Rama Yade, la diversion

19 décembre 2008

La polémique stérile lancée par le gouvernement sur la soi-disant obstruction parlementaire du parti (voir ici) socialiste comme les attaques de la majorité sur la personne de Rama Yade, relèvent d’une tentative de diversion. Avant de revenir sur cette polémique Rama Yade, rappelons que la vraie information c’est que la France connaît sa première récession en quinze ans.

rachida_dati_et_rama_yade_chez_la_reine_d_angleterre_referenceDepuis une semaine Rama Yade est l’objet de multiples attaques par des membres de la majorité au point que la députée UMP Françoise Hostalier s’est déclarée aujourd’hui « totalement scandalisée » par « l’hallali »1 contre la secrétaire d’État aux droits de l’homme, réclamant à Nicolas Sarkozy et François Fillon d’y « mettre fin ».

Quelques jours après que Rama Yade ait refusé de se présenter aux élections européennes, c’est Bernard Kouchner qui ouvrait le bal. « Je pense que j’ai eu tort de demander un secrétariat d’Etat aux droits de l’Homme. C’est une erreur. » Pas très violent, peut mieux faire.

Roger Kartouchi prend donc le relais. Mercredi passé il affirmait qu’on « ne peut pas refuser de se présenter aux européennes si le président de la République le lui demande ». On aurait pu l’attaquer pour offense au chef de l’État…

François Bayrou, en bon humaniste qu’il est devenu (il faut bien trouver un positionnement à son parti) est venu défendre Rama Yade en déclarant que « la meute des hyènes » était lâchée. A ce moment précis la côte de popularité de Bernard Kouchner perdait 10 points, Rama Yade en gagnait 3, tout ça grâce à l’intervention de Bayrou, que de pouvoirs!

Nicolas Sarkozy ayant parait-il manifesté sa colère contre Rama Yade au conseil des ministres auquel elle ne participait pas. Christian Estrosi en a ajouté un peu. « Elle existe parce que Nicolas Sarkozy l’a fabriquée ! », a-t-il déclaré au Parisien. « On fait un placement, on le fait fructifier et, au moment où on veut en tirer les bénéfices, voilà… ».

Rama Yade s’offusque de ces propos et demande des excuses, au lieu de ça, elle recevra une nouvelle charge de Nadine Morano. Selon elle, la diversité ne devait pas être un bouclier pour les ministres… Stop, c’en est assez!

Mais au fait, pourquoi Rama Yade a-t-elle refusé de se présenter aux européennes? Plusieurs hypothèses possible:

1- la théorie du complot: On lui a demandé de refuser pour faire un peu de bruit et détourner l’attention des français. Impossible (?).

2- elle a mal vécu de ne pas avoir été élue à Colombes aux municipales où elle était troisième sur la liste UMP. Possible qu’elle n’aime plus vraiment le suffrage universel après cet exercice, surtout que c’était loin d’être une élection ingagnable le maire sortant était UMP!

3- elle a déclaré préférer un mandat national. Et pourquoi? Petite question qui se souvient de Tokia Saïfi? La secrétaire d’Etat chargée du Développement durable en 2002 avait fait couler beaucoup d’encre en tant que « ministre issue de la diversité » puis elle a été élue au Parlement Européen et on a presque plus jamais parlé d’elle… C’est d’ailleurs le cas de beaucoup d’autres élus. Une dernière petite question qui fâche. Pourquoi y-a-t-il (proportionnellement) plus de femmes députées européennes que de femmes à l’Assemblée Nationale? Les partis français ayant toujours accordé peu de crédit au Parlement Européen, il n’est pas rare qu’ils se servent des élections européennes pour offrir un poste aux fidèles à qui ils ne veulent pas donner trop de pouvoir ni un trop beau poste… aux femmes donc par exemple…

Rama Yade a refusé cette bouée de sauvetage, ce n’est pas pour autant qu’elle sera éjectée du gouvernement, elle est quand même bien pratique pour détourner l’attention comme lorsque Kadhafi était venu…

1 : Cri des chasseurs ou sonnerie de la trompette annonçant que le cerf est aux abois. Merci au gouvernement d’enrichir notre vocabulaire


Claire Chazal aux prud’hommes

3 décembre 2008

Aujourd’hui se déroule partout en France les élections prud’hommales, ces élections uniques au monde qui peinent à faire recette. L’abstention à ce scrutin ne cesse de progresser en 1979 elle était de 37%, à la dernière édition de ces élections – en 2002 – elle était de 67%. L’enjeu serait donc d’endiguer cette abstention en espérant que la crise traversée actuellement par nombreuses entreprises françaises donne conscience aux salariés de la nécessité d’être représentés aux prud’hommes.

resultat-2002Bien sûr, l’autre enjeu est de savoir si la CGT sera toujours le premier syndicat français alors que cette organisation perd continuellement des points depuis trente ans. Pour la première fois ce syndicat sera-t-il en dessous de la barre des 30%?

