Un livre à vous faire voter socialiste!

5 juin 2009

A quelques jours des élections européennes et alors que le débat est monté d’un cran hier sur France 2, je vous invite à découvrir l’ouvrage de Jean-Christophe Cambadélis, les socialistes européens et les temps nouveaux (disponible gratuitement en ligne).

CambaLe livre s’ouvre sur un bilan de la crise et des possibilités qu’elle offre. « la période ouvre un champ historique à l’Europe » puisqu’il s’agit d’ « une crise généralisée du système capitaliste financier » et d’une « réorganisation de l’empire américain ». Dès lors, l’auteur attend de l’Europe quatre éléments :

> La régulation des marchés. « Mettre un terme à la spéculation sur [le marché]du capital et à la crise des liquidités sur le marché interbancaire »

> La relance de l’économie. Il propose la suspension du pacte de stabilité pour pouvoir mettre en place un plan de relance au niveau des États, ainsi qu’un plan de relance européen de cent milliards d’euros.

> Le contrôle du capitalisme. Il aspire à la généralisation de l’impôt progressif sur le revenu et à la concrétisation des engagements du G20 sur la fin des paradis fiscaux.

> Une nouvelle régulation financière. Une fois encore, il s’agit d’attendre que les promesses du G20 se réalisent au niveau européen, notamment par l’adoption d’un nouveau Bretton Woods.

Mais cet ouvrage se veut avant tout une réflexion sur le socialisme à l’heure actuelle. Pour l’auteur « le blairisme s’est effondré avec le capitalisme financier » dès lors il faut sortir du social-libéralisme pour entrer dans l’aire d’ « une sociale démocratie moderne et assumée ». Tout au long de cet ouvrage, Jean-Christophe Cambadelis s’en prend aux années Blair-Schröder, à cette « gauche désireuse d’affirmer sa  »modernité idéologique » » qui a effectué une « remise en cause radicale de tout un héritage historique ». Pour lui, cette gauche a accepté « la précarité salariale comme condition du plein emploi » et à trop défendre l’idée d’égalité des chances, elle en a oublié de penser à l’égalité des revenus et même « oublié la volonté de réguler le marché à travers des règles, des interventions publiques et de la redistribution ».

Bien sûr, il n’oublie pas non plus d’épingler ses rivaux politiques, les libéraux dans un premier temps : « partout en Europe et dans le monde, les compromis sociaux issus des décennies d’après-guerre ont fait l’objet d’une forte remise en cause » mais aussi la droite populiste qui « dresse les classes moyennes et populaires contre les assistés et les immigrés » en affirmant être des « rénovateurs ». Évoquant « les révolutionnaires sans révolution », il critique la tentative de renouvellement des partis d’extrême-gauche qu’il soit LCR, PCF, Die Linke ou même alter mondialistes.

Pour lui, « la crise actuelle du capitalisme financiarisé a agi comme un puissant stimulant pour un retour de la gauche à ses fondamentaux. » La gauche peut aussi s’appuyer sur l’espoir qu’a fait naître l’élection de Barack Obama, « puissant stimulant pour les progressistes de la planète ». Dès lors, il précise son propos. « Il ne s’agit plus d’abolir le capitalisme mais il reste fondamental de le domestiquer à travers une triple régulation économique, sociale et écologique ». Il invite à sortir de la troisième voie blairiste inspirée par les écrits d’Anthony Giddens et son « beyond left and right »1 pour – au contraire – réaffirmer l’affrontement « gauche – droite ».

Citant le Manifeste des partis socialistes européens, il écrit : « contrairement à la droite, nous n’assimilons pas l’emploi et les droits sociaux des salariés à des charges qu’il faudrait sans cesse réduire ». Concrètement, il en appelle à :

> La préservation d’une sphère non-marchande avec « un cadre européen pour les services publics qui garantira aux citoyens le droit d’accès universel et égal à ses services ».

> Un salaire minium décent. L’idée est d’impulser l’harmonisation sociale vers le haut avec un salaire négocié pays par pays, mais qui garantirait partout un niveau de vie décent aux travailleurs. « les travailleurs ne doivent pas voir leurs droits sociaux mis en concurrence »

> Une engagement contre le réchauffement climatique : il a la « conviction que la lutte contre le réchauffement climatique peut renouveler l’économie européenne », c’est pourquoi il espère que l’union européenne sera unie pour proposer au sommet de Copenhague en fin d’année prochaine une réduction des gaz à effet de serre de 30 % en vingt ans.

