « Le Web de l’information partage avec le Web documentaire cette approche non interactive, mais se situe dans l’actualité et le chaud. C’est ici le règne du journaliste. » Le Web social comprend dès lors tout le reste, pas seulement les blogueurs mais toutes les personnes qui partagent des photos via Facebook ou Flickr, tous ceux qui laissent des commentaires, font circuler des liens…

Au delà, de cette théorie, Nicolas Vanbremeersch nous offre une réflexion plus poussée sur l’information à l’heure du Web. Il revient bien entendu sur les blogs, mais plus précisément sur le concept de buzz, la rémunération des blogueurs, l’influence de certains… Je ne vais pas le cacher, je suis à peu près d’accord en tout point avec son analyse, notamment avec son point de départ : « La presse, très marquée par une logique de presse d’opinion au XIXème siècle, s’est muée en espace d’information plus générique, délaissant le rôle de formation de l’opinion au profit d’autres espaces. Le blog vient agir en complément : il est un lieu dans lequel, sur la base d’une information déjà abondamment disponible, prime le commentaire, le décryptage, le rebond sur ce qui nourrit l’espace médiatique »

Pour Versac, il faut sortir de l’idée que les blogueurs vivent de leur activité, c’est la cas d’une infime minorité, « La grande majorité des échanges en ligne ne sont pas ceux de blogueurs à la recherche d’argent ou de célébrité, mais bien d’échanges sereins, entre pairs. » L’autre monnaie d’échange des blogueurs est sa réputation, ainsi il « aspire à être repris par d’autres blogs, commenté en abondance » et «  se réjouit d’avoir de plus en plus de lecteurs ». Certainement poussé par les multiples fois où on a dû lui demander comment on devient un blogueur influent, Nicolas Vanbremeersch, nous donne quelques indications de ce qui fait d’un blog une référence. « Le verbe haut, une capacité à écrire, en texte, vidéo ou photo, à créer pour les autres, est une condition nécessaire », mais tenir un blog « suppose [aussi] une aptitude au dialogue, à l’explication, à la communication », « il faut également, pour se faire une place, trouver un rôle, dans les réseaux auxquels on souhaite contribuer.» Il appelle aussi et surtout à l’abondance : « le réseau social donne à ceux qui le nourrissent, pas à ceux qui s’en servent, ou espèrent simplement en bénéficier sans y entrer véritablement » et à la longévité : « la foule n’accorde que rarement son crédit en peu de temps. Devenir une autorité dans son domaine, en ligne, prend du temps, requiert de la longévité : c’est d’ailleurs principalement ce qui explique le succès de mon blog, son ancienneté dans le domaine. »

Dans sa réflexion sur la place du journalisme, une fois encore Versac vise juste : « Le journaliste conserve en partie son rôle d’expertise, de veille et de pédagogie de l’information, mais il doit désormais le partager avec d’autres et lutter au quotidien pour prouver la pertinence de son approche spécifique (…) ce nouveau journalisme de re-médiation, plus modeste et à l’écoute, marque la fin d’un magistère, mais pas celle d’une profession. Celle-ci doit s’attacher plus que jamais (et probablement plus qu’aujourd’hui!) à sa déontologie. ». Il explique, en effet, que «l’absence de barrière à l’entrée sur le marché de l’information facilite une concurrence vive, l’arrivée permanente de nouveaux acteurs, avec lesquels les médias doivent composer, contraints d’évoluer ». Il cherche aussi à tordre le cou aux idées reçues comme quoi, les blogs seraient la mauvaise version du journalisme : « le Web serait un lieu de moindre contrôle, de diffusion d’informations fausses, d’excès, de violations de déontologie, de maljournalsime. C’est l’inverse que j’observe : le Web agit souvent comme un moyen formidable d’approfondissement, de plus grand détail sur l’information, de correction plus rapide des erreurs, comme un accès approfondi, plus riche, à l’actualité. ».

Il conclut que « le mythe de l’actualité, d’un corps unique faisant le quotidien de 60 millions de personnes d’un pays, disparaît, doucement, avec les mass media. (…) la communauté politique suppose autre chose que le partage de trente minutes quotidiennes de nouvelles choisies par dix personnes ou d’une trentaine de pages de journal. ».

Toujours bien référencé, bien illustré de cas concrets, ce livre est une référence qui permettra à nombre d’entre nous de mieux comprendre le Web d’aujourd’hui sans pour autant avoir à passer par un livre technique et rébarbatif. Cet essai a pu surprendre quelques uns pour son côté prophétique et par sa volonté de mettre le Web au centre de l’espace public mais à titre personnel, je trouve cet essai tout à fait réussi, presque frustrant par son format mais toujours instructif. J’ai apprécié de retrouver le style de Versac, ainsi que tous les efforts que l’auteur a pu faire pour utiliser des mots simples et compréhensibles par tous, même les non-experts.

A titre d’anecdote, ce livre se devait d’être écrit par Versac, pour toutes les raisons que je viens de citer, mais aussi et surtout parce qu’il est une vraie référence. Une référence que je partageais en tout cas avec la personne assise à côté de moi dans le TGV. Nous ne nous connaissions pas, mais ce livre aura été le point de départ d’une conversation intéressante et agréable avec ma voisine qui elle aussi tient un blog.