Petite analyse du discours de Ségolène Royal à Rezé

28 mai 2009

C’était l’événement politique de la soirée d’hier, Ségolène Royal et Martine Aubry ont tenu un meeting commun à Rezé (Grand-ouest). Après avoir un peu hésité à vous en parler – comme tout le monde – j’ai décidé de vous proposer une petite analyse du discours de Ségolène Royal autour de quatre points : son appel à l’unité, son appel à la participation, sa critique de l’Europe libérale et ces propos sur la création des « Etats-Unis d’Europe ».

Un appel à l’unité et une photo de famille

La photo on l’a longtemps attendue dans cette campagne et inutile de nier qu’elle est arrivée beaucoup trop tard pour renverser la tendance. Mais l’unité hier était de mise. Tout au long de son discours Ségolène Royal a essayé de le La Photorappeler. En vrac, on peut noter les phrases suivantes : « Tout le bonheur de se retrouver là tous ensemble », « ça fait du bien d’être ensemble » (3fois), « unis nous allons gagner », « nous sommes heureux d’être ensemble », « nous avons la puissance de l’unité et du rassemblement ». Bien sûr, plus que des mots, il fallait des attitudes, et cette fameuse photo. Écouter les discours de l’autre, applaudir sans cesse et ne pas laisser présager une rivalité… Les deux meneuses du Parti Socialiste ont de ce point de vue là été irréprochables. J’aurais imaginé, toutefois, Ségolène Royal parler davantage de Martine Aubry pour souligner l’absence totale de rivalités entre les deux. Elle l’a fait, et il faut le noter. Dès le début, elle parle de « ma chère Martine, notre première secrétaire ». Les mots sont importants, et le « notre » prend ici, un sens crucial de ralliement. Puis elle évoque un P.S. uni « à côté de (…) Martine vaillante et opiniâtre dans cette campagne ». Toujours dans le registre des louanges, Ségolène Royal affirme que Martine Aubry est responsable de la réussite du manifesto. «Ce manifesto nous te le devons en tant que chef du P.S. français ». Une fois encore, elle réaffirme volontiers le rôle de leader incontestée du P.S. à Martine Aubry, sans rancune ni rivalité, du moins en façade.

Cependant tous ces louanges ont lieu au début du discours et je m’attendais à davantage de piqures de rappel pour définitivement en finir avec l’idée de division des socialistes. Des rappels il n’y en a eu que deux à la vingtième et à la 29ème minutes, le dernier étant d’ailleurs peu naturel. Le « Comme tu l’as dit Martine » et le « Comme vous l’a souvent dit Martine » glissés à dix minutes d’intervalle dans un discours d’une demie heure étaient évidemment prévisibles mais bien joués. Ils servent à rappeler en permanence l’unité du parti socialiste ce qui était incontestablement le but de ce meeting commun.

« Un appel vibrant à la participation »

L’unité du parti socialiste est une chose, il faut encore avoir des électeurs. Ségolène Royal en est convaincue, chaque électeur qui restera chez lui dimanche offrira sa voix à l’UMP et à l’Europe actuellement en place. Quasiment tout au long de son discours Ségolène Royal s’adresse à ceux qui ne souhaitent pas s’exprimer dimanche. « Ce qui menace, c’est l’abstention, l’indifférence et même le dégoût, le pire c’est que ceux qui aujourd’hui ne veulent pas voter sont les principales victimes de l’Europe libérale ». Puis elle se lance dans ce qu’elle nomme « un appel vibrant à la participation », avec une longue anaphore (que l’on pourrait qualifier de sarkozienne tant il en use et abuse) en répétant « L’Europe sociale a besoin de vous ». Elle cite toute une série de personnes, des chercheurs aux milliers de licenciés – évoquant un très grand nombre d’usines – et à chaque fois ponctue sa phrase de ce syntagme « L’Europe sociale a besoin de vous ».

