Second tour des municipales et cantonales, les mots de la presse.

17 mars 2008

La semaine passée nous nous étions intéressés à la difficulté pour les rédactions de trouver le mot qui résumera le mieux le premier tour des élections présidentielles. Une semaine plus tard, même casse tête pour les journalistes français et européens, visite guidée.

A part Le Figaro qui titre sur la « belle victoire de Gaudin », tous les autres journaux mettent en avant la victoire de la gauche. Le titre du Figaro fait d’ailleurs figure de lot de consolation mais aussi de cas à part, pour Libération, ce serait faire preuve de « mauvaise fois soviétique » que de soutenir que la droite n’a pas perdu ces élections. Ce journal joue le titre humoristique en passant du président « bling bling » à l’expression cartoonesque « et bling ! ». Laurent Joffrin dans son édito utilise les termes de « désaveu cinglant» et même de « fiasco ». Il est relayé par toute la rédaction, on peut d’ailleurs lire que « l’UMP voulait croire à la bourrasque, c’est une tornade qui s’est abattue hier sur le parti présidentiel ». Si l’on regarde encore un peu plus à gauche, L’Humanité titre : « la gauche confirme » et parle d’un « nouvel échec pour Sarkozy-Fillon ». Pour Pierre Laurent, éditorialiste, « la sanction est claire et nette ». Le Parisien – Aujourd’hui en France, parle de « déferlante». Pour eux « Nicolas Sarkozy à bel et bien reçu une claque ». S’intéressant à Metz, qui a pour la première fois depuis 1848 un maire de gauche, les éditorialistes affirment que la gauche va devoir gérer sa victoire. Sur le web, Le Monde titrait que « le succès de la gauche au municipale confirme sa dynamique locale » puis que la droite a été « sanctionnée aux élections municipales ». Passé le titre que nous citions, Le Figaro affirme que la gauche possède maintenant « une force de frappe territoriale considérable », mais Etienne Mougeotte, loin de parler de désaveu en appel à des « réformes, plus vite, plus fort ». Reconnaissant que la gauche a obtenue une « écrasante victoire », Olivier Pognon a une expression surprenante « la droite sauve Marseille », on se demande de quoi Marseille a été sauvée, mais c’est ainsi.

Avant de passer à la presse européenne, notons un autre fait marquant dans les colonnes de nos journaux, les réactions à contre-courant des ministres du gouvernement. L’Humanité cite quelques phrases clés : « la majorité est un peu égratignée » (Brice Hortefeux), « le second tour des élections est un rééquilibrage entre la droite et la gauche » pour Patrick Devedjian, alors que Jean-François Copé parle de « conjugaison des impatients et des mécontents. ». Dans l’édito d’Aujourd’hui en France, les journalistes écrivent : « sur les plateaux de télévision, les leaders de l’UMP avaient beau, une fois de plus, minimiser la portée du scrutin, insistant sur ses enjeux locaux et niant la vague rose puisque Marseille a résisté, les faits sont là. ». Libération affirme « vous avez perdu et bien perdu ces élections municipales, vos affidés, vos porte-voix et votre Premier ministre ont beau soutenir le contraire, ce premier scrutin, tenu dix mois après votre élection, se solde par un désaveu cinglant ». Laurent Joffrin continue sur le même ton, « dans un sondage portant sur 44 millions de personnes interrogées, ce qu’on avait deviné : le charme sarkozien s’est rompu en quelques mois ».

Ces analyses présentées, regardons ce qu’il en est chez nos voisins européens. Commençons par l’Espagne qui a été très réactive et qui dès hier soir donnait déjà des informations sur le scrutin. Pour El Mundo, « La droite française subit un revers au deuxième tour des élections municipales ». El pais va plus loin en affirmant que l’impopularité du président français a été un boulet pour l’UMP qui a même perdu des villes qu’ils tenaient depuis des décennies, ce journal titre : « la gauche émerge comme force d’opposition ». Nos voisins italiens sont encore plus sévères sur le constat, le Corriere de la Sera titre « La France punit Sarkozy » alors que La Repubblica préfère : « Les élections en France, un coup pour Sarkozy ». Ces titres sont retrouvés chez d’autres de nos voisins européens, le Financial Times parle aussi de « coup pour Sarkozy » et le journal munichois, le Süddeutsche Zeitung titre « Les français punissent Sarkozy aux élections municipales ». L’humour suisse a encore marqué des points ce matin avec ce titre de La Tribune de Genève : « La France d’en bas inflige une claque au pouvoir ». Ils analysent tout de même plus en détails cette élection en affirmant que « Déjà majoritaires dans les régions, les socialistes possèdent désormais plus de villes et de départements que la droite. Le MoDem est l’autre grand perdant avec l’UMP de Sarkozy. ». Les quotidiens belges n’ont pas non plus manqué de réagir sur ce scrutin, Le Soir évoque un « sévère avertissement », et parle même d’« un vote sanction qui devrait pousser le Président à (ré)agir. ». Malgré son titre très net, « la gauche l’emporte très largement », La libre Belgique est plus modérée, le journaliste évoque « une vague rose à l’égal de la vague bleue de 2001. ».

