Formidable Jack Lang !

21 juillet 2009

Alors que Manuel Valls parlait d’un parti en danger de mort, que Bertrand Delanoë évoquait un « gâchis de talents, d’idées et de personnalités » et qu’Arnaud Montebourg faisait allusion, hier sur France Info, à un parti « tombé dans le formol », c’est aujourd’hui de Jack Lang qu’il faut parler ! Ajoutant encore aux images mortuaires, l’éternel ministre de la culture a déclaré au Parisien / Aujourd’hui en France que le P.S. était un arbre mort…

Au-delà de cette belle image répétée ce matin dans toutes les revues de presse, que faut-il retenir de cet entretien ? Pas grand-chose à vrai dire. Si ce n’est une petite contradiction puisque dès la première question, Jack Lang affirme que « Non, le PS n’est pas mort, même s’il traverse une très grave crise d’identité. Léon Blum, Jean Jaurès, Pierre Mendès France, François Mitterrand : nous appartenons à une grande histoire. Le mouvement socialiste a déjà connu des périodes d’affaissement, notamment sous Guy Mollet. La SFIO s’était alors asséchée, elle avait tourné le dos à une partie de son idéal. Avant qu’une poignée d’hommes, dont Mitterrand, ne redonne une âme à cette maison vermoulue. Et ce fut ensuite une longue marche vers le pouvoir. »

Après avoir débité quelques évidences comme le fait que le P.S. contrôle les régions mais n’est pas capable de remporter des élections nationales, Jack Lang défend sa position pro-hadopi (sans n’avoir tenu compte ni compris les arguments du P.S.) pour lui « Le PS tourne le dos à deux principes que nous avons toujours défendus : la régulation économique, notamment dans le domaine de la culture, et la protection du droit des artistes. D’une façon générale, on est frappé par le silence des socialistes depuis des années sur l’éducation, la culture, la jeunesse. »

Quand on lui demande comment le P.S. peut sortir de cette situation, il repart  avec quelques idées simples : tout d’abord il entend mettre fin aux week-ends de 4 jours de la rue de Solférino… Pas la peine à son goût de « changer le nom, l’étiquette ou le drapeau. Quel intérêt ? On rêverait surtout que l’équipe dirigeante soit là à plein temps. » En outre, il veut « que nous ouvrions enfin les portes et les fenêtres à une nouvelle génération. » (au risque qu’elle sorte comme dirait Hamon !). Il serait prêt à être encore plus fort que Ségolène Royal et à proposer l’adhésion à un euro ! Nous gratifiant d’une belle antonomase, il affirme que « ce n’est pas d’un parti de 100 000 militants que surgira demain le Obama français tant attendu, tant désiré. C’est impossible. ».

Il conclut son article optimiste et déterminé, « ce serait passionnant de reconstruire, comme l’avait fait Mitterrand après le congrès d’Epinay, un parti revisité, rajeuni, revigoré. »

Formidable ! Jack Lang, formidable ! Mais cet entretien très médiatisé ne s’avère pas très utile…

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Les élections d’Hénin-Beaumont dans la presse

7 juillet 2009

            En cette période politique un peu creuse, les élections d’Hénin-Beaumont ont – du fait de la présence au second tour du FN – attiré l’attention de tous les médias. La victoire du front républicain ravit l’intégralité de la presse de ce début de semaine, petit aperçu.

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Du côté des titres, Libération nous gratifie en couverture d’un jeu de mot un peu limité « Mal venue chez les ch’ti » puis d’un article intitulé « Marine Le Pen, à qui perd gagne ». Pour L’Humanité, « Hénin-Beaumont sort le Front national » et le Figaro titre « À Hénin- Beaumont, Marine Le Pen rate son pari ». Le Parisien/Aujourd’hui en France voit dans cette élection « une défaite de plus » pour le FN alors que Sud Ouest réalise à mon avis le meilleur des jeux de mots, certes un peu cru pour traiter d’une élection dans une ancienne cité minière, « Nouveau coup de grisou pour le FN » !

 

A l’étranger, l’affaire ne passionne pas énormément, on trouve toutefois quelques articles sur le sujet dans la presse belge, suisse, allemande et italienne avec des titres généralement plus neutres. On peut noter par exemple, le Corriere della sera qui titre : « Sinistra e destra unite battono Le Pen » (la gauche et la droite unies battent Le Pen). 24 heures et La Tribune de Genève montrent le caractère tout relatif de cette défaite en titrant : « l’extrême-droite se remet en selle malgré sa défaite » pour le premier, et « malgré sa défaite, l’extrême droite se remet en selle » pour le second. Dans une certaine mesure, ces deux derniers titres rappellent plus volontiers les déclarations de Marine Le Pen sur RTL. En effet, elle n’a eu de cesse de jouer à qui perd gagne comme l’écrivait Libération avec des affirmations comme: « Il y a des défaites qui sont extrêmement honorables et celle-là en fait partie » ou « C’est une défaite qui a un petit goût de victoire. Il nous a manqué 265 voix, c’est rageant de rater de la victoire à si peu ». Dans cet entretien elle a aussi attaqué son concurrent d’hier en affirmant que « Daniel Duquenne est malhonnête depuis trois jours. Il joue sur la peur en disant aux Héninois que le fait qu’il soit de gauche l’aidera à obtenir des subventions. »

