Le petit Larousse 2010 fait la part belle aux anglicismes…

12 juin 2009

Chaque année, Le petit Larousse s’offre une belle publicité en laissant transparaître quelques uns des nouveaux mots qui viendront se greffer – ou se substituer – aux quelques 150 000 mots de l’ouvrage de référence.

larousseIl semblerait que cette année la part belle soit offerte aux anglicismes et autres néologismes. S’il est difficile d’avoir une vision globale des cent cinquante nouveaux mots, nous pouvons noter l’apparition de geek, peer-to-peer, surbooké, black-lister, peopolisation, buzz, low-cost, clubbeur ou encore slim et elearning. Du point de vue des néologismes, on peut remarquer l’entrée dans le dictionnaire – la lexicalisation – du terme adulescent, mobinaute, décroissance ou décohabiter.

Pour commencer tout d’abord par les anglicismes, notons que la majorité d’entre eux connaissent une traduction officielle au journal du même nom. Dès lors, ceci pose un problème, Larousse étant un acteur privé mais référant, en faisant entrer du vocabulaire dans le lexique français (c’est pourquoi en linguistique l’entrée dans le dictionnaire se nomme lexicalisation) Larousse devient un acteur contradictoire de la volonté publique. Donnons quelques exemples :

Peer-to- peer (dont j’ai déjà parlé ici) : fait l’objet depuis le 13 mai 2006 d’une traduction officielle qui est pair-à-pair ou poste-à-poste. L’entrée dans le dictionnaire de l’anglicisme peut à présent servir de justification à son utilisation avec cet argument massue : « ce mot existe, il est dans le dictionnaire ». Le problème de cet anglicisme, c’est qu’il crée un clivage entre générations.  Il ne fait aucun doute que beaucoup de jeunes savent ce qu’est le P2P, mais dès que l’on avance un peu dans les générations (les députés quinqua par exemple) plus personne ne sait de quoi il s’agit. La généralisation d’anglicismes accroît le problème d’incompréhension entre les générations  et peut parfois créer un stress supplémentaire au travail comme je l’expliquais ici.

Surbooké et overbooké ne font l’objet d’une traduction officielle que dans le cas de pratiques de surréservation d’un avion ou d’une salle de spectacle, il n’y a rien qui concerne une personne trop occupée ce qui sera surement l’axe de la définition choisie par Le Petit Larousse.

Buzz a, quant à lui, fait l’objet d’une parution au journal officiel du 12 juin 2007, on parle alors de bouche à oreille ou de bouche à oreille électronique… les propositions de traduction n’étant pas entrée dans le dictionnaire, il semble que Le Petit Larousse lexicalise ici un terme en effet très souvent employé.

71764-petit-larousse-2010-geek-buzz-multijoueur

Biopic a pris une part importante du vocabulaire cinématographique après le succès de La Môme et les tentatives qui ont suivi dont le très mauvais Coluche de De Caunes, et ceux sur Mesrine, Spaggiari,… Ce terme a une traduction officielle depuis le 27 novembre 2008, on parle de biofilm ou de film bibliographique.

Low-cost est à mon avis plus discutable. Traduit depuis 2007, on parle souvent de compagnie à bas prix ou à bas coûts. Légitimer cet anglicisme alors que la traduction française est assez répandue ne me semble pas d’une grande utilité. C’est typiquement le mot qui ne sert à rien puisque tout le monde sait ce qu’est un bas prix ou un bas coût mais beaucoup de francophones ne savent pas ce que signifie low-cost.

E-learning est à mon sens, le terme qui a le moins sa place dans cette nouvelle édition. Pourquoi lexicaliser un terme dont l’emploi n’est pas si courant et dont la traduction déjà vieille de 4 ans semble entrer dans le vocabulaire courant. Il ne me semble pas particulièrement que e-learning soit plus répandu que formation en ligne. La présence dans cette édition du Petit Larousse va bien à l’encontre de la volonté publique de voir se généraliser l’équivalent français.

Les termes comme clubbeur ou pipolisation ont eu tendance à me faire rire. J’ai un peu de mal à comprendre comment clubbeur peut prend deux  »b »  et un  »u ». Soit clubber en anglais soit on francise clubeur(re). Pipolisation tout comme d’autres termes, taxi-clando, par exemple montre l’impact de l’actualité sur le dictionnaire. Il est possible qu’on aurait jamais fait entrer taxi-clando (taxi clandestins) dans le dictionnaire s’il n’y avait pas eu le fait divers que l’on connaît. Il est aussi possible qu’après l’ère Sarkozy tout le monde se demande pourquoi le Petit Larousse avait choisi ce mot en 2010.

