Books : Internet rend-il encore plus bête ?

29 juin 2009

Pour son numéro spécial été le magazine Books (dont j’ai déjà parlé ici et ) se pose une question fondamentale : Internet rend-il encore plus bête ?

couv-7Comme à son habitude, le magazine présente plusieurs critiques de livres du monde entier dont les prises de positions sont radicalement opposées. Servi par de très belles photos d’ados et de leurs loisirs, ce dossier complété par un sondage, une interview et de riches encadrés ne présente pas moins de douze ouvrages sur le sujet !

Parmi ceux-ci, certains sont très célèbres comme le Grown up digital de Don Tapscott, vraisemblablement le livre le plus positif sur cette génération née avec l’Internet, la book_grown-up-digitalgénération Y. L’auteur de l’article résume avec brio ce livre notamment à travers cette citation : pour Don Tapscott, « les enfants du Net sont plus malins, plus rapides et plus ouverts à la diversité que leurs prédécesseurs », écrit-il imagerie cérébrale et enquête sociologique à l’appui. Si l’ouvrage peut parfois être basé sur « des affirmations enthousiastes sans nuances de type :  »Ces gosses ont tout compris » » il n’en est pas moins tiré d’un travail très sérieux dirigé par l’auteur. En effet, pour produire cet ouvrage, pas moins de 10 000 entretiens ont été réalisés dans le cadre d’un projet de recherche qui a coûté 4 millions de dollars. Les conclusions sont positives sur cette génération née des baby-boomers, enfant de la génération télévision. Pour l’auteur Internet est une chance pour ces jeunes car « tandis que la télévision est fondamentalement un moyen de diffusion à sens unique, ne demandant qu’une participation passive, Internet est un média collaboratif qui sollicite le concours simultané de multiples utilisateurs dans le monde entier. »

everythingCette idée est aussi approfondie dans un ouvrage de Steven Johnson au titre provocateur : « Everything bad is good for you. How Today’s popular culture is actually making us smarter. »1 Steven Johnson part d’un fait avéré, depuis 1930, le QI n’a cessé de progressé (dans les pays où il est mesuré). A ses yeux nous ne sommes pas plus malins malgré la télévision et les jeux vidéos, mais grâce à eux. « la sophistication croissante des intrigues de sitcoms, la dimension interactive de la téléréalité, l’infinie complexité des scénarios de jeux vidéo expliquent, selon lui, le développement de notre aptitude à résoudre des problèmes. » Pour justifier cet argument, il veut pour preuve qu’« un des walk-throughs – ces guides officieux qui analysent les jeux et aident à en déjouer les complexités – de Grand Theft Auto III fait 53 000 mots, soit à peu près autant que son livre. Pour lui, le jeu vidéo contemporain crée un monde imaginaire complet, riche en détails et niveaux de difficulté », tout comme l’ensemble de la culture moderne. Il en appelle dès lors à rompre avec l’hégémonie de la légitimité culturelle du livre, en posant cette question simple « le succès phénoménal des Harry Potter est-il de meilleur augure pour la culture que le succès équivalent du jeu vidéo GTA III ?»

Cette idée de l’image trop positive de la lecture par rapport aux autres bien culturels est présente dans de nombreux articles ainsi dans une critique du livre The Gutenberg Elegies, Larissa MacFarquhar se pose la question du statut de la lecture. « Le Centre du livre de la bibliothèque du Congrès investit beaucoup de temps et d’argent pour inventer des slogans tels que  »Les livres changent tout ». Mais le simple fait de lire quelque chose -n’importe quoi- constitue-t-il un si haut fait culturel qu’il faille le célébrer ?» Elle rappelle que « quand le roman est devenu populaire aux Etats-Unis, dans la seconde moitié du XVIIIème siècle, il fut accusé de détruire les neurones et de faire peser une menace sur la haute culture – à peu près les termes dans lesquels la télévision est aujourd’hui dénoncée. » On pourrait aussi rappeler, comme le fait Laura Miller dans un autre article, que « Socrate lui-même dénigrait l’écriture, peu fiable à ses yeux, puisqu’il n’était possible ni de questionner un texte écrit sur sa signification ni d’en voir les auteurs et de les jauger ». Pour l’auteur de l’élégie à Gutenberg, « à mesure que la peur de l’apocalypse culturelle glissait du roman vers ses épigones high-tech – la radio, le cinéma, la télévision et désormais, les ordinateurs-, le livre a acquis une réputation de noblesse éducative et même morale ». A présent, le livre jouit donc d’un statut de meilleur bien culturel que les jeux vidéos ou la télévision, sans que l’on s’interroge sur l’hétérogénéité de ces lectures.

