Dany superstar !

17 juin 2009

Ce mercredi, jour des enfants et de la sortie de certains hebdos, devrait marquer la fin de l’omniprésence de Daniel Cohn-Bendit dans la presse. Depuis lundi passé, on ne parle que de lui, petit aperçu.

REUTERS/Philippe Wojazer, Daniel Cohn-Bendit le 7 juin 2009

REUTERS/Philippe Wojazer, Daniel Cohn-Bendit le 7 juin 2009

Au lendemain du scrutin, il n’y en avait plus que pour Europe Ecologie (et dans une moindre mesure l’UMP). Daniel Cohn-Bendit candidat en Île-de-France bien que de nationalité allemande s’est assuré les gros titres dans les deux pays. Du côté français, on a encore en tête toutes ces unes de plus ou moins bons goûts. Pour n’en rappeler que quelques unse, on peut noter que Le Figaro titrait « Cohn-Bendit bouleverse la donne à gauche » ou encore « Le Parti socialiste humilié par Cohn-Bendit » pendant que Rosalie Lucas pour Aujourd’hui en France évoquait « le coup de maître de Cohn-Bendit ». Plus récemment on peut noter le douteux « Cohn-Bendit, le grand bazar » de Marianne ou le « scandale Cohn-Bendit a niqué Bayrou » de Charlie-Hebdo. Côté Allemand, c’est la surprise qui prédomine. Sudwest Presse évoque le gros coup des verts français (« Grüne Franzosen; Überraschungscoup des Daniel Cohn-Bendit ») tandis que le Nürnberger Nachrichten affirme que Cohn-Bendit a créé un miracle vert (« Cohn-Bendit schafft grünes Wunder »), notons enfin que ce qui compte pour le Berliner Zeitung c’est la troisième place obtenue par les Verts (« Cohn-Bendit auf Platz drei »).

REUTERS/Philippe Wojazer, Daniel Cohn-Bendit et les médias le 7 juin 2009

REUTERS/Philippe Wojazer, Daniel Cohn-Bendit et les médias le 7 juin 2009

D’autres journaux européens ont, bien sûr, relayé l’information en insistant toujours sur la surprise du triomphe des Verts français : L’indépendant met en une « Cohn-Bendit, l’homme providentiel des Verts », La Repubblica annonce la renaissance de Cohn-Bendit (la rinascita di Cohn-Bendit ) tandis qu’El País titre « Daniel Cohn-Bendit, líder de Mayo de 1968, da la sorpresa en Francia » (Cohn-Bendit, leader de Mai 68, crée la surprise en France).

Mais le plus remarquable dans ces articles est la quantité de jeux de mots que cette élection a généré. Partout, on donne des Dany le Rouge ou des Dany le Vert jouant sur ce processus antonomasique pour souligner la diversité du parcours de Daniel Cohn-Bendit. Dans tous les pays, on retrouve cette image, ainsi on parle de ‘ Røde Dany’ dans le Politiken danois, AP titrait sa dépêche « Dany the red », « Rote Daniel » pour Die Presse et Dany « il verde » pour la Repubblica. Beaucoup d’articles soulignent le passage de Dany le Rouge à Dany le Vert, c’est le cas notamment du dossier conséquent du Parisien d’hier qui titrait « 1968-2009 : Dany du rouge au vert ». Die Press souligne que depuis longtemps Dany le rouge est le fer de lance des écologistes européens (Der « rote Daniel » ist längst ein grünes Zugpferd ), El Periòdic d’Andorra un peu perdu dans ces identités multiples titre en français « Dany le rouge/vert » et souligne tout au long de l’article la différence entre les deux. Dans la série des « Dany le », on trouve par exemple « Dany le trublion » (Le Point) ou « Dany l’Européen » (Le Point, Le Monde). Mais les meilleurs jeux de mots sont à mettre à l’actif de Libération. Si je tiens à souligner le beau travail d’allitération du Progrès qui titrait « le D-Day de Dany », parmi tous les titres que j’ai pu parcourir, les meilleurs sont, bien sûr, « Le Dany boom » de Matthieu Ecoiffier pour Libération ou toujours dans le même journal « François Bayrou victime des éclats de Vert de Daniel Cohn-Bendit ». Les jeux de mots de Libértion sont même repris à l’étranger, ainsi le lendemain de l’élection on pouvait trouver un article intitulé « Cohn-Bendit, le catalyseur vert », repris quelques jours plus tard par Die Press sous le titre « Cohn-Bendit: Europas grüner Katalysator ».

Depuis quelques jours la ferveur Cohn-Bendit commence à s’estomper même si on peut encore trouver dans les journaux d’aujourd’hui des titres comme « L’envol de Daniel Cohn-Bendit, la chute de François Bayrou » (LePoint.fr suite au sondage sur les personnalités politiques) ou « Cohn-Bendit M.Consensus » dans l’Express. Petit à petit Cohn-Bendit va surement quitter à nouveau nos journaux, rappelons qu’en dix jours il a recueilli plus d’articles que pendant toute sa campagne pour les européennes…



Cohn-Bendit et les enfants, fin de l’histoire.

6 juin 2009

François Bayrou a dérapé jeudi soir sur France 2 au sujet de la prétendue pédophilie de Daniel Cohn-Bendit. Cette affaire ressort épisodiquement à chaque fois que Cohn-Bendit devient gênant. Passé inaperçu à la sortie du livre en 1975, un passage ressort régulièrement dans le débat politique de caniveau, ça a été le cas en 2001, en 2004 Marine Le Pen avait relancé le débat et jeudi soir c’est François Bayrou qui est retombé dans une telle bassesse.