On aurait pu imaginer qu’elle prononce l’expression « vote utile », mais elle en a laissé le soin à Martine Aubry. Cela dit tout son discours consiste de la même manière à capter l’électorat indécis, et à amener aux urnes les électeurs qui pensent à les bouder : « Venez voter toutes celles et ceux qui veulent que ça change! ». S’il est bien un élément qui ne laisse pas de doute, c’est que la dernière réplique de son discours a été : « Et que pas une voix ne manque! »

Contre l’axe sarko-berlusconien

A quelques jours des européennes, le discours de Ségolène Royal avait un petit goût de campagne présidentielle du second tour. Elle ne s’est pas attaquée aux partis plus à gauche, ni au Modem mais exclusivement à l’UMP et à « l’axe sarko-berlusconien ». Certes en filigrane, les critiques des autres partis apparaissent, elle vise vraisemblablement la gauche extrême et Europe Ecologie lorsqu’elle en appelle à l’unité et au rassemblement ou qu’elle affirme que seuls les socialistes peuvent construire l’Europe sociale (« qui d’autre que les socialistes peuvent construire l’Europe sociale ») mais la cible est réellement dans l’autre camp, celui de l’Europe libérale. Une Europe et une droite décomplexée qu’elle résume en six points : individualisme, avidité, brutalité, imposture, populisme et démagogie. Illustrant chacun par un exemple concret du « cynisme libéral ». Elle s’attaque une fois encore à la droite sur son terrain de chasse : l’insécurité. Rappelant qu’en France ils sont en poste depuis 2002 et que ce sont eux qui génèrent de l’insécurité, Ségolène Royal évoque « l’hystérie législative de la droite » raillant l’arrestation du voleur de bicyclette de six ans qui n’avait pas même voler de vélo…

Les « États-Unis d’Europe »

Pour Ségolène Royal soit « L’Europe marche vers l’unité politique [soit] elle se disloquera dans le nationalisme ». Elle en appelle de ses vœux à la création des États-Unis d’Europe dépassant par là-même la position officielle de son parti. Avant d’énoncer cette idée, elle avait tout de même appeler à une Europe de la « justice sociale », dotée d’une « démocratie exemplaire » qui mène un « combat écologiste » et se bat pour « des libertés toujours plus grandes ». Elle n’évoque pas de sujets qui fâchent comme le salaire minimum européen et rappelle par ses affirmations que le combat pour les libertés n’est pas l’apanage de l’UMP mais bien des socialistes. Avant tout, c’est donc une Europe sociale que Ségolène Royal souhaite ou plus précisément une Europe « social-humaniste du XXIème siècle ».

Toujours en campagne, elle propose donc l’idée de la création des Etats-Unis d’Europe en répétant cette expression à cinq reprises, et donc s’affirme en faveur d’une intégration politique totale. Une « Europe unie des peuples d’Europe ». Citant l’internationale socialiste, elle en appelle au « courage de faire la différence » pour se protéger de cette Europe – et là elle paraphrase Hobbes – [de la guerre du tous contre tous où l’homme est un loup pour l’homme]

En sous-régime, baffouillante à cause d’une absence manifeste de maîtrise de son texte, nettement moins charismatique qu’à son habitude, Ségolène Royal a réussi à remarquablement prêcher l’unité tout en affirmant sa différence et en proposant à quelques jours du scrutin des idées qui ne figurent pas vraiment au programme. Électron libre : beaucoup se demandait comment elle se comporterait mardi soir, elle a, en fait, été assez prévisible se rangeant derrière sa « très chère Martine » avec qui elle n’a plus aucune rivalité ni jalousie. Ce meeting était crucial pour le parti socialiste, et il a été nettement plus réussi que le lancement de la campagne de l’UMP mais il est certainement arrivé trop tard pour convaincre les indécis et ceux qui souhaitent se tourner vers une alternative à gauche que le P.S. est un parti uni.


Politique : qu’avez vous manqué pendant vos vacances?

2 mars 2009

Une semaine chargée s’achève : ni Fillon ni Sarkozy ne se sont encore rendus en Guadeloupe, aucun visiteur du salon de l’agriculture n’a dû se casser parce qu’il était un pauv’ con ; pourtant, si vous avez passé la semaine sous un rocher ou ailleurs vous avez surement manqué quelques informations. Petit aperçu.