Dans les néologismes, je m’interroge un peu sur le sens de mobinaute ou de décohabiter. Il est vrai qu’il semblait important de trouver un terme pour les utilisateurs d’Iphone et autres smartphones (anglicisme qui n’a pas d’équivalent français). Tout comme, il semble normal que tsunami figure dans le vocabulaire au même titre qu’adresse IP ou Web 2.0 (Frédéric Lefebvre aurait promis de lire la définition). J’ai aussi hâte de découvrir les nouvelles définitions officielles de geek, adulescent ou même d’un slim et de me demander ce qu’il y aura en face de la définition de R.S.A. – qui fait son entrée cette année – dans dix ans …

Chaque année la parution de ces nouveaux mots est très attendue, mais elle a toujours quelque chose de très surprenant, on peut se demander l’intérêt de faire entrer massivement les anglicismes dans le dictionnaire comme on peut se demander pourquoi des termes comme fumer la moquette font leur apparition en 2010.

Publicités

L’anglicisme de la semaine : Spécial Roland Garros

2 juin 2009

Et oui comme chaque année, ma productivité est inversement proportionnelle à l’audimat de Roland Garros. En me passionnant pour le match de Federer et celui de Monfils lundi après-midi, j’ai décidé de consacrer l’anglicisme de la semaine à ce tournoi.

J’en ai déjà parlé sur ce blog, la loi Toubon rend l’utilisation de la langue française obligatoire dans les annonces, affiches, publicités visibles dans les lieux publics ou dans les médias ainsi que dans les colloques scientifiques, les grands événements y compris sportifs qui ont lieu sur notre territoire.

Dès lors, le français est obligatoire dans l’organisation du tournoi de tennis de Roland Garros. Les arbitres habitués au vocabulaire universel du tennis doivent s’y plier, apprendre à compter en français, à dire « faute », « filet » et « égalité ».

Ce que l’on imagine moins, c’est que derrière cet événement sportif se cachent des lois qui prévoient la traduction de ces termes par des mots officiels. Par exemple un arrêté du 18 février 1988 prévoit de remplacer l’interjection « out! » par « dehors », il fallait y penser! Quelques années plus tard, l’expression tennistique « deuce » qui signifie l’égalité à 40-40 est donc remplacée par le mot « égalité » et l’interjection « filet! » se substitue à l’anglicisme « let! »(arrêté du 21 décembre 1990). Aussi surprenant, que cela puisse paraître, les arbitres se sont volontiers plier à cette règle, mais ce sont en fait les commentateurs sportifs (plus ou moins concernés par la loi) qui en font fi.

En effet, des mots non-employés par l’arbitre et qui sont l’apanage des commentateurs, ont connu une traduction. C’est le cas de tie-break ou des aces. Lors de l’arrêté que je citais précédemment, il était précisé que le terme tie-break devait être remplacé par l’expression « jeu décisif », expression dont on parfois utilisée mais qui n’a pas fait disparaître son équivalent anglo-saxon. Nettement moins souvent employé, il faut tout de même noter que l’on peut trouver dans le journal officiel, le substitut français du mot ace, il s’agit d’un as, mot que je n’ai personnellement jamais entendu dans ce contexte. Dans le même registre, savez-vous que faire le break a un équivalent français? Toujours dans cet arrêté du 21 décembre 1990, on apprend que cette expression anglophone doit être remplacée par le mot brèche. Dans le journal officiel du 22 septembre 2000 est parue une note qui stipule : « les expressions  »faire la brèche » ou  »créer la rupture » sont proposées en équivalent de  »faire le break ». On peut aussi parler d’une  »balle de brèche », ou d’une  »balle de rupture ». » Surprenant, non?

Cela dit, dans le domaine des sports, la commission générale de terminologie et de néologie a proposé un nombre impressionnant de mots et expressions sans lendemain. Ainsi en formule1, il ne faudrait plus dire « pole position » mais position de tête, un penalty doit se dire tir de réparation et un corner un coup de pied de coin, le mercato doit être remplacé par l’acronyme MDT (ou marché des transferts)… La planche des neiges (snowboard), n’a pas beaucoup plus séduit que la planche à roulettes (skateboard) pourtant apparues en même temps dans le vocabulaire que la planche à voile (windsurf) et toute une autre série de dérivés du mot planche. Dans l’univers de la glisse, il ne faudrait plus dire half-pipe mais demie-lune ou rampe de neige…

Les exemples sont très nombreux, tant il est vrai que comme dans le domaine de la technologie, les mots du sports sont souvent mondialisés rapidement et il devient difficile après coup d’en imposer des traductions.