Dans le but d’attirer les parisiens à ce scrutin et d’essayer de ravir quelques voies aux autres organisations pour peut-être passer la barre des 10%, la CFTC a fait appel à Claire Chazal pour devenir tête de liste à Paris. La journaliste qui s’est vendue à 2910 euros sur Ebay la semaine passée1, prendra le relais de son confrère Jean-Claude Narcy élu CFTC en 2002. chazal-claire3Malheureusement pour elle, son prédécesseur n’a pas vraiment honoré son mandat puisqu’il n’a siégé que 5 fois en six ans aux prud’hommes. Claire Chazal fera-t-elle mieux? Pas sûr. Pourtant il ne faut pas oublier qu’elle en a les compétences, élue 7ème française la mieux habillée par les lectrices de Elle son JT de dimanche dernier a battu des records d’audience en réunissant 9,5 millions de téléspectateurs. Cette diplômée d’HEC a réussi à redonner le sourire à la rédaction de TF1 alors pourquoi pas à la Confédération Française des Travailleurs Chrétiens?


1Il s’agissait de la mise aux enchères de la préparation d’un JT avec Claire Chazal au profit de la recherche médicale.


L’élection de Barack Obama : un événement planétaire

7 novembre 2008

Ceci n’est pas vraiment un article, ce n’est pas même vraiment une revue de presse, juste un panorama des unes de la journée d’hier dans le monde entier. Trouver les unes n’a pas toujours été aisé surtout pour les pays dont je ne maîtrise pas l’alphabet ce qui explique l’inégale répartition des journaux. J’ai cependant essayé de présenter ici un maximum de revues.

On connait assez bien les unes des journaux américains, je ne vais pas m’y arrêter mais juste vous les présenter comme suis.

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Ces journaux ayant été tellement vendus, que de nombreux vendeurs se sont trouvés en rupture de stock (voir photo ci-dessous), si bien que l’on peut trouver certains numéros d’ores et déjà à 1000$ sur Ebay.

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Le phénomène Obama a bien entendu été international. Commençons par aller faire un tour au niveau de la presse européenne francophone.

franco

De gauche à droite, Libération (France – « un rêve d’Amérique »), L’humanité (France – « L’onde de Choc Obama »), Le Monde (France – « ce que le monde attend d’Obama »), Le Figaro (France – « Ce que ve faire Obama), Le soir (Belgique –  » notre rêve américain »), La libre Belgique ( Belgique – « Une histoire à écrire »).

Regardons à présent quelques autres unes en Europe

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Aksam ( Turquie – « Faire l’histoire »), De Standaard (Belgique-Pays Bas – « Yes we can »), Milliyet (Turquie – « Espoir planétaire »), SZ (Allemagne – « Le monde exulte: Obama devient président »), La Stampa ( Italie – « Obama, l’Amérique »), Cotidianul (Roumanie – « Planete le moment O.), El Mundo (Espagne – « Le début d’une nouvelle ère »), El pais (Espagne – « Le changement est arrivé en Amérique »), L’osservatore romano ( Vatican – « Nous sommes les Etats-Unis d’Amérique ») et enfin un journal grec qui titre: « un souffle d’espoir sur la planète ».

Dans le reste du monde, commençons par l’Amérique Latine et centrale:

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La Jornada ( Mexique – « Donner vie au changement, le grand défi pour Barack Obama »), El Tiempo ( Colombie – « Le monde fait la liste des doléances à Barack Obama »), El Mundo (Venezuela – « Barack Obama avec plus de pouvoirs que l’enfant Jesus »), La nacion ( Argentine – « Le monte célèbre Barack Obama »), O globo (Brésil – « Le monde célèbre le nouveau visage des Etats-Unis »), Folha de S.Paulo ( brésil, « la victoire de Barack Obama écarte les conservateurs du pouvoir et met en échec le racisme »)

Enfin un petit panorama de quelques autres journaux que j’ai pu rencontrer ça et là.

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en haut: Un journal kenyan, un extrait de Russia Today (écrit en arabe, l’article écrit que le pays accueille la nomination d’Obama avec scepticisme), un extrait d’un journal chinois puis enfin un journal iranien.

en bas: El Watan (journal algérien francophone titre : « Guérir l’Amérique, réparer le Monde »), puis deux journaux iraniens, un journal irakien et enfin la une de Daily Nation (Kenya – « Les kéniens célèbrent la victoire d’Obama).

