Sarkozy – Merkel : Un appel politique

31 mai 2009

C’est l’événement politique du jour, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy signent un appel conjoint publié en France dans le journal du Dimanche et en Allemagne dans Die Welt. Fortement investi dans la campagne européenne, le président Français joue pour la seconde fois la carte franco-allemande pour appeler les Européens aux urnes.

Sarkozy et Merkel le 10 mai 2009, crédits : Michael Dalder / Reuters

Sarkozy et Merkel le 10 mai 2009, crédits : Michael Dalder / Reuters

On le disait avoir du plomb dans l’aile depuis l’élection de Nicolas Sarkozy et les déclarations d’Angela Merkel offusquée par l’attitude du président français, mais en période de doute sur l’Europe le couple franco-allemand demeure une valeur refuge. Après avoir tenu un meeting commun à Berlin, le 11 mai dernier, Merkel et Sarkozy nous offrent aujourd’hui une déclaration très politique.

A une semaine de l’ouverture des bureaux de vote pour les Européennes dans la plupart des 27 pays, le but de ce texte commun est évidemment d’endiguer l’abstention que l’on annonce massive dans tous les États.  Pour cela, la chancelière allemande et le président français se lancent dans une grande opération de promotion de l’Union Européenne. C’est un appel pour « une Europe forte qui nous protège ». Une Europe que l’on s’efforce de rendre séduisante en affirmant dès les premières lignes qu’ils refusent « une Europe bureaucratique qui applique mécaniquement des règles tatillonnes et qui se méfie du changement ». Avec une longue anaphore en « nous voulons » (Est-ce une figure de style imposée par Sarkozy qui aimait tant pendant sa campagne présidentielle, utiliser l’anaphore « je veux » donnant cette sentation d’égotisme?), les deux chefs d’État présentent leur vision d’une « Union Européenne qui soit à l’écoute des citoyens, qui innove, qui dynamise ».

Pour eux, l’Europe a été un rempart contre la crise, et c’est par cette même Union que nous en sortirons. Ils en appellent à « une économie de marché responsable » reprenant la formule oxymorique du traité de Lisbonne : « une économie sociale de marché hautement compétitive ». Pour que la reprise puisse se faire dans les meilleures conditions, ils en appellent à un assouplissement des critères européens de stabilité : « nous appelons à la modification de règles comptables ». Paradoxalement, ils affirment à la fin de cet appel qu’ils sont conscients que « la dette publique actuelle est un fardeau trop lourd pour être laissé aux générations futures »

Conjointement, ils vendent les résultats de leurs six mois de présidence de l’Union Européenne qui ont permis une « lutte contre le changement climatique » avec ce qu’il convient d’appeler « le paquet climat » (formule somme toute fort peu élégante et bigardienne). Sur ce point, le couple franco-allemand cherche à convaincre leur « plus proche allié » (comprendre les États-Unis) de se rallier à leur position lors du traité de Copenhague en décembre prochain. Ils affirment croire en une « croissance verte »« protection du climat et productivité doivent aller de pair » ce qui passera par des « mesures pour protéger l’industrie européenne ».

Après en avoir appelé à « une Europe à l’écoute des citoyens », je le disais, le couple franco-allemand, justifie le passage en force du traité de Lisbonne en louant ses mérites puisqu’il « rendra l’Europe plus forte ». Culpabilisant le seul État à ne pas encore l’avoir ratifié, les deux chefs d’État en campagne avouent faire confiance « aux Irlandais pour faire le choix de l’Europe ». Avant d’envoyer un message clair à la Turquie, sans même la citer : « L’UE a besoin de frontières. Un élargissement illimité n’est pas possible ». On pourrait imaginer que le message s’adresse aussi à l’Islande, mais vu la campagne de l’UMP sur le sujet, on comprend que la cible est plutôt la Turquie, surtout qu’après, les deux signataires écrivent que « l’Europe doit assumer ses valeurs et son identité » (comprendre chrétiennes).

Après avoir évoqué le besoin de renforcer « une politique commune de défense et de sécurité » et une politique étrangère basée sur « le respect des droits de l’homme » (aucun commentaire), Angela Merkel et Nicolas Sarkozy appellent « tous les Européens à voter aux élections européennes » avant de conclure par cette formule choquante : « Europa kann das, wenn es will », traduction : Quand l’Europe le veut, l’Europe le peut soit le slogan de l’UMP pour cette campagne!