Du côté de l’opposition

Sans parler du nouveau parti de la France crée par Carl Lang, l’opposition a été assez active cette semaine. Le parti socialiste a occupé les médias pendant leurs congés, Martine Aubry est allée jusqu’à parler d’un « grand jour pour le P.S. ». Mais de qui pouvait-elle bien parler? De la nouvelle couleur de cheveux de François Hollande? Surement pas. Du voyage de Ségolène Royal en Guadeloupe alors que le chef de l’Etat n’est pas même passé sur le stand de ce DOM au salon de l’agriculture? Je ne crois pas non plus. Du fait que l’un d’entre eux ait trouvé un poste, Jack Lang s’étant vu confier par le président une mission pour la reprise de la coopération entre la France et Cuba? C’est peu crédible. D’autant plus que généralement les transfuges de la gauche vers le gouvernement obtenaient des postes un peu plus intéressants que ce lui de « petit télégraphistes de Sarkozy » comme le disait si bien Stéphane Guillon ce matin sur France Inter : « il a viré sa cuti pour un colissimo » c’est un peu triste de voir « l’immense ministre de la culture de Mitterrand devenir facteur chez Sarko ». Ce n’est donc pas encore cela le grand jour du P.S.. J’ai trouvé ! Il s’agit de l’unification du P.S.. Le principal parti de l’opposition a enfin affirmé haut et fort son unité. Onze membres proches de Ségolène Royal ont fait leur entrée à la direction du P.S., il aura fallu plusieurs mois pour que ce parti se rende compte que sa direction ne représentait qu’un adhérent sur deux. Voilà ce qui a été un grand jour pour le P.S.. Le problème d’un grand jour, c’est qu’il ne dure que 24 heures. Immédiatement, il a fallu que les divisions resurgissent. Non pas que Martine Aubry soit en colère parce que Ségolène Royal fait la une de Match, non, il se trouve que la nomination des têtes de listes régionales pour les européennes n’a pas plu à tout le monde. Il faut dire que c’est un beau casse tête. Tout d’abord, il a fallu panacher entre les femmes et les hommes, ce n’est encore pas très naturel au P.S.. Ensuite, il a fallu introduire une goute de « diversité » puisque c’est nécessaire, que c’est à la mode et qu’une fois encore ça n’a rien de très naturel. Mais le plus dur c’est qu’il faut réussir à représenter chaque courant du P.S. Dans chacune des régions, afin de ne privilégier personne, de ne froisser personne. Raté ! Voilà que l’unité du P.S. est déjà mise à mal, Vincent Peillon apprenant sa nomination à la tête de la liste de la région Sud-Est- lui qui voulait le Nord-Ouest – a parlé de « crève-cœur ». Le parti a déjà du mal à s’y retrouver entre sa tête de liste et sa tête de gondole, l’unité ne survivra pas si, en plus, il se paie des fortes têtes…

Mais du côté de la majorité rien ne va non plus.

Le procès des époux Tibéri a marqué la fin d’une époque. Eux qui n’étaient pas arrivés au pouvoir par hasard se retrouvent bien seuls sur le banc des accusés. La majorité ayant d’autres soucis que de s’occuper des chiraquiens à la dérive. Bien sûr, il y a déjà la Guadeloupe et Yves Jégo qui comme le dit Anne Roumanoff n’est décidément pas le plus « Fort-de-France ». Sarkozy aurait aimé tout régler en un jour, mais rien n’y fait. Les médias pourtant essaient de l’aider, ils continuent de préférer parler des conséquences de cette grève plutôt que de ses causes. On montre des blocages, des pénuries, et autres décisions « lourdes de conséquences » et on insiste sur le refus de compromis du LKP. Rien n’y fait. Sarkozy perd encore six points de côte de popularité. Tous ses adversaires se rendent en Guadeloupe, mais lui n’a toujours pas eu le temps d’y aller.