Cet ouvrage est éminemment politique, et d’ailleurs l’auteur en appelle à l’entrée massive de la politique dans le cadre du parlement européen, pour Jean-Christophe Cambadelis, « le nouveau cours mondial et la crise économique rendent caduc le compromis historique avec la droite dans la construction européenne. » « Pour la première fois depuis l’institution en 1979 de l’élection du Parlement Européen au suffrage universel, l’affrontement droite-gauche devient lisible dans l’espace public européen. ». Le combat de la gauche sera pour une « Europe politique porteuse non seulement d’un modèle social, mais aussi d’un idéal de civilisation ».

En quelques mots : un livre accessible, agréable à lire et qui nous rappelle que cette campagne n’est pas seulement une question d’égo et d’antisarkozysme mais qu’elle est aussi un important vecteur d’idées nouvelles pour l’Europe. A lire sans modération.


1Par delà le concept de droite et de gauche.

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Sarkozy – Merkel : Un appel politique

31 mai 2009

C’est l’événement politique du jour, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy signent un appel conjoint publié en France dans le journal du Dimanche et en Allemagne dans Die Welt. Fortement investi dans la campagne européenne, le président Français joue pour la seconde fois la carte franco-allemande pour appeler les Européens aux urnes.

Sarkozy et Merkel le 10 mai 2009, crédits : Michael Dalder / Reuters

Sarkozy et Merkel le 10 mai 2009, crédits : Michael Dalder / Reuters

On le disait avoir du plomb dans l’aile depuis l’élection de Nicolas Sarkozy et les déclarations d’Angela Merkel offusquée par l’attitude du président français, mais en période de doute sur l’Europe le couple franco-allemand demeure une valeur refuge. Après avoir tenu un meeting commun à Berlin, le 11 mai dernier, Merkel et Sarkozy nous offrent aujourd’hui une déclaration très politique.

A une semaine de l’ouverture des bureaux de vote pour les Européennes dans la plupart des 27 pays, le but de ce texte commun est évidemment d’endiguer l’abstention que l’on annonce massive dans tous les États.  Pour cela, la chancelière allemande et le président français se lancent dans une grande opération de promotion de l’Union Européenne. C’est un appel pour « une Europe forte qui nous protège ». Une Europe que l’on s’efforce de rendre séduisante en affirmant dès les premières lignes qu’ils refusent « une Europe bureaucratique qui applique mécaniquement des règles tatillonnes et qui se méfie du changement ». Avec une longue anaphore en « nous voulons » (Est-ce une figure de style imposée par Sarkozy qui aimait tant pendant sa campagne présidentielle, utiliser l’anaphore « je veux » donnant cette sentation d’égotisme?), les deux chefs d’État présentent leur vision d’une « Union Européenne qui soit à l’écoute des citoyens, qui innove, qui dynamise ».

Pour eux, l’Europe a été un rempart contre la crise, et c’est par cette même Union que nous en sortirons. Ils en appellent à « une économie de marché responsable » reprenant la formule oxymorique du traité de Lisbonne : « une économie sociale de marché hautement compétitive ». Pour que la reprise puisse se faire dans les meilleures conditions, ils en appellent à un assouplissement des critères européens de stabilité : « nous appelons à la modification de règles comptables ». Paradoxalement, ils affirment à la fin de cet appel qu’ils sont conscients que « la dette publique actuelle est un fardeau trop lourd pour être laissé aux générations futures »

Conjointement, ils vendent les résultats de leurs six mois de présidence de l’Union Européenne qui ont permis une « lutte contre le changement climatique » avec ce qu’il convient d’appeler « le paquet climat » (formule somme toute fort peu élégante et bigardienne). Sur ce point, le couple franco-allemand cherche à convaincre leur « plus proche allié » (comprendre les États-Unis) de se rallier à leur position lors du traité de Copenhague en décembre prochain. Ils affirment croire en une « croissance verte »« protection du climat et productivité doivent aller de pair » ce qui passera par des « mesures pour protéger l’industrie européenne ».

Après en avoir appelé à « une Europe à l’écoute des citoyens », je le disais, le couple franco-allemand, justifie le passage en force du traité de Lisbonne en louant ses mérites puisqu’il « rendra l’Europe plus forte ». Culpabilisant le seul État à ne pas encore l’avoir ratifié, les deux chefs d’État en campagne avouent faire confiance « aux Irlandais pour faire le choix de l’Europe ». Avant d’envoyer un message clair à la Turquie, sans même la citer : « L’UE a besoin de frontières. Un élargissement illimité n’est pas possible ». On pourrait imaginer que le message s’adresse aussi à l’Islande, mais vu la campagne de l’UMP sur le sujet, on comprend que la cible est plutôt la Turquie, surtout qu’après, les deux signataires écrivent que « l’Europe doit assumer ses valeurs et son identité » (comprendre chrétiennes).

