Formidable Jack Lang !

21 juillet 2009

Alors que Manuel Valls parlait d’un parti en danger de mort, que Bertrand Delanoë évoquait un « gâchis de talents, d’idées et de personnalités » et qu’Arnaud Montebourg faisait allusion, hier sur France Info, à un parti « tombé dans le formol », c’est aujourd’hui de Jack Lang qu’il faut parler ! Ajoutant encore aux images mortuaires, l’éternel ministre de la culture a déclaré au Parisien / Aujourd’hui en France que le P.S. était un arbre mort…

Au-delà de cette belle image répétée ce matin dans toutes les revues de presse, que faut-il retenir de cet entretien ? Pas grand-chose à vrai dire. Si ce n’est une petite contradiction puisque dès la première question, Jack Lang affirme que « Non, le PS n’est pas mort, même s’il traverse une très grave crise d’identité. Léon Blum, Jean Jaurès, Pierre Mendès France, François Mitterrand : nous appartenons à une grande histoire. Le mouvement socialiste a déjà connu des périodes d’affaissement, notamment sous Guy Mollet. La SFIO s’était alors asséchée, elle avait tourné le dos à une partie de son idéal. Avant qu’une poignée d’hommes, dont Mitterrand, ne redonne une âme à cette maison vermoulue. Et ce fut ensuite une longue marche vers le pouvoir. »

Après avoir débité quelques évidences comme le fait que le P.S. contrôle les régions mais n’est pas capable de remporter des élections nationales, Jack Lang défend sa position pro-hadopi (sans n’avoir tenu compte ni compris les arguments du P.S.) pour lui « Le PS tourne le dos à deux principes que nous avons toujours défendus : la régulation économique, notamment dans le domaine de la culture, et la protection du droit des artistes. D’une façon générale, on est frappé par le silence des socialistes depuis des années sur l’éducation, la culture, la jeunesse. »

Quand on lui demande comment le P.S. peut sortir de cette situation, il repart  avec quelques idées simples : tout d’abord il entend mettre fin aux week-ends de 4 jours de la rue de Solférino… Pas la peine à son goût de « changer le nom, l’étiquette ou le drapeau. Quel intérêt ? On rêverait surtout que l’équipe dirigeante soit là à plein temps. » En outre, il veut « que nous ouvrions enfin les portes et les fenêtres à une nouvelle génération. » (au risque qu’elle sorte comme dirait Hamon !). Il serait prêt à être encore plus fort que Ségolène Royal et à proposer l’adhésion à un euro ! Nous gratifiant d’une belle antonomase, il affirme que « ce n’est pas d’un parti de 100 000 militants que surgira demain le Obama français tant attendu, tant désiré. C’est impossible. ».

Il conclut son article optimiste et déterminé, « ce serait passionnant de reconstruire, comme l’avait fait Mitterrand après le congrès d’Epinay, un parti revisité, rajeuni, revigoré. »

Formidable ! Jack Lang, formidable ! Mais cet entretien très médiatisé ne s’avère pas très utile…


Les élections d’Hénin-Beaumont dans la presse

7 juillet 2009

            En cette période politique un peu creuse, les élections d’Hénin-Beaumont ont – du fait de la présence au second tour du FN – attiré l’attention de tous les médias. La victoire du front républicain ravit l’intégralité de la presse de ce début de semaine, petit aperçu.

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Du côté des titres, Libération nous gratifie en couverture d’un jeu de mot un peu limité « Mal venue chez les ch’ti » puis d’un article intitulé « Marine Le Pen, à qui perd gagne ». Pour L’Humanité, « Hénin-Beaumont sort le Front national » et le Figaro titre « À Hénin- Beaumont, Marine Le Pen rate son pari ». Le Parisien/Aujourd’hui en France voit dans cette élection « une défaite de plus » pour le FN alors que Sud Ouest réalise à mon avis le meilleur des jeux de mots, certes un peu cru pour traiter d’une élection dans une ancienne cité minière, « Nouveau coup de grisou pour le FN » !

 

A l’étranger, l’affaire ne passionne pas énormément, on trouve toutefois quelques articles sur le sujet dans la presse belge, suisse, allemande et italienne avec des titres généralement plus neutres. On peut noter par exemple, le Corriere della sera qui titre : « Sinistra e destra unite battono Le Pen » (la gauche et la droite unies battent Le Pen). 24 heures et La Tribune de Genève montrent le caractère tout relatif de cette défaite en titrant : « l’extrême-droite se remet en selle malgré sa défaite » pour le premier, et « malgré sa défaite, l’extrême droite se remet en selle » pour le second. Dans une certaine mesure, ces deux derniers titres rappellent plus volontiers les déclarations de Marine Le Pen sur RTL. En effet, elle n’a eu de cesse de jouer à qui perd gagne comme l’écrivait Libération avec des affirmations comme: « Il y a des défaites qui sont extrêmement honorables et celle-là en fait partie » ou « C’est une défaite qui a un petit goût de victoire. Il nous a manqué 265 voix, c’est rageant de rater de la victoire à si peu ». Dans cet entretien elle a aussi attaqué son concurrent d’hier en affirmant que « Daniel Duquenne est malhonnête depuis trois jours. Il joue sur la peur en disant aux Héninois que le fait qu’il soit de gauche l’aidera à obtenir des subventions. »