 

Dans le même registre, le vice-président du FN Bruno Gollnisch a souligné que « l’ascension du FN n’a été contrecarrée que par la coalition de tous les partis du système, solidairement responsables de la situation de la ville et du pays […], contraints de révéler une fois de plus leur profonde connivence, habituellement masquée par des rivalités de façade, et de faire usage de menaces ou de procédés déloyaux ». On voit ici, un discours traditionnel du FN qui comme le soulignait Bourdieu est corollaire d’une position de casseur de jeu politique. Le FN dénonce l’ensemble du système pour mieux y trouver une place. C’est aussi ce que l’on pouvait entendre chez les militants au cri de « tous unis, tous pourris ! ».

 

Pour en revenir à la presse, les éditos politiques sont tous partagés entre la joie non dissimulée de ne pas voir une cinquième ville de plus de 20 000 habitants gérées par le FN et la nécessité de prendre en compte ce signe de vie du parti frontiste.

 

Comme l’écrit Dominique Garaud dans La Charente Libre, « le cadavre du FN bouge encore », le parti a été enterré trop vite. Dans Le Parisien, on pouvait lire que « le FN n’est pas mort, et à Hénin-Beaumont il n’a pas été écrasé et il reste à un haut niveau. Le parti connaît un processus de marginalisation électorale, mais il n’est pas en voie d’être rayé du paysage politique. Cette crise est le reflet de l’incapacité du parti, qui pendant vingt-cinq ans avait réussi autour de Jean-Marie Le Pen à offrir un visage de dynamique et d’alternative politique, à préparer l’après-Le Pen. » Même constat pour Patrick Fluckiger dans L’Alsace : « Le FN a été enterré trop vite. À Hénin-Beaumont, il progresse entre les deux tours. Il réapparaît là où les grands partis sont défaillants, et Marine Le Pen est parvenue à rajeunir son image. Elle n’a plus besoin de faire appel prioritairement aux sentiments xénophobes qui avaient permis, en leur temps, aux troupes de son père de conquérir Toulon, Vitrolles, Marignane et Orange. Il lui suffit de dénoncer l’incurie et la corruption des notables en place. » Xavier Panon, dans La Montagne évoque dans une plaisante absence de neutralité : « la catastrophe d’Hénin-Beaumont, évitée de justesse ». Finalement, on ne trouve bien que Sud-Ouest, pour affirmer que le FN ne peut plus gagner d’élections, il « peut créer la surprise au premier tour, mais il ne transforme pas l’essai au second », le journaliste en trouve la cause dans l’ouverture sarkozienne : « si les électeurs de l’UMP ont suivi cette consigne de voter à gauche, c’est peut-être aussi parce que la politique d’ouverture de Nicolas Sarkozy a levé un tabou et qu’elle n’empêche plus les électeurs de droite de voter à gauche. » C’est aussi l’idée développée dans Le Figaro : « C’est peut-être l’un des mérites de l’ouverture pratiquée par Nicolas Sarkozy : les électeurs UMP – certes très peu nombreux à Hénin-Beaumont – n’ont pas eu l’impression de se trahir en donnant leur voix au candidat divers gauche Daniel Duquenne. Le changement d’attitude est symptomatique quand on se souvient des grincements de dents que provoquait il y a quelques années la notion de « front républicain ».

 

 

La grande question sous-jacente à la plupart de ces articles était de se demander si, ou non, Marine Le Pen avait l’étoffe pour reprendre la succession de son père et pour faire renaître un parti mal en point.


Sarkozy : un exercice de communication dans le Nouvel Obs’

2 juillet 2009

Le long entretien accordé par Nicolas Sarkozy au Nouvel Observateur a été traité dans les médias comme un événement, un article pourtant peu surprenant tant sur le fond que sur la forme.

Sur la forme tout d’abord, on peut noter que cet entretien a été très travaillé. Nicolas Sarkozy avait d’ores et déjà prévu les réponses et arrive presque à surprendre par un niveau de langue quasi-soutenu.