Après avoir évoqué le besoin de renforcer « une politique commune de défense et de sécurité » et une politique étrangère basée sur « le respect des droits de l’homme » (aucun commentaire), Angela Merkel et Nicolas Sarkozy appellent « tous les Européens à voter aux élections européennes » avant de conclure par cette formule choquante : « Europa kann das, wenn es will », traduction : Quand l’Europe le veut, l’Europe le peut soit le slogan de l’UMP pour cette campagne!

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Dans cette volonté d’endosser à nouveau son statut de président de la République française au dessus des partis, Nicolas Sarkozy réussit encore à être en campagne énonçant des points du programme de son parti et clôturant par le slogan de celui-ci, un président qui décidement semble avoir du mal à accepter son rôle et à abandonner celui de chef de la majorité présidentielle.


Chaîne : Votez et faîtes voter pour votre Europe !

26 mai 2009

A deux semaines des européennes, le débat n’a toujours pas réussi à passionner les foules, s’il y a cinq ans un français sur trois affirmait avoir parlé avec ses proches des élections européennes deux semaines avant le scrutin, aujourd’hui, seul un sur cinq semble l’avoir fait. On peut dès lors prévoir que le seul gagnant de ce scrutin sera l’abstention.

Il faut dire que les différents scrutins pour élire le Parlement européen ont toujours réussi à briller par leur fort taux d’abstention qui atteint des records en 2004 :

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Avec le référendum sur le traité établissant une Constitution pour l’Europe, on a vu que la question européenne pouvait intéresser les citoyens français et européens. Avec « seulement » un tiers d’abstention à ce scrutin, on avait assisté à un vrai débat national. Aujourd’hui, on considère souvent que les Français se désintéressent du scrutin par manque d’informations.

A notre niveau, beaucoup de blogueurs essayent avec leurs moyens d’endiguer cette abstention prévue. Après un échange de commentaires avec Nicolas de « Partageons mon avis », j’ai eu l’idée de lancer cette chaîne que j’espère, il souhaitera relayer.

Il s’agit de répondre à ces trois simples questions : C’est quoi l’Europe pour toi? Que peux-tu écrire à tes lecteurs pour les encourager à aller voter dimanche 7 juin? Quelle liste représente les idées que tu veux voir défendre au Parlement européen?

Pour lancer le mouvement, je vais auto-répondre à toutes ces questions. Alors tout d’abord, je remercie Arrêt sur lescarte_de_france_europeennes_mv420 mots pour ces excellentes questions [sic]. Je me sens citoyen européen depuis que j’ai eu la chance de profiter de l’expérience Erasmus, j’ai aussi eu le plaisir de découvrir un certain nombre de pays européens, notamment ceux de l’est! Je me suis pris d’affection pour la Roumanie et les pays de l’Est en général. Bien sûr, l’Europe c’est aussi la paix, l’effacement des frontières et la monnaie unique qui permet de voyager tellement plus facilement (oui elle a d’autres intérêts aussi…).

La seconde question est plus difficile, j’ai envie de partir sur un grand principe qu’il faut voter pour tous ceux qui se sont battus pour ce droit, pour ceux qui en sont privés,… mais cela prendrait trop de temps et d’espace, je dirais donc simplement que 736 députés européens vont être élus dans deux semaines, 78 dépendent du vote des français. Ce scrutin par liste à un tour favorise les partis unis, autant dire que pour les partis de gauche ça risque d’être un cataclysme, si on veut que les parlementaires qui sont à l’origine de la plupart des lois qui régissent notre quotidien portent nos couleurs, il n’y a qu’une seule solution : voter dimanche 7 juin.

Pour toute une série de raisons, je suis toujours inscrit sur la liste électorale de mon village d’enfance. Je suis donc considéré comme citoyen de la région Sud-Est, le candidat le plus connu qui se présente dans cette zone électorale est donc… Jean-Marie Le Pen. J’ai beaucoup de respect pour Jean-Luc Bennahmias (Modem) mais mon vote ira à la liste PS menée par Vincent Peillon, je ne vais pas développer un argumentaire, je vote essentiellement pour le PSE et son bilan, je suis assez loin de la campagne du PS dans le Sud-Est.

A présent que je me suis livré, je propose comme convenu cette chaine à Nicolas de Partageons mon avis, j’aimerais aussi entraîner dans le mouvement Stéphane Lautissier dont j’ai parlé hier, Citizen L., Franck d’unimaru, Enikao et Luc Mandret (et/ou Cédric Rousseaux) pour ma vie en Narcisse.