A travers cette une, j’ai voulu montrer l’espoir mondial qu’a suscité la victoire d’Obama, pour lui, le plus dur reste donc à venir…


Coluche, un film bien triste…

16 octobre 2008

Après avoir travaillé deux années sur la candidature de Coluche à l’élection présidentielle de 1981 et avoir pondu quelque trois cents pages sur le sujet, j’étais particulièrement impatient de découvrir le film d’Antoine de Caunes.

Je me suis donc rendu à la première séance ce matin pour me faire un avis sur « Coluche, l’histoire d’un mec ». Muni d’un cahier et d’un stylo, je me suis décidé à prendre quelques notes pour ne rien oublier de ce que je pourrais voir dans cette immense salle obscure où treize autres spectateurs avaient fait le déplacement. Après une petite demi-heure d’attente, le rugissement de la Harley se faisait enfin entendre, le film commençait. C’était parti pour une 1 h 45 d’un film retraçant huit mois de la vie de l’un des humoristes préférés des Français.

Première surprise, Antoine de Caunes a choisi de présenter tout au long du film des marqueurs temporels. Ainsi s’affiche en bas de l’écran la date à laquelle la scène est censée avoir eu lieu. Si je parle de surprise, c’est parce que la première date est tout simplement fantaisiste tellement elle est erronée. Selon lui, Coluche aurait pris la décision de se présenter à l’élection présidentielle le 29 septembre 1980… Pourquoi cette date ? Sincèrement je l’ignore. Le 27 mars 1980, Coluche déclarait déjà dans les colonnes du Monde : « Je vais probablement me présenter aux élections présidentielles. Comme candidat nul, pour faire voter les non-votants. Mon argument principal sera ne pas être élu. » S’il demeure un débat sur la genèse de cette idée de candidature, il y a un accord sur le fait que Coluche ait pris cette décision sur les conseils de son ami Romain Goupil après qu’il eut été licencié de Radio Monte-Carlo le 5 février 1980.

Est-ce une simple erreur de date liée à un impératif de concision du film ? Peut-être. Mais ce n’est pas vraiment la seule date erronée dans ce film. Si la chronologie est plutôt respectée plusieurs erreurs (mineures ?) sont toutefois à relever. A la date du 7 novembre 1980, le Pr Choron (Gil Galliot) évoque un numéro de Charlie Hebdo en fait sorti le 3 décembre, trois jours plus tard on nous montre la une du Nouvel Observateur en fait paru une semaine après. On nous parle d’un sondage plaçant Coluche à 12,5 % le 15 novembre, en fait il a été révélé le 2 décembre. Entre le 8 décembre et le 14 décembre, Coluche aurait été victime de censure à Radio 7, au Collaro Show et aurait été la cible de L’Express et du journal d’extrême droite Minute. Si ces événements ont bel et bien eu lieu, c’était plutôt entre le 2 et le 31 décembre (la plupart d’ailleurs entre le 27 et le 31 décembre)… Ces erreurs peuvent paraître illusoires, mais elle pose tout de même la question de l’intérêt d’afficher clairement une chronologie quand on ne respecte pas celle des vrais événements…

Pour moi la vraie question soulevée par ce film repose sur l’intérêt de présenter une vision aussi noire de l’humoriste. S’il est vrai que cette campagne va faire basculer Coluche dans la tourmente, qu’il va vivre une période très difficile de sa vie où « sauf erreur ou omission » il va goûter à toutes les drogues existantes, était-il pour autant opportun de nous servir un film aussi sombre sur un des comiques préférés des Français ?

Le caractère triste de ce film permet parfois de révéler la vraie nature de la campagne de l’humoriste, cependant, il y a des scènes exagérées qui ne servent qu’à rendre l’histoire encore plus triste, encore plus noire. Commençons. Parmi les premières scènes du film, l’une m’a particulièrement surprises. Quel intérêt de montrer Coluche se défaussant sur des enfants après avoir cassé un carreau d’une voisine de sa mère en jouant au football ? J’ai personnellement trouvé cette scène un peu gratuite et sans véritable sens ni intérêt. Passons. Quelques minutes plus tard, on nous présente Coluche rencontrant Brice Lalonde (candidat écologiste) et une fois encore on axe la parole de l’humoriste sur son plus mauvais aspect. S’il est difficile de nier que Coluche a pu pendant cette campagne tenir des propos que l’on qualifie habituellement de populistes, est-il juste de lui faire dire dans le film « la terre ça ne ment pas » titre d’une célèbre chanson pétainiste. Je ne vais pas décrire tout le scénario, mais notons par exemple que, quelques scènes après, on voit Coluche tomber dans les pommes après avoir fumé un joint… Cela fait un peu beaucoup, non ?