 

Dans le même registre, le vice-président du FN Bruno Gollnisch a souligné que « l’ascension du FN n’a été contrecarrée que par la coalition de tous les partis du système, solidairement responsables de la situation de la ville et du pays […], contraints de révéler une fois de plus leur profonde connivence, habituellement masquée par des rivalités de façade, et de faire usage de menaces ou de procédés déloyaux ». On voit ici, un discours traditionnel du FN qui comme le soulignait Bourdieu est corollaire d’une position de casseur de jeu politique. Le FN dénonce l’ensemble du système pour mieux y trouver une place. C’est aussi ce que l’on pouvait entendre chez les militants au cri de « tous unis, tous pourris ! ».

 

Pour en revenir à la presse, les éditos politiques sont tous partagés entre la joie non dissimulée de ne pas voir une cinquième ville de plus de 20 000 habitants gérées par le FN et la nécessité de prendre en compte ce signe de vie du parti frontiste.

 

Comme l’écrit Dominique Garaud dans La Charente Libre, « le cadavre du FN bouge encore », le parti a été enterré trop vite. Dans Le Parisien, on pouvait lire que « le FN n’est pas mort, et à Hénin-Beaumont il n’a pas été écrasé et il reste à un haut niveau. Le parti connaît un processus de marginalisation électorale, mais il n’est pas en voie d’être rayé du paysage politique. Cette crise est le reflet de l’incapacité du parti, qui pendant vingt-cinq ans avait réussi autour de Jean-Marie Le Pen à offrir un visage de dynamique et d’alternative politique, à préparer l’après-Le Pen. » Même constat pour Patrick Fluckiger dans L’Alsace : « Le FN a été enterré trop vite. À Hénin-Beaumont, il progresse entre les deux tours. Il réapparaît là où les grands partis sont défaillants, et Marine Le Pen est parvenue à rajeunir son image. Elle n’a plus besoin de faire appel prioritairement aux sentiments xénophobes qui avaient permis, en leur temps, aux troupes de son père de conquérir Toulon, Vitrolles, Marignane et Orange. Il lui suffit de dénoncer l’incurie et la corruption des notables en place. » Xavier Panon, dans La Montagne évoque dans une plaisante absence de neutralité : « la catastrophe d’Hénin-Beaumont, évitée de justesse ». Finalement, on ne trouve bien que Sud-Ouest, pour affirmer que le FN ne peut plus gagner d’élections, il « peut créer la surprise au premier tour, mais il ne transforme pas l’essai au second », le journaliste en trouve la cause dans l’ouverture sarkozienne : « si les électeurs de l’UMP ont suivi cette consigne de voter à gauche, c’est peut-être aussi parce que la politique d’ouverture de Nicolas Sarkozy a levé un tabou et qu’elle n’empêche plus les électeurs de droite de voter à gauche. » C’est aussi l’idée développée dans Le Figaro : « C’est peut-être l’un des mérites de l’ouverture pratiquée par Nicolas Sarkozy : les électeurs UMP – certes très peu nombreux à Hénin-Beaumont – n’ont pas eu l’impression de se trahir en donnant leur voix au candidat divers gauche Daniel Duquenne. Le changement d’attitude est symptomatique quand on se souvient des grincements de dents que provoquait il y a quelques années la notion de « front républicain ».

 

 

La grande question sous-jacente à la plupart de ces articles était de se demander si, ou non, Marine Le Pen avait l’étoffe pour reprendre la succession de son père et pour faire renaître un parti mal en point.


Sarkozy : un exercice de communication dans le Nouvel Obs’

2 juillet 2009

Le long entretien accordé par Nicolas Sarkozy au Nouvel Observateur a été traité dans les médias comme un événement, un article pourtant peu surprenant tant sur le fond que sur la forme.

Sur la forme tout d’abord, on peut noter que cet entretien a été très travaillé. Nicolas Sarkozy avait d’ores et déjà prévu les réponses et arrive presque à surprendre par un niveau de langue quasi-soutenu.

