Apprendre à repérer les anglicismes…

9 juin 2009

Je ne vais pas faire exception et comme tout le monde, sur ce blog,  je vais rapidement cesser de parler des Européennes… (heureusement encore qu’il y a eu quelques surprises sinon, ça fait déjà longtemps qu’on serait passé à autre chose)

Jean-Pierre Dufresne de l’équipe de l’amélioration du français de Montréal m’a proposé aujourd’hui quelques exercices pour apprendre à repérer les anglicismes.

Au début j’ai été un peu surpris par la facilité des exercices, la plupart des anglicismes proposés étant courant au Québec mais nettement moins en France, mais petit à petit l’exercice s’est avéré nettement plus complexe.

J’ai dû accepter qu’étaient considérés comme anglicismes des expressions comme « prendre par surprise » ou « tous dans le même bateau » qui ne sont que des traductions d’expressions anglophones. Avec plus de difficultés j’ai appris à repérer des anglicismes devenus courants comme « prérequis » ou des mots français que l’on utilise à mauvais escient comme « éligible », « apprécier », « item » ou « compléter »,…

Si vous voulez aussi vous entraîner et mieux connaître  la multitude des anglicismes que l’on peut retrouver au Québec, allez faire un tour sur les exercices suivants :  Pleins feux sur les anglicismes et Anglicismes 101.

Publicités

L’anglicisme de la semaine : Spécial Roland Garros

2 juin 2009

Et oui comme chaque année, ma productivité est inversement proportionnelle à l’audimat de Roland Garros. En me passionnant pour le match de Federer et celui de Monfils lundi après-midi, j’ai décidé de consacrer l’anglicisme de la semaine à ce tournoi.

J’en ai déjà parlé sur ce blog, la loi Toubon rend l’utilisation de la langue française obligatoire dans les annonces, affiches, publicités visibles dans les lieux publics ou dans les médias ainsi que dans les colloques scientifiques, les grands événements y compris sportifs qui ont lieu sur notre territoire.

Dès lors, le français est obligatoire dans l’organisation du tournoi de tennis de Roland Garros. Les arbitres habitués au vocabulaire universel du tennis doivent s’y plier, apprendre à compter en français, à dire « faute », « filet » et « égalité ».

Ce que l’on imagine moins, c’est que derrière cet événement sportif se cachent des lois qui prévoient la traduction de ces termes par des mots officiels. Par exemple un arrêté du 18 février 1988 prévoit de remplacer l’interjection « out! » par « dehors », il fallait y penser! Quelques années plus tard, l’expression tennistique « deuce » qui signifie l’égalité à 40-40 est donc remplacée par le mot « égalité » et l’interjection « filet! » se substitue à l’anglicisme « let! »(arrêté du 21 décembre 1990). Aussi surprenant, que cela puisse paraître, les arbitres se sont volontiers plier à cette règle, mais ce sont en fait les commentateurs sportifs (plus ou moins concernés par la loi) qui en font fi.

En effet, des mots non-employés par l’arbitre et qui sont l’apanage des commentateurs, ont connu une traduction. C’est le cas de tie-break ou des aces. Lors de l’arrêté que je citais précédemment, il était précisé que le terme tie-break devait être remplacé par l’expression « jeu décisif », expression dont on parfois utilisée mais qui n’a pas fait disparaître son équivalent anglo-saxon. Nettement moins souvent employé, il faut tout de même noter que l’on peut trouver dans le journal officiel, le substitut français du mot ace, il s’agit d’un as, mot que je n’ai personnellement jamais entendu dans ce contexte. Dans le même registre, savez-vous que faire le break a un équivalent français? Toujours dans cet arrêté du 21 décembre 1990, on apprend que cette expression anglophone doit être remplacée par le mot brèche. Dans le journal officiel du 22 septembre 2000 est parue une note qui stipule : « les expressions  »faire la brèche » ou  »créer la rupture » sont proposées en équivalent de  »faire le break ». On peut aussi parler d’une  »balle de brèche », ou d’une  »balle de rupture ». » Surprenant, non?

