Politique : qui sont les stars de nos journaux?

11 février 2009

Après avoir découvert une énième couverture sur Rachida Dati cette semaine dans mon kiosque à journaux, j’ai décidé de regarder à quelles personnalités politiques la presse s’intéresse le plus depuis les élections. Pour ce faire, j’ai regardé combien d’articles évoquaient les seize personnalités que j’avais choisies dans la presse nationale1. Un moyen un peu plus simple que de mesurer le temps de parole de chacun et qui permet déjà de dégager de sérieuses tendances.

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Le premier constat est sans appel, la presse n’en a que pour Nicolas Sarkozy. Ce n’est pas une surprise mais les chiffres sont sans appel. Depuis l’élection présidentielle, sur trente cinq mille articles évoquant l’un des présidentiables (Bayrou, Le Pen, Royal, Sarkozy) plus de 75% des articles font référence à Nicolas Sarkozy. S’il est assez logique que le président de la République fasse parler de lui, on ne peut qu’être surpris de remarquer qu’environ un article politique sur deux évoque Nicolas Sarkozy, un sur deux! On peut tout de même remarquer que depuis un an, sa présence dans les colonnes de presse s’est (un peu) raréfiée. L’écart le plus faible entre lui et Ségolène Royal a été atteint pendant la primaire socialiste en novembre 2008. Toutefois, le président de la République est tout de même évoqué deux fois plus souvent que sa rivale socialiste sur cette période !

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Avant de revenir sur les leaders de l’opposition notons que Jean-Marie Le Pen n’a plus vraiment la cote. Après avoir été omniprésent dans les médias en 2002, il désintéresse de plus en plus. Sur les huit titres de la presse écrite que j’aibenlepen2 sélectionnés le leader du front national est évoqué en moyenne 30 fois par mois soit environ cinq fois moins que François Bayrou par exemple et même moins qu’Olivier Besancenot (50 articles / mois). Ceci explique ses dernières tentatives de dérapages contrôlés. Cette semaine il annonçait que le maire de Marseille devrait bientôt s’appeler Ben Gaudin si la population d’origine maghrébine continuait à croître. Sans commenter cette sortie raciste, cette phrase me rappelle une des premières unes de l’Echos des Savannes que l’on voit ici.

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Pour en revenir à notre sujet, le plus inquiétant dans mes résultats c’est que lorsque l’on compare les articles évoquant les principaux leaders de l’opposition (Martine Aubry, François Bayrou, Olivier Besancenot, François Hollande et Ségolène Royal) et ceux consacrés à Nicolas Sarkozy, on se rend compte que ce dernier est évoqué dans deux fois plus d’articles que tous les autres réunis. Jusqu’à l’élection de Martine Aubry à la tête du P.S., la figure de l’opposition était indiscutablement Ségolène Royal. Le seul mois où il y avait plus d’articles au sujet de François Bayrou que de la présidente de la région Poitou-Charentes c’étaien mars passé lors des élections municipales de 2008… Rappelons que l’élection à Pau avait été sur-médiatisée car l’enjeu était évidemment de faire barrage au leader centriste. Un autre point est intéressant à noter dans ce graphique. Si Ségolène Royal a perdu les élections internes du parti socialiste, elle n’en est pas moins présente dans la presse. Martine Aubry arrive à peine à la dépasser ces derniers mois. A propos de cette dernière, on peut remarquer qu’il y a un an, la presse ne l’évoquait à peine. Elle ne s’est imposée comme dirigeante possible que très tardivement ce qui risque d’être un handicap supplémentaire pour son mandat à la tête du parti qui incarne comme le montre ce graphique la principale opposition au gouvernement.