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Dans cette volonté d’endosser à nouveau son statut de président de la République française au dessus des partis, Nicolas Sarkozy réussit encore à être en campagne énonçant des points du programme de son parti et clôturant par le slogan de celui-ci, un président qui décidement semble avoir du mal à accepter son rôle et à abandonner celui de chef de la majorité présidentielle.

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Petite analyse du discours de Ségolène Royal à Rezé

28 mai 2009

C’était l’événement politique de la soirée d’hier, Ségolène Royal et Martine Aubry ont tenu un meeting commun à Rezé (Grand-ouest). Après avoir un peu hésité à vous en parler – comme tout le monde – j’ai décidé de vous proposer une petite analyse du discours de Ségolène Royal autour de quatre points : son appel à l’unité, son appel à la participation, sa critique de l’Europe libérale et ces propos sur la création des « Etats-Unis d’Europe ».

Un appel à l’unité et une photo de famille

La photo on l’a longtemps attendue dans cette campagne et inutile de nier qu’elle est arrivée beaucoup trop tard pour renverser la tendance. Mais l’unité hier était de mise. Tout au long de son discours Ségolène Royal a essayé de le La Photorappeler. En vrac, on peut noter les phrases suivantes : « Tout le bonheur de se retrouver là tous ensemble », « ça fait du bien d’être ensemble » (3fois), « unis nous allons gagner », « nous sommes heureux d’être ensemble », « nous avons la puissance de l’unité et du rassemblement ». Bien sûr, plus que des mots, il fallait des attitudes, et cette fameuse photo. Écouter les discours de l’autre, applaudir sans cesse et ne pas laisser présager une rivalité… Les deux meneuses du Parti Socialiste ont de ce point de vue là été irréprochables. J’aurais imaginé, toutefois, Ségolène Royal parler davantage de Martine Aubry pour souligner l’absence totale de rivalités entre les deux. Elle l’a fait, et il faut le noter. Dès le début, elle parle de « ma chère Martine, notre première secrétaire ». Les mots sont importants, et le « notre » prend ici, un sens crucial de ralliement. Puis elle évoque un P.S. uni « à côté de (…) Martine vaillante et opiniâtre dans cette campagne ». Toujours dans le registre des louanges, Ségolène Royal affirme que Martine Aubry est responsable de la réussite du manifesto. «Ce manifesto nous te le devons en tant que chef du P.S. français ». Une fois encore, elle réaffirme volontiers le rôle de leader incontestée du P.S. à Martine Aubry, sans rancune ni rivalité, du moins en façade.

Cependant tous ces louanges ont lieu au début du discours et je m’attendais à davantage de piqures de rappel pour définitivement en finir avec l’idée de division des socialistes. Des rappels il n’y en a eu que deux à la vingtième et à la 29ème minutes, le dernier étant d’ailleurs peu naturel. Le « Comme tu l’as dit Martine » et le « Comme vous l’a souvent dit Martine » glissés à dix minutes d’intervalle dans un discours d’une demie heure étaient évidemment prévisibles mais bien joués. Ils servent à rappeler en permanence l’unité du parti socialiste ce qui était incontestablement le but de ce meeting commun.

« Un appel vibrant à la participation »

L’unité du parti socialiste est une chose, il faut encore avoir des électeurs. Ségolène Royal en est convaincue, chaque électeur qui restera chez lui dimanche offrira sa voix à l’UMP et à l’Europe actuellement en place. Quasiment tout au long de son discours Ségolène Royal s’adresse à ceux qui ne souhaitent pas s’exprimer dimanche. « Ce qui menace, c’est l’abstention, l’indifférence et même le dégoût, le pire c’est que ceux qui aujourd’hui ne veulent pas voter sont les principales victimes de l’Europe libérale ». Puis elle se lance dans ce qu’elle nomme « un appel vibrant à la participation », avec une longue anaphore (que l’on pourrait qualifier de sarkozienne tant il en use et abuse) en répétant « L’Europe sociale a besoin de vous ». Elle cite toute une série de personnes, des chercheurs aux milliers de licenciés – évoquant un très grand nombre d’usines – et à chaque fois ponctue sa phrase de ce syntagme « L’Europe sociale a besoin de vous ».