La question de la diminution des pratiques de lecture chez les jeunes est sous-jacente à tout ce dossier. A la fin de celui-ci, Books en partenariat avec Opinion Way réalise donc un grand sondage sur les pratiques de lecture avec comme principale conclusion qu’«Internet semble creuser l’écart entre les jeunes qui lisent et ceux qui ne lisent pas ».

Sans commenter tout le sondage qui parfois s’appuie sur des sous-catégories trop petites pour en tirer des conclusions, on peut retenir que selon eux, 42% des « CSP- » lisent moins qu’il y a cinq ans, et que 55% de ceux qui lisent plus sur Internet que sur des supports papiers lisent moins de livre qu’il y a cinq ans.

C’est notamment à partir de ces constats qu’ont été écrits les livres les plus critiques envers la génération Y. Parmi ceux-ci, on peut noter le livre d’Andrew Keen, Le culte de l’amateur. Il considère que les sites participatifs comme MySpace et YouTube favorisent « la médiocrité, le narcissisme et le conformisme » et ajoute que « la révolution du Web 2.0 favorise les observations superficielles au détriment de l’analyse en profondeur, les opinions à l’emporte-pièce au détriment du jugement réfléchi ». Pour Andrew Keen, avec l’avènement de ces pratiques, « l’actualité sera faite de potins de célébrités servant à agrémenter la publicité », voilà ce qui arrive écrit-il, « quand l’ignorance s’allie à l’égocentrisme, au mauvais goût et à la tyrannie de la foule ».

« L’histoire démontre, écrit-il, que la foule ne fait pas toujours preuve de sagesse », ayant embrassé des causes aussi peu raisonnables que « l’esclavage, l’infanticide, la guerre de George Bush en Irak, Britney Spears »… S’enlisant un peu dans la paranoïa, il affirme que « le format interactif employé par Wikipédia autorise la diffusion d’informations inexactes, non vérifiées, voire carrément frauduleuses » et qu’« en captant notre attention comme ils le font, les blogs et les wikis sont en train de décimer les industries de l’édition, de la musique et de l’information qui ont crée le contenu original que les sites Web  »agrègent ». Notre culture est en train de cannibaliser ses jeunes, en détruisant la source même du contenu qu’ils recherchent ». C’est aussi ce que pense l’auteur de Reinventing knowledge pour qui « Sans l’ombre d’un doute, nous sommes entrés dans une ère où la vérité officielle est plus facile à contester que jamais. Mais voulons-nous vraiment vivre sans aucune vérité établie; un monde où le moindre fait doit être approuvé démocratiquement par une foule d’individus dont l’opinion n’est peut-être ni fondée ni fiable ? »

Le dossier fait aussi la part belle au désormais célèbre livre de Mark Bauerlein : The Dumbest Generation2.dumbest_generation Diamétralement opposé au premier ouvrage présenté, ce livre critique férocement la génération Y. Pour l’auteur, le multimédia nous divertit de nos buts fondamentaux, il nous distrait et met à mal notre concentration. « La multiplication des tâches oblige le cerveau à partager ses capacités de traitement, affirme-t-il, de sorte que même si les tâches ne sollicitent pas les mêmes zones, une partie de l’infrastructure qu’elles partagent risque d’être saturée. » Contrairement aux livres « qui donnent aux jeunes lecteurs un lieu où ralentir et réfléchir, où trouver des modèles, où voir exprimées leurs propres émotions », Internet oblige un fonctionnement multitâche dès lors, « même si vous réussissez à apprendre en mode multitâche, le savoir acquis est moins flexible et plus spécialisé, vous avez plus de mal à récupérer l’information ». L’auteur craint que les savoirs acquis dans les autres consommations culturelles des jeunes ne relèvent pas le niveau d’intellect de ceux-ci dès lors il craint que « la génération Y (…) ne soit pas seulement la plus bête mais aussi la plus repliée sur elle-même et la plus égoïste ».