Vous l’aurez compris, bien que les résultats donnés par les journaux soient en grande majorité des résultats définitifs, il n’est toujours pas possible de donner une interprétation claire et objective. La seule chose qui semble faire consensus, c’est que le MoDem va avoir du mal à s’en relever. « Le MoDem risque aujourd’hui d’être éliminé pour un certain temps de la scène nationale » écrit même Le Parisien ; Le Figaro surenchérit en écrivant que François Bayrou « aura beaucoup de mal, dans les mois à venir, pour trouver l’oxygène nécessaire afin d’aller jusqu’en 2012 sur sa route solitaire, refusant les sentiers de la majorité autant que ceux de l’opposition », affaire à suivre.


Elections municipales et cantonales, les mots de la presse.

10 mars 2008

« Poussée », « ajustement », « cuisant revers », difficile de trouver le mot qui résumera les élections municipales et cantonales qui ont vu une progression du vote de gauche par rapport aux élections de 2001.

Difficile de tirer une conclusion donc, la droite veut minimiser la défaite : « Ce ne sont pas de bons résultats naturellement, mais en même temps ils ne sont pas si mauvais que les sondages les ont annoncés. » [Patrick Devedjian, secrétaire général de l’UMP] et la gauche veut se garder de tout triomphalisme de peur de démobiliser son électorat au second tour : « Ce premier tour marque la volonté d’avertir le président de la République et le gouvernement sur la politique menée depuis neuf mois, en particulier sur le pouvoir d’achat (…) Rien n’est gagné ou joué, c’est encourageant mais une autre étape doit être franchie » [François Hollande, encore premier secrétaire du PS]. Pour Le Parisien, Aujourd’hui en France, la droite va essayer de « nier l’existence de vague rose et parler de résultat pas si mauvais » et la gauche va se battre pour la participation au second tour.

Cette volonté de modérer le vocabulaire se retrouve donc dans les journaux. On évoque éventuellement une « vague rose » dans les journaux de gauche, mais en tout cas ce n’est pas le tsunami attendu. « Le raz-de-marée n’a pas eu lieu » écrit Libération ce que confirme La Croix pour qu’il il n’y a pas eu « un raz-de-marée ». La bataille des mots a lieu dans tous les journaux, par exemple pour l’Union de Reims c’est une « grosse gifle pour la droite » alors que pour Est Eclair, il n’y a « pas eu de gifle », autre mot, même sens, pour Aujourd’hui en France, « ce n’est pas un claque ».

Notons tout de même quelques constantes, on parle volontiers de « poussée de la gauche», voire de « forte poussée » ou d’ « avertissement » et de « vote sanction ». Mais chaque journal a son propre vocabulaire, ainsi L’Humanité préfère « la gauche en conquête », parlant de « sérieux coup d’arrêt » et de « cinglant désaveu » et de « cuisants revers ». Libération, logiquement plus modéré, parle de « déception qui entoure le succès ». Le Figaro, enfin aspire à « contester la vague rose », citant le premier ministre, le journaliste affirme que les résultats « plus équilibrés qu’annoncés ». Pour eux « la gauche progresse mais la droite résiste mieux que prévue ». Ce verbe « résister » est d’ailleurs utiliser à de très nombreuses reprises dans les colonnes de ce journal, comme un appel à utiliser son bulletin de vote comme arme contre la gauche qui veut envahir toutes les mairies.

Les journalistes ne vont pas être avars en métaphores, notamment sportives. Dans les colonnes de Libération, Nicolas Sarkozy est dépeint comme un « avant-centre talentueux qui s’obstine à marquer contre son camps » et de nombreux journaux utilisent le terme « carton jaune ». C’est Le Figaro qui va le plus loin dans cette métaphore, « Les Français devront réfléchir avant de sortir un deuxième carton jaune dimanche prochain. Comme au foot, où un deuxième carton se transforme en carton rouge, une faible mobilisation de la droite et du centre au deuxième tour pourrait amplifier la poussée socialiste », il aurait pu ajouter que ce serait un véritable carton pour les « rouges » mais, il n’a pas osé, je pense ! Les métaphores footballistiques étaient les plus nombreuses, ce qui n’est pas rare comme le soulignait le politologue Denis Barbet dans un article intitulé « La politique est elle footue ? » (Revue Mots, septembre 2007), mais elles n’étaient pas seules, de nombreux journaux se demandent si le PS va, ou non, transformer l’essai marqué ce dimanche.