On aurait pu imaginer qu’elle prononce l’expression « vote utile », mais elle en a laissé le soin à Martine Aubry. Cela dit tout son discours consiste de la même manière à capter l’électorat indécis, et à amener aux urnes les électeurs qui pensent à les bouder : « Venez voter toutes celles et ceux qui veulent que ça change! ». S’il est bien un élément qui ne laisse pas de doute, c’est que la dernière réplique de son discours a été : « Et que pas une voix ne manque! »

Contre l’axe sarko-berlusconien

A quelques jours des européennes, le discours de Ségolène Royal avait un petit goût de campagne présidentielle du second tour. Elle ne s’est pas attaquée aux partis plus à gauche, ni au Modem mais exclusivement à l’UMP et à « l’axe sarko-berlusconien ». Certes en filigrane, les critiques des autres partis apparaissent, elle vise vraisemblablement la gauche extrême et Europe Ecologie lorsqu’elle en appelle à l’unité et au rassemblement ou qu’elle affirme que seuls les socialistes peuvent construire l’Europe sociale (« qui d’autre que les socialistes peuvent construire l’Europe sociale ») mais la cible est réellement dans l’autre camp, celui de l’Europe libérale. Une Europe et une droite décomplexée qu’elle résume en six points : individualisme, avidité, brutalité, imposture, populisme et démagogie. Illustrant chacun par un exemple concret du « cynisme libéral ». Elle s’attaque une fois encore à la droite sur son terrain de chasse : l’insécurité. Rappelant qu’en France ils sont en poste depuis 2002 et que ce sont eux qui génèrent de l’insécurité, Ségolène Royal évoque « l’hystérie législative de la droite » raillant l’arrestation du voleur de bicyclette de six ans qui n’avait pas même voler de vélo…

Les « États-Unis d’Europe »

Pour Ségolène Royal soit « L’Europe marche vers l’unité politique [soit] elle se disloquera dans le nationalisme ». Elle en appelle de ses vœux à la création des États-Unis d’Europe dépassant par là-même la position officielle de son parti. Avant d’énoncer cette idée, elle avait tout de même appeler à une Europe de la « justice sociale », dotée d’une « démocratie exemplaire » qui mène un « combat écologiste » et se bat pour « des libertés toujours plus grandes ». Elle n’évoque pas de sujets qui fâchent comme le salaire minimum européen et rappelle par ses affirmations que le combat pour les libertés n’est pas l’apanage de l’UMP mais bien des socialistes. Avant tout, c’est donc une Europe sociale que Ségolène Royal souhaite ou plus précisément une Europe « social-humaniste du XXIème siècle ».

Toujours en campagne, elle propose donc l’idée de la création des Etats-Unis d’Europe en répétant cette expression à cinq reprises, et donc s’affirme en faveur d’une intégration politique totale. Une « Europe unie des peuples d’Europe ». Citant l’internationale socialiste, elle en appelle au « courage de faire la différence » pour se protéger de cette Europe – et là elle paraphrase Hobbes – [de la guerre du tous contre tous où l’homme est un loup pour l’homme]

En sous-régime, baffouillante à cause d’une absence manifeste de maîtrise de son texte, nettement moins charismatique qu’à son habitude, Ségolène Royal a réussi à remarquablement prêcher l’unité tout en affirmant sa différence et en proposant à quelques jours du scrutin des idées qui ne figurent pas vraiment au programme. Électron libre : beaucoup se demandait comment elle se comporterait mardi soir, elle a, en fait, été assez prévisible se rangeant derrière sa « très chère Martine » avec qui elle n’a plus aucune rivalité ni jalousie. Ce meeting était crucial pour le parti socialiste, et il a été nettement plus réussi que le lancement de la campagne de l’UMP mais il est certainement arrivé trop tard pour convaincre les indécis et ceux qui souhaitent se tourner vers une alternative à gauche que le P.S. est un parti uni.


Le livre blanc de l’Express 3001 enfin en ligne!