Le sondage qui fait mal au P.S.!

13 mai 2009

Alors qu’il y a quatre ans, le PS avait progressé régulièrement dans les sondages jusqu’à arracher presque le tiers des suffrages – infligeant une sévère défaite à l’UMP – les sondages à paraître demain à propos des élections européennes sont affreusement décourageants pour les socialistes.

C’est une information que l’on pouvait retrouver dès hier soir sur le site du Figaro et aujourd’hui dans la version papier de la plupart des quotidiens. Le dernier sondage sur les élections européennes est loin d’être bon pour le PS.

Sondages

Le PS est situé actuellement à 7,5 points en-dessous de leur résultat des élections européennes précédentes et à 5,5 points du parti présidentiel. Le pire, c’est qu’il affiche une dynamique négative, par rapport au mois passé le PS est crédité d’un point de moins passant à 21,5% des intentions de vote. Comme on le voit sur le petit tableau récapitulatif ci-dessus, l’UMP est largement en tête et ne semble menacée par aucun parti. Le MODEM demeure deux points au-dessus de leur résultat d’il y a cinq ans.

Parmi les autres conclusions que l’on peut tirer de ce sondage, Frédéric Dabi, directeur du département d’opinion de l’IFOP, évoque l’hypothèse d’une « surprise Front de gauche » et relève qu’« au sein de cette gauche de la gauche semble s’opérer un changement de dynamique. Flirtant en février avec la barre des 10 %, le NPA d’Olivier Besancenot subit une baisse, laquelle profite aux listes du Front de gauche ». « Avec 6,5 % d’intentions de vote, ajoute-t-il, ces dernières s’avèrent en progrès constant et pourraient venir contester au NPA son leadership au sein de la gauche radicale. »

Dans un tel cadre, le parti socialiste devrait réellement se remettre en question, notamment sur la discrétion de leur campagne à trois semaines du scrutin. Il est peut-être temps d’offrir des meetings unitaires et de voir Ségolène Royal et Martine Aubry en campagne. Les élections intermédiaires (c’est-à-dire les élections qui ont lieu entre les élections capitales que sont les législatives et les présidentielles) sont généralement des élections très profitables à l’opposition, cela s’est quasiment vérifié à chaque élection au cours de la Cinquième République, c’était notamment le cas des européennes et des régionales de 2004. Le PS avait alors bénéficié du « vote sanction » contre le gouvernement.

Fort de ces sondages, Xavier Bertrand fanfaronne aujourd’hui dans Le Figaro : « Les Français ne se trompent jamais d’élection. Nous, nous parlons de notre projet pour l’Europe et des succès de la présidence française. Si certains ne sont pas à l’aise sur l’Europe et veulent parler de notre action, j’y suis également prêt. Mais si les socialistes avaient des choses à dire sur l’Europe, cela se saurait et ils auraient su cicatriser leurs blessures du référendum. »

Il est vrai que comparé à la cuisante défaite d’il y a cinq ans, l’UMP aborde ces élections européennes dans de très bonnes conditions. Dans le dernier sondage le rapport de force gauche-droite, n’est pas très différent de celui des dernières élections européennes (la gauche perdrait tout de même trois points par rapport à 2004), mais les positions de l’UMP et du PS sont totalement différentes. Si le PS perdrait environ 7,5 points, l’UMP lui en gagnerait plus de 10 points par rapport aux résultats de 2004. L’opposition cumule 41,5% seulement ce qui montre qu’il n’y a pas réellement d’aspect « vote sanction » actuellement. Le PS aurait à peu près une voix sur deux parmi les votes de gauche alors qu’en 2004 il récupérait près de 65% de ces votes de gauche, il faut dire que depuis le référendum sur la Constitution Européenne a laissé des traces. Ces chiffres montrent un rapport de force très défavorable au parti socialiste qui avait en 2007 bénéficié d’un important effet « vote utile ».

A trois semaines du scrutin, le parti socialiste devrait remettre à plat sa stratégie pour les européennes. Alors que Nicolas Sarkozy à une côte de popularité assez basse, la gauche ne réussit pas à bénéficier de l’aspect « vote sanction » des scrutins intermédiaires. Si ce sondage se vérifiait dans trois semaines dans les urnes, cela redonnerait une grande légitimité au gouvernement Fillon et à la présidence Sarkozy et risquerait de mettre à mal le PS et les mobilisations collectives. A gauche, le seul gagnant de ce scrutin semblerait être le Front de gauche qui pourrait réussir à voler la vedette au NPA.