Comme à son habitude Nicolas Sarkozy nous gratifie d’un nombre incroyable de questions rhétoriques. 19 en tout dans cet entretien, ce qui signifie donc qu’il a répondu par une question à une question sur deux… Parmi les emplois de cette figure de style, on peut noter des questions habituelles chez lui comme « qui pourrait penser une chose pareille ?», « Est-ce normal ? », des questions ridicules à l’instar de ce : « ceux qui me reprochent l’ouverture, me proposent-ils de faire campagne sur la fermeture ? », des questions pour prendre à partie les journalistes « Croyez-vous qu’aujourd’hui, on puisse arrêter une affaire sensible ? » ou « Vous voudriez que j’arrête le nucléaire comme le réclament certaines organisations écologiques ?»… Si ce type de questions sont souvent très efficaces en interview télé, elles sont juste insupportables une fois à l’écrit…

Sur la forme on peut aussi relever, les quelques tentatives de modestie du président Sarkozy et notamment quelques efforts pour admettre ses erreurs… « J’ai commis des erreurs. Est-ce que tout ce qui m’est reproché l’est injustement ? Non. Il faut un temps pour entrer dans une fonction comme celle que j’occupe, pour comprendre comment cela marche, pour se hisser à la hauteur d’une charge qui est, croyez-moi, proprement inhumaine » ou encore à propos de la soirée au Fouquet’s : « J’ai eu tort. En tout état de cause, à partir du moment où quelque chose n’est pas compris et fait polémique, c’est une erreur. Et si erreur il y a, ce n’est pas la peine de recommencer » (alors pourquoi les vacances sur un yacht, l’Egypte, la luxueuse résidence américaine et mexicaine ?) Quelques questions plus loin, il reviendra encore avec une phrase dans ce ton : « mon bilan est sans doute imparfait, dans ce domaine comme dans les autres »…

Sur le fond, il n’y a pas grand-chose à retenir de cet entretien à noter tout de même un formidable effort pour s’adresser au lectorat du Nouvel Obs’ en ventant l’ouverture et la disparition des clivages politiques.

Dès le début de l’entretien, le président Sarkozy affirme que « l’ouverture, ce n’est pas seulement une manière de composer un gouvernement. Ce doit être une disposition d’esprit plus générale »… Quand il est interrogé sur la fin de l’ouverture, il répond que « Frédéric Mitterrand, la caractérise parfaitement », comme on a déjà pu le dire Frédéric Mitterrand n’a rien d’une nouvelle prise de l’ouverture, il est certes de droite chiraquienne mais c’est un peu limité…

Toutefois, tout au long de cet entretien, il n’a pas cessé d’en appeler à la fin du clivage droite-gauche avec des expressions comme « je suis de droite. Ma vie politique s’est faite à droite, mais je ne suis pas réductible à un camp. Je ne suis pas réductible à la droite. Avec l’âge je suis devenu plus tolérant, plus lucide et plus serein » (doit-on en conclure qu’être de droite c’est faire preuve d’une absence de tolérance, de lucidité et de sérénité ?). Il affirme plus tard que « plus ça va et plus je pense que le sectarisme est le pire défaut » et qu’il est envisageable qu’il ait un premier ministre de gauche « s’il se reconnaît dans l’action que [Sarkozy] mène ».

Il mobilise aussi le bilan des socialistes d’autres pays pour railler les questions des journalistes du Nouvel Observateur. Par exemple à propos du bouclier fiscal, il dira « ce que les socialistes allemands revendiquent, ce que les socialistes espagnols font, ce en quoi les socialistes anglais se reconnaissent, pourquoi les Français ne pourraient-ils pas le mettre en œuvre ? »

Pourtant, tout au long de cette interview, et sans vraiment de raisons, alors qu’il mène une sorte d’entretien qui se veut digne de la fonction présidentielle, Nicolas Sarkozy s’en prend à François Mitterrand.  Dès la quatrième question, Nicolas Sarkozy répond : « cela devrait vous rassurer d’avoir un président pointilleux sur les questions d’honnêteté. J’en ai connu d’autres qui disaient à la télévision : ‘‘Des écoutes ? Moi, jamais.’’ Je ne suis pas capable d’une telle hypocrisie ». Quelques questions plus tard : « j’ai simplement le soucis de la transparence et le refus de l’hypocrisie, j’aurais pu parler encore de François Mitterrand et de Michel Rocard »…

Au-delà de ces affirmations, Nicolas Sarkozy nous a gratifié de quelques petites phrases bien distillées du type « je n’ai jamais cru au partage du travail » ou « pouvoir transmettre 300 000 euros à ses enfants en franchise d’impôt, c’est de la justice » et nous a réexpliqué la différence entre un bon et un mauvais déficit…

A travers cet entretien Nicolas Sarkozy réalise un bel exercice de communication dans un hebdomadaire socialiste, une initiative un peu vaine pour redorer son image présidentielle…


Books : Internet rend-il encore plus bête ?