28 mai 2009

Au début de cette année, j’avais été invité au côté d’une armada de blogueurs à participer à une édition spéciale de L’Express.fr. Organisé par Ogilvy PR, cet événement devait offrir les bases d’une réflexion sur les rôles respectifs des blogueurs et des journalistes (en ligne). Le bilan de cette opération et des ressentis de chacun est aujourd’hui rassemblé dans un livre blanc que l’on peut découvrir en ligne ici .


Chaîne : Votez et faîtes voter pour votre Europe !

26 mai 2009

A deux semaines des européennes, le débat n’a toujours pas réussi à passionner les foules, s’il y a cinq ans un français sur trois affirmait avoir parlé avec ses proches des élections européennes deux semaines avant le scrutin, aujourd’hui, seul un sur cinq semble l’avoir fait. On peut dès lors prévoir que le seul gagnant de ce scrutin sera l’abstention.

Il faut dire que les différents scrutins pour élire le Parlement européen ont toujours réussi à briller par leur fort taux d’abstention qui atteint des records en 2004 :

abste

Avec le référendum sur le traité établissant une Constitution pour l’Europe, on a vu que la question européenne pouvait intéresser les citoyens français et européens. Avec « seulement » un tiers d’abstention à ce scrutin, on avait assisté à un vrai débat national. Aujourd’hui, on considère souvent que les Français se désintéressent du scrutin par manque d’informations.

A notre niveau, beaucoup de blogueurs essayent avec leurs moyens d’endiguer cette abstention prévue. Après un échange de commentaires avec Nicolas de « Partageons mon avis », j’ai eu l’idée de lancer cette chaîne que j’espère, il souhaitera relayer.

Il s’agit de répondre à ces trois simples questions : C’est quoi l’Europe pour toi? Que peux-tu écrire à tes lecteurs pour les encourager à aller voter dimanche 7 juin? Quelle liste représente les idées que tu veux voir défendre au Parlement européen?

Pour lancer le mouvement, je vais auto-répondre à toutes ces questions. Alors tout d’abord, je remercie Arrêt sur lescarte_de_france_europeennes_mv420 mots pour ces excellentes questions [sic]. Je me sens citoyen européen depuis que j’ai eu la chance de profiter de l’expérience Erasmus, j’ai aussi eu le plaisir de découvrir un certain nombre de pays européens, notamment ceux de l’est! Je me suis pris d’affection pour la Roumanie et les pays de l’Est en général. Bien sûr, l’Europe c’est aussi la paix, l’effacement des frontières et la monnaie unique qui permet de voyager tellement plus facilement (oui elle a d’autres intérêts aussi…).

La seconde question est plus difficile, j’ai envie de partir sur un grand principe qu’il faut voter pour tous ceux qui se sont battus pour ce droit, pour ceux qui en sont privés,… mais cela prendrait trop de temps et d’espace, je dirais donc simplement que 736 députés européens vont être élus dans deux semaines, 78 dépendent du vote des français. Ce scrutin par liste à un tour favorise les partis unis, autant dire que pour les partis de gauche ça risque d’être un cataclysme, si on veut que les parlementaires qui sont à l’origine de la plupart des lois qui régissent notre quotidien portent nos couleurs, il n’y a qu’une seule solution : voter dimanche 7 juin.

Pour toute une série de raisons, je suis toujours inscrit sur la liste électorale de mon village d’enfance. Je suis donc considéré comme citoyen de la région Sud-Est, le candidat le plus connu qui se présente dans cette zone électorale est donc… Jean-Marie Le Pen. J’ai beaucoup de respect pour Jean-Luc Bennahmias (Modem) mais mon vote ira à la liste PS menée par Vincent Peillon, je ne vais pas développer un argumentaire, je vote essentiellement pour le PSE et son bilan, je suis assez loin de la campagne du PS dans le Sud-Est.

A présent que je me suis livré, je propose comme convenu cette chaine à Nicolas de Partageons mon avis, j’aimerais aussi entraîner dans le mouvement Stéphane Lautissier dont j’ai parlé hier, Citizen L., Franck d’unimaru, Enikao et Luc Mandret (et/ou Cédric Rousseaux) pour ma vie en Narcisse.