Parfois, je le disais, le noir est de rigueur comme cette scène totalement pathétique où Coluche invite quelques petits candidats à se joindre à lui au théâtre du Gymnase. La scène dans le film est pathétique, mais celle de la campagne de l’humoriste ne l’était pas moins. Toutefois, cela n’explique pas pourquoi l’on fait silence sur des éléments plus festifs de cette campagne. Pourquoi insister sur l’échec de cette fédération des petits candidats, sur le manque de crédibilité de Coluche quand il annonce qu’il a obtenu 632 signatures, alors que l’on ne présente pas la conférence que Coluche a tenue à Polytechnique en janvier 1981 ? Conférence à laquelle il a démontré l’étendue de son talent en provoquant l’hilarité des « X »… Pas étonnant que Paul Lederman ait cherché à empêcher la sortie de ce film, lui qui est teneur de l’idée que cette campagne n’a toujours été qu’une immense blague…

Un autre point m’a quelque peu dérangé dans ce film, et notamment dans la bande annonce du film. Il s’agit de l’utilisation des sondages. J’évoquais tout à l’heure un sondage qui présente Coluche à 12,5 %. Le film (et la bande annonce) se centre sur un sondage qui créditerait Coluche de 16 % d’intention de vote. Ce sondage n’a pourtant jamais existé, et il est évident que ni Coluche ni son entourage n’ont jamais songé à réaliser ce score. Le sondage qui évoque ce chiffre de 16 % est paru dans Le Journal du dimanche du 14 décembre 1980, mais il ne représente pas des intentions de vote, mais des personnes qui ont eu envie de voter pour Coluche. Le journaliste écrivait d’ailleurs : «  la question n’est plus ’’Pour qui allez-vous voter ?’’, qui traduit une intention ferme, mais ’’Avez-vous envie de voter pour Coluche ?’’, qui peut révéler, indifféremment, une intention, une foucade, un geste de mauvaise humeur, un substitut au désintérêt de la politique qui, en d’autres temps, se traduirait par une abstention pure et simple. La réponse n’engage pas la personne sondée. La question a été posée de façon à obtenir le maximum de réponses favorables à Coluche. »

Un autre point contestable du film c’est qu’à la date du 16 janvier 1981, on voit Coluche désespéré de ne pas réussir à réunir les signatures nécessaires pour se présenter, quelques scènes plus tard la même idée est encore mise en avant. Pourtant, quand on étudie cette candidature force est de constater que Coluche n’a jamais vraiment cherché à obtenir ces signatures en question. Il avait d’ailleurs demandé aux comités de soutien de ne pas chercher à les obtenir… Il aurait en fait simplement rencontré un ou deux maires pour un reportage paru dans VSD début novembre 1980, c’est tout…

Faut-il pour autant tout jeter dans ce film ? Pas vraiment ! Si François-Xavier Demaison ne bénéficie pas tout à fait de la même ressemblance avec Coluche que Marion Cotillard avec Edith Piaf dans La Môme, son jeu d’acteur n’en reste pas moins irréprochable. Toutes les scènes qui se déroulent dans l’enceinte du théâtre du Gymnase sont de vraies réussites, on croirait vraiment voir Coluche sur scène. Le film permet aussi de comprendre les souffrances que cette candidature a pu infliger à l’humoriste et peut se targuer de quelques réussites comme la ressemblance ébouriffante du Pr Choron avec son personnage et de Jacques Attali et son double. Toutefois ceci ne réussit pas à sauver ce film qui ne voulant pas tomber dans l’hagiographie n’a pas hésité à présenter un clown triste, très triste, peut-être trop triste ? Il sera, enfin, difficile d’apprécier le film sans une vraie connaissance de ce qu’était la campagne de Coluche, les oublis et raccourcis sont tellement nombreux que parfois on ne comprend pas tout. Par exemple, et j’en finirai là, le scénario évoque les censures à répétition dont a été victime Coluche, puis quelques scènes plus tard Coluche annonce une grève de la faim (en regardant le film on n’en comprend d’ailleurs pas trop la raison) devant de nombreux journalistes, étrange pour quelqu’un de censuré ? (Ce qui n’est pas dit dans le film, c’est que la présence de tous ces journalistes est en fait justifiée par le fait qu’ils pensaient que Coluche allait annoncer son retrait de la campagne…).

En un mot, un « biopic » un peu surprenant puisqu’il réussit l’incroyable pari d’être consacré à un comique tout en n’étant absolument pas drôle. Loin d’être un film familial, Coluche, l’histoire d’un mec entre dans la catégorie des « comédies dramatiques ». Un film trop orienté, pas assez rigoureux chronologiquement et trop sombre pour être crédible malgré un casting irréprochable.