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Pour finir j’avais prévu de faire un graphique sur tous les membres du gouvernement pour essayer de voir ceux qui intéressent au premier plan les journaux français. Le graphique présentant un trop grand nombre de courbes devient totalement illisible une fois présenté sur ce blog. Je me contenterai donc de vous présenter ce camembert sans appel. Rachida Dati qui rafle de loin le plus grand nombre de unes, est aussi la ministre la plus fréquemment évoquée par les journaux français. Elle est suivie de près par Xavier Bertrand et Bernard Kouchner dont on parle beaucoup en ce moment. L’hyper-médiatisation du Grenelle de l’environnement permet à Jean-Louis Borloo de prendre une bonne place dans ce classement quand des personnalités qui font beaucoup de bruit -comme Fadela Amara- intéressent finalement assez peu les médias. Rama Yade n’est pas présentée ici, mais elle occupe aussi beaucoup les pages des magazines qui ont abondamment évoqué les ministres d’ouverture et ceux représentant la « diversité » dans ce gouvernement. A titre d’exemple, j’ai indiqué dans ce camembert Dominique de Villepin qui, en moyenne, est évoqué 70 fois par mois soit près de 20 fois moins que Nicolas Sarkozy ! Dur de se mettre sur les rangs pour 2012 dans ce cadre là!

1J’ai selectionné : l’humanité, libération, le monde, la croix, le figaro, le nouvel observateur, le point et l’express

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Une belle semaine en politique

3 décembre 2008

Alors que le P.S. mettait fin à ses querelles internes, enfin pour être plus précis, les mettait de côté pour s’accorder sur la victoire de Martine Aubry, la politique a repris ses droits cette semaine. Frédéric Lefebvre, le très médiatique secrétaire à l’économie de l’UMP souhaitait la bienvenue à la nouvelle secrétaire du P.S. en lui offrant une phrase dont il a le secret : « la dame des 35 heures, est totalement disqualifiée pour donner de grandes leçons en matière de politique de l’emploi ». Voilà qui est dit.

Monsieur Bockel, dans l’indifférence générale, a réuni pas mal de ministres de la majorité à sa réunion de la « gauche moderne » ce que (même) Martin Hirsch a raillé en déclarant qu’il était un peu dur de faire croire que « la gauche moderne serait située à droite » au sens où une gauche de gauche serait archaïque…

Pendant ce temps là Jean-Luc Mélenchon et Marc Dolez avaient enfin réussi à trouver le nom pour leur nouveau parti, il s’appellera le PG, le parti de gauche. Simple et efficace. Le parti tenait (déjà) sont premier meeting à Saint-Ouen, l’occasion de critiquer « un PS de centre-gauche » et de faire un clin d’œil à Olivier Besancenot.

D’ailleurs à propos de Besancenot, que l’on dit être le grand gagnant de la cacophonie au P.S., il n’a pas manqué cette semaine de travailler son humour. Alors qu’il nous avait déjà fait rire avec ses belles expressions (voir ici par exemple), il a annoncé dans une grande interview au Nouvel Obs’ qu’il ne se serait pas présenté si Coluche avait été encore en vie. Il aurait voté pour lui. Si c’est une tentative pour faire une publicité gratuite pour le film de De Caunes, c’est un peu raté, le film reste un flop avec ses 500 et quelques milles entrées vendues. Au passage il a aussi gagné son duel contre la société Taser et en a profité pour fêter ça en manifestant sa joie avec quelques amis de Monsieur Rouillan…

Pendant ce temps du côté de la majorité. Etienne Mougeotte affirmait qu’on ne le reprendra plus à truquer les photos. « Aucune modification ne pourra être apportée à une photo d’actualité. » Rappelez vous, le Figaro qu’il dirige avait pris soin d’effacer une grosse bague (Cartier) sur un cliché de Rachida Dati paru en « une ». Malheureusement, quelques minutes après cette déclaration un soutien de poids était venu appuyer son choix. Gala affirmait qu’en fait la photo de Rachida Dati avait été prise en juin dernier et que depuis elle arborait une bague plus discrète qui pourrait ressembler à une alliance (ah ah).