Il faut dire qu’il a eu du boulot ces derniers temps. Et puis, il n’est pas avare, on ne lui a rien demandé et pourtant il a réussi à trouver le temps de nommer le nouveau patron de la fusion caisse d’épargne – banque populaire. Du coup, l’opposition critique ses tendances autoritaires et sa visible volonté de se débarrasser de tout ce qui pourrait ressembler de près ou de loin à un contre-pouvoir. En plus, il a affirmé avoir le soutien de la commission d’éthique au lieu de quoi il n’avait eu qu’une lettre à titre personnel du président de ladite commission soulignant qu’il parlait en son nom. Pas sûr dès lors que la majorité ait assez de force pour faire passer ce qui s’annonce comme un des grands chantiers du mandat de Nicolas Sarkozy, la réforme du « millefeuille administratif ». La commission Balladur n’a pas manqué de soulever des indignations en annonçant la suppression des cantons, la création des métropoles et surtout le regroupements de certaines régions pour passer de 22 à 15 régions administratives. Ce que l’on annonçait comme étant un big bang territorial va encore devoir affronter de nombreuses tempêtes avant de passer de projet à réalité…


Politique : qui sont les stars de nos journaux?

11 février 2009

Après avoir découvert une énième couverture sur Rachida Dati cette semaine dans mon kiosque à journaux, j’ai décidé de regarder à quelles personnalités politiques la presse s’intéresse le plus depuis les élections. Pour ce faire, j’ai regardé combien d’articles évoquaient les seize personnalités que j’avais choisies dans la presse nationale1. Un moyen un peu plus simple que de mesurer le temps de parole de chacun et qui permet déjà de dégager de sérieuses tendances.

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Le premier constat est sans appel, la presse n’en a que pour Nicolas Sarkozy. Ce n’est pas une surprise mais les chiffres sont sans appel. Depuis l’élection présidentielle, sur trente cinq mille articles évoquant l’un des présidentiables (Bayrou, Le Pen, Royal, Sarkozy) plus de 75% des articles font référence à Nicolas Sarkozy. S’il est assez logique que le président de la République fasse parler de lui, on ne peut qu’être surpris de remarquer qu’environ un article politique sur deux évoque Nicolas Sarkozy, un sur deux! On peut tout de même remarquer que depuis un an, sa présence dans les colonnes de presse s’est (un peu) raréfiée. L’écart le plus faible entre lui et Ségolène Royal a été atteint pendant la primaire socialiste en novembre 2008. Toutefois, le président de la République est tout de même évoqué deux fois plus souvent que sa rivale socialiste sur cette période !

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Avant de revenir sur les leaders de l’opposition notons que Jean-Marie Le Pen n’a plus vraiment la cote. Après avoir été omniprésent dans les médias en 2002, il désintéresse de plus en plus. Sur les huit titres de la presse écrite que j’aibenlepen2 sélectionnés le leader du front national est évoqué en moyenne 30 fois par mois soit environ cinq fois moins que François Bayrou par exemple et même moins qu’Olivier Besancenot (50 articles / mois). Ceci explique ses dernières tentatives de dérapages contrôlés. Cette semaine il annonçait que le maire de Marseille devrait bientôt s’appeler Ben Gaudin si la population d’origine maghrébine continuait à croître. Sans commenter cette sortie raciste, cette phrase me rappelle une des premières unes de l’Echos des Savannes que l’on voit ici.

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Pour en revenir à notre sujet, le plus inquiétant dans mes résultats c’est que lorsque l’on compare les articles évoquant les principaux leaders de l’opposition (Martine Aubry, François Bayrou, Olivier Besancenot, François Hollande et Ségolène Royal) et ceux consacrés à Nicolas Sarkozy, on se rend compte que ce dernier est évoqué dans deux fois plus d’articles que tous les autres réunis. Jusqu’à l’élection de Martine Aubry à la tête du P.S., la figure de l’opposition était indiscutablement Ségolène Royal. Le seul mois où il y avait plus d’articles au sujet de François Bayrou que de la présidente de la région Poitou-Charentes c’étaien mars passé lors des élections municipales de 2008… Rappelons que l’élection à Pau avait été sur-médiatisée car l’enjeu était évidemment de faire barrage au leader centriste. Un autre point est intéressant à noter dans ce graphique. Si Ségolène Royal a perdu les élections internes du parti socialiste, elle n’en est pas moins présente dans la presse. Martine Aubry arrive à peine à la dépasser ces derniers mois. A propos de cette dernière, on peut remarquer qu’il y a un an, la presse ne l’évoquait à peine. Elle ne s’est imposée comme dirigeante possible que très tardivement ce qui risque d’être un handicap supplémentaire pour son mandat à la tête du parti qui incarne comme le montre ce graphique la principale opposition au gouvernement.