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Sarah Palin vue par la presse européenne

16 octobre 2008

Comme tous les quatre ans, l’agenda médiatique est fixé depuis longtemps, dès que les jeux Olympiques d’été sont terminés, tous les regards se tournent vers la campagne pour l’élection du futur président des Etats-Unis.
Cette année tout a pourtant été différent. Les JO ont eu lieu à Pékin et ont tourné à un véritable débat diplomatique et les élections américaines s’apprêtent à faire entrer un Noir ou une femme à la Maison-Blanche…

C’est à cette dernière que nous allons nous intéresser, Sarah Palin, peut-être future vice-présidente américaine à un battement de cœur du poste suprême. À l’heure où elle est inquiétée pour abus de pouvoir en Alaska, essayons de mieux la connaître en regardant les portraits que la presse européenne a réalisé de la gouverneure de l’Etat le plus étendu des Etats-Unis.

Tout d’abord, et c’est pourquoi l’on se tourne avant tout sur ce personnage, force est de constater que Sarah Palin est quelqu’un d’atypique. Suzanne Goldenberg dans The Guardian intitule son article « Meet the Barracuda : anti-abortion, pro-death penalty and gun-lover » (Rencontrer le Barracuda – son surnom depuis le lycée – : anti-avortement, pour la peine de mort et le port d’armes à feu). Elle résume la plupart des titres de la presse européenne consultée. Certains ajouteront tout de même une autre particularité de la colistière de John McCain, elle a été ce que l’on appelle « une reine de beauté ». Tim Reid pour le London Times a d’ailleurs intitulé son billet « The gun-toting beauty queen » (Traduisez : la reine de beauté le doigt sur la gâchette). On apprend d’ailleurs dans les colonnes d’El Mundo que c’est sa beauté qui lui a permis de financer ses études Curiosamente, no fueron sus aptitudes deportivas las que le permitieron obtener una beca universitaria sino su belleza física. »). La Repubblica apportera l’information cruciale : si l’on google “sexy & Palin” on obtient « plus de 157 000 réponses ».

On peut aussi noter que le caractère atypique de Sarah Palin a tellement voulu être souligné par les journalistes européens que plusieurs d’entre eux (Libération, The Guardian, The London Times…) ont eu la même idée d’accroche pour leur article. Si l’on compare la première phrase du Guardian et de Libération la ressemblance est impressionnante, le premier écrit « Elle chasse. Elle pêche. Elle a été élue miss… » alors que le second a préféré : « Elle aime chasser, pêcher, elle mange des hamburgers à la viande d’élan, elle possède un hydravion et elle a bien failli être élue reine de beauté de l’Alaska. » Mais tous ces articles n’étaient pas qu’une succession de futilités, la presse européenne s’est beaucoup intéressée à son (in)expérience, ses idées et à l’enjeu d’une telle nomination.

L’expérience de Sarah Palin en politique n’est pas à proprement parler impressionnante. Elle est gouverneure de l’Alaska depuis moins de deux ans et avait été auparavant maire de sa commune (estimée entre 5 000 et 9 000 habitants selon les journaux ! 5 469 selon Wikipedia) pendant six années. Si tous les articles s’accordent sur ce point, des divergences sont tout de même à souligner. La plupart s’accordent sur le fait que cette nomination soit une vraie surprise, mais The London Times note tout de même que si Sarah Palin demeurait une inconnue du grand public avant sa nomination elle commençait à se faire un nom dans le paysage politique américain depuis son élection en Alaska. Le bilan de ses deux années à la tête de cet Etat est d’ailleurs très contrasté, pour Tim Reid (London Times), 80 % des résidents de l’Alaska soutiennent la politique de Sarah Palin alors que le journaliste du Temps chargé de dresser le portrait de la colistière de McCain affirme que « la gouverneure est plutôt mal aimée parmi les républicains » de cet Etat. Ce qui semble toutefois faire l’unanimité dans la presse européenne, c’est que son manque chronique d’expérience met à mal l’un des arguments principaux de la campagne de John McCain, celui de l’inexpérience de Barack Obama.

Du côté des idées, tout ou presque est dit dans les titres que nous présentions auparavant. Sarah Palin s’est fait connaître lors de sa campagne en Alaska en menant une virulente campagne anti-corruption. Libération cite d’ailleurs une phrase qu’elle a prononcée lors de son discours d’intronisation. Phrase que l’on pourrait inclure dans une thématique populiste, « je me suis attaquée au réseau des copains-coquins », dit-elle. Elle est dorénavant plutôt présentée comme une ultraconservatrice, virulemment opposée à l’avortement et au mariage gay. Tim Reid nous apprend qu’elle est membre à vie du lobby pro-arme à feu, la NRA (National Rifle Association), et qu’elle est aussi opposée à toutes les restrictions environnementales pour le forage du pétrole.