On retrouve cet argument dans un interview de Chris Hedges intitulée « Internet gonfle le culte du moi ». Pour lui « la popularité d’Internet tient à sa capacité de gonfler le culte du moi », « Voyez Facebook et les autres sites sociaux. Leur objet n’est pas de se faire des amis mais d’établir des contacts et de communiquer au niveau le plus superficiel. Ce sont des sites d’autoprésentation, destinés à montrer comment je souhaite être vu ». Dans cet interview alarmiste, l’auteur de Empire of illusion affirme que « Par son efficacité à diffuser les images et la pornographie, Internet a facilité notre penchant culturel à transformer les êtres humains en objet ».

Un dossier extrêmement riche que je ne peux que vous conseiller de découvrir dans le numéro d’été de Books, la confrontation des idées présentées dans ces critiques de livres est très enrichissante et donne envie de poursuivre cette réflexion notamment en reparcourant des articles sur le sujet comme le très célèbre: « Est-ce que Google nous rend idiot? »

1Tout ce qui est mauvais est bon pour vous. Comment la culture populaire d’aujourd’hui nous rend en fait plus intelligents.

2La génération la plus bête. Comment l’ère du numérique abrutit les jeunes américains et compromet notre avenir

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La Parisien : Le vrai nombre de militants P.S.

28 juin 2009

L’édition de ce dimanche du Parisien titre en une : Le vrai nombre de militants P.S., un titre alléchant pour une enquête sans grande révélation…

LEPARIENL’article commence par un bref état des lieux des partis en France, enfin de trois partis. L’UMP tout d’abord qui aurait compté 400 000 adhérents en 2007 plafonnerait à 200 000 aujourd’hui, le PCF qui comptaient 700 000 adhérents en 1979 aurait aujourd’hui quelques 130 000 encartés et enfin le PS, principal intéressé, qui aurait à l’heure actuelle quelques 203 000 adhérents.

La principale révélation de ce dossier consiste à montrer qu’un adhérent au P.S., n’est pas forcément un militant ? Ah bon ? Le journaliste semble surpris qu’une section avec 250 adhérents ne se retrouve peuplée que de 40 personnes lors des réunions… c’est pourtant la réalité de la politique depuis fort longtemps et le fait de prendre une carte dans un parti ne signifie pas pour autant devenir un militant actif, participer aux réunions, tracter, débattre,…

Au delà de ça, le quotidien essaye de chiffrer le nombre de socialistes encartés qui devraient disparaître avant la fin de l’année… Selon une source interne, il y aurait « 40 993 » adhérents considérés comme des « inactifs ». Ce qui signifierait que « plus d’un adhérent sur cinq ne participe plus à la vie du parti et ne verse plus de cotisations. » Car un adhérent inactif, n’est pas un adhérent qui n’agit pas, c’est un adhérent qui n’est pas à jour de sa cotisation et que les partis laissent négligemment sur les listes pour gonfler un peu leur nombre de militants…

Pour eux, « Aux inactifs, il faut ajouter ceux qui ont déjà jeté l’éponge : 1 812 démissions ont déjà été enregistrées entre le 28 février et le 22 juin, ce qui correspond à la période du fiasco des européennes (16,48 % pour le PS). Avec 357 cartes rendues, le Pas-de-Calais monte sur la première marche du podium. Là encore, la région parisienne doit faire face à une lente érosion : 122 en moins à Paris, 70 en Seine-Saint-Denis… »

Pour étayer ces révélations chocs, le quotidien parisien s’appuie sur quelques entretiens, ainsi, Philippe Bonnefoy, membre du bureau national des adhésions, affirme qu’« il y a un coup de blues

incontestable ». Pour autant, « personne ne parle encore d’hémorragie ». La preuve, selon la direction, « 2 942 nouveaux adhérents » auraient rejoint le PS depuis le 1er mars. « Ce qui ne compense évidemment pas les départs et les inactifs. » A propos de ceux qui ont pris leurs distances, Rémi Féraud, le jeune maire du Xème arrondissement parisien en est certain : « Si nous sommes capables de leur proposer une perspective, ils reviendront. »

En un mot, un dossier bien vide du Parisien, pour combler la une d’un dimanche sans information intéressante… Un petit cours de vocabulaire sur la différence entre un militant et un adhérent aurait cela dit été un peu plus utile…


Frédéric Mitterrand, le gros coup médiatique

24 juin 2009

On ne parle que de lui dans les colonnes des journaux ce matin, un remaniement plus important que prévu et pourtant un seul nom sur toutes les lèvres, Frédéric Mitterrand. Petite revue de presse européenne sur ce joli coup médiatique.