Revolution Relation, le livre de Stéphane Lautissier et Jacques Angot

25 mai 2009

Avec un peu de retard sur Citizen L., j’ai lu l’ouvrage de Stéphane Lautissier et Jacques Angot, Révolution Relation, construire votre écosystème de marque. Un livre qui pose les bases d’une nouvelle relation entre les marques et les consommateurs à travers des exemples concrets et des idées accessibles à tous.

lautissierTout d’abord, les auteurs nous précisent un peu le contexte dans lequel les marques sont amenées à faire leur autocritique : diminution de la durée de vie des produits, coûts de recherche-développement de plus en plus élevés, des marques remises en cause par la montée des hard-discounts et des comparateurs de prix. Dans ce cadre, « il s’agit de repenser véritablement le cadre d’action des entreprises dans leur rapport aux individus, consommateurs mais aussi acteurs et citoyens. La démarche marketing est amenée à faire son examen critique pour réinventer son utilité, son rôle, son action. »

« Pendant les trente glorieuses, les entreprises ont su développer un système permettant de créer un espace de confiance à l’intérieur de l’organisation économique et sociale. Il s’agit donc de créer les conditions de cet échange aujourd’hui ». S’appuyant sur quelques réussites récentes comme l’iPod, Dyson ou Dove, dont la célèbre publicité virale « a surtout permis à Dove d’être la marque la plus dynamique en termes de progression d’affect ces dernières années. » Stéphane Lautissier et Jacques Angot se proposent de jeter les bases d’un nouvelle relation entre les marques et leurs clients.

Les auteurs balayent immédiatement la liste des fausses bonnes idées trop souvent utilisées par les marques. Utiliser la RSE (responsabilité sociale des entreprises) comme « alibi », réaliser des coups marketing efficaces sur le court terme mais sans impact sur l’image de la marque à long terme, démarcher les clients par courriers et par téléphone « alors même que les individus sont de plus en plus agacés par type de contact». Pour eux, « Les appels de démarchage construisent le même sentiment : un manque de considération reposant sur des approximations dans la démarche et un manque de respect. » Ils critiquent aussi, en s’appuyant sur l’exemple concret du déclin de la marque Pierre Cardin, les enseignes qui se sont trop diversifiées dans le but d’atteindre une rentabilité maximale : « trop d’activités mal pensées coûtent cher en terme d’image et de relation. »

Si ce livre trouve sa place sur ce blog, c’est aussi parce qu’il nous propose une vraie réflexion sociétale. C’est un essai, et comme tout essai il comporte un aspect politique. Ici, les auteurs livrent une attaque farouche contre les court-termistes. « Les grilles de lecture et les pratiques se sont donc modifiées pour être réorientées vers des logiques essentiellement comptables et financières. La plupart des professionnels ont pour objectif d’orienter leur chiffre d’affaire à six mois quel que soit le moyen. Il ne faut pas s’étonner de les voir recourir systématiquement à des logiques promotionnelles ou  »trois yaourts pour le prix de deux », on gonfle artificiellement le nombre écoulé et le chiffre d’affaires. Évidemment, la perception du produit et de la marque n’est pas améliorée. »

Stéphane Lautissier et Jacques Angot critiquent aussi le marketing basé sur le benchmark [le terme français correct est parangonnage soit dit en passant!] : « Le benchmark crée un véritable phénomène de mimétisme et de conformisme qui norme toute activité de secteur et empêche de prendre de la distance et d’explorer de nouvelles voies innovantes. »

Mais ce livre ne se contente pas d’établir un bilan critique du marketing aujourd’hui, il se veut être une réelle force de proposition. « Ce n’est pas un livre sur le marketing relationnel mais pour que le marketing devienne relationnel. » Après avoir critiqué le fait que les relations entre les marques et leurs clients utilisent « trop d’informations et pas assez de relations. Trop de produits et pas assez d’intentions » les auteurs vont donner des pistes pour construire un écosystème de marque. Tout d’abord, « il est nécessaire d’être en capacité de réinventer son activité autour de la proximité, de la connaissance du territoire, au besoin de la mise en relation. » Plus question de diffuser « un message avec un plan média qui va circonscrire les destinataires pour les toucher et les convaincre. Il s’agit de créer les moyens de les rencontrer, d’interagir et de les impliquer dans une action de leur plein gré et dans un projet commun. »

Basé sur des exemples concrets comme le club Marmara qui propose à ses voyageurs de se découvrir avant leurs vacances, Nike qui aide les citadins à rencontrer des partenaires de basket ou encore la RATP qui propose aux personnes empruntant une même ligne de se connaître, les auteurs donnent leur vision du marketing relationnel.