29 juin 2009

Pour son numéro spécial été le magazine Books (dont j’ai déjà parlé ici et ) se pose une question fondamentale : Internet rend-il encore plus bête ?

couv-7Comme à son habitude, le magazine présente plusieurs critiques de livres du monde entier dont les prises de positions sont radicalement opposées. Servi par de très belles photos d’ados et de leurs loisirs, ce dossier complété par un sondage, une interview et de riches encadrés ne présente pas moins de douze ouvrages sur le sujet !

Parmi ceux-ci, certains sont très célèbres comme le Grown up digital de Don Tapscott, vraisemblablement le livre le plus positif sur cette génération née avec l’Internet, la book_grown-up-digitalgénération Y. L’auteur de l’article résume avec brio ce livre notamment à travers cette citation : pour Don Tapscott, « les enfants du Net sont plus malins, plus rapides et plus ouverts à la diversité que leurs prédécesseurs », écrit-il imagerie cérébrale et enquête sociologique à l’appui. Si l’ouvrage peut parfois être basé sur « des affirmations enthousiastes sans nuances de type :  »Ces gosses ont tout compris » » il n’en est pas moins tiré d’un travail très sérieux dirigé par l’auteur. En effet, pour produire cet ouvrage, pas moins de 10 000 entretiens ont été réalisés dans le cadre d’un projet de recherche qui a coûté 4 millions de dollars. Les conclusions sont positives sur cette génération née des baby-boomers, enfant de la génération télévision. Pour l’auteur Internet est une chance pour ces jeunes car « tandis que la télévision est fondamentalement un moyen de diffusion à sens unique, ne demandant qu’une participation passive, Internet est un média collaboratif qui sollicite le concours simultané de multiples utilisateurs dans le monde entier. »

everythingCette idée est aussi approfondie dans un ouvrage de Steven Johnson au titre provocateur : « Everything bad is good for you. How Today’s popular culture is actually making us smarter. »1 Steven Johnson part d’un fait avéré, depuis 1930, le QI n’a cessé de progressé (dans les pays où il est mesuré). A ses yeux nous ne sommes pas plus malins malgré la télévision et les jeux vidéos, mais grâce à eux. « la sophistication croissante des intrigues de sitcoms, la dimension interactive de la téléréalité, l’infinie complexité des scénarios de jeux vidéo expliquent, selon lui, le développement de notre aptitude à résoudre des problèmes. » Pour justifier cet argument, il veut pour preuve qu’« un des walk-throughs – ces guides officieux qui analysent les jeux et aident à en déjouer les complexités – de Grand Theft Auto III fait 53 000 mots, soit à peu près autant que son livre. Pour lui, le jeu vidéo contemporain crée un monde imaginaire complet, riche en détails et niveaux de difficulté », tout comme l’ensemble de la culture moderne. Il en appelle dès lors à rompre avec l’hégémonie de la légitimité culturelle du livre, en posant cette question simple « le succès phénoménal des Harry Potter est-il de meilleur augure pour la culture que le succès équivalent du jeu vidéo GTA III ?»

Cette idée de l’image trop positive de la lecture par rapport aux autres bien culturels est présente dans de nombreux articles ainsi dans une critique du livre The Gutenberg Elegies, Larissa MacFarquhar se pose la question du statut de la lecture. « Le Centre du livre de la bibliothèque du Congrès investit beaucoup de temps et d’argent pour inventer des slogans tels que  »Les livres changent tout ». Mais le simple fait de lire quelque chose -n’importe quoi- constitue-t-il un si haut fait culturel qu’il faille le célébrer ?» Elle rappelle que « quand le roman est devenu populaire aux Etats-Unis, dans la seconde moitié du XVIIIème siècle, il fut accusé de détruire les neurones et de faire peser une menace sur la haute culture – à peu près les termes dans lesquels la télévision est aujourd’hui dénoncée. » On pourrait aussi rappeler, comme le fait Laura Miller dans un autre article, que « Socrate lui-même dénigrait l’écriture, peu fiable à ses yeux, puisqu’il n’était possible ni de questionner un texte écrit sur sa signification ni d’en voir les auteurs et de les jauger ». Pour l’auteur de l’élégie à Gutenberg, « à mesure que la peur de l’apocalypse culturelle glissait du roman vers ses épigones high-tech – la radio, le cinéma, la télévision et désormais, les ordinateurs-, le livre a acquis une réputation de noblesse éducative et même morale ». A présent, le livre jouit donc d’un statut de meilleur bien culturel que les jeux vidéos ou la télévision, sans que l’on s’interroge sur l’hétérogénéité de ces lectures.

La question de la diminution des pratiques de lecture chez les jeunes est sous-jacente à tout ce dossier. A la fin de celui-ci, Books en partenariat avec Opinion Way réalise donc un grand sondage sur les pratiques de lecture avec comme principale conclusion qu’«Internet semble creuser l’écart entre les jeunes qui lisent et ceux qui ne lisent pas ».