Mais ce qui marque souvent le plus, c’est sa vision de la famille et notamment le fait qu’elle soit une farouche militante « pro-life », militantisme qu’elle applique à sa propre vie puisqu’elle a mené sa dernière grossesse à terme malgré le fait que le médecin ait décelé chez son enfant le syndrome de Down, plus connu en France sous le nom de trisomie 21. Outre la grossesse de sa fille, on parle aussi de son aîné qui est engagé dans l’armée américaine depuis le 11-Septembre dernier dans le but prochain de rejoindre l’Irak.

On peut s’interroger sur l’opportunité d’une telle nomination pour contrer la campagne des démocrates. Beaucoup de journalistes considèrent ce choix comme particulièrement audacieux. On peut lire dans le London Times que cette nomination est un pari énorme (« huge gamble »), un pari risqué (« a risky gamble »), alors que Le Temps publie un article parlant d’« un très dangereux coup de poker » et que dans El Mundo on parle d’énormes risques à l’effet électoral incertain (« enormes riesgos y un efecto electoral incierto »).

Pourtant on trouve de nombreuses justifications à ce choix. Il y a tout d’abord, le jeune âge de Sarah Palin. El Pais nous rappelle que les deux candidats ont près de trente ans d’écart, ses 44 ans sont dans ce cadre une aubaine pour John McCain qui, le cas échéant, serait l’homme le plus âgé élu au poste de président des Etats-Unis. Sur Le Monde.fr, on retrouve l’idée que Sarah Palin pourrait incarner le renouveau du Grand Old Party (GOP), du vieux parti républicain.

Il n’est pas rare, non plus, de trouver l’idée que la colistière du candidat républicain pourrait capter une partie de l’électorat féminin. C’est l’idée que l’on trouve dans The Guardian (« disaffected supporters of Hillary Clinton »), The London Times (« independent voters and even Hillary Clinton supporters unhappy with Barack Obama ») et notamment La Repubblica (« caccia al voto delle orfane di Hillary » # capter le vote des orphelins d’Hillary). Sarah Palin ne manque pas d’ailleurs de jouer sur ce point. Elle a commencé par rendre hommage à la défaite d’Hillary Clinton et à adopter des expressions du registre féministe. Elle parle fréquemment du « plafond de verre » (« We can shatter that glass ceiling once and for all ») expression utilisée par les féministes et les spécialistes en gender studies pour mettre en relief les inégalités verticales entre homme et femme, c’est-à-dire le fait qu’à compétences égales les hommes obtiennent plus facilement des postes mieux considérés et rémunérés et corollairement que certains postes demeurent inaccessibles aux femmes. Le journaliste d’El Pais mettra en relief le fait que Sarah Palin ait été présentée pour le 88e anniversaire du droit de vote des femmes aux Etats-Unis. Pour un journaliste d’El Mundo, sur le papier, la candidature de Sarah Palin semble pouvoir combler l’absence d’Hillary Clinton. Gerard Baker, pour le compte du London Times, évoque un choix historique pour les Américains. Pour lui, en choisissant une femme, McCain a totalement perturbé la campagne des démocrates.

À l’heure actuelle cependant, il semblerait que Sarah Palin n’ait pas réellement réussi à combler le retard du candidat républicain sur Barack Obama. L’équipe de ce dernier raillant sans discontinuer la colistière de John McCain, son inexpérience politique tout comme sa méconnaissance des questions internationales. Les républicains essayent de vanter le fait qu’elle ne soit pas – contrairement à ses rivaux – un produit de Washington, mais les démocrates n’ont de cesse de relever ses erreurs, notamment lorsqu’elle parle d’attaquer la Russie… Certains républicains semblent, en fait, préférer la railler que le rallier…

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Second tour des municipales et cantonales, les mots de la presse.

17 mars 2008

La semaine passée nous nous étions intéressés à la difficulté pour les rédactions de trouver le mot qui résumera le mieux le premier tour des élections présidentielles. Une semaine plus tard, même casse tête pour les journalistes français et européens, visite guidée.