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Comme à son habitude, Libération a soigné sa une et l’a parée d’un jeu de mot simple mais efficace, « la farce tranquille ». Et oui, on rit à ce coup politique qui n’en est pas un puisque cela fait fort longtemps que Frédéric Mitterrand n’a de socialiste que le patronyme. L’édito de Laurent Joffrin, le souligne à merveille : « C’est ce qu’on pourrait appeler une nomination calembour. Mitterrand arrive au pouvoir sous Sarkozy : la force d’un patronyme ainsi arraisonné colore un remaniement pour le reste fondu dans la grisaille. Voilà une bonne farce servie à la gauche, qui sait bien que le neveu vif-argent n’est guère fidèle à l’oncle tutélaire, mais qui devra supporter néanmoins les inconvénients de cette niche familiale et homonymique. »

En onomastique (étude du nom propre) on considère souvent que si le nom propre n’a à l’origine pas de sens, il en acquiert dans le discours. C’est ce qui est visé à travers le choix de Frédéric Mitterrand : «  le contenu sémantique du nom propre n’est pas fondamentalement différent de celui du nom commun », écrivait Sarah Leroy dans Le nom propre en français. Ainsi dans l’imaginaire collectif Mitterrand renvoie au socialisme et pour être plus précis au seul président socialiste de la Cinquième République. S’il est avéré que Frédéric Mitterrand est d’avantage une ouverture au chiraquien, il n’en demeure pas moins par le sens que l’on donne à son nom, par son héritage familial, un gros coup politco-médiatique.

La presse européenne relaie d’ailleurs abondamment l’information. Du côté de l’Espagne, El País, titre ce matin : « Sarkozy ficha a un sobrino de Mitterrand para su Gobierno » (Sarkozy invite le neveu de Mitterrand pour son gouvernement). Le journaliste écrit que « El nombramiento da fe de la tendencia algo caníbal de Sarkozy a fagocitar valores situados en el campo político contrario. La potencia simbólica del nuevo titular del cargo es evidente: François Mitterrand, presidente de la República durante dos mandatos, encarnó durante muchos años al último líder incuestionable de la izquierda francesa.»1 Les autres journaux du pays lui emboitent le pas, La Voz de Galicia insiste aussi sur le fait que la star du remaniement n’ait pas su tenir sa langue et qu’il a dès lors obligé Sarkozy à avancer l’annonce du gouvernement de quelques heures.

C’est dans les journaux italiens que j’ai trouvé les meilleurs titres, pour le Corriere de la Serra, Sarkozy fait entrer un Mitterrand dans sa cour (« Un Mitterrand entra alla corte di Sarkozy ») alors qu’Il Jornio titre « Sarkò chiama Mitterrand jr al Governo » (Sarkozy appelle Mitterrand Junior au gouvernement). Si l’expression Mitterrand Junior est à proprement parler fausse, puisqu’il s’agit du neveu et non du fils Mitterrand, cet article à le mérite de bien résumer les choses. On choisit Mitterrand uniquement pour la valeur symbolique et pour son héritage politique, ce journal comme beaucoup d’autre reprend la citation du futur ministre de la Culture : « Sarkozy a bien été ministre de Mitterrand ».

Dans les titres de la presse francophone, on peut s’amuser de la similitude de l’article de 24 heures et de La tribune de Genève : «  Un Mitterrand dans le gouvernement Sarkozy ». On retrouve de toute façon ce titre dans à peu près tous les pays, notamment en Allemagne où le Süddeutsche Zeitung titre : « Frédéric Mitterrand Neuzugang im Kabinett von Nicolas Sarkozy »2. C’est plus du côté anglosaxon que viennent les surprises. On s’intéresse beaucoup au reshuffle du gouvernement français. The Independent dresse d’ailleurs un long portrait du futur ministre de la Culture en soulignant beaucoup son homosexualité :

« A talented film-maker and writer, Mr Mitterrand is open about his homosexuality, even writing about his “paid loves” with young men. A year ago, with the support of the first lady, he won a bitter contest to become the director of the Villa Medicis, an extension of the French Academy in Rome.