Sans commenter tout le sondage qui parfois s’appuie sur des sous-catégories trop petites pour en tirer des conclusions, on peut retenir que selon eux, 42% des « CSP- » lisent moins qu’il y a cinq ans, et que 55% de ceux qui lisent plus sur Internet que sur des supports papiers lisent moins de livre qu’il y a cinq ans.

C’est notamment à partir de ces constats qu’ont été écrits les livres les plus critiques envers la génération Y. Parmi ceux-ci, on peut noter le livre d’Andrew Keen, Le culte de l’amateur. Il considère que les sites participatifs comme MySpace et YouTube favorisent « la médiocrité, le narcissisme et le conformisme » et ajoute que « la révolution du Web 2.0 favorise les observations superficielles au détriment de l’analyse en profondeur, les opinions à l’emporte-pièce au détriment du jugement réfléchi ». Pour Andrew Keen, avec l’avènement de ces pratiques, « l’actualité sera faite de potins de célébrités servant à agrémenter la publicité », voilà ce qui arrive écrit-il, « quand l’ignorance s’allie à l’égocentrisme, au mauvais goût et à la tyrannie de la foule ».

« L’histoire démontre, écrit-il, que la foule ne fait pas toujours preuve de sagesse », ayant embrassé des causes aussi peu raisonnables que « l’esclavage, l’infanticide, la guerre de George Bush en Irak, Britney Spears »… S’enlisant un peu dans la paranoïa, il affirme que « le format interactif employé par Wikipédia autorise la diffusion d’informations inexactes, non vérifiées, voire carrément frauduleuses » et qu’« en captant notre attention comme ils le font, les blogs et les wikis sont en train de décimer les industries de l’édition, de la musique et de l’information qui ont crée le contenu original que les sites Web  »agrègent ». Notre culture est en train de cannibaliser ses jeunes, en détruisant la source même du contenu qu’ils recherchent ». C’est aussi ce que pense l’auteur de Reinventing knowledge pour qui « Sans l’ombre d’un doute, nous sommes entrés dans une ère où la vérité officielle est plus facile à contester que jamais. Mais voulons-nous vraiment vivre sans aucune vérité établie; un monde où le moindre fait doit être approuvé démocratiquement par une foule d’individus dont l’opinion n’est peut-être ni fondée ni fiable ? »

Le dossier fait aussi la part belle au désormais célèbre livre de Mark Bauerlein : The Dumbest Generation2.dumbest_generation Diamétralement opposé au premier ouvrage présenté, ce livre critique férocement la génération Y. Pour l’auteur, le multimédia nous divertit de nos buts fondamentaux, il nous distrait et met à mal notre concentration. « La multiplication des tâches oblige le cerveau à partager ses capacités de traitement, affirme-t-il, de sorte que même si les tâches ne sollicitent pas les mêmes zones, une partie de l’infrastructure qu’elles partagent risque d’être saturée. » Contrairement aux livres « qui donnent aux jeunes lecteurs un lieu où ralentir et réfléchir, où trouver des modèles, où voir exprimées leurs propres émotions », Internet oblige un fonctionnement multitâche dès lors, « même si vous réussissez à apprendre en mode multitâche, le savoir acquis est moins flexible et plus spécialisé, vous avez plus de mal à récupérer l’information ». L’auteur craint que les savoirs acquis dans les autres consommations culturelles des jeunes ne relèvent pas le niveau d’intellect de ceux-ci dès lors il craint que « la génération Y (…) ne soit pas seulement la plus bête mais aussi la plus repliée sur elle-même et la plus égoïste ».

On retrouve cet argument dans un interview de Chris Hedges intitulée « Internet gonfle le culte du moi ». Pour lui « la popularité d’Internet tient à sa capacité de gonfler le culte du moi », « Voyez Facebook et les autres sites sociaux. Leur objet n’est pas de se faire des amis mais d’établir des contacts et de communiquer au niveau le plus superficiel. Ce sont des sites d’autoprésentation, destinés à montrer comment je souhaite être vu ». Dans cet interview alarmiste, l’auteur de Empire of illusion affirme que « Par son efficacité à diffuser les images et la pornographie, Internet a facilité notre penchant culturel à transformer les êtres humains en objet ».

Un dossier extrêmement riche que je ne peux que vous conseiller de découvrir dans le numéro d’été de Books, la confrontation des idées présentées dans ces critiques de livres est très enrichissante et donne envie de poursuivre cette réflexion notamment en reparcourant des articles sur le sujet comme le très célèbre: « Est-ce que Google nous rend idiot? »

1Tout ce qui est mauvais est bon pour vous. Comment la culture populaire d’aujourd’hui nous rend en fait plus intelligents.