L’histoire commence en 1975 avec la parution du Grand Bazar de Daniel Cohn-Bendit. Un livre écrit dans le contexte que l’on connaît, avec la provocation habituelle de Dany le Rouge. Rien à l’époque n’est suggéré sur le passage aujourd’hui tant contesté. D’ailleurs, pour la « promotion » de cet ouvrage, l’auteur était invité chez Bernard Pivot à l’émission Apostrophe personne n’a jamais évoqué ce passage. Bernard Pivot écrit à ce propos dans le Journal du dimanche du 25 février 2001: «Daniel Cohn-Bendit n’avait été interpellé là-dessus par aucun des invités de l’émission. Ni par un homme d’ordre, le préfet Maurice Grimaud, ni par un catholique traditionaliste, Michel de Saint-Pierre, ni par le philosophe François Châtelet. Ni par moi non plus. Aucune protestation dans la presse, y compris à l’Express.»

Quinze ans plus tard, à la mi-janvier 2001 Bettina Röhl, la fille de l’ancienne terroriste de la Fraction armée rouge Ulrike Meinhof, propose à la correspondante de Libération, lors d’un entretien consacré à l’affaire Fischer, une enveloppe contenant une photocopie de ce passage du Grand Bazar concernant les jardins d’enfants : «Il m’était arrivé plusieurs fois que certains gosses ouvrent ma braguette et commencent à me chatouiller. Je réagissais de manière différente selon les circonstances, mais leur désir me posait un problème (…) Mais s’ils insistaient, je les caressais quand même». Libération n’utilise pas ces documents, qui étaient déjà dans le domaine public et qui n’ont pas donné lieu à des plaintes. 28 janvier. L’hebdomadaire britannique The Observer, dont une journaliste a également rencontré Bettina Röhl, publie un long article1 consacré aux passages incriminés du Grand Bazar. Dans la foulée, les quotidiens The Independent (Royaume-Uni), Repubblica (Italie) et Bild (Allemagne) y consacrent de courts articles. 22 février. Sous le titre « les Remords de Cohn-Bendit », l’Express évoque à son tour des écrits devant lesquels «on est frappé de stupeur».

Dès lors, l’affaire prend en France et les Verts en pleine pré-campagne présidentielle en sont ébranlés. Rapidement Cohn-Bendit s’explique affirmant qu’il s’agit d’«un texte mal écrit, inaudible aujourd’hui, d’une légèreté insoutenable» tout en jugeant «dégueulasses» les accusations de pédophilie. Malgré ces déclarations, l’affaire prend une telle ampleur en France, que le député européen a dû se justifier à nouveau sur TF1 : «Ce que l’on peut me reprocher, c’est mon désir de provocation. Mais de grâce, arrêtons la chasse à l’homme. Je ne me laisserai pas assassiner en public, ni par TF1 ni par un autre journal.» Par la suite, Cohn-Bendit devra disparaître de la circulation pendant deux semaines, laissant au soin de quelques soutiens sa défense. Dans Libération, Philippe Sollers, Roland Castro et Romain Goupil dénoncent le «procès stalinien» fait à Cohn-Bendit. «A force de répéter que les soixante-huitards détiennent les rênes du pouvoir, de l’économie et des médias, ça devait dégénérer en chasse aux sorcières. Et ça finit par exploser», note Romain Goupil. Ajoutant qu’il s’était « exprimé d’une façon sans doute maladroite mais (…) en aucun cas pédophile ou violent avec des enfants, c’est exactement le contraire ».

Pendant plusieurs semaines, on avait parlé que de mai 68 et d’éducation exhumant les théories de Michel Foucault des mêmes années. Dans La Volonté de savoir, premier tome de son Histoire de la sexualité, Michel Foucault critiquait la place centrale donnée à la répression et l’idée que, pour s’en affranchir, il ne faudrait pas moins qu’une « levée des interdits » et « une restitution du plaisir dans le réel ». « Je ne dis pas que l’interdit du sexe est un leurre, écrivait-il, mais que c’est un leurre d’en faire l’élément fondamental et constituant ». Lors d’une conférence donnée à la Sorbonne, Daniel Cohn-Bendit avait d’ailleurs expliqué que dans les années 70, on s’interrogeait beaucoup sur la sexualité des enfants à la lecture de Freud ou de Reich. Il évoque un « be-soin maladif et permanent de la provocation ». « On se demandait sérieusement s’il fallait que les parents laissent leur porte ouverte quand ils faisaient l’amour, ou s’ils devaient la fermer », rappelait-t-il alors.

Tout cet historique pour rappeler que Cohn-Bendit a déjà eu l’occasion de s’expliquer sur cette affaire, et qu’il semble être grand temps de tourner la page. Je ne pense pas qu’il soit intéressant de faire revivre ce débat tous les dix ans. De plus, il ne me semble pas que ce soit de l’intérêt de cette campagne européenne de ressortir ces vieux écrits à des fins électoralistes.

Définitivement François Bayrou utilise de plus en plus les méthodes du front national pour récupérer quelques voix. Après avoir utilisé systématiquement la dénonciation des médias et des sondages qui le traiteraient comme l’ennemi public numéro un – une stratégie que Jean-Marie Le Pen a souvent employé, il s’est rendu dans le caniveau de la politique pour s’en prendre à Cohn-Bendit – comme l’avait fait Marine Le Pen en 2004. Il y a fort peu de chance que cette stratégie politique soit payante dimanche prochain et il est quasiment certains qu’elle lui coutera cher en 2012… Affaire à suivre.


1Conolly (Katie), « Sixties hero revealed as kindergarten sex author – He preached liberation to a generation. But did … », The Observer, 28 janvier 2001, p.3