L’une des idées clés consiste à encourager les marques à délivrer un message politique, à prendre part dans les débats sociétaux, comme l’avait fait Michel-Edouard Leclerc à propos du pouvoir d’achat. Les auteurs encouragent l’entrée de spin doctors [façonneurs d’image en français] dans les équipes marketing. « L’engagement sociétal dont de plus en plus de marques font preuve, constituent un acte politique évident ». C’est par exemple le cas, de la chaussure équitable et écologique : Veja. « Le spin est donc amené à se répandre dans les entreprises afin d’améliorer l’adéquation de la marque avec son environnement ».

Dans une critique toujours plus vive des politiques court-termistes des grandes sociétés, les auteurs réussissent à nous entraîner dans un voyage au cœur des marques et de leur politique marketing. Initialement destiné aux professionnels et aux étudiants en market’, ce livre pourra aussi intéresser les personnes critiques à l’égard des messages publicitaires traditionnels dont nous sommes gavés à satiété.


Le Point ou la vacuité d’un dossier sur Jean Sarkozy

24 mai 2009

C’est suite à l’article d’Intox 2007 que j’ai découvert cette une du Point. Au delà, du titre, on découvre la vacuité d’un long dossier attribué à Jean Sarkozy…

Monsieur_le_dauphinRécemment diplômé ès « fils à papa » par le collectif sauvons les riches, régulièrement devant les tribunaux, dans la presse quand il passe le premier mai en Auvergne chez son parrain Brice Hortefeux ou pris en photo lors de son passage sur la croisette, à 22 ans avec un « modeste » mandat de conseiller général, Jean Sarkozy reçoit une médiatisation hors du commun. Il y a quelques semaines, Le Point, avait déjà publié un article intitulé : « Jean Sarkozy sur tous les fronts », pour ce numéro, c’est la une qui lui est consacrée.

Après un mariage sur-médiatisé, Jean Sarkozy continue à s’implanter profondément dans les médias. Il peut compter sur Le Point pour réaliser un portrait totalement objectif, la preuve ces quelques mots qui le présentent comme « moderne, en phase avec la société, au fait des tendances, mais rejetant le politiquement correct, la ghettoïsation et l’assistanat. »

Autant le dire tout de suite, le dossier spécial Jean Sarkozy est vide, tellement vide que les journalistes ont dû aller chercher dans la progéniture des autres présidents des événements comparables. Bien sûr, on peut trouver d’autres élus chez les enfants de présidents, mais aucun n’avait à 22 ans toujours pas le moindre diplôme universitaire mais déjà un mandat de conseiller général et la présidence de l’UMP d’un département aussi prisé…

Bon bien sûr, le dossier n’est pas totalement vide, on trouve plein d’informations passionnantes, par exemple, on sait

Jean Sarkozy à son arrivée au Martinez le 14 mai 2009 / REUTERS / Regis Duvignau

Jean Sarkozy à son arrivée au Martinez le 14 mai 2009 / REUTERS / Regis Duvignau

qu’il trouve qu’« elle écrit bien, Carla. » et on apprend qu’ « il joue de la guitare et du piano, apprend l’anglais grâce aux chansons de Bob Dylan » (avec un peu de chance il sera à peu près autant bilingue que son père grâce à ça!).

On nous fait aussi un petit état de l’ambition de Jean Sarkozy, dans ce dossier on « apprend » qu’« il veut être candidat à la députation en 2012. Et en 2014, il pourrait viser la mairie de Neuilly, mais cela dépendra du contexte local, car Fromantin [l’actuel maire de la ville] se démerde plutôt bien. » Quel appétit ! ». L’intéresser avoue même « se préparer» sans que l’on sache vraiment à quoi.