The film-maker, writer and TV presenter Frederic Mitterrand, 61, nephew of the late President François Mitterrand, will become culture minister, a very high-profile job in France. This appointment, welcomed by many in the artistic world, will irritate the Catholic, conservative right. M. Mitterrand is a vociferous campaigner for homosexual rights and a columnist in the gay magazine, Tetu.»3

En France, on a déjà que trop parlé des nombreux articles de presse ; à noter tout de même que Jean-Marcel Bouguereau écrit dans l’édito de la République des Pyrénées que « l’ouverture c’est fini » soulignant que « même si la nomination de Frédéric Mitterrand fait effet d’optique, celui-ci n’a jamais caché ses opinions de droite ».

A peu près partout en Europe, on n’a retenu que la nomination de Frédéric Mitterrand, peu d’articles soulignent l’absence de parité dans ce nouveau gouvernement, comme finalement peu d’articles parlent de François Fillon qui devrait pourtant être à l’origine de ce remaniement. Un peu partout on lit l’expression « gouvernement Sarkozy » qui n’a pourtant pas de sens constitutionnellement.

1La nomination fait foi de la tendance légèrement cannibale de Sarkozy à phagocyter des valeurs situées dans le camp socialiste. La puissance symbolique du nouveau titulaire de la charge est évidente : François Mitterrand, président de la République pendant deux septennats, est le dernier chef indiscutable de la gauche française.

2Frédéric Mitterrand recruté dans le gouvernement de Nicolas Sarkozy.

3Un talentueux auteur et réalisateur qui a affirmé publiquement son homosexualité et à même écrit à propos de ses relations payées avec des jeunes garçons. Il est devenu directeur de la Villa Médis grâce à ses relations intimes avec Carla Sarkozy. L’auteur, réalisateur et présentateur Frédéric Mitterrand, neveu de François Mitterrand, va devenir ministre de la Culture, un poste clé en France [sic]. Cette nomination bien accueillie par beaucoup dans le monde artistique devrait irriter les catholiques et la droite conservatrice. Monsieur Mitterrand étant un fervent défenseur des droits des homosexuels et collaborant au magazine gay Têtu.


www.stoplouverture.com, c’est quoi cette affaire ?

18 juin 2009

En lisant mes courriers électroniques sur Gmail à l’instant, je suis tombé sur une publicité pour un site intitulé stoplouverture.com

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Le message n’est  pas très lisible, mais il est indiqué, « Non à l’entrée des gauchistes, signez la pétition ». Je me suis dès lors rendu sur le site qui annonce fièrement 11709 signataires.

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Première chose, que je remarque sur ce site c’est ce logo UMPS. En dessous, il est indiqué que ce site est réalisé par des militants UMP qui soutiennent Sarkozy. Le terme UMPS renvoie pourtant plutôt à Jean-Marie Le Pen qui en a la paternité, et à François Bayrou qui l’a souvent employé en 2007.

Que l’on signe ou non la pétition, il est impossible de voir qui sont ces quelques milliers de signataires, ce qui laisse à penser qu’il s’agit d’un faux. Le but du site est de lutter contre une seconde vague d’ouverture la semaine prochaine avec ce slogan : « un peu d’ouverture ça va, beaucoup d’ouverture bonjour les dégâts ! ». Pour eux,  « l’ouverture ne doit pas devenir un gadget médiatique renvoyant l’idée que les valeurs, l’intelligence et la compétence sont à gauche. »

Leur crainte est résumée en cinq points : risque de brouiller le message, affaiblissement de la cohésion gouvernementale, détérioration des relations avec les parlementaires (qui n’auront pas de postes), éloignement de la majorité de ses électeurs, et le clou du spectacle : risque de débarrasser les opportunistes du PS et ainsi d’aider le parti à se refonder… [sic]

Jack_Lang s’offusque sur Twitter et demande le retrait de sa photo sur la bannière du site. Site qui d’ailleurs n’est composé que d’une seule page, le contact en bas renvoie sur une adresse email banalisée et on retrouve un lien vers un article de Claude Goasguen dans Valeurs Actuelles, c’est tout.

Etrange site que ce stoplouverture.com qui a les moyens de s’offrir des pubs sur gmail mais qui ne donne aucune information sur ses créateurs ni sur les signataires…


François Fillon, un vrai geek ?