2La génération la plus bête. Comment l’ère du numérique abrutit les jeunes américains et compromet notre avenir


La Parisien : Le vrai nombre de militants P.S.

28 juin 2009

L’édition de ce dimanche du Parisien titre en une : Le vrai nombre de militants P.S., un titre alléchant pour une enquête sans grande révélation…

LEPARIENL’article commence par un bref état des lieux des partis en France, enfin de trois partis. L’UMP tout d’abord qui aurait compté 400 000 adhérents en 2007 plafonnerait à 200 000 aujourd’hui, le PCF qui comptaient 700 000 adhérents en 1979 aurait aujourd’hui quelques 130 000 encartés et enfin le PS, principal intéressé, qui aurait à l’heure actuelle quelques 203 000 adhérents.

La principale révélation de ce dossier consiste à montrer qu’un adhérent au P.S., n’est pas forcément un militant ? Ah bon ? Le journaliste semble surpris qu’une section avec 250 adhérents ne se retrouve peuplée que de 40 personnes lors des réunions… c’est pourtant la réalité de la politique depuis fort longtemps et le fait de prendre une carte dans un parti ne signifie pas pour autant devenir un militant actif, participer aux réunions, tracter, débattre,…

Au delà de ça, le quotidien essaye de chiffrer le nombre de socialistes encartés qui devraient disparaître avant la fin de l’année… Selon une source interne, il y aurait « 40 993 » adhérents considérés comme des « inactifs ». Ce qui signifierait que « plus d’un adhérent sur cinq ne participe plus à la vie du parti et ne verse plus de cotisations. » Car un adhérent inactif, n’est pas un adhérent qui n’agit pas, c’est un adhérent qui n’est pas à jour de sa cotisation et que les partis laissent négligemment sur les listes pour gonfler un peu leur nombre de militants…

Pour eux, « Aux inactifs, il faut ajouter ceux qui ont déjà jeté l’éponge : 1 812 démissions ont déjà été enregistrées entre le 28 février et le 22 juin, ce qui correspond à la période du fiasco des européennes (16,48 % pour le PS). Avec 357 cartes rendues, le Pas-de-Calais monte sur la première marche du podium. Là encore, la région parisienne doit faire face à une lente érosion : 122 en moins à Paris, 70 en Seine-Saint-Denis… »

Pour étayer ces révélations chocs, le quotidien parisien s’appuie sur quelques entretiens, ainsi, Philippe Bonnefoy, membre du bureau national des adhésions, affirme qu’« il y a un coup de blues

incontestable ». Pour autant, « personne ne parle encore d’hémorragie ». La preuve, selon la direction, « 2 942 nouveaux adhérents » auraient rejoint le PS depuis le 1er mars. « Ce qui ne compense évidemment pas les départs et les inactifs. » A propos de ceux qui ont pris leurs distances, Rémi Féraud, le jeune maire du Xème arrondissement parisien en est certain : « Si nous sommes capables de leur proposer une perspective, ils reviendront. »

En un mot, un dossier bien vide du Parisien, pour combler la une d’un dimanche sans information intéressante… Un petit cours de vocabulaire sur la différence entre un militant et un adhérent aurait cela dit été un peu plus utile…


Dany superstar !

17 juin 2009

Ce mercredi, jour des enfants et de la sortie de certains hebdos, devrait marquer la fin de l’omniprésence de Daniel Cohn-Bendit dans la presse. Depuis lundi passé, on ne parle que de lui, petit aperçu.

REUTERS/Philippe Wojazer, Daniel Cohn-Bendit le 7 juin 2009

REUTERS/Philippe Wojazer, Daniel Cohn-Bendit le 7 juin 2009

Au lendemain du scrutin, il n’y en avait plus que pour Europe Ecologie (et dans une moindre mesure l’UMP). Daniel Cohn-Bendit candidat en Île-de-France bien que de nationalité allemande s’est assuré les gros titres dans les deux pays. Du côté français, on a encore en tête toutes ces unes de plus ou moins bons goûts. Pour n’en rappeler que quelques unse, on peut noter que Le Figaro titrait « Cohn-Bendit bouleverse la donne à gauche » ou encore « Le Parti socialiste humilié par Cohn-Bendit » pendant que Rosalie Lucas pour Aujourd’hui en France évoquait « le coup de maître de Cohn-Bendit ». Plus récemment on peut noter le douteux « Cohn-Bendit, le grand bazar » de Marianne ou le « scandale Cohn-Bendit a niqué Bayrou » de Charlie-Hebdo. Côté Allemand, c’est la surprise qui prédomine. Sudwest Presse évoque le gros coup des verts français (« Grüne Franzosen; Überraschungscoup des Daniel Cohn-Bendit ») tandis que le Nürnberger Nachrichten affirme que Cohn-Bendit a créé un miracle vert (« Cohn-Bendit schafft grünes Wunder »), notons enfin que ce qui compte pour le Berliner Zeitung c’est la troisième place obtenue par les Verts (« Cohn-Bendit auf Platz drei »).