Quand la politique vole le vocabulaire du foot, il ne faut pas qu’elle s’indigne que celui-ci se défende, ainsi, L’Equipe titre « Lyon, garde son siège » et dans le Figaro on peut lire « Lyon élu sans ballotage » à propos de la victoire 4-2 de L’OL face aux girondins de Bordeaux.



Elections municipales et cantonales, les limites de la loi sur la parité.

7 mars 2008
Ce n’est un secret pour personne, ce week-end a lieu dans toutes les communes de France les élections municipales, et, dans un département sur deux, les élections cantonales. Il y a sept ans, pour les précédentes échéances municipales, s’appliquait pour la première fois la loi du 6 juin 2000 favorisant l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, autrement dit, la loi sur la parité. Avant même les résultats de ces élections, nous pouvons déjà tirer quelques conclusions des effets de cette loi sur l’accès des femmes au pouvoir. Regardons – dans un premier temps – ce qui se passe dans un cas où la loi ne s’applique pas, les élections cantonales, puis nous analyserons ce qui se passe pour les élections municipales.

8 candidats sur 10 aux cantonales sont des hommes. 80%, ce chiffre paraît tout simplement d’un autre âge, il est guère plus élevé que celui de 2001 ou 2004 (rappelons que les conseils généraux sont élus pour des mandats de six ans, mais qu’ils sont renouvelés par moitié tous les trois ans), l’observatoire de la parité ironise d’ailleurs sur cette faible progression en affirmant qu’à cette vitesse il faudrait 70 ans pour qu’il y ait autant de candidates que de candidats aux cantonales. Le choix des candidats est laissé à la discrétion et au bon vouloir des partis. On voit dans cette statistique que, si on ne leur force pas la main, les partis ne sont pas du tout enclin à favoriser l’accès des femmes à la politique. Ceci confirme la célèbre phrase de Janine Mossuz-Lavau, « les partis politiques sont des cénacles masculins fonctionnant en cercle fermé ». Outre, le très faible nombre de candidates, on peut noter que les femmes sont régulièrement placées dans des circonscriptions dites « ingagnables ». Ainsi, non seulement, elles ne sont que 20% de candidates, mais, au final, elles n’atteindront guère plus de 10% d’élues. Les graphiques ci-dessous sont parlants. Une fois encore, dans deux semaines, on peut prévoir qu’il n’y aura pas plus d’une femme sur dix élus aux conseils généraux. Peut-être peut-on même battre le record de 2001, où 18 départements n’avaient élu aucune femme au sein de son conseil général.


Notons trois facteurs à ceci : une mauvaise volonté des partis comme nous le signalions, un très faible taux de renouvellement des élus (les candidats enchaînent souvent beaucoup de mandats) et enfin le caractère très local de cette élection qui favorise toujours les notables installés depuis long terme dans les régions, donc des hommes (blancs).

Passons aux élections municipales. La loi sur la parité s’applique aux communes de plus de 3500 habitants. Les listes doivent être mixtes pour être valides. Cette mixité fonctionne par tranche de six candidats, il faut donc trois hommes trois femmes, et ainsi de suite. Les résultats sont – bien sûr – visibles. En 1995, un élu sur quatre dans les conseils municipaux était une femme, en 2001, 47,5% des élus sont des élues. Une victoire pour la parité ? Pas vraiment.

Si les femmes entrent dans les mairies, les hommes en gardent les clés. La loi sur la parité ne joue que sur la mixité de la liste, elle n’a aucun caractère d’obligation sur le sexe de la personne qui conduit cette liste. Ainsi, comme on le voit ci-dessous, les femmes entrent massivement au conseil municipal, mais la part de maire du sexe féminin reste encore très faible. D’ailleurs, plus la taille de la ville augmente, plus la part de femme maire diminue. Ainsi, cette part passe de 7,8% à 11,2% pour les villes de moins de 3500 habitants entre 1995 et 2001 et de 4,4 à 6,7% pour les villes de plus de 3500 habitants sur la même période. Parmi les villes de plus de 150 000 habitants, seules Lille et Strasbourg sont dirigées par des femmes !

Ce n’est pas tout. Si les femmes entrent dans les conseils municipaux, on les cantonne encore très souvent à des rôles que l’on qualifie volontiers de « féminins ». Aux hommes les affaires économiques, industrielles, sécuritaires, bref toutes les fonctions propres à la gestion de la commune. Aux femmes : le social, le familial, la petite enfance… Cette division imposée des rôles est une façon d’interdire aux femmes l’entrée dans la sphère proprement politique.

En conclusion, ce petit article pour dire qu’il y a encore beaucoup de travail avant que l’on puisse parler de parité dans les conseils municipaux et généraux même si l’on voit que la loi sur la parité à au moins le mérite de faire entrer les femmes en nombre dans les conseils municipaux.