Sarkozy – Bruni : les limites de la communication politique

20 mai 2009

Quand Femme actuelle et Nicolas Sarkozy s’utilisent l’un l’autre, on atteint la limite de la communication politique.

Nicolas Sarkozy débarquant serein dans les appartements privés de l’Elysée pour retrouver Carla Bruni et ses cinq amies d’un jour, lectrices de Femme actuelle. L’image est trop belle pour ne pas être totalement calculée. Sarkozy apparaît comme quelqu’un d’important et responsable : « je viens de voir le premier ministre irakien ». Parallèlement, il est détendu, souriant, serein et se montre un amant prévenant et sympathique en embrassant sa femme devant les caméras. Les cinq femmes sont subjuguées, et lance des petites phrases du type :« Ca fait quelque chose vous voir comme ça, aussi heureux aussi amoureux » ou « On comprend pourquoi vous l’avez épousée ».

Cette scène totalement calculée, où Nicolas Sarkozy arrive devant la caméra, juste quand on parle de lui, où l’on voit un couple heureux avec des chiens est de la pure communication politique. Femme Actuelle, réalisera de bonnes ventes sur ce numéro et Nicolas Sarkozy profite de cette artefact pour redorer un peu son image…
Dans les limites de la communication politique, on peut dire que le MJS de Haute-Loire ont aussi donné. Je rejoins tout à fait l’analyse de citizen L. sur cette vidéo. Certe, c’est à un tout autre niveau que la communication présidentielle, il s’agit ici, d’une simple section des MJS, pas même d’un clip officiel de l’association. Mais devoir en arriver à ce genre de clip pour intéresser à l’Europe est assez désespérant. Si l’abstention sera aussi forte qu’on le dit, ce n’est pas parce qu’on a pas réussi à intéresser au scrutin, c’est parce qu’on ne parle du parlement européen qu’un mois tous les quatre ans au moment des élections. Ce n’est pas par le buzz qu’on amènera les citoyens aux urnes, c’est en expliquant toutes l’année le rôle et les actions du Parlement Européen…

Entre Sarkozy et les MJS, on touche ici aux limites de la communication politique, l’un dore sont image avec un procédé tellement artificiel qu’il ne peut que perdre de la crédibilité, les autres ne trouvant rien de mieux qu’un buzz d’un goût douteux (et peu drôle finalement) pour intéresser les jeunes à une élection capitale.



FN : L’insupportable buzz Jaurès

27 mars 2009

Alors que le FN joue sa survie dans les élections européennes et régionales à venir, certains élus sont prêts à tout pour faire parler de leur candidature, c’est le cas de Louis Aliot et de son insupportable affiche reprenant une citation de Jaurès.

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L’affiche est simple et présente exclusivement le portrait de Jean Jaurès avec ces deux titres « A celui qui n’a plus rien, la patrie est son seul bien », « Jaurès aurait voté front national ». Si c’est actuellement l’affiche du candidat FN pour la région Sud-Ouest aux européennes, elle devrait aussi être utilisée par Bruno Gollnish dans l’Est et Marine Le Pen pour le Nord.

Il faut dire que le buzz a particulièrement bien fonctionné. La plupart des têtes de listes FN n’ont récolté qu’une seule dépêche AFP donnant leur affectation et quelques détails sur leur candidature. Depuis le début de la semaine, tous les médias parlent de l’affiche de Louis Aliot. AFP et Reuters ont écrit des dépêches, Libération, Le Figaro, Le Monde, Les Echos ont repris l’information et le quotidien local : L’indépendant a développé l’information plusieurs jours consécutifs. Le buzz est réussi, ce matin encore, en écoutant France Inter j’ai entendu parler de cette affiche.

Cette affiche est une provocation comme une autre pour le FN. Actuellement dans une mauvaise passe, le parti d’extrême droite concurrencé par le parti de la France de Carl Lang se doit d’exister médiatiquement pour récupérer une part de l’électorat déçu par Nicolas Sarkozy. L’enjeu est vital, les finances du parti frontiste étant dans le rouge. Preuve de ce besoin de faire parler d’eux, Le Pen a encore réitéré ses propos sur les chambres à gaz.

L’utilisation des « grands hommes » par le parti d’extrême droite n’est en rien une nouveauté. On sait que le parti attache une grande importance aux héros de l’histoire de France, comme Jeanne d’Arc par exemple. On peut aussi se remémorer cette affiche du FN pour les municipales de 2001 dont le slogan était « De Gaulle avec Le Pen ». Dans le cas présent, De Gaulle était le nom d’un des candidats figurant sur la liste de Jean-Marie Le Pen qui n’était autre que le petit-fils de Charles de Gaulle. Cette utilisation de l’histoire par le FN participe d’un double processus de légitimation et d’existence médiatique. En mettant en avant Jaurès, grande figure républicaine s’il en est, le parti d’extrême droite entend autant gagner en médiatisation qu’en légitimité en se présentant comme un vrai parti de gouvernement.

La stratégie à cette fois été particulièrement payante. Tous les regards étant tournés vers Louis Aliot il a pu faire passer son message. Ainsi, nous avons pu lire dans les colonnes des Echos que selon lui « La seule formation politique à défendre les valeurs de justice sociale et d’humanisme est le FN ». Dans L’indépendant, le candidat frontiste profite de son entretien qui tourne autour du socialisme pour tacler le PS. Selon lui, « toutes les directives européennes cassant La Poste, le fret ferroviaire et France Télécom ont été négociées sous des gouvernements de gauche. » Sur son site Internet, propos repris dans la dépêche AFP, Louis Aliot assume parfaitement son buzz en affirmant profiter du 150ème anniversaire de la naissance de Jaurès qui devrait entrainer beaucoup de publications : « Au moment où nombre de nos compatriotes commémorent cette année le cent cinquantenaire de la naissance de Jean Jaurès (1859-1914), voilà une manière de rappeler qu’aujourd’hui, la seule formation politique en France à défendre les valeurs de justice sociale et d’humanisme est le Front National ».

L’opposition est piégée : elle ne peut pas laisser passer cette provocation mais toute réponse à cette affiche contribue à sa publicité. Ainsi Paul Quilès, qui a été député de la circonscription de Jaurès, écrit sur son blog qu’il a été « saisi par une bouffée d’indignation et de colère ». Georges Frêche s’est lui aussi indigné contre cette provocation. « Cette affiche est une injure à l’homme d’Etat que fut Jaurès, une injure à ses idéaux d’égalité et de fraternité ô combien toujours d’actualité aujourd’hui » déclarait-il à l’AFP ce jeudi. Ce genre de buzz est le « degré zéro de la politique » comme le souligne le sociologue Dominique Sistach au journal L’Indépendant. Il prend en otage l’opposition. Pour cet auteur, « Il n’y a dès lors plus de barrière morale car pour faire une cochonnerie pareille, il faut être sans vergogne. Ce n’est pas possible de faire usage de Jaurès de cette manière. Mais contre ça que peut-on faire ? Dénoncer, c’est participer au buzz, mais se taire c’est laisser passer cette usurpation historique. En tout cas, le degré zéro de la politique on y est. Ça fait flipper de voir des réactionnaires s’emparer de ça. »

C’est sûr, une fois encore on a essayé d’enterrer le FN trop vite. Malgré leurs cuisants échecs de 2007-2008 le parti frontiste demeure capable d’occuper le terrain médiatique en s’appropriant toujours cette célèbre phrase de Sacha Guitry : que l’on en dise du bien ou que l’on en dise du mal, l’essentiel c’est que l’on en parle…