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Pour finir j’avais prévu de faire un graphique sur tous les membres du gouvernement pour essayer de voir ceux qui intéressent au premier plan les journaux français. Le graphique présentant un trop grand nombre de courbes devient totalement illisible une fois présenté sur ce blog. Je me contenterai donc de vous présenter ce camembert sans appel. Rachida Dati qui rafle de loin le plus grand nombre de unes, est aussi la ministre la plus fréquemment évoquée par les journaux français. Elle est suivie de près par Xavier Bertrand et Bernard Kouchner dont on parle beaucoup en ce moment. L’hyper-médiatisation du Grenelle de l’environnement permet à Jean-Louis Borloo de prendre une bonne place dans ce classement quand des personnalités qui font beaucoup de bruit -comme Fadela Amara- intéressent finalement assez peu les médias. Rama Yade n’est pas présentée ici, mais elle occupe aussi beaucoup les pages des magazines qui ont abondamment évoqué les ministres d’ouverture et ceux représentant la « diversité » dans ce gouvernement. A titre d’exemple, j’ai indiqué dans ce camembert Dominique de Villepin qui, en moyenne, est évoqué 70 fois par mois soit près de 20 fois moins que Nicolas Sarkozy ! Dur de se mettre sur les rangs pour 2012 dans ce cadre là!

1J’ai selectionné : l’humanité, libération, le monde, la croix, le figaro, le nouvel observateur, le point et l’express


La cacophonie au P.S. amuse le monde.

24 novembre 2008

A l’heure où les dirigeants du P.S. comptent, décomptent, recomptent les bulletins des militants de vendredi dernier, la presse mondiale se moque de ce parti incapable de se renouveler. Petite revue de presse de ce qui a pu être écrit ce week-end chez nos voisins plus ou moins lointains.

aubryroyalRegardons dans un premier temps ce que ces journaux pensent de la situation du P.S., inutile de préciser que les mots que l’on retrouve le plus souvent appartiennent au registre de la division. Ce qui est plus surprenant c’est l’omniprésence du champ lexical de la guerre. Pretoria News le journal sud-africain est certainement celui qui va plus loin dans cette métaphore en allant jusqu’à titrer « civil war in France ». On retrouve souvent l’idée de « guerre des chiffres » entre les deux camps. Le Welt am Sonntag évoque une guerre des femmes (« Krieg der Frauen ») et le quotidien de référence espagnol, El Mundo traite des événements de ces derniers jours comme d’une pulsion de mort qui entrainera les deux camps au tribunal. (« El pulso a muerte entre Aubry y Royal acaba en los tribunales »). Dans ce registre, la palme du journal le plus drôle et le plus moqueur est accordé à The Independent comparant les événements du P.S. à un combat de boue entre femmes (« Female mud-wrestling, French style »). Pour le journaliste anglosaxon, il s’agit du seul moyen de détourner pendant quelques temps les médias du président français… Tout au long de l’article il file la métaphore du catch allant jusqu’à appeler Ségolène Royal « the Poitou hellcat ». Le résultat de ces querelles intestines est parfois qualifié de chaos, de désastre et de complet désarroi. Pour le Daily Telegraph ce chaos est un désastre de plus pour un parti dont le déclin est facile à mesurer depuis la mort de Mitterrand. Le journaliste y voit une illustration de l’apathie française et de l’incapacité de notre pays à se réformer.

Les journaux insistent beaucoup sur la division. Beaucoup soulignent que le P.S. est à présent totalement divisé en deux. La dépêche de l’AFP en espagnol parlait d’un parti au bord de la scission (« al borde de la escisión »), Reuters surenchérit dans sa dépêche dédiée à l’Amérique Latine en utilisant le mot « schisme » (« El cisma del socialismo francés podría acabar en los tribunales »). L’image du divorce est aussi souvent évoquée, l’éditorialiste del Mundo pense que les deux factions du PS ont autant de chance de se mélanger que l’huile et l’eau (« Como el agua y el aceite. Así han quedado las dos facciones del Partido Socialista francés después de la votación celebrada el pasado viernes para elegir a su líder.”)