Cela dit, dans le domaine des sports, la commission générale de terminologie et de néologie a proposé un nombre impressionnant de mots et expressions sans lendemain. Ainsi en formule1, il ne faudrait plus dire « pole position » mais position de tête, un penalty doit se dire tir de réparation et un corner un coup de pied de coin, le mercato doit être remplacé par l’acronyme MDT (ou marché des transferts)… La planche des neiges (snowboard), n’a pas beaucoup plus séduit que la planche à roulettes (skateboard) pourtant apparues en même temps dans le vocabulaire que la planche à voile (windsurf) et toute une autre série de dérivés du mot planche. Dans l’univers de la glisse, il ne faudrait plus dire half-pipe mais demie-lune ou rampe de neige…

Les exemples sont très nombreux, tant il est vrai que comme dans le domaine de la technologie, les mots du sports sont souvent mondialisés rapidement et il devient difficile après coup d’en imposer des traductions.


Charity business

20 mai 2009

A noter qu’hier paraissait au journal officiel, la traduction officielle de cet anglicisme utilisé quasi-exclusivement en France. A présent, il ne faudra plus dire « charity business » mais « économie caritative » qui a pour définition officielle : « Ensemble d’activités économiques ayant pour fin ou pour moyen l’action humanitaire ou charitable. »


L’anglicisme de la semaine : chat ou IM

18 mai 2009

Depuis quelques jours, j’ai été absorbé par une conférence dont je ne manquerai pas de vous reparler très prochainement, je voulais marquer mon retour par un nouvel anglicisme de la semaine : chat.

Cet anglicisme part en français avec un handicap sérieux, destiné à l’écrit il souffre immédiatement de son homonymie avec un animal domestique et avec les représentations que l’on peut lui attacher. Pourtant, il a réussi à s’imposer notamment par une modification orthographique qui amène souvent à l’ajout d’un T en guise de suffixe : tchat.

Selon les pays, on emploie plus ou moins ce terme de chat, certains préférant un autre anglicisme, celui d’IM : instant messaging. En fait, chat est le terme le plus répandu mais il souffre parfois d’une carence de prononciation, ainsi, il n’est pas rare de le voir adapté à la langue locale. On trouve par exemple : Czat en Pologne, Chatt ou Chatta en suédois, Txat en basque, Chatten en néerlandais, et donc parfois Tchat en français. Il convient bien sûr de préciser que de nombreux pays utilisent le terme chat sans modification orthographique. Les pays du Nord préfèrent toutefois généralement les deux lettres IM comme instant messaging pour désigner la pratique du dialogue en ligne. Peu entré dans notre vocabulaire, on trouve régulièrement cependant des traductions de cet anglicisme dans les langues de nos voisins, ainsi, si l’on trouve chez nous l’expression messagerie instantanée, au Portugal on évoque mensageiro instantâneo (plutôt comunicador instantâneo au Brésil) et en Italie on utilise la messaggistica istantanea.

En France, on trouve souvent l’utilisation du verbe tchater qui n’est pourtant en rien officiel. Pourtant des termes de substitution à cet anglicisme sont apparus rapidement. Ainsi, le 16 mars 1999 paraissait au Journal Officiel la traduction officiel de chat : causette. Il est vrai qu’il aurait été plaisant de voir les publicités inciter les jeunes à venir faire un brin de causette sur Internet! La désuétude du terme l’a condamné à une mort prématurée et quelques années plus tard, le 5 avril 2006, un autre article est venu annuler et remplacer cette proposition pour lui préférer l’expression « dialogue en ligne ». Une fois encore, les québécois ont été plus prompts à réagir et à adopter un terme français pour cette action de dialogue sur Internet en proposant l’expression « clavardage » mélange de « bavardage » et de « clavier ». Invité à un « Tchat », Bernard Pivot a pu exprimer tout le bien qu’il pensait de cette expression.