Comme à son habitude Nicolas Sarkozy nous gratifie d’un nombre incroyable de questions rhétoriques. 19 en tout dans cet entretien, ce qui signifie donc qu’il a répondu par une question à une question sur deux… Parmi les emplois de cette figure de style, on peut noter des questions habituelles chez lui comme « qui pourrait penser une chose pareille ?», « Est-ce normal ? », des questions ridicules à l’instar de ce : « ceux qui me reprochent l’ouverture, me proposent-ils de faire campagne sur la fermeture ? », des questions pour prendre à partie les journalistes « Croyez-vous qu’aujourd’hui, on puisse arrêter une affaire sensible ? » ou « Vous voudriez que j’arrête le nucléaire comme le réclament certaines organisations écologiques ?»… Si ce type de questions sont souvent très efficaces en interview télé, elles sont juste insupportables une fois à l’écrit…

Sur la forme on peut aussi relever, les quelques tentatives de modestie du président Sarkozy et notamment quelques efforts pour admettre ses erreurs… « J’ai commis des erreurs. Est-ce que tout ce qui m’est reproché l’est injustement ? Non. Il faut un temps pour entrer dans une fonction comme celle que j’occupe, pour comprendre comment cela marche, pour se hisser à la hauteur d’une charge qui est, croyez-moi, proprement inhumaine » ou encore à propos de la soirée au Fouquet’s : « J’ai eu tort. En tout état de cause, à partir du moment où quelque chose n’est pas compris et fait polémique, c’est une erreur. Et si erreur il y a, ce n’est pas la peine de recommencer » (alors pourquoi les vacances sur un yacht, l’Egypte, la luxueuse résidence américaine et mexicaine ?) Quelques questions plus loin, il reviendra encore avec une phrase dans ce ton : « mon bilan est sans doute imparfait, dans ce domaine comme dans les autres »…

Sur le fond, il n’y a pas grand-chose à retenir de cet entretien à noter tout de même un formidable effort pour s’adresser au lectorat du Nouvel Obs’ en ventant l’ouverture et la disparition des clivages politiques.

Dès le début de l’entretien, le président Sarkozy affirme que « l’ouverture, ce n’est pas seulement une manière de composer un gouvernement. Ce doit être une disposition d’esprit plus générale »… Quand il est interrogé sur la fin de l’ouverture, il répond que « Frédéric Mitterrand, la caractérise parfaitement », comme on a déjà pu le dire Frédéric Mitterrand n’a rien d’une nouvelle prise de l’ouverture, il est certes de droite chiraquienne mais c’est un peu limité…

Toutefois, tout au long de cet entretien, il n’a pas cessé d’en appeler à la fin du clivage droite-gauche avec des expressions comme « je suis de droite. Ma vie politique s’est faite à droite, mais je ne suis pas réductible à un camp. Je ne suis pas réductible à la droite. Avec l’âge je suis devenu plus tolérant, plus lucide et plus serein » (doit-on en conclure qu’être de droite c’est faire preuve d’une absence de tolérance, de lucidité et de sérénité ?). Il affirme plus tard que « plus ça va et plus je pense que le sectarisme est le pire défaut » et qu’il est envisageable qu’il ait un premier ministre de gauche « s’il se reconnaît dans l’action que [Sarkozy] mène ».

Il mobilise aussi le bilan des socialistes d’autres pays pour railler les questions des journalistes du Nouvel Observateur. Par exemple à propos du bouclier fiscal, il dira « ce que les socialistes allemands revendiquent, ce que les socialistes espagnols font, ce en quoi les socialistes anglais se reconnaissent, pourquoi les Français ne pourraient-ils pas le mettre en œuvre ? »

Pourtant, tout au long de cette interview, et sans vraiment de raisons, alors qu’il mène une sorte d’entretien qui se veut digne de la fonction présidentielle, Nicolas Sarkozy s’en prend à François Mitterrand.  Dès la quatrième question, Nicolas Sarkozy répond : « cela devrait vous rassurer d’avoir un président pointilleux sur les questions d’honnêteté. J’en ai connu d’autres qui disaient à la télévision : ‘‘Des écoutes ? Moi, jamais.’’ Je ne suis pas capable d’une telle hypocrisie ». Quelques questions plus tard : « j’ai simplement le soucis de la transparence et le refus de l’hypocrisie, j’aurais pu parler encore de François Mitterrand et de Michel Rocard »…

Au-delà de ces affirmations, Nicolas Sarkozy nous a gratifié de quelques petites phrases bien distillées du type « je n’ai jamais cru au partage du travail » ou « pouvoir transmettre 300 000 euros à ses enfants en franchise d’impôt, c’est de la justice » et nous a réexpliqué la différence entre un bon et un mauvais déficit…

A travers cet entretien Nicolas Sarkozy réalise un bel exercice de communication dans un hebdomadaire socialiste, une initiative un peu vaine pour redorer son image présidentielle…