Charity business

20 mai 2009

A noter qu’hier paraissait au journal officiel, la traduction officielle de cet anglicisme utilisé quasi-exclusivement en France. A présent, il ne faudra plus dire « charity business » mais « économie caritative » qui a pour définition officielle : « Ensemble d’activités économiques ayant pour fin ou pour moyen l’action humanitaire ou charitable. »


L’anglicisme de la semaine : chat ou IM

18 mai 2009

Depuis quelques jours, j’ai été absorbé par une conférence dont je ne manquerai pas de vous reparler très prochainement, je voulais marquer mon retour par un nouvel anglicisme de la semaine : chat.

Cet anglicisme part en français avec un handicap sérieux, destiné à l’écrit il souffre immédiatement de son homonymie avec un animal domestique et avec les représentations que l’on peut lui attacher. Pourtant, il a réussi à s’imposer notamment par une modification orthographique qui amène souvent à l’ajout d’un T en guise de suffixe : tchat.

Selon les pays, on emploie plus ou moins ce terme de chat, certains préférant un autre anglicisme, celui d’IM : instant messaging. En fait, chat est le terme le plus répandu mais il souffre parfois d’une carence de prononciation, ainsi, il n’est pas rare de le voir adapté à la langue locale. On trouve par exemple : Czat en Pologne, Chatt ou Chatta en suédois, Txat en basque, Chatten en néerlandais, et donc parfois Tchat en français. Il convient bien sûr de préciser que de nombreux pays utilisent le terme chat sans modification orthographique. Les pays du Nord préfèrent toutefois généralement les deux lettres IM comme instant messaging pour désigner la pratique du dialogue en ligne. Peu entré dans notre vocabulaire, on trouve régulièrement cependant des traductions de cet anglicisme dans les langues de nos voisins, ainsi, si l’on trouve chez nous l’expression messagerie instantanée, au Portugal on évoque mensageiro instantâneo (plutôt comunicador instantâneo au Brésil) et en Italie on utilise la messaggistica istantanea.

En France, on trouve souvent l’utilisation du verbe tchater qui n’est pourtant en rien officiel. Pourtant des termes de substitution à cet anglicisme sont apparus rapidement. Ainsi, le 16 mars 1999 paraissait au Journal Officiel la traduction officiel de chat : causette. Il est vrai qu’il aurait été plaisant de voir les publicités inciter les jeunes à venir faire un brin de causette sur Internet! La désuétude du terme l’a condamné à une mort prématurée et quelques années plus tard, le 5 avril 2006, un autre article est venu annuler et remplacer cette proposition pour lui préférer l’expression « dialogue en ligne ». Une fois encore, les québécois ont été plus prompts à réagir et à adopter un terme français pour cette action de dialogue sur Internet en proposant l’expression « clavardage » mélange de « bavardage » et de « clavier ». Invité à un « Tchat », Bernard Pivot a pu exprimer tout le bien qu’il pensait de cette expression.

On retrouve chez nos voisins espagnols une autre réaction possible à cet anglicisme. Rapidement l’Académie Royale Espagnole a proposé de substituer à chat l’expression cibercharla (qui donnerait en français cyberbavardage). Le terme a eu un certain impact, mais n’a pas empêché la propagation de l’anglicisme chat. Dès lors, l’Académie a proposé d’intégrer un terme qui avait déjà cours chez les espagnols, celui de chatear. C’est comme si l’Académie Française prenait conscience que son terme de causette n’avait pas marché et que dès lors elle proposait une conjugaison officielle pour le verber tchater. Ainsi depuis l’année 2007, en espagnol le verbe chatear qui auparavant signifiait boire un verre de vin, se rapporte aussi à la communication en ligne.

Soucieux de ne pas être de reste, l’espéranto aussi proposait une traduction au mot chat : babilejo ou tujmesaĝilo. Le premier terme devant certainement renvoyer au mot français « babiller » qui signifie parler beaucoup.


L’anglicisme de la semaine : hard-discount

10 mai 2009

C’est en tombant sur cette pub Auchan visant à contrer la montée des « hard-discounts«  en cette période de crise que j’ai eu l’idée de l’anglicisme de la semaine.

