Le Pen, un 1er mai très anti-européen

Chaque année, Le Pen et le front national s’offre un rassemblement en l’honneur de Jeanne d’Arc, même si cette année on ne comptait que quelques milliers de participants (1200 selon la police, 5000 pour les organisateurs) le président du front national ne s’est pas privé de délivrer ce qui est généralement son discours le plus travaillé de l’année.

Jean-Marie et Marine Le Pen -1er mai 209 - REUTERS/Charles Platiau (FRANCE)

Jean-Marie et Marine Le Pen -1er mai 2009 - REUTERS/Charles Platiau (FRANCE)

2009, Jeanne d’Arc et l’Europe

Chaque année, à défaut d’aller écouter ce discours, je le lis et l’étudie. C’est généralement pour Le Pen l’occasion de mettre en œuvre les qualités rhétoriques qu’on lui connaît. Chaque année, j’arrive à être surpris par un point : sa capacité à relier l’histoire de Jeanne d’Arc à l’actualité. A quelques semaines des européennes, il est évident que le sujet principal de ce discours serait ces élections. Alors, les dix minutes consacrées à la pucelle d’Orléans au début du discours doivent laisser transparaître une critique acerbe de l’Europe.

Dès les premières phrases dédiées à « la plus grande, la plus pure, la plus éblouissante des héroïnes nationales et des martyres chrétiennes », on retrouve immédiatement une critique de ce que deviendra quelques siècles plus tard l’Europe. Pour ne citer qu’un seul exemple, notez que Le Pen déclare deux minutes après avoir entamé son discours que Jeanne d’Arc était une « jeune fille de la terre et du ciel, missionnée dans les temps d’infortune pour sauver la France en danger de disparaître par violence et par trahison, dans un ensemble étranger et de perdre, par là, sa souveraineté, son indépendance, sa langue, son identité. » On comprend vite de quoi il s’agit!

Dans ce discours les parallèles sont plus ou moins explicites. Par exemple, dans la phrase suivante, on devine un parallèle entre le Traité de Troyes du XVème siècle et les traités de Maastricht et Lisbonne : « le pays exsangue vient d’être livré à l’étranger par l’ignoble Traité signé à Troyes en 1419 par la Reine Isabeau, livré au Roi d’Angleterre Henri V de Lancastre. » Pour l’anecdote rappelons que ce Traité en question marque la  »victoire » de l’Angleterre dans la guerre de cent Ans et prévoit qu’à la mort de Charles VI, Henri V Roi d’Angleterre devienne son successeur…

L’Europe vue par le FN

Tous ces parallèles entre Jeanne d’Arc et l’Europe actuelle vont ouvrir la voie à une vive critique de cette dernière.

Tout d’abord, il y a les mots. Le Pen excelle dans l’art de ressortir du placard des mots oubliés et pour en créer de nouveaux grâce à un travail sur les suffixes et préfixes. Dans ce discours, Le Pen sort de nulle part un vieux mot pour en créer une insulte digne du Capitaine Haddock : « Homoncules de l’Européisme ». Pour la culture, notons qu’un homoncule était un être vivant de très petite taille, aux pouvoirs néfastes et surnaturels que les alchimistes du moyen âge prétendaient pouvoir créer et que par extension il est devenu un synonyme d’avorton. Dans ce discours les « homoncules d’Européisme » sont les chefs d’État en faveur de l’Union Européenne… le ton est donné.

En ce qui concerne le travail des suffixes et préfixes, le président du front national n’a pas failli à son habitude. Le terme euro est décliné à toutes les sauces. Bien sûr, on pouvait s’attendre à l’euromondialisme un classique dans le vocabulaire frontiste. Ce mot apparaîtrait à quatre reprises dans le discours, mais sera aussi relayé par des termes comme européiste ou eurocrates. Dans la création lexicale, on peut aussi remarquer cette accusation portée à Nicolas Sarkozy, comme quoi ce dernier serait « xénophile ». Comprendre ici qu’il s’agit de l’opposé de xénophobe et donc s’approcherait de quelqu’un qui aime les étrangers…

Quelques expressions aussi sont à noter pour comprendre la position du FN sur l’Union Européenne. Le Pen emploie des expressions comme la décadence de Rome, en accusant l’Europe de « détruire l’Etat et les nations » ce sur quoi il insiste évoquant une « idéologie de la destruction de l’Etat » qui « annonce et prépare l’effacement de notre pays »

Il s’offrira par la suite une virulente charge contre le Parlement Européen pour qui nous allons voter le 7 juin prochain : « il prend une tournure ultra-féministe, ultra-anti-raciste, ultra-écologiste et ultra-homosexualiste, qui étouffe toute velléité de débat et fait peser sur chaque Député une insupportable chape de plomb intellectuelle et pseudo-morale. » On peut ici remarquer à nouveau le travail sur les préfixes qui crée un effet d’emphase et d’anaphore.