18 juin 2009

C’était l’événement twitter de la journée de mercredi, François Fillon s’est déclaré geek, une révélation fracassante qui a été relayée par une dépêche AFP !

L’article de SVM est en fait une simple double page perdue à la soixante-dix-huitième page du numéro d’été et occupée au quart par une photo de François Fillon, ses deux macs et son Nokia E61i.

ff svm

Pas de révélations surprenantes, surtout quand on a déjà lu la dépêche AFP. On apprend que notre premier ministre a « épuisé plus de trente PC » (En change-t-il tous les ans? Pas très écolo tout ça) et qu’actuellement il utilise deux MacBook Pro et un iMac. Il affirme que le portail du gouvernement utilise le CMS open source Drupal, sans que l’on sache vraiment s’il maîtrise le sujet ou si son conseiller en communication lui avait préparé une note à ce sujet. Il avoue n’avoir jamais utilisé de logiciels libres même si à Matignon les ordinateurs sont équipés d’Open Office et qu’il est « convaincu de l’utilité de l’open source pour faciliter l’entrée de nouveaux acteurs et stimuler la concurrence ».

Quand la journaliste lui demande depuis quand il est amateur de high-tech, il répond sans détour : « depuis toujours jap01! ». Sa première émotion numérique était son Toshiba T2100 – son premier ordinateur portable – et la découverte de la NCSA et d’Internet en 1993. Il regrette de ne plus pouvoir bloguer depuis qu’il est à Matignon d’autant plus qu’il aimerait répondre à « la quantité de bêtises » qu’il lit dans les commentaires de son blog.

S’il avoue encore lire la presse papier, il affirme être un lecteur régulier de Technorati et du Journal du Geek. Son appareil numérique idéal serait « un iPhone plus rapide avec un clavier virtuel plus gros, un appareil photo et vidéo HD et un récepteur de télévision ». Il ne répond pas à la question de l’éducation de son enfant à Internet et la contourne en affirmant qu’il a « une DS, une Playstation et une Wii » et que son « épouse tente de contrôler ».

La fin de l’interview, vous pouvez la lire dans le numéro d’été de SVM mais il n’y a plus de révélations personnelles, rien de très passionnant en somme, si ce n’est que cela m’a donné envie de pousser un peu mon étude sur le mot geek en politique.


Dany superstar !

17 juin 2009

Ce mercredi, jour des enfants et de la sortie de certains hebdos, devrait marquer la fin de l’omniprésence de Daniel Cohn-Bendit dans la presse. Depuis lundi passé, on ne parle que de lui, petit aperçu.

REUTERS/Philippe Wojazer, Daniel Cohn-Bendit le 7 juin 2009

REUTERS/Philippe Wojazer, Daniel Cohn-Bendit le 7 juin 2009

Au lendemain du scrutin, il n’y en avait plus que pour Europe Ecologie (et dans une moindre mesure l’UMP). Daniel Cohn-Bendit candidat en Île-de-France bien que de nationalité allemande s’est assuré les gros titres dans les deux pays. Du côté français, on a encore en tête toutes ces unes de plus ou moins bons goûts. Pour n’en rappeler que quelques unse, on peut noter que Le Figaro titrait « Cohn-Bendit bouleverse la donne à gauche » ou encore « Le Parti socialiste humilié par Cohn-Bendit » pendant que Rosalie Lucas pour Aujourd’hui en France évoquait « le coup de maître de Cohn-Bendit ». Plus récemment on peut noter le douteux « Cohn-Bendit, le grand bazar » de Marianne ou le « scandale Cohn-Bendit a niqué Bayrou » de Charlie-Hebdo. Côté Allemand, c’est la surprise qui prédomine. Sudwest Presse évoque le gros coup des verts français (« Grüne Franzosen; Überraschungscoup des Daniel Cohn-Bendit ») tandis que le Nürnberger Nachrichten affirme que Cohn-Bendit a créé un miracle vert (« Cohn-Bendit schafft grünes Wunder »), notons enfin que ce qui compte pour le Berliner Zeitung c’est la troisième place obtenue par les Verts (« Cohn-Bendit auf Platz drei »).