A part Le Figaro qui titre sur la « belle victoire de Gaudin », tous les autres journaux mettent en avant la victoire de la gauche. Le titre du Figaro fait d’ailleurs figure de lot de consolation mais aussi de cas à part, pour Libération, ce serait faire preuve de « mauvaise fois soviétique » que de soutenir que la droite n’a pas perdu ces élections. Ce journal joue le titre humoristique en passant du président « bling bling » à l’expression cartoonesque « et bling ! ». Laurent Joffrin dans son édito utilise les termes de « désaveu cinglant» et même de « fiasco ». Il est relayé par toute la rédaction, on peut d’ailleurs lire que « l’UMP voulait croire à la bourrasque, c’est une tornade qui s’est abattue hier sur le parti présidentiel ». Si l’on regarde encore un peu plus à gauche, L’Humanité titre : « la gauche confirme » et parle d’un « nouvel échec pour Sarkozy-Fillon ». Pour Pierre Laurent, éditorialiste, « la sanction est claire et nette ». Le Parisien – Aujourd’hui en France, parle de « déferlante». Pour eux « Nicolas Sarkozy à bel et bien reçu une claque ». S’intéressant à Metz, qui a pour la première fois depuis 1848 un maire de gauche, les éditorialistes affirment que la gauche va devoir gérer sa victoire. Sur le web, Le Monde titrait que « le succès de la gauche au municipale confirme sa dynamique locale » puis que la droite a été « sanctionnée aux élections municipales ». Passé le titre que nous citions, Le Figaro affirme que la gauche possède maintenant « une force de frappe territoriale considérable », mais Etienne Mougeotte, loin de parler de désaveu en appel à des « réformes, plus vite, plus fort ». Reconnaissant que la gauche a obtenue une « écrasante victoire », Olivier Pognon a une expression surprenante « la droite sauve Marseille », on se demande de quoi Marseille a été sauvée, mais c’est ainsi.

Avant de passer à la presse européenne, notons un autre fait marquant dans les colonnes de nos journaux, les réactions à contre-courant des ministres du gouvernement. L’Humanité cite quelques phrases clés : « la majorité est un peu égratignée » (Brice Hortefeux), « le second tour des élections est un rééquilibrage entre la droite et la gauche » pour Patrick Devedjian, alors que Jean-François Copé parle de « conjugaison des impatients et des mécontents. ». Dans l’édito d’Aujourd’hui en France, les journalistes écrivent : « sur les plateaux de télévision, les leaders de l’UMP avaient beau, une fois de plus, minimiser la portée du scrutin, insistant sur ses enjeux locaux et niant la vague rose puisque Marseille a résisté, les faits sont là. ». Libération affirme « vous avez perdu et bien perdu ces élections municipales, vos affidés, vos porte-voix et votre Premier ministre ont beau soutenir le contraire, ce premier scrutin, tenu dix mois après votre élection, se solde par un désaveu cinglant ». Laurent Joffrin continue sur le même ton, « dans un sondage portant sur 44 millions de personnes interrogées, ce qu’on avait deviné : le charme sarkozien s’est rompu en quelques mois ».

Ces analyses présentées, regardons ce qu’il en est chez nos voisins européens. Commençons par l’Espagne qui a été très réactive et qui dès hier soir donnait déjà des informations sur le scrutin. Pour El Mundo, « La droite française subit un revers au deuxième tour des élections municipales ». El pais va plus loin en affirmant que l’impopularité du président français a été un boulet pour l’UMP qui a même perdu des villes qu’ils tenaient depuis des décennies, ce journal titre : « la gauche émerge comme force d’opposition ». Nos voisins italiens sont encore plus sévères sur le constat, le Corriere de la Sera titre « La France punit Sarkozy » alors que La Repubblica préfère : « Les élections en France, un coup pour Sarkozy ». Ces titres sont retrouvés chez d’autres de nos voisins européens, le Financial Times parle aussi de « coup pour Sarkozy » et le journal munichois, le Süddeutsche Zeitung titre « Les français punissent Sarkozy aux élections municipales ». L’humour suisse a encore marqué des points ce matin avec ce titre de La Tribune de Genève : « La France d’en bas inflige une claque au pouvoir ». Ils analysent tout de même plus en détails cette élection en affirmant que « Déjà majoritaires dans les régions, les socialistes possèdent désormais plus de villes et de départements que la droite. Le MoDem est l’autre grand perdant avec l’UMP de Sarkozy. ». Les quotidiens belges n’ont pas non plus manqué de réagir sur ce scrutin, Le Soir évoque un « sévère avertissement », et parle même d’« un vote sanction qui devrait pousser le Président à (ré)agir. ». Malgré son titre très net, « la gauche l’emporte très largement », La libre Belgique est plus modérée, le journaliste évoque « une vague rose à l’égal de la vague bleue de 2001. ».