REUTERS/Philippe Wojazer, Daniel Cohn-Bendit et les médias le 7 juin 2009

REUTERS/Philippe Wojazer, Daniel Cohn-Bendit et les médias le 7 juin 2009

D’autres journaux européens ont, bien sûr, relayé l’information en insistant toujours sur la surprise du triomphe des Verts français : L’indépendant met en une « Cohn-Bendit, l’homme providentiel des Verts », La Repubblica annonce la renaissance de Cohn-Bendit (la rinascita di Cohn-Bendit ) tandis qu’El País titre « Daniel Cohn-Bendit, líder de Mayo de 1968, da la sorpresa en Francia » (Cohn-Bendit, leader de Mai 68, crée la surprise en France).

Mais le plus remarquable dans ces articles est la quantité de jeux de mots que cette élection a généré. Partout, on donne des Dany le Rouge ou des Dany le Vert jouant sur ce processus antonomasique pour souligner la diversité du parcours de Daniel Cohn-Bendit. Dans tous les pays, on retrouve cette image, ainsi on parle de ‘ Røde Dany’ dans le Politiken danois, AP titrait sa dépêche « Dany the red », « Rote Daniel » pour Die Presse et Dany « il verde » pour la Repubblica. Beaucoup d’articles soulignent le passage de Dany le Rouge à Dany le Vert, c’est le cas notamment du dossier conséquent du Parisien d’hier qui titrait « 1968-2009 : Dany du rouge au vert ». Die Press souligne que depuis longtemps Dany le rouge est le fer de lance des écologistes européens (Der « rote Daniel » ist längst ein grünes Zugpferd ), El Periòdic d’Andorra un peu perdu dans ces identités multiples titre en français « Dany le rouge/vert » et souligne tout au long de l’article la différence entre les deux. Dans la série des « Dany le », on trouve par exemple « Dany le trublion » (Le Point) ou « Dany l’Européen » (Le Point, Le Monde). Mais les meilleurs jeux de mots sont à mettre à l’actif de Libération. Si je tiens à souligner le beau travail d’allitération du Progrès qui titrait « le D-Day de Dany », parmi tous les titres que j’ai pu parcourir, les meilleurs sont, bien sûr, « Le Dany boom » de Matthieu Ecoiffier pour Libération ou toujours dans le même journal « François Bayrou victime des éclats de Vert de Daniel Cohn-Bendit ». Les jeux de mots de Libértion sont même repris à l’étranger, ainsi le lendemain de l’élection on pouvait trouver un article intitulé « Cohn-Bendit, le catalyseur vert », repris quelques jours plus tard par Die Press sous le titre « Cohn-Bendit: Europas grüner Katalysator ».

Depuis quelques jours la ferveur Cohn-Bendit commence à s’estomper même si on peut encore trouver dans les journaux d’aujourd’hui des titres comme « L’envol de Daniel Cohn-Bendit, la chute de François Bayrou » (LePoint.fr suite au sondage sur les personnalités politiques) ou « Cohn-Bendit M.Consensus » dans l’Express. Petit à petit Cohn-Bendit va surement quitter à nouveau nos journaux, rappelons qu’en dix jours il a recueilli plus d’articles que pendant toute sa campagne pour les européennes…



Sondages : y a-t-il des informations « sensibles » ?

11 juin 2009

Alain Garrigou, spécialiste des sondages s’il en est, a publié hier deux tribunes que je vous livre sans modification.

Les sondages électoraux les plus intéressants sont les sondages de jour du vote ou ceux qu’on appelle bizarrement « sortie des urnes » (SSU). Après le déluge des sondages sur les intentions de vote, dont on sait le peu d’intérêt pour la connaissance mais l’intérêt stratégique, ce sont des sondages sur un vote réel, avec leurs biais déclaratifs sans doute, même si les corrections sont plus aisées. Ils ne concernent pas une vision du futur qu’on n’anticipait pas forcément si l’on n’était pas un sondé, mais un acte accompli le même jour. Ces sondages ont permis d’ouvrir la boite noire des totalisations de suffrages telles que les livrent les résultats électoraux par bureau, communes, départements et pays. On peut donc relier les suffrages à l’identité sociale des votants, selon l’âge, le genre, le niveau d’instruction, la catégorie sociale. Et parler avec un peu d’abus d’un vote féminin, d’un vote jeune, d’un vote troisième âge, d’un vote populaire, etc. Par rapport aux corrélations spatiales de l’ancienne géographie électorale, c’est un avantage significatif. Ces sondages peuvent en outre produire des significations accordées au vote par les électeurs. Même si ces représentations légitimantes et a posteriori doivent être analysées comme toute perception déclarée, elles ne sont pas a priori dénuées d’intérêt.