REUTERS/Philippe Wojazer, Daniel Cohn-Bendit et les médias le 7 juin 2009

REUTERS/Philippe Wojazer, Daniel Cohn-Bendit et les médias le 7 juin 2009

D’autres journaux européens ont, bien sûr, relayé l’information en insistant toujours sur la surprise du triomphe des Verts français : L’indépendant met en une « Cohn-Bendit, l’homme providentiel des Verts », La Repubblica annonce la renaissance de Cohn-Bendit (la rinascita di Cohn-Bendit ) tandis qu’El País titre « Daniel Cohn-Bendit, líder de Mayo de 1968, da la sorpresa en Francia » (Cohn-Bendit, leader de Mai 68, crée la surprise en France).

Mais le plus remarquable dans ces articles est la quantité de jeux de mots que cette élection a généré. Partout, on donne des Dany le Rouge ou des Dany le Vert jouant sur ce processus antonomasique pour souligner la diversité du parcours de Daniel Cohn-Bendit. Dans tous les pays, on retrouve cette image, ainsi on parle de ‘ Røde Dany’ dans le Politiken danois, AP titrait sa dépêche « Dany the red », « Rote Daniel » pour Die Presse et Dany « il verde » pour la Repubblica. Beaucoup d’articles soulignent le passage de Dany le Rouge à Dany le Vert, c’est le cas notamment du dossier conséquent du Parisien d’hier qui titrait « 1968-2009 : Dany du rouge au vert ». Die Press souligne que depuis longtemps Dany le rouge est le fer de lance des écologistes européens (Der « rote Daniel » ist längst ein grünes Zugpferd ), El Periòdic d’Andorra un peu perdu dans ces identités multiples titre en français « Dany le rouge/vert » et souligne tout au long de l’article la différence entre les deux. Dans la série des « Dany le », on trouve par exemple « Dany le trublion » (Le Point) ou « Dany l’Européen » (Le Point, Le Monde). Mais les meilleurs jeux de mots sont à mettre à l’actif de Libération. Si je tiens à souligner le beau travail d’allitération du Progrès qui titrait « le D-Day de Dany », parmi tous les titres que j’ai pu parcourir, les meilleurs sont, bien sûr, « Le Dany boom » de Matthieu Ecoiffier pour Libération ou toujours dans le même journal « François Bayrou victime des éclats de Vert de Daniel Cohn-Bendit ». Les jeux de mots de Libértion sont même repris à l’étranger, ainsi le lendemain de l’élection on pouvait trouver un article intitulé « Cohn-Bendit, le catalyseur vert », repris quelques jours plus tard par Die Press sous le titre « Cohn-Bendit: Europas grüner Katalysator ».

Depuis quelques jours la ferveur Cohn-Bendit commence à s’estomper même si on peut encore trouver dans les journaux d’aujourd’hui des titres comme « L’envol de Daniel Cohn-Bendit, la chute de François Bayrou » (LePoint.fr suite au sondage sur les personnalités politiques) ou « Cohn-Bendit M.Consensus » dans l’Express. Petit à petit Cohn-Bendit va surement quitter à nouveau nos journaux, rappelons qu’en dix jours il a recueilli plus d’articles que pendant toute sa campagne pour les européennes…



Le petit Larousse 2010 fait la part belle aux anglicismes…

12 juin 2009

Chaque année, Le petit Larousse s’offre une belle publicité en laissant transparaître quelques uns des nouveaux mots qui viendront se greffer – ou se substituer – aux quelques 150 000 mots de l’ouvrage de référence.

larousseIl semblerait que cette année la part belle soit offerte aux anglicismes et autres néologismes. S’il est difficile d’avoir une vision globale des cent cinquante nouveaux mots, nous pouvons noter l’apparition de geek, peer-to-peer, surbooké, black-lister, peopolisation, buzz, low-cost, clubbeur ou encore slim et elearning. Du point de vue des néologismes, on peut remarquer l’entrée dans le dictionnaire – la lexicalisation – du terme adulescent, mobinaute, décroissance ou décohabiter.