Vous l’aurez compris, bien que les résultats donnés par les journaux soient en grande majorité des résultats définitifs, il n’est toujours pas possible de donner une interprétation claire et objective. La seule chose qui semble faire consensus, c’est que le MoDem va avoir du mal à s’en relever. « Le MoDem risque aujourd’hui d’être éliminé pour un certain temps de la scène nationale » écrit même Le Parisien ; Le Figaro surenchérit en écrivant que François Bayrou « aura beaucoup de mal, dans les mois à venir, pour trouver l’oxygène nécessaire afin d’aller jusqu’en 2012 sur sa route solitaire, refusant les sentiers de la majorité autant que ceux de l’opposition », affaire à suivre.


Elections municipales et cantonales, les mots de la presse.

10 mars 2008

« Poussée », « ajustement », « cuisant revers », difficile de trouver le mot qui résumera les élections municipales et cantonales qui ont vu une progression du vote de gauche par rapport aux élections de 2001.

Difficile de tirer une conclusion donc, la droite veut minimiser la défaite : « Ce ne sont pas de bons résultats naturellement, mais en même temps ils ne sont pas si mauvais que les sondages les ont annoncés. » [Patrick Devedjian, secrétaire général de l’UMP] et la gauche veut se garder de tout triomphalisme de peur de démobiliser son électorat au second tour : « Ce premier tour marque la volonté d’avertir le président de la République et le gouvernement sur la politique menée depuis neuf mois, en particulier sur le pouvoir d’achat (…) Rien n’est gagné ou joué, c’est encourageant mais une autre étape doit être franchie » [François Hollande, encore premier secrétaire du PS]. Pour Le Parisien, Aujourd’hui en France, la droite va essayer de « nier l’existence de vague rose et parler de résultat pas si mauvais » et la gauche va se battre pour la participation au second tour.

Cette volonté de modérer le vocabulaire se retrouve donc dans les journaux. On évoque éventuellement une « vague rose » dans les journaux de gauche, mais en tout cas ce n’est pas le tsunami attendu. « Le raz-de-marée n’a pas eu lieu » écrit Libération ce que confirme La Croix pour qu’il il n’y a pas eu « un raz-de-marée ». La bataille des mots a lieu dans tous les journaux, par exemple pour l’Union de Reims c’est une « grosse gifle pour la droite » alors que pour Est Eclair, il n’y a « pas eu de gifle », autre mot, même sens, pour Aujourd’hui en France, « ce n’est pas un claque ».

Notons tout de même quelques constantes, on parle volontiers de « poussée de la gauche», voire de « forte poussée » ou d’ « avertissement » et de « vote sanction ». Mais chaque journal a son propre vocabulaire, ainsi L’Humanité préfère « la gauche en conquête », parlant de « sérieux coup d’arrêt » et de « cinglant désaveu » et de « cuisants revers ». Libération, logiquement plus modéré, parle de « déception qui entoure le succès ». Le Figaro, enfin aspire à « contester la vague rose », citant le premier ministre, le journaliste affirme que les résultats « plus équilibrés qu’annoncés ». Pour eux « la gauche progresse mais la droite résiste mieux que prévue ». Ce verbe « résister » est d’ailleurs utiliser à de très nombreuses reprises dans les colonnes de ce journal, comme un appel à utiliser son bulletin de vote comme arme contre la gauche qui veut envahir toutes les mairies.

Les journalistes ne vont pas être avars en métaphores, notamment sportives. Dans les colonnes de Libération, Nicolas Sarkozy est dépeint comme un « avant-centre talentueux qui s’obstine à marquer contre son camps » et de nombreux journaux utilisent le terme « carton jaune ». C’est Le Figaro qui va le plus loin dans cette métaphore, « Les Français devront réfléchir avant de sortir un deuxième carton jaune dimanche prochain. Comme au foot, où un deuxième carton se transforme en carton rouge, une faible mobilisation de la droite et du centre au deuxième tour pourrait amplifier la poussée socialiste », il aurait pu ajouter que ce serait un véritable carton pour les « rouges » mais, il n’a pas osé, je pense ! Les métaphores footballistiques étaient les plus nombreuses, ce qui n’est pas rare comme le soulignait le politologue Denis Barbet dans un article intitulé « La politique est elle footue ? » (Revue Mots, septembre 2007), mais elles n’étaient pas seules, de nombreux journaux se demandent si le PS va, ou non, transformer l’essai marqué ce dimanche.

Quand la politique vole le vocabulaire du foot, il ne faut pas qu’elle s’indigne que celui-ci se défende, ainsi, L’Equipe titre « Lyon, garde son siège » et dans le Figaro on peut lire « Lyon élu sans ballotage » à propos de la victoire 4-2 de L’OL face aux girondins de Bordeaux.