On retrouve chez nos voisins espagnols une autre réaction possible à cet anglicisme. Rapidement l’Académie Royale Espagnole a proposé de substituer à chat l’expression cibercharla (qui donnerait en français cyberbavardage). Le terme a eu un certain impact, mais n’a pas empêché la propagation de l’anglicisme chat. Dès lors, l’Académie a proposé d’intégrer un terme qui avait déjà cours chez les espagnols, celui de chatear. C’est comme si l’Académie Française prenait conscience que son terme de causette n’avait pas marché et que dès lors elle proposait une conjugaison officielle pour le verber tchater. Ainsi depuis l’année 2007, en espagnol le verbe chatear qui auparavant signifiait boire un verre de vin, se rapporte aussi à la communication en ligne.

Soucieux de ne pas être de reste, l’espéranto aussi proposait une traduction au mot chat : babilejo ou tujmesaĝilo. Le premier terme devant certainement renvoyer au mot français « babiller » qui signifie parler beaucoup.


L’anglicisme de la semaine : hard-discount

10 mai 2009

C’est en tombant sur cette pub Auchan visant à contrer la montée des « hard-discounts«  en cette période de crise que j’ai eu l’idée de l’anglicisme de la semaine.

Apparu après la seconde guerre mondiale en Allemagne avec Aldi, les « hard-discounts » se développent dans le pays sans se propager en dehors des frontières. Il faut attendre les années 80 pour que l’Europe commence à s’intéresser au phénomène. En 1988 ouvre le premier « hard-discount » en France, mais le succès de ce type de magasin ne prendra effet que quelques années plus tard, notamment avec la crise économique de l’année 1993.

C’est à cette époque, que la commission de terminologie et de néologie décide de présenter un substitut à ce terme de « hard-discount ». La commission ressort un terme éculé pourtant toujours présent dans certains dictionnaire, celui de discompte. A partir de ce mot, la commission propose les dérivés suivants : maxidiscompte, magasin de discompte, et même discompteur. On voit pourtant dans la pub Auchan, que le terme n’est pas entré dans les mentalités. D’ailleurs, le publicitaire n’a pas même cru bon de traduire « hard-discount », alors que « thank you » est traduit (loi Toubon oblige). Il évident que cette publicité ne recevra pas de sanctions pourtant depuis le 11 février 1993 (date de la publication au journal officiel de l’équivalent français de « hard-discount »), il est interdit d’utiliser ce terme dans une publicité sans en faire apparaître une traduction.

Aujourd’hui, « hard-discount » est entré dans les mentalités et même dans le langage courant, dès lors il est vain d’essayer de lui opposer un nouveau terme. On peut pourtant lire parfois des articles employant le terme maxidiscompte dans la presse spécialisée. Presse qui souvent s’évertue à au moins mettre le terme entre guillemets. Aujourd’hui, comme on le voit sur le graphique ci-dessous, ce type de magasin représente plus de 14% du marché des grandes surfaces à dominante alimentaire et cela et vrai à peu près partout en Europe. Dès lors, il est intéressant de voir comment ce terme est importé chez nos voisins.

harddiscount

A ma connaissance, la plupart des pays européens emploient le terme « hard discount » tel quel ou en dérivant le terme anglais. Ainsi l’Italie et l’Allemagne utilisent le terme discount même si ces derniers prévoit l’utilisation de Discountunternehmen. La Pologne, le Danemark ou encore l’Espagne utilisent tous des dérivés du mot anglais comme Dyskonty, Discountbutik ou Tienda de descuento. Il n’y a bien qu’en suédois, que le terme est méconnaissable : Lågprisvaruhus.

L’office québécois de la langue française regrette la dérivation du terme anglais en un terme français – discompte – qui n’est pas porteur de sens. Dès lors, il a été proposé, un terme plus simple à faire entrer dans le vocabulaire, celui de « magasin de rabais » ou « magasin minimarge ».


L’anglicisme de la semaine : peer-to-peer

3 mai 2009

Alors que cette semaine a été marquée par le retour du projet de loi Hadopi à l’Assemblée Nationale, j’ai décidé de m’intéresser à un nouvel anglicisme : peer-to-peer. Comme la semaine passée à propos de Think Tank, j’ai essayé de voir comment notre commission générale de terminologie et de néologie avait prévu de remplacer ce néologisme et comment nos voisins européens employaient ce mot.