Pour commencer tout d’abord par les anglicismes, notons que la majorité d’entre eux connaissent une traduction officielle au journal du même nom. Dès lors, ceci pose un problème, Larousse étant un acteur privé mais référant, en faisant entrer du vocabulaire dans le lexique français (c’est pourquoi en linguistique l’entrée dans le dictionnaire se nomme lexicalisation) Larousse devient un acteur contradictoire de la volonté publique. Donnons quelques exemples :

Peer-to- peer (dont j’ai déjà parlé ici) : fait l’objet depuis le 13 mai 2006 d’une traduction officielle qui est pair-à-pair ou poste-à-poste. L’entrée dans le dictionnaire de l’anglicisme peut à présent servir de justification à son utilisation avec cet argument massue : « ce mot existe, il est dans le dictionnaire ». Le problème de cet anglicisme, c’est qu’il crée un clivage entre générations.  Il ne fait aucun doute que beaucoup de jeunes savent ce qu’est le P2P, mais dès que l’on avance un peu dans les générations (les députés quinqua par exemple) plus personne ne sait de quoi il s’agit. La généralisation d’anglicismes accroît le problème d’incompréhension entre les générations  et peut parfois créer un stress supplémentaire au travail comme je l’expliquais ici.

Surbooké et overbooké ne font l’objet d’une traduction officielle que dans le cas de pratiques de surréservation d’un avion ou d’une salle de spectacle, il n’y a rien qui concerne une personne trop occupée ce qui sera surement l’axe de la définition choisie par Le Petit Larousse.

Buzz a, quant à lui, fait l’objet d’une parution au journal officiel du 12 juin 2007, on parle alors de bouche à oreille ou de bouche à oreille électronique… les propositions de traduction n’étant pas entrée dans le dictionnaire, il semble que Le Petit Larousse lexicalise ici un terme en effet très souvent employé.

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Biopic a pris une part importante du vocabulaire cinématographique après le succès de La Môme et les tentatives qui ont suivi dont le très mauvais Coluche de De Caunes, et ceux sur Mesrine, Spaggiari,… Ce terme a une traduction officielle depuis le 27 novembre 2008, on parle de biofilm ou de film bibliographique.

Low-cost est à mon avis plus discutable. Traduit depuis 2007, on parle souvent de compagnie à bas prix ou à bas coûts. Légitimer cet anglicisme alors que la traduction française est assez répandue ne me semble pas d’une grande utilité. C’est typiquement le mot qui ne sert à rien puisque tout le monde sait ce qu’est un bas prix ou un bas coût mais beaucoup de francophones ne savent pas ce que signifie low-cost.

E-learning est à mon sens, le terme qui a le moins sa place dans cette nouvelle édition. Pourquoi lexicaliser un terme dont l’emploi n’est pas si courant et dont la traduction déjà vieille de 4 ans semble entrer dans le vocabulaire courant. Il ne me semble pas particulièrement que e-learning soit plus répandu que formation en ligne. La présence dans cette édition du Petit Larousse va bien à l’encontre de la volonté publique de voir se généraliser l’équivalent français.

Les termes comme clubbeur ou pipolisation ont eu tendance à me faire rire. J’ai un peu de mal à comprendre comment clubbeur peut prend deux  »b »  et un  »u ». Soit clubber en anglais soit on francise clubeur(re). Pipolisation tout comme d’autres termes, taxi-clando, par exemple montre l’impact de l’actualité sur le dictionnaire. Il est possible qu’on aurait jamais fait entrer taxi-clando (taxi clandestins) dans le dictionnaire s’il n’y avait pas eu le fait divers que l’on connaît. Il est aussi possible qu’après l’ère Sarkozy tout le monde se demande pourquoi le Petit Larousse avait choisi ce mot en 2010.

Dans les néologismes, je m’interroge un peu sur le sens de mobinaute ou de décohabiter. Il est vrai qu’il semblait important de trouver un terme pour les utilisateurs d’Iphone et autres smartphones (anglicisme qui n’a pas d’équivalent français). Tout comme, il semble normal que tsunami figure dans le vocabulaire au même titre qu’adresse IP ou Web 2.0 (Frédéric Lefebvre aurait promis de lire la définition). J’ai aussi hâte de découvrir les nouvelles définitions officielles de geek, adulescent ou même d’un slim et de me demander ce qu’il y aura en face de la définition de R.S.A. – qui fait son entrée cette année – dans dix ans …

Chaque année la parution de ces nouveaux mots est très attendue, mais elle a toujours quelque chose de très surprenant, on peut se demander l’intérêt de faire entrer massivement les anglicismes dans le dictionnaire comme on peut se demander pourquoi des termes comme fumer la moquette font leur apparition en 2010.