Dans les années 1970-1980, les sondages de jour du vote ont pris une grande importance dans le commentaire électoral, avec le succès enfin remporté par les sondages. Au cours des élections récentes, ils sont manifestement moins sollicités. Ou plutôt, la dimension qu’on appellera sociologique a été marginalisée, à l’inverse de la dimension politique. Lors des soirées électorales des deux tours de l’élection présidentielle de 2007, aucun commentateur ne s’était arrêté sur le vote féminin, le vote jeune, etc. Un peu comme si la dimension gênait. Les tableaux statistiques ne furent guère diffusés.

Les élections européennes du 7 juin 2009 n’ont pas provoqué une longue campagne ni le même intérêt à en juger par le record d’abstention. Si les instituts de sondage n’ont pas été mobilisés au même degré, il y eut au moins un sondage de jour du vote : TNS Sofres / Logica. Quoique effectué pour France Télévisions, Le Monde et Le Point, il n’a guère été évoqué sur l’antenne de France 2 sauf une allusion aux attentes des sondés en matière de réforme. Il n’a surtout pas été question d’une différenciation du vote par catégorie sociale. Le lendemain, un de partenaires de l’opération, le journal Le Monde publiait un article sur la dimension sociale de l’abstention mais sans l’appareil statistique. Et par ailleurs, rien n’était publié sur les corrélations sociales des choix électoraux.

Il faut signaler l’avantage qui permet à un sondage d’interroger les abstentionnistes dans un scrutin remarquable par le niveau d’abstention. Il n’est pas si évident d’entendre ceux qui se taisent. Ni si simple. Une part d’abstentionnisme est inaccessible quand on sait que l’abstention est fortement corrélée à la marginalité sociale. L’abstentionnisme électoral est plus élevé chez les exclus et les pauvres, c’est-à-dire les catégories où, selon le jargon professionnel, le taux de contact est le plus faible de même que le taux de réponse. Le sondage de jour du vote montre d’ailleurs les limites de ce genre de méthodologie qui risque de produire surtout des artefacts. Quand aux raisons de ne pas voter, posées comme le fruit d’une décision, selon le libellé très problématique de la question, seulement 3% des sondés par TNS Sofres répondent ne jamais voter, c’est manifestement erroné au regard de l’émargement des listes. En outre s’agit-il d’inscrits ou de non inscrits, les premiers comptabilisés dans l’abstention, et pas les seconds ? On ne regrettera pas cette imprécision car de toute façon, on ne peut le savoir. Du moins par un sondage. Avec 3%, on est de toute façon très loin du compte. Et on en est d’autant plus loin qu’on peut de moins en moins négliger une non inscription qui prend de nouvelles proportions et qui dans bien des endroits est la première forme de l’abstention. L’examen des questions de motivations n’est pas neutre. Une forme de cécité se développe dans la politologie qui consiste à poser aux sondés des questions qui ne se posent pas ou encore à les faire parler dans les catégories dominantes et légitimes de la politique. Ainsi, toujours dans le même sondage TNS Sofres, cette question sur les réformes : « Souhaitez-vous que, dans les mois qui viennent, le rythme des réformes menées par le gouvernement se maintienne, s’accélère, ralentisse ». Seuls 6% des sondés sont sans opinion. Or, la question n’a aucun sens ou plutôt pas le même sens pour tous. Dans tous les cas, cela n’a pas le même sens selon que l’on est favorable au gouvernement ou défavorable. Cela donne cependant moins un partage absurde que pas de partage du tout car entre les trois hypothèses proposées, cela signifie que tout le monde est favorable aux réformes menées par le gouvernement. Certains électeurs de l’UMP souhaitent que le rythme ralentisse… Dans ce type d’interrogation, il existe donc une faute méthodologique mais aussi un biais idéologique. Le sens du vote, déjà forgé par le bulletin de vote, comme cela n’a pas été si simple de le faire au cours du XIX ème siècle, doit encore être modelé par le sondeur et ses commanditaires puis par le journaliste. Ils effectuent ce travail que Max Weber a appelé la « domestication des dominés », avec un redoublement qui fait du vote une expression doublement contrainte. Donner une signification politique aux votes, même dans les catégories préétablies des questions fermées, nécessite de juger sur pièces. En outre refuser de relier les votes aux positions sociales des électeurs préserve moins la liberté du citoyen que la puissance du prince issu des urnes.

A. G.

Source : http://observatoire-des-sondages.org/Sondages-y-a-t-il-des-informations.html