On nous montre aussi que ce n’est pas du goût de tout le monde, que beaucoup l’affublent de défauts manifestes : « Trop jeune », « trop influençable », « manque de fond », « désinvolte », « mal entouré »… avec « un staf  (…) très léger politiquement »…

Mais, Jean Sarkozy passe outre, « ses conseils, il les prend auprès de son parrain Brice Hortefeux, du conseiller élyséen Pierre Charon ou de Frédéric Lefebvre, porte-parole de l’UMP (…) le couple Balkany le couve aussi. ». A 22 ans, il semble déjà aussi schizophrène que papa, après s’être qualifié de gaulliste social, il affirme que sa référence politique est… Charles Pasqua…

Dans ce dossier, on apprend aussi avec grand plaisir qu’il est « inscrit en droit à la Sorbonne sous le nom de « Bocsa » [mais qu’il] a déserté les bancs de la fac depuis… février 2008. Engagement politique oblige. Dispensé de cours en raison de son activité professionnelle, il a passé les examens du premier semestre. Reste à valider sa deuxième année de licence, qu’il redouble. »

Passionnant, non? Pour combler les pages accordées à ce dauphin sur lequel il n’y a visiblement pas grand chose à dire, les journalistes ont réussi à coller deux fois la même citation de Nicolas Sarkozy : « Je suis fier de lui, ce qu’il fait à son âge est admirable. S’il devient député, il sera inarrêtable, i-nar-rêt-able. Seulement, il doit faire les choses tranquillement, calmement, sans aller trop vite. Mais, attention, je ne dis pas ça parce que c’est mon fils ! »

Vous l’aurez compris, c’est un dossier totalement passionnant qui est en une du Point cette semaine, à ne surtout surtout pas manquer! Sinon cette semaine vous avez aussi ce passionnant dossier du Nouvel Obs’


Sarkozy – Bruni : les limites de la communication politique

20 mai 2009

Quand Femme actuelle et Nicolas Sarkozy s’utilisent l’un l’autre, on atteint la limite de la communication politique.

Nicolas Sarkozy débarquant serein dans les appartements privés de l’Elysée pour retrouver Carla Bruni et ses cinq amies d’un jour, lectrices de Femme actuelle. L’image est trop belle pour ne pas être totalement calculée. Sarkozy apparaît comme quelqu’un d’important et responsable : « je viens de voir le premier ministre irakien ». Parallèlement, il est détendu, souriant, serein et se montre un amant prévenant et sympathique en embrassant sa femme devant les caméras. Les cinq femmes sont subjuguées, et lance des petites phrases du type :« Ca fait quelque chose vous voir comme ça, aussi heureux aussi amoureux » ou « On comprend pourquoi vous l’avez épousée ».

Cette scène totalement calculée, où Nicolas Sarkozy arrive devant la caméra, juste quand on parle de lui, où l’on voit un couple heureux avec des chiens est de la pure communication politique. Femme Actuelle, réalisera de bonnes ventes sur ce numéro et Nicolas Sarkozy profite de cette artefact pour redorer un peu son image…
Dans les limites de la communication politique, on peut dire que le MJS de Haute-Loire ont aussi donné. Je rejoins tout à fait l’analyse de citizen L. sur cette vidéo. Certe, c’est à un tout autre niveau que la communication présidentielle, il s’agit ici, d’une simple section des MJS, pas même d’un clip officiel de l’association. Mais devoir en arriver à ce genre de clip pour intéresser à l’Europe est assez désespérant. Si l’abstention sera aussi forte qu’on le dit, ce n’est pas parce qu’on a pas réussi à intéresser au scrutin, c’est parce qu’on ne parle du parlement européen qu’un mois tous les quatre ans au moment des élections. Ce n’est pas par le buzz qu’on amènera les citoyens aux urnes, c’est en expliquant toutes l’année le rôle et les actions du Parlement Européen…

Entre Sarkozy et les MJS, on touche ici aux limites de la communication politique, l’un dore sont image avec un procédé tellement artificiel qu’il ne peut que perdre de la crédibilité, les autres ne trouvant rien de mieux qu’un buzz d’un goût douteux (et peu drôle finalement) pour intéresser les jeunes à une élection capitale.