Par la décision parue au Journal Officiel le 13 mai 2006, il est prévu de remplacer l’anglicisme peer-to-peer par le terme « poste à poste » ou par la simple traduction « pair à pair ». Dans les faits on retient plus souvent la dernière solution même si en pratique seul l’anglicisme demeure usité. La commission donne pour définition de peer-to-peer : « mode d’utilisation d’un réseau dans lequel chaque utilisateur est en mesure de mettre certaines ressources de son ordinateur à la disposition des autres ». Elle signale aussi que l’on peut trouver l’expression notée P2P ou P-to-P.

Ce terme montre une limite de la commission de terminologie et de néologie puisqu’on n’utilise que très rarement l’expression de substitution prévue. On peut noter toutefois, que la langue française est une des rares à avoir prévue une traduction officielle de cet anglicisme. Même des langues qui généralement n’introduisent pas les néologismes tels quels (comme l’espagnol ou le hongrois) utilisent facilement le terme de peer-to-peer. Si la Real Academia Española n’inclut pas peer-to-peer dans son dictionnaire, il n’est pas réellement prévu de traduction officielle à ce terme. On trouve parfois par a par ou punto a punto mais généralement, c’est bien P2P qui est utilisé. Si on pourrait imaginer les portugais dire par-a-par et les polonais écrire równy z równym, force est de constater que partout en Europe l’anglicisme s’est imposé tel quel. Souvent, on n’utilise que la forme P2P qui donne peut-être moins l’impression d’importer un néologisme, mais dans tous les cas se prononce à l’anglaise. On peut tout de même noter que deux pays ont quelque peu modifié l’anglicisme originel, il s’agit de la Suède et des Pays-Bas qui s’ils maintiennent l’expression P2P lui ajoute souvent la traduction nationale de network. Ainsi au Pays-Bas on parle volontiers de peer-to-peernetwerk alors qu’en Suède on utilise P2P-nätverk. A ce jour, la seule exception que je connaisse est la Finlande qui utilise plutôt Vertaisverkko. On peut aussi noter que l’Esperanto avait prévu une traduction officielle : Samtavola ŝutado!


L’anglicisme de la semaine : Think Tank

26 avril 2009

Le journal officiel du 14 Août 1998 propose de remplace cet anglicisme par le terme laboratoire d’idées et en donne pour définition : « Groupe plus ou moins formel dont les membres interviennent dans les débats publics sur les grands problèmes économiques et de société, parallèlement aux travaux effectués par les administrations publiques. »

Régulièrement, je publierai ici les anglicismes que je rencontre dans la journée pour en proposer une manière de la remplacer en français, notamment en regardant ce qui peut se faire à l’étranger dans les pays francophones ou non.

Dans le cas présent on peut voir des pays qui résistent plus ou moins à cette expression de plus en plus courante. Par exemple, on peut voir qu’un pays comme l’Espagne a importé l’expression en l’hispanisant ce qui donne tanque de pensamiento, ce qui conserve l’image d’origine tout en l’important dans la langue locale toutefois, il n’est pas rare de voir l’expression think tank employée ainsi. En Allemagne, à l’opposé, le mot est rarement employé, on lui a rapidement trouvé une expression de substitution avec le terme Denkfabrik (littéralement usine de pensées). On remarque toutefois que dans la plupart des cas, l’expression est importée et traduite dans la langue locale ce qui est le cas du Danemark avec tænketank, de la Suède avec Tankesmedja, ou des Pays-Bas avec Denktank. En revanche, et pour finir le tour de nos voisins européens, on peut noter qu’en Italie, au Portugal comme en France, le terme le plus souvent usité est thinktank même si on a prévu une substitution avec serbatoio di pensiero ou catalizador de idéias.

A noter pour finir que l’esperanto avait prévu une traduction pour cet anglicisme, en se basant sur plusieurs idiomes cela donnait : Pensfabriko !