Les journaux essayent aussi de dresser un portrait des deux candidates. Celles que le Berliner Zeitung nomme les « Feindliche Schwestern » (les sœurs rivales) sont souvent décrites de la même façon. Ségolène Royal est plus connue, on l’évoque comme la candidate du PS à l’élection présidentielle de 2007 alors que l’on s’arrête un peu davantage sur Martine Aubry. « Madame 50,02 Prozent » (Madame 50,02 %) comme la nomme Die Welt, est souvent renvoyée à son poste de ministre du travail de Lionel Jospin et surtout à sa réforme clé les 35heures. Le Basler Zeitung l’appelle en français dans le texte «Madame 35 heures». The Daily Telegraph utilise aussi un mot français pour la qualifier, celui d’éléphant qu’il traduit plus loin par old guard, le journaliste affirme que sa réforme a profondément endommagé la productivité française. Pour lui le choix de Martine Aubry prouve que la France est passéiste (stuck to the past). Le Times de Londres enlève tout mérite à sa victoire, pour le journaliste, elle n’est pas vraiment appréciée et n’a gagné que parce qu’une courte majorité des militants socialistes ne voulaient pas de Ségolène Royal pourtant nommée ‘Zapatera prodigiosa’ par El Mundo et qualifiée de glamour par l’éditorialiste du New York Times

A quelques mois des élections européennes, le P.S. est la risée de l’Europe entière, aujourd’hui encore il a présenté une image déplorable. Il apparaît incapable de se mouvoir, de changer, de présenter des idées, et est en fait bien plus divisé qu’on ne le dit. Car si le camp Royal semble relativement uni autour de sa candidate, rien ne nous dit que les anciens soutiens de Delanoë et de Benoît Hamon soient capables de s’entendre sur l’avenir du P.S. en se rangeant derrière Martine Aubry. Un nouveau vote ne résoudrait vraisemblablement rien, qu’on le veuille ou non, il y aura des déçus au Parti Socialiste. Dans le cas d’un nouveau vote, si Ségolène Royal l’emportait quelques 70 000 militants se sentiraient floués et risqueraient de nourrir une réelle rancœur contre la candidate. Si la commission devait décider de proclamer la victoire de Martine Aubry, il ne laisse aucun doute que l’équipe de Ségolène Royal entrerait en résistance au sein du parti dans l’espoir de reprendre la main en 2012 face à cette coalition hétéroclite… Quelques belles années en perspective donc.


Congrès de Reims: et un, et deux et trois candidats.

16 novembre 2008

La bataille des ego ne s’arrêtera pas avec le Congrès de Reims. Trois des six motions ont en effet présenté un candidat pour prendre la tête du PS, les militants devront les départager jeudi. Le premier secrétaire se devant d’être élu à la majorité absolue, il est donc possible qu’un second tour ait lieu vendredi. Trois bulletins seront à leur disposition, Martine Aubry (motion C), Benoît Hamon (motion D) et Ségolène Royal issue de la motion E.

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Ces trois candidats ont eu un quart d’heure pour annoncer leur candidature. Sans surprise Ségolène Royal s’est présentée en rassembleuse, Martine Aubry semble vouloir prendre la tête d’un nouveau TSS (Tout Sauf Ségolène) alors que Benoît Hamon se présente comme le candidat du renouvellement du parti.

Pour commencer par Ségolène Royal, elle a une nouvelle fois mis en pratique la technique du rabâchage. Passé le petit mot d’introduction pour remercier son équipe Ségolène Royal a réussi en l’espace de trois minutes à dire deux fois le mot rassembler, une fois rassemblement, une fois réunir, deux fois unité et à placer cette anaphore : « Le Parti a besoin de tous, de tous ses militants bien sûr, de tous ses élus, de tous ses responsables nationaux et fédéraux, de tous ses secrétaires de section et de tous ceux et celles qui nous rejoindrons. » tout en utilisant des formules comme « tout le monde » ou « tous les militants ». Si toutefois tous les militants n’avaient pas compris qu’elle se présentait comme une candidate rassembleuse, elle a fait quelques piqures de rappel :au milieu du discours en affirmant qu’elle souhaite « rassembler nos forces, nos talents, nos volontés et tous nos courages. » puis en conclusion où elle affirme que son équipe « a vocation à s’élargir et à rassembler tous les socialistes ». Au cas où le message ne soit pas clair, quelques secondes avant de libérer le pupitre elle lâche un « Rassemblons-nous ». En dehors de ces appels à l’unité le message de Ségolène Royal est assez simple, la France a besoin d’une opposition solide qu’elle souhaite incarner en étant premier secrétaire du parti socialiste. Elle s’en est aussi un peu pris aux responsables de la crise économique avec des formules qu’elle apprécie tellement comme « la secte dorée des intégristes du marché » ou « ces acrobates de la mathématique financière ». Personnellement mon passage préféré est le suivant : « ils y mettaient de l’entrain ces idéologues suffisants attachés à détruire sous toutes les latitudes, l’Etat qu’aujourd’hui ils appellent au secours, comme on appelle un domestique pour qu’il éponge les dégâts d’une fête trop arrosée ! ».