Apparu après la seconde guerre mondiale en Allemagne avec Aldi, les « hard-discounts » se développent dans le pays sans se propager en dehors des frontières. Il faut attendre les années 80 pour que l’Europe commence à s’intéresser au phénomène. En 1988 ouvre le premier « hard-discount » en France, mais le succès de ce type de magasin ne prendra effet que quelques années plus tard, notamment avec la crise économique de l’année 1993.

C’est à cette époque, que la commission de terminologie et de néologie décide de présenter un substitut à ce terme de « hard-discount ». La commission ressort un terme éculé pourtant toujours présent dans certains dictionnaire, celui de discompte. A partir de ce mot, la commission propose les dérivés suivants : maxidiscompte, magasin de discompte, et même discompteur. On voit pourtant dans la pub Auchan, que le terme n’est pas entré dans les mentalités. D’ailleurs, le publicitaire n’a pas même cru bon de traduire « hard-discount », alors que « thank you » est traduit (loi Toubon oblige). Il évident que cette publicité ne recevra pas de sanctions pourtant depuis le 11 février 1993 (date de la publication au journal officiel de l’équivalent français de « hard-discount »), il est interdit d’utiliser ce terme dans une publicité sans en faire apparaître une traduction.

Aujourd’hui, « hard-discount » est entré dans les mentalités et même dans le langage courant, dès lors il est vain d’essayer de lui opposer un nouveau terme. On peut pourtant lire parfois des articles employant le terme maxidiscompte dans la presse spécialisée. Presse qui souvent s’évertue à au moins mettre le terme entre guillemets. Aujourd’hui, comme on le voit sur le graphique ci-dessous, ce type de magasin représente plus de 14% du marché des grandes surfaces à dominante alimentaire et cela et vrai à peu près partout en Europe. Dès lors, il est intéressant de voir comment ce terme est importé chez nos voisins.

harddiscount

A ma connaissance, la plupart des pays européens emploient le terme « hard discount » tel quel ou en dérivant le terme anglais. Ainsi l’Italie et l’Allemagne utilisent le terme discount même si ces derniers prévoit l’utilisation de Discountunternehmen. La Pologne, le Danemark ou encore l’Espagne utilisent tous des dérivés du mot anglais comme Dyskonty, Discountbutik ou Tienda de descuento. Il n’y a bien qu’en suédois, que le terme est méconnaissable : Lågprisvaruhus.

L’office québécois de la langue française regrette la dérivation du terme anglais en un terme français – discompte – qui n’est pas porteur de sens. Dès lors, il a été proposé, un terme plus simple à faire entrer dans le vocabulaire, celui de « magasin de rabais » ou « magasin minimarge ».


L’anglicisme de la semaine : Think Tank

26 avril 2009

Le journal officiel du 14 Août 1998 propose de remplace cet anglicisme par le terme laboratoire d’idées et en donne pour définition : « Groupe plus ou moins formel dont les membres interviennent dans les débats publics sur les grands problèmes économiques et de société, parallèlement aux travaux effectués par les administrations publiques. »

Régulièrement, je publierai ici les anglicismes que je rencontre dans la journée pour en proposer une manière de la remplacer en français, notamment en regardant ce qui peut se faire à l’étranger dans les pays francophones ou non.

Dans le cas présent on peut voir des pays qui résistent plus ou moins à cette expression de plus en plus courante. Par exemple, on peut voir qu’un pays comme l’Espagne a importé l’expression en l’hispanisant ce qui donne tanque de pensamiento, ce qui conserve l’image d’origine tout en l’important dans la langue locale toutefois, il n’est pas rare de voir l’expression think tank employée ainsi. En Allemagne, à l’opposé, le mot est rarement employé, on lui a rapidement trouvé une expression de substitution avec le terme Denkfabrik (littéralement usine de pensées). On remarque toutefois que dans la plupart des cas, l’expression est importée et traduite dans la langue locale ce qui est le cas du Danemark avec tænketank, de la Suède avec Tankesmedja, ou des Pays-Bas avec Denktank. En revanche, et pour finir le tour de nos voisins européens, on peut noter qu’en Italie, au Portugal comme en France, le terme le plus souvent usité est thinktank même si on a prévu une substitution avec serbatoio di pensiero ou catalizador de idéias.

A noter pour finir que l’esperanto avait prévu une traduction pour cet anglicisme, en se basant sur plusieurs idiomes cela donnait : Pensfabriko !