Nicolas Sarkozy a perdu son procès contre la poupée Vaudou à son effigie qui pourra donc bien se trouver sous les sapins de Noël. Mais il a perdu un peu plus cette semaine. Depuis qu’il a reçu Kadhafi à l’Élysée, il a compris qu’il n’était pas facile d’accueillir n’importe qui au château. Il avait trouvé un bon moyen pour rencontrer un grand délinquant sans le faire venir en France, le rencontrer en terrain neutre. En Pologne par exemple. C’est là qu’il doit en fin de semaine rencontrer le Dalaï-lama, qu’il ne pouvait décemment pas faire venir à l’Élysée. Malheureusement, le gouvernement chinois a repérer son manège et a annulé sur le champ la prochaine rencontre avec l’Union Européenne, dommage c’était bien joué.

Pendant ce temps là, sa ministre du logement prenait conscience que des gens mourraient de froid en France et que la coercition ni ferait rien. Après quatre morts anonymes elle se décida enfin à aller « visiter » le bois de Vincennes s’efforçant à ne pas ramasser de champignons.

Christine Albanel – la toujours ministre de la Culture – assurait qu’il n’était pas gentil de la part de France Télévisions de faire grève parce que promis la publicité sera compensée par 450 millions d’euros des caisses de l’Etat jusqu’en 2011. La promesse n’engage qu’elle et puis avec un peu de chance d’ici 2011 la télé publique n’existera plus, le problème serait auto-résolu. Notons tout de même qu’elle est la seule ministre à s’être émue du sort de Vittorio de Filippis. Cet ancien patron de Libération que la police est venu récupérer à son domicile vendredi matin (un peu tôt il est vrai) en disant devant ses enfants qu’il était « pire que de la racaille » (et que de fait il ne sera pas même nettoyé au Karcher). Rachida Dati a trouvé cela normal, tout autant que de voir l’association Droit Au Logement (qui ne peut pas recevoir de dons) condamnée à 32000€ d’amende. Surprenant pour quelqu’un qui aimait tant critiquer les décisions de justice.

A me lire, on dirait qu’il ne s’est rien passé au MoDem cette semaine et pourtant, François Bayrou invité à France Inter a distribué les bons points aux candidats socialistes et surtout, surtout!, Yann Wehrling a rejoint son parti. Une grande nouvelle, lui que personne n’a oublié tellement il avait été un leader extrêmement charismatique des Verts est passé à l’orange…


Besancenot, de Marx à Mars…

13 mars 2008
Renouveau du langage politique, ou nouvelle génération? Difficile de trancher, l’un ne va certainement pas sans l’autre. Après le « casse-toi pauvre con » que des linguistes avaient jugé « inquiétant » et « lourd de conséquence », on a eu une nouvelle illustration aujourd’hui de ce que pourrait devenir le nouveau langage politique.

Interrogé aux micros de la chaîne d’information continue I télé, le leader de la LCR a déclaré : « Le PS ne veut pas que l’on s’allie avec eux dans les villes où l’on a fait plus de dix pour cent des voix, comme ça ils espèrent récupérer nos électeurs sans, en échange, nous laisser de sièges au conseil municipal, ils veulent quoi de plus cent balles et un mars ! ».

Une belle expression qui nous rappelle le jeune âge du facteur de Neuilly (34 ans dans un mois), et qui nous amène une fois encore à nous interroger sur les modifications du comportement des hommes politiques. Rappelons que sur les 200 listes présentées ou défendues par la LCR, 114 ont recueilli plus de 5%, dont 32 plus de 10%. Le parti a ainsi obtenu 72 élus.

Promis, dès que je peux dégager un peu plus de temps, je vous parlerai de Langage et pouvoir symbolique de Pierre Bourdieu, mais en attendant, je voulais juste vous faire partager cette phrase de celui qui ne voulait pas s’associer à ce P.S. qui « continue à courir après la droite ».