Le message de Martine Aubry était un peu plus difficile à faire passer clairement. Elle est la candidate anti-Ségolène sans pouvoir le dire. Pour ne pas donner de noms elle va appeler ses camarades par leur motion. A 19 reprises Martine Aubry va employer ce mot motion. 19 fois en quelques minutes, on est proche de la saturation. La motion visée est bien sûr la motion A, celle de Bertrand Delanoë. Cette motion a obtenu plus de 30 000 voix la semaine passée et se trouve aujourd’hui sans candidat. Les deux candidats avaient d’ailleurs obtenus environ 25% des voix chacun, Martine Aubry sachant bien compter 25+25 = 50. Si elle récupère les voix de la motion A, elle pourrait être élue au premier tour. Tout au long de son discours elle va donc utiliser des expressions telles que « cette analyse, nous la partageons avec les camarades de la motion A et de la motion C » (Dans cette formule on a en plus un appel du pied aux partisans de Benoît Hamon pourtant candidat, ceci préfacerait-il une alliance dans le cas d’un éventuel second tour ?). Elle fera souvent allusion aux motions A, C et D (Delanoë, Hamon, et elle-même) qui remplace en fait l’expression Tous Sauf Ségolène Royal. Elle conclut son discours en saluant « Bertrand » et « Benoît » mais les électeurs du premier sont bien sa cible puisque ce n’est certainement pas un hasard si le dernier « mot » de son discours est « motion A ».

Benoît Hamon joue son rôle de challenger. Il représente la gauche du parti et pourrait bien obtenir une minorité de blocage. On peut imaginer que les deux candidates obtiennent chacune un peu moins de 40% des voix et que lui obtienne un peu plus de 20%. Dans ce cas de figure ce serait la candidate qui s’allierait avec lui qui gagnerait vraisemblablement le poste. Il va essayer de profiter de cette position pour tirer un peu le parti vers sa gauche. C’est d’ailleurs le candidat qui a fait le discours le plus conséquent. Le seul à avoir mis en avant des idées et presqu’un programme. Toutefois, il sent aussi qu’il a une carte à jouer et pour cela il se présente comme le candidat du changement. En deux phrases et moins d’une minute il va réussir à placer deux fois le mot changement et deux fois le verbe changer. Il affiche clairement ses idées, pour lui « les militants ont indiqué clairement leur souhait que le Parti socialiste soit ancré à gauche ». Si jamais il n’emporte pas l’investiture du parti, il donne deux conditions claires pour céder ses voix, il faudra interdire le licenciement des entreprises qui font du profit (« on continue de licencier dans des entreprises profitables, c’est inacceptable. ») et aucune alliance avec le MoDem n’est envisageable (« je considère aujourd’hui que l’alliance avec le MoDem est dangereuse »).

Trois candidats, un vrai débat sur l’orientation du parti mais aussi un combat des chefs. Une candidate qui se sent portée par les militants bien que sa base semble plus fragile qu’au moment de l’investiture pour la présidentielle de 2007 ; une candidate qui est prête à abattre cette première ; et un arbitre, un jeune quadra à gauche du parti qui pourrait bien être la clé de ce scrutin s’il devait se dérouler en deux tours. Affaire à suivre, souhaitons pour eux que le candidat qui aura les clés du parti la semaine prochaine réussisse à fédérer le parti socialiste.