Enfin, il conclue en affirmant que « La France n’est plus que l’ombre d’elle-même. La France n’est plus la France » et se lance dans une longue série d’anaphores autour du terme dénationalisé. A titre d’exemples notons qu’il évoque « une jeunesse dénationalisée par l’expatriation » et « un Etat dénationalisé par l’Europe de Bruxelles ». « Non, il ne nous reste plus rien. Nous sommes nus, nus comme des vers dans le grand froid de l’hiver euromondialiste. » [sic]

L’immigration comme cause de tous les maux

Au-delà de ce thème, Jean-Marie Le Pen va encore ressasser les idées qu’on lui connaît. Et en profiter pour attaquer ses adversaires politiques. De Ségolène Royal à De Villiers, tout le monde en aura pour son grade.

Bien sûr, et comme c’était plus que prévisible, les extrêmes essaient de surfer sur la crise pour récupérer les voix qui leur ont fait défaut en 2007. Le président du FN donne donc ses propres chiffres de la crise. Il insiste sur les 7 millions de pauvres présents dans notre pays et affirme que « il y aura 11% de chômeurs officiels en 2010, en réalité 16 à 20 % de la population active, soit plus de 5 millions de personnes ».

Il y a quelques années, un slogan avait fait les choux gras de l’organisation d’extrême droite : « trois millions de chômeurs, trois millions d’immigrés. » Doublés pendant la campagne présidentielle sur ce sujet par Sarkozy et son ministère de l’immigration, le leader frontiste se devait de rebondir. Il annonce donc des statistiques sorties du chapeau. Selon lui : « Seuls 5% des immigrés qui rentrent chaque année sur notre sol le font au titre du travail, ce qui revient à dire que 95% sont d’une façon ou d’une autre à la charge de la collectivité. Et l’on assiste à l’explosion des besoins, en logements, en allocations familiales, en prestations diverses, ce qui plombe durablement les comptes de nos organismes sociaux, puisqu’un nombre croissant de ceux qui perçoivent ne cotisent pas. (…) Le pire, mesdames et messieurs, c’est que nous ne sommes plus les maîtres chez nous, dans nos banlieues, dans nos villes, et même dans nos campagnes. » Ces arguments fallacieux reposent sur du vent mais peuvent faire mouche.

Quant au bilan de Sarkozy en matière d’immigration, Le Pen parle d’ « une véritable imposture ». « Il n’a en rien réglé le problème de l’immigration. » Il reprend les chiffres du ministère de l’Intérieur qui montrent que pour 40 000 clandestins expulsés entre 200 et 300 000 rentrent illégalement sur notre territoire chaque année. Il conclut dès lors par cette affirmation sans retenue : « il faut dire et répéter qu’il y a un lien entre immigration et insécurité » ce qui est une fois encore un faux argument, tout à fait sans fondement, mais qui peut une fois encore faire son effet.

La préférence nationale comme solution

Une fois dressé cet affreux portrait des immigrés, Le Pen affiche sa solution : la préférence nationale. Pour lui, c’est « un principe fondamental de la nation » qui a été bafoué par « des marigots de la politique politicienne » , « ces chevaux de retour de la politique », « impuissants et corrompus.» Selon lui, « Le parc HLM français est largement occupé par des familles nombreuses immigrées, alors que les listes d’attente pour l’attribution de ces logements à des français sont de plus en plus longues. » Il voudrait donc qu’au même titre que le RSA ou que la CMU, les HLM soient données en priorité aux français… Avant de scander « Vive la préférence nationale, totale, intégrale, maximale ! », Le Pen « réclame l’inscription immédiate de la préférence nationale dans le Constitution Française » chose qui heureusement, ne sera pas possible avec la Constitution de la Vème République!

Tout au long de son discours, Le Pen s’adresse aussi aux jeunes, aux petits commerçants et aux catholiques par des petites phrases ciblées sur chacun des pans de son électorat. Par exemple, il prend la défense de Benoît XVI, selon lui : « les maffias idéologiques de notre temps ont pris pour cible, le Pape Benoit XVI à qui ne sont épargnées ni les diffamations, ni les injustices. » D’une manière plus surprenante, il va aussi s’en prendre à Jean-Marc Ayrault, « Maire de Nantes et président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale [qui] a dépensé plus de 7 millions d’euros d’argent du contribuable pour un mémorial de 7000 m2 dédié à l’abolition de l’esclavage. » Le Front national serait-il pour l’esclavagisme?

Dans ce discours d’une heure, Jean-Marie Le Pen a mis en avant son talent d’orateur pour essayer d’attirer à nouveaux les électeurs vers son parti siphonné par Sarkozy en 2007, les élections européennes étant avec les régionales de 2010, l’une des dernières chances de remettre le FN sur les rails pour 2012.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :