Sarkozy – Bruni : les limites de la communication politique

20 mai 2009

Quand Femme actuelle et Nicolas Sarkozy s’utilisent l’un l’autre, on atteint la limite de la communication politique.

Nicolas Sarkozy débarquant serein dans les appartements privés de l’Elysée pour retrouver Carla Bruni et ses cinq amies d’un jour, lectrices de Femme actuelle. L’image est trop belle pour ne pas être totalement calculée. Sarkozy apparaît comme quelqu’un d’important et responsable : « je viens de voir le premier ministre irakien ». Parallèlement, il est détendu, souriant, serein et se montre un amant prévenant et sympathique en embrassant sa femme devant les caméras. Les cinq femmes sont subjuguées, et lance des petites phrases du type :« Ca fait quelque chose vous voir comme ça, aussi heureux aussi amoureux » ou « On comprend pourquoi vous l’avez épousée ».

Cette scène totalement calculée, où Nicolas Sarkozy arrive devant la caméra, juste quand on parle de lui, où l’on voit un couple heureux avec des chiens est de la pure communication politique. Femme Actuelle, réalisera de bonnes ventes sur ce numéro et Nicolas Sarkozy profite de cette artefact pour redorer un peu son image…
Dans les limites de la communication politique, on peut dire que le MJS de Haute-Loire ont aussi donné. Je rejoins tout à fait l’analyse de citizen L. sur cette vidéo. Certe, c’est à un tout autre niveau que la communication présidentielle, il s’agit ici, d’une simple section des MJS, pas même d’un clip officiel de l’association. Mais devoir en arriver à ce genre de clip pour intéresser à l’Europe est assez désespérant. Si l’abstention sera aussi forte qu’on le dit, ce n’est pas parce qu’on a pas réussi à intéresser au scrutin, c’est parce qu’on ne parle du parlement européen qu’un mois tous les quatre ans au moment des élections. Ce n’est pas par le buzz qu’on amènera les citoyens aux urnes, c’est en expliquant toutes l’année le rôle et les actions du Parlement Européen…

Entre Sarkozy et les MJS, on touche ici aux limites de la communication politique, l’un dore sont image avec un procédé tellement artificiel qu’il ne peut que perdre de la crédibilité, les autres ne trouvant rien de mieux qu’un buzz d’un goût douteux (et peu drôle finalement) pour intéresser les jeunes à une élection capitale.



Ségolène Royal à la tête de Dailymotion

29 mars 2009

A l’heure où Dominique Strauss-Kahn bénéficie de tous les égards des médias pour son retour en France, Ségolène Royal innove une fois encore dans sa communication en prenant les commandes de la page d’accueil Dailymotion ce week-end.

C’est dans une indifférence médiatique totale que Ségolène Royal fait à nouveau évoluer la communication politique. En effet, tous les médias ont repris le buzz de Romain Mesnil qui arpente les rues de Paris nu et perche en main mais aucun ne s’est intéressé à l’expérience de Ségolène Royal sur Internet. Aucun rapport, certes. Il est tout de même étrange que seul le site de l’Express s’intéresse à cette expérience nouvelle de la présidente de la Région Poitou-Charentes qui court-circuite les médias traditionnels pour faire passer ses idées.

Le site Dailymotion récemment attaqué par Nadine Morano s’offre une première personnalité politique aux commandes de leur page d’accueil et c’est tout de même un petit événement. Si Marc Eychenne affirme qu’ils ont « envoyé de nombreuses demandes à des personnalités politiques de tout bord, [et que Ségolène Royal] est la seule à avoir répondu favorablement pour l’instant » du côté de la socialiste on affirme que « DailyMotion voulait que ce soit elle, la première [car] elle connaît bien Internet, elle y est très active et ses vidéos plaisent. » Les vidéos mises en avant par Ségolène Royal ne présentent pas un intérêt démesuré, mais ce qui est intéressant c’est le principe de vidéos questions-réponses auquel elle a adhéré.

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Les vidéos actuellement en ligne balayent un certain nombre de thèmes, de la voiture électrique à la crise en passant par l’éducation à l’école maternelle, Ségolène Royal répond à toutes les questions. Celles qui ne sont pas publiées sur Dailymotion et qui ont pourtant été suggérées à Ségolène Royal devraient normalement être reprises sur le site desirdavenir.org. Une fois encore l’exercice de communication est maîtrisé, elle apparaît proche des gens dans ce décor minimaliste composé uniquement d’une pancarte de sa région.

Pas besoin de journalistes complaisants, Ségolène Royal répond aux questions qu’elles souhaitent aborder en choisissant les vidéos d’internautes. L’invitée spéciale de Dailymotion donne dès lors l’impression de répondre aux vraies préoccupations des Français ce qui est une constante dans sa communication. En plus, elle utilise les mêmes ressorts émotionnels que ceux que décrit François Belley dans Ségolène, la femme marque. Ainsi, pour mettre en avant sa crédibilité, elle ramène sans cesse les questions à ses actions concrètes pour la région Poitou-Charentes ou dans ses fonctions gouvernementales. Pour mettre en avant, sa proximité avec les Français elle utilise d’une part ce format questions-réponses et d’autre part elle essaye de paraître dans ses vidéos comme en plein dialogue avec les internautes tout en insistant sur sa proximité avec les gens et sur le bon sens des idées issues de la démocratie participative. Enfin, pour mettre en relief le registre de l’émotion, elle nous rappelle à plusieurs reprises ses origines modestes : elle nous rappelle qu’elle est originaire d’un « petit village des Vosges », d’ « une famille de quatre enfants avec peu de moyens »…

Elle utilise cette communication sur quasiment toutes les questions, par exemple à propos de l’environnement. Elle commence sa réponse par « je vais vous raconter une histoire », nous évoque ses actions lorsqu’elle était ministre de l’environnement. Puis revient sur son enfance : « j’ai été élevée comme ça dans la petite enfance » (« ma mère récupérait l’eau de pluie pour nous laver les cheveux » ; « J’ai fait des herbiers » ; « j’allais aux champignons avec mon grand-père ») et finit par ses actions concrètes aujourd’hui pour sa région. Elle emploie un vocabulaire peu habituel de type « j’ai été soutenue par l’opinion public à fond la caisse » ou « ça a fait un malheur » pour nous amener on ne peut plus sérieusement vers la crise mondiale de l’eau.

Dans les vidéos choisies elle met aussi en avant ses connaissances sur des questions très pointues comme la voiture Heuliez qui faute d’aide gouvernementale peine à voir le jour alors qu’elle pourrait être la première voiture électrique avec une autonomie de deux heures mise en vente à 5000 euros ! Elle tacle d’ailleurs le gouvernement sur beaucoup d’autres sujets comme la petite enfance où ce « gouvernement de nantis » ne prend pas conscience de l’importance de l’école primaire pour l’égalité des chances, le CNRS et aussi et surtout sur le soutien aux banques qui ont reçues des milliards et qui rechignent à financer les PME. Elle critique le « déficit de dialogue social » et épingle les entreprises qui délocalisent ou licencient alors qu’elles ont reçues des aides publiques. Ségolène Royal développe ses idées dans ce domaine, évoque les pays du Nord de l’Europe comme elle aime le faire avant d’aborder d’autres sujets comme sa place au sein du parti. Elle explique qu’elle ne créera pas de partis mais invite tout le monde à adhérer à désir d’avenir – « un lieu apaisé ou l’on travaille, ou l’on échange » – pour seulement 5 euros!

Si le résultat est mitigé : elle n’a pas attiré les médias traditionnels sur son initiative et sa vidéo sur l’environnement n’a été vue que par quelques centaines de personnes, elle réussit tout de même à attirer jusqu’à vingt mille personnes sur sa réponse à la crise soit en un week-end cinq fois plus que la vidéo star de Martine Aubry sur l’Europe. Une fois encore en utilisant cette nouvelle communication et en poussant les internautes vers désir d’avenir et non vers le P.S., Ségolène Royal doit faire grincer des dents, mais elle trouve encore un nouveau moyen d’exister auprès des Français tout en restant fidèle à ses idées et à sa manière de faire la politique. Qu’elle sera la prochaine étape ?

Sur le même sujet :

Ségolène, la femme marque


FN : L’insupportable buzz Jaurès

27 mars 2009

Alors que le FN joue sa survie dans les élections européennes et régionales à venir, certains élus sont prêts à tout pour faire parler de leur candidature, c’est le cas de Louis Aliot et de son insupportable affiche reprenant une citation de Jaurès.

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L’affiche est simple et présente exclusivement le portrait de Jean Jaurès avec ces deux titres « A celui qui n’a plus rien, la patrie est son seul bien », « Jaurès aurait voté front national ». Si c’est actuellement l’affiche du candidat FN pour la région Sud-Ouest aux européennes, elle devrait aussi être utilisée par Bruno Gollnish dans l’Est et Marine Le Pen pour le Nord.

Il faut dire que le buzz a particulièrement bien fonctionné. La plupart des têtes de listes FN n’ont récolté qu’une seule dépêche AFP donnant leur affectation et quelques détails sur leur candidature. Depuis le début de la semaine, tous les médias parlent de l’affiche de Louis Aliot. AFP et Reuters ont écrit des dépêches, Libération, Le Figaro, Le Monde, Les Echos ont repris l’information et le quotidien local : L’indépendant a développé l’information plusieurs jours consécutifs. Le buzz est réussi, ce matin encore, en écoutant France Inter j’ai entendu parler de cette affiche.

Cette affiche est une provocation comme une autre pour le FN. Actuellement dans une mauvaise passe, le parti d’extrême droite concurrencé par le parti de la France de Carl Lang se doit d’exister médiatiquement pour récupérer une part de l’électorat déçu par Nicolas Sarkozy. L’enjeu est vital, les finances du parti frontiste étant dans le rouge. Preuve de ce besoin de faire parler d’eux, Le Pen a encore réitéré ses propos sur les chambres à gaz.

L’utilisation des « grands hommes » par le parti d’extrême droite n’est en rien une nouveauté. On sait que le parti attache une grande importance aux héros de l’histoire de France, comme Jeanne d’Arc par exemple. On peut aussi se remémorer cette affiche du FN pour les municipales de 2001 dont le slogan était « De Gaulle avec Le Pen ». Dans le cas présent, De Gaulle était le nom d’un des candidats figurant sur la liste de Jean-Marie Le Pen qui n’était autre que le petit-fils de Charles de Gaulle. Cette utilisation de l’histoire par le FN participe d’un double processus de légitimation et d’existence médiatique. En mettant en avant Jaurès, grande figure républicaine s’il en est, le parti d’extrême droite entend autant gagner en médiatisation qu’en légitimité en se présentant comme un vrai parti de gouvernement.

La stratégie à cette fois été particulièrement payante. Tous les regards étant tournés vers Louis Aliot il a pu faire passer son message. Ainsi, nous avons pu lire dans les colonnes des Echos que selon lui « La seule formation politique à défendre les valeurs de justice sociale et d’humanisme est le FN ». Dans L’indépendant, le candidat frontiste profite de son entretien qui tourne autour du socialisme pour tacler le PS. Selon lui, « toutes les directives européennes cassant La Poste, le fret ferroviaire et France Télécom ont été négociées sous des gouvernements de gauche. » Sur son site Internet, propos repris dans la dépêche AFP, Louis Aliot assume parfaitement son buzz en affirmant profiter du 150ème anniversaire de la naissance de Jaurès qui devrait entrainer beaucoup de publications : « Au moment où nombre de nos compatriotes commémorent cette année le cent cinquantenaire de la naissance de Jean Jaurès (1859-1914), voilà une manière de rappeler qu’aujourd’hui, la seule formation politique en France à défendre les valeurs de justice sociale et d’humanisme est le Front National ».

L’opposition est piégée : elle ne peut pas laisser passer cette provocation mais toute réponse à cette affiche contribue à sa publicité. Ainsi Paul Quilès, qui a été député de la circonscription de Jaurès, écrit sur son blog qu’il a été « saisi par une bouffée d’indignation et de colère ». Georges Frêche s’est lui aussi indigné contre cette provocation. « Cette affiche est une injure à l’homme d’Etat que fut Jaurès, une injure à ses idéaux d’égalité et de fraternité ô combien toujours d’actualité aujourd’hui » déclarait-il à l’AFP ce jeudi. Ce genre de buzz est le « degré zéro de la politique » comme le souligne le sociologue Dominique Sistach au journal L’Indépendant. Il prend en otage l’opposition. Pour cet auteur, « Il n’y a dès lors plus de barrière morale car pour faire une cochonnerie pareille, il faut être sans vergogne. Ce n’est pas possible de faire usage de Jaurès de cette manière. Mais contre ça que peut-on faire ? Dénoncer, c’est participer au buzz, mais se taire c’est laisser passer cette usurpation historique. En tout cas, le degré zéro de la politique on y est. Ça fait flipper de voir des réactionnaires s’emparer de ça. »

C’est sûr, une fois encore on a essayé d’enterrer le FN trop vite. Malgré leurs cuisants échecs de 2007-2008 le parti frontiste demeure capable d’occuper le terrain médiatique en s’appropriant toujours cette célèbre phrase de Sacha Guitry : que l’on en dise du bien ou que l’on en dise du mal, l’essentiel c’est que l’on en parle…


Ségolène ®, la femme marque

16 mars 2009

A l’heure où Ségolène Royal – qui a si souvent exposé sa vie privée – se plaint d’être en une de Paris Match avec son nouveau compagnon, il est intéressant de découvrir l’ouvrage de François Belley qui analyse la marque Ségolène ®.

Sur invitation de l’auteur, j’ai décrypté Ségolène ® la femme marque. Je ne vous cache pas avoir été quelquesegolenefemmemarque2 peu inquiet en découvrant le postulat de départ. L’analyse d’une femme politique par un « marketeux » risquait de réveiller en moi les souvenirs plus ou moins difficiles des cours d’analyse économique du politique. J’ai eu peur de retrouver le spectre de Capitalisme, socialisme et démocratie de Schumpeter, Anthony Downs ou encore des calculs tels que V = pU – C + R1 qui nous explique l’irrationalité du vote. Au lieu de cela, je me suis trouvé en présence d’un livre très travaillé et tout à fait agréable à lire. L’omniprésence de termes utilisés en marketing et en communication nous rappelle toutefois la nature de cet ouvrage. Ainsi on peut trouver des mots comme covering, C to P (consumer to politics), insights, big idea, team, feedback, brand linking, ou encore des termes qui nous plongent directement dans l’univers de la publicité comme aspirationnel ou désirabilité. Pourtant la démonstration apporte un vrai plus à l’étude du politique tant il est vrai que parfois la science politique est désarmée face à la mise en abîme de l’image des professionnels de la politique.

Le livre commence par une préface de Jacques Séguéla, l’homme qu’il fallait pour un ouvrage qui veut imbriquer communication et politique. Cette préface très courte peut à plusieurs titres décevoir, il n’empêche qu’elle remplit son rôle, elle met le lecteur en haleine et annonce la couleur. De ces quelques lignes, je ne retiendrai qu’une phrase qui éclaire la thèse de l’auteur : « la consommation, si on la réduit à sa plus simple expression, se résume à deux vases communicants. L’un symbolise la confiance, l’autre le désir. Le choix va toujours à l’offre qui témoigne de la meilleure synthèse des deux ». En 2007, c’était Nicolas Sarkozy, c’est pourtant à l’autre « gagnante » de l’élection que François Belley s’est intéressé.

Rapidement, l’auteur nous explique dans quelle mesure on peut affirmer que les hommes politiques sont des marques comme les autres. A travers des exemples très concrets comme celui de José Bové, on commence à adhérer à la thèse du livre. L’œil du professionnel du marketing nous apporte tout d’abord une vraie connaissance de ce qu’est une marque. Insistant sur le triptyque notoriété, identité et pérennité qui fonde la marque, l’auteur conclut que « seul le profit semble différencier la marque commerciale de la marque politique ».

Mais Ségolène ® la femme marque n’est pas un ouvrage lointain et théorique. Basé sur un travail colossal, l’auteur nous retrace l’ascension de Ségolène Royal de son entrée en politique à la veille du congrès du P.S.. Partant du principe qu’une marque doit « incarner et développer une spécificité (…) et donc [se] rendre unique, dans une certaine mesure, aux yeux du consommateur. » L’auteur analyse ce qui fait de la présidente de région un produit marketing.

Pour l’auteur, la marque Ségolène Royal se distingue des autres offres politiques, par sa féminité et sa proximité. De ce point de vue, force est de reconnaître la stabilité de Ségolène Royal. Tout au long de sa carrière, elle aura joué sur le registre de l’émotion et sur la carte de l’écoute. L’auteur nous montre le parcours qu’elle a entrepris depuis la mise en avant de la naissance de sa fille Flora en 1992 dans Paris Match jusqu’à son Zénith à la fin de l’année passée, il est totalement impossible de passer à côté de la vie privée de Ségolène Royal. Elle va, de plus, « faire de ses places aux gouvernements et de ses fonctions politiques un levier médiatique pour émerger, installer la marque dans l’esprit des Français ». La notoriété est déjà là, et le fait qu’elle ait toujours été une « bonne cliente » pour les médias, va profondément l’aider à devenir une possible présidentiable en 2007.

En ce qui concerne l’émotion, inutile de préciser que Ségolène Royal aime mettre en avant sa vie privée, « chez Ségolène, la politique s’apparente toujours à un récit dans lequel les séquences émotionnelles rythment la vie de l’héroïne narratrice ». Tout au long de sa carrière, elle n’aura de cesse de mettre en avant, son statut de femme, son charme et ses atouts de mère de famille nombreuse. Pour l’auteur, « Ségolène Royal sera l’incarnation même de la femme rassurante, maternelle, douce et protectrice »

Mais le point fort de la marque Ségolène, c’est l’écoute. Si Ségolène Royal peut apparaître comme un pur produit de la demande, c’est parce qu’elle n’effectue que rarement une prise de parole sans avoir préalablement commandé une étude de marché. Sur ce point là, elle ressemble beaucoup à Nicolas Sarkozy. Mais Ségolène Royal, pousse le sentiment d’écoute à son paroxysme en ne jurant que par la démocratie participative. L’auteur établit un parallèle entre la démocratie participative de Ségolène Royal et ce que les marques commerciales appellent le « Customer made » – autrement dit, « conçu par le consommateur ». Le « principe qui tend à faire du consommateur un acteur avisé de l’entreprise en l’associant d’une manière tactique à l’élaboration de ses produits, en amont de son processus de décision jusqu’à la conception de ses campagnes de communication. » De ce point de vue là encore, François Belley montre la cohérence du parcours de Ségolène Royal qui dans ses slogans, ses écrits ou ses pratiques met toujours en avant le citoyen-expert.

Le livre pourrait s’avérer enrichissant avec ces éléments, mais l’auteur va plus loin en nous offrant une analyse de l’image de Ségolène Royal. Il revient sur l’utilisation du blanc par la candidate, sur ses références plus ou moins explicites à François Mitterrand et à la culture catholique et même sur ses sourires par le biais d’analyses toujours pertinentes. Sa vision marketing permet aussi d’expliquer l’essoufflement de Ségolène Royal à la veille des élections internes au P.S.. Dans le cycle de vie du produit Ségolène, on a atteint actuellement le stade de la maturité. Le produit est moins attirant et n’est plus vraiment une nouveauté sur le marché. Ceci explique notamment que les médias avides par nature de nouveautés ce soient tournés massivement vers le produit Bertrand Delanoë avant le Congrès du PS. Dans cette phase la stratégie est simple, exister à tout prix. Cela explique les controverses suscitées par Ségolène Royal : on cite dans le livre sa petite phrase sur la libération d’Ingrid Bettencourt, mais on peut aussi penser à son récent voyage en Guadeloupe par exemple. Pour Ségolène Royal, chaque sujet d’actualité devient un moyen d’exister aux yeux des Français.

Vous l’aurez compris, j’ai particulièrement apprécié ce livre, et j’attends avec hâte une analyse similaire sur d’autres candidats à l’élection présidentielles, et pourquoi pas un prochaine opus sur la stratégie de marque de notre président?

1 Arbitrage final = Probabilité anticipée par l’électeur que son vote sera déterminant pour l’issu du scrutin multiplié par l’utilité escomptée moins le coût du vote plus la variable résiduelle et marginale.


Parti Communiste, et si on en parlait?

11 décembre 2008

Le 34ème congrès du PCF devrait pendant quatre jours remettre ce vieux parti sous les feux des projecteurs. Nous aurons certainement l’occasion d’en reparler ici, mais aujourd’hui, c’est seulement sur la nouvelle communication du parti que je voudrais m’arrêter.

Si vous êtes intéressés par le sujet, je vous conseille de regarder l’émission déshabillons-les de Public Sénat que vous pouvez retrouver en lien ici.

En attendant, je vous propose de regarder le meilleur (à mon humble avis) des neufs clips créés pour annoncer le 34ème Congrès. Je trouve l’idée assez originale et je reconnais qu’elle a l’avantage de dépoussiérer un peu l’image du parti ce qui ne peut pas être un mal. Toutefois, je suis assez d’accord avec ce qui a pu être dit sur Public Sénat. La chute de ces vidéos est ratée. En fait, je trouve même personnellement que les clips devraient se couper à l’issue des trente secondes où ils parodient l’UMP.

Si les clips prenaient fin sur le logo PUM et sur les mots « Parti Unique de la Majorité », l’effet comique fonctionnerait beaucoup mieux. Le fait qu’une voix off vienne remettre une couche comme si on n’avait pas compris que ces films étaient parodiques gâche vraiment la légèreté des clips. Je trouve aussi que l’idée a été un peu trop éculée et que les clips sont de moins en moins bons.

Alors comme à l’école, je dirais que des efforts ont été fournis par le Parti Communiste, mais il reste encore à faire pour qu’à côté de la LCR (/NPA) lePCF n’ait plus une image vieillotte. Peut mieux faire.


Besancenot, de Marx à Mars…

13 mars 2008
Renouveau du langage politique, ou nouvelle génération? Difficile de trancher, l’un ne va certainement pas sans l’autre. Après le « casse-toi pauvre con » que des linguistes avaient jugé « inquiétant » et « lourd de conséquence », on a eu une nouvelle illustration aujourd’hui de ce que pourrait devenir le nouveau langage politique.

Interrogé aux micros de la chaîne d’information continue I télé, le leader de la LCR a déclaré : « Le PS ne veut pas que l’on s’allie avec eux dans les villes où l’on a fait plus de dix pour cent des voix, comme ça ils espèrent récupérer nos électeurs sans, en échange, nous laisser de sièges au conseil municipal, ils veulent quoi de plus cent balles et un mars ! ».

Une belle expression qui nous rappelle le jeune âge du facteur de Neuilly (34 ans dans un mois), et qui nous amène une fois encore à nous interroger sur les modifications du comportement des hommes politiques. Rappelons que sur les 200 listes présentées ou défendues par la LCR, 114 ont recueilli plus de 5%, dont 32 plus de 10%. Le parti a ainsi obtenu 72 élus.

Promis, dès que je peux dégager un peu plus de temps, je vous parlerai de Langage et pouvoir symbolique de Pierre Bourdieu, mais en attendant, je voulais juste vous faire partager cette phrase de celui qui ne voulait pas s’associer à ce P.S. qui « continue à courir après la droite ».


Pour une politique de civilisation, LE livre !

1 février 2008

Les éditeurs doivent rivaliser d’imagination pour faire vendre leurs livres ; impossible pour eux de ne pas profiter de l’extraordinaire publicité que Nicolas Sarkozy a faite au livre d’Edgar Morin. Le livre a donc récemment été réédité et un bandeau rouge ajouté par l’éditeur nous signale que c’est « le livre ! ». Etant donné que c’est LE livre, je l’ai lu.

Quelques surprises tout d’abord, c’est un tout petit ouvrage très facile d’accès, dans un style simple et limpide que je n’aurais pas prêté au président de l’association pour la pensée complexe. Le sociologue déroule sa pensée tout au long de ce livre nous présentant les crises de notre civilisation avant d’expliquer comment en sortir. Je vais essayer de vous restituer en quelques lignes cette pensée avant de voir en quoi il peut être surprenant qu’elle ait été reprise par Nicolas Sarkozy lors de ses vœux du 31 décembre et lors de son allocution à la presse.

Selon Edgar Morin, la France se trouve actuellement dans « une situation précrisique et polycrisique », autrement dit nous sommes face à une multitude de crises mais nous ne sommes pas encore au stade de la Crise avec un grand « C ». Ces crises sont tangibles à travers plusieurs indicateurs, les banlieues qui brûlent sont un « indicateur paroxystique d’un mal beaucoup plus général », mais il note aussi « le réchauffement climatique », « la vache folle », « les zones d’insécurité », « le chômage »… Pour lui, il est « impensable que l’humanité maintienne ce rythme d’autodestruction », « l’élévation du niveau de la vie est gangrénée par l’abaissement de la qualité de vie ». « Ce nouveau mal de civilisation » vient du fait que « l’essor des nouvelles techniques » est allé de pair avec l’avènement de perturbations économiques et d’un taux de chômage élevé notamment par la disparition de certains métiers tels que « les concierges, les préposés aux trains, métros, péages, parking… ». Il remarque de surcroît que le développement des grandes villes n’a pas qu’entrainé un « dépérissement des campagnes », il a aussi généré un rythme stressant pour les citadins du « métro-boulot-dodo », une disparition de nombreux tissus de convivialités notamment à travers la disparition des commerces de proximité, et de l’effritement des solidarités de village ou de voisinage dû au développement des villes-dortoirs. Ces faits qu’il met en relief semblent être un terrain probable pour développer une situation d’anomie durkheimienne.

La solution proposée par Edgar Morin est donc de mettre en œuvre une politique de civilisation qui vise à « régénérer complètement la vie sociale, la vie politique et la vie individuelle ». Il n’est pas favorable à une politique de relance du pouvoir d’achat comme le font souvent les gouvernants puisque selon lui « le pouvoir d’achat a triplé en trente ans, mais cette réussite économique spectaculaire est humainement chèrement payée ». Il faut une politique multidimensionnelle, car à l’instar des mouvements féministes, il souligne que « tout est politique ». « Bien des problèmes, mal-être, malaises, insatisfactions, qui semblent relever des vies individuelles, doivent entrer dans le politique ». Mais, le but n’est pas de toucher petit à petit à tous les domaines, le but est bien d’entreprendre une politique qui prenne en compte que tout est lié. Donnons un exemple concret : piétonniser une ville implique de mettre en œuvre d’importants travaux dont le coût semble parfois trop important, sauf que selon E.Morin on oublie dans nos calculs de prendre en compte les futures économies que ces travaux feront à la « sécu » puisqu’ils entraineront une amélioration de la qualité de vie des citoyens qui ira de pair avec une baisse du stress, des bronchites, de l’asthme,… pour lui « le genre de vie de nos civilisations joue un rôle dans les maux chroniques » dont nous souffrons. S’il fallait résumer cette politique multidimensionnelle en une formule, elle serait probablement : « remplacer la quantité par la qualité, le plus par le mieux ». Il appelle à « révolutionner notre mode de vie, notre mode de produire, notre mode de consommer à la fois pour survivre et pour vraiment vivre ». Concrètement Edgar Morin invite à favoriser les petites exploitations agricoles basées sur les produits de qualités qui respectent l’environnement, il souhaite que l’on aide les petits commerçants et artisans à se réinstaller dans les villages, il voudrait aussi que l’on crée des emplois visant à protéger l’environnement, à entretenir les espaces naturels, à aider les personnes à résoudre leurs problèmes administratifs, tous les métiers que l’on peut imaginer pour recréer de la solidarité et de la convivialité. Il appelle aussi à créer 300 000 postes d’assistants de vie pour que « nos vieux » ne finissent plus dans des « mouroirs ». Il veut que la politique aide toutes les bonnes volontés à se développer et que parallèlement les hommes politiques se lancent dans une politique de grands travaux afin de remettre le pays dans un cercle vertueux. Il résume ce programme en quatre points : solidariser (pour lutter contre l’anomie) ; ressourcer (pour se battre contre l’anonymisation), convivialiser (recréer du lien social pour améliorer la qualité de vie) et enfin moraliser (pour lutter contre l’égoïsme et « réveiller la foi d’appartenance à la communauté de destin humain »).

Je ne vais pas entrer trop en détails dans ce que je trouve surprenant dans l’appropriation faite par le tandem Guaino-Sarkozy de cette politique de civilisation, je vous invite à lire ce livre et à vous faire votre propre opinion mais notons tout de même quelques points. Lors de son discours à la presse Nicolas Sarkozy n’a pas cité le socialisme comme politique de civilisation, c’est pourtant le modèle même d’Edgar Morin. Selon lui, « Marx rejoignait les chantres du progrès, pour qui les sciences, la technique, l’industrie, portent dans leur développent même la promesse de l’épanouissement humain ». La référence à Marx est très présente dans cet ouvrage, outre les allusions à Vaclav Havel, Solidarnosc, et aussi François Mitterrand (notamment dans l’emprunt de la formule « changer la vie »). Même si Morin est très critique quant aux applications concrètes du socialisme – notamment en URSS – qui ont « trahi et inversé » la théorie de Marx, il n’en demeure pas moins inspiré par elles. On peut noter, de plus, que parmi les points importants de son ouvrage deux me semblent tout à fait contradictoire avec les promesses électorales de Nicolas Sarkozy. Tout d’abord, il appelle à réduire la place du travail dans nos vies pour consacrer plus de temps au farniente, on est bien loin du « travailler plus » de notre président. De plus, il appelle à une décroissance du rôle de l’argent et du profit, et corollairement à ne pas faire une politique de relance du pouvoir d’achat, là encore c’est surprenant que ce soit « le candidat du pouvoir d’achat » qui reprenne ses idées. Ceci explique probablement la réaction de l’auteur le 9 janvier dans les colonnes de Libération : « J’ai deux désaccords très importants avec Sarkozy : sur la politique extérieure, où je vois un alignement sur Bush ; et sur l’intérieur et la politique inhumaine envers les immigrés. Pour le reste, il y a une marge d’incertitude et il peut évoluer.[…] Le chef de l’État est un personnage plastique, en mouvement. Il n’a pas encore pris conscience du caractère radical d’une politique de civilisation. »