François Fillon, un vrai geek ?

18 juin 2009

C’était l’événement twitter de la journée de mercredi, François Fillon s’est déclaré geek, une révélation fracassante qui a été relayée par une dépêche AFP !

L’article de SVM est en fait une simple double page perdue à la soixante-dix-huitième page du numéro d’été et occupée au quart par une photo de François Fillon, ses deux macs et son Nokia E61i.

ff svm

Pas de révélations surprenantes, surtout quand on a déjà lu la dépêche AFP. On apprend que notre premier ministre a « épuisé plus de trente PC » (En change-t-il tous les ans? Pas très écolo tout ça) et qu’actuellement il utilise deux MacBook Pro et un iMac. Il affirme que le portail du gouvernement utilise le CMS open source Drupal, sans que l’on sache vraiment s’il maîtrise le sujet ou si son conseiller en communication lui avait préparé une note à ce sujet. Il avoue n’avoir jamais utilisé de logiciels libres même si à Matignon les ordinateurs sont équipés d’Open Office et qu’il est « convaincu de l’utilité de l’open source pour faciliter l’entrée de nouveaux acteurs et stimuler la concurrence ».

Quand la journaliste lui demande depuis quand il est amateur de high-tech, il répond sans détour : « depuis toujours jap01! ». Sa première émotion numérique était son Toshiba T2100 – son premier ordinateur portable – et la découverte de la NCSA et d’Internet en 1993. Il regrette de ne plus pouvoir bloguer depuis qu’il est à Matignon d’autant plus qu’il aimerait répondre à « la quantité de bêtises » qu’il lit dans les commentaires de son blog.

S’il avoue encore lire la presse papier, il affirme être un lecteur régulier de Technorati et du Journal du Geek. Son appareil numérique idéal serait « un iPhone plus rapide avec un clavier virtuel plus gros, un appareil photo et vidéo HD et un récepteur de télévision ». Il ne répond pas à la question de l’éducation de son enfant à Internet et la contourne en affirmant qu’il a « une DS, une Playstation et une Wii » et que son « épouse tente de contrôler ».

La fin de l’interview, vous pouvez la lire dans le numéro d’été de SVM mais il n’y a plus de révélations personnelles, rien de très passionnant en somme, si ce n’est que cela m’a donné envie de pousser un peu mon étude sur le mot geek en politique.


Politique : qu’avez vous manqué pendant vos vacances?

2 mars 2009

Une semaine chargée s’achève : ni Fillon ni Sarkozy ne se sont encore rendus en Guadeloupe, aucun visiteur du salon de l’agriculture n’a dû se casser parce qu’il était un pauv’ con ; pourtant, si vous avez passé la semaine sous un rocher ou ailleurs vous avez surement manqué quelques informations. Petit aperçu.

Du côté de l’opposition

Sans parler du nouveau parti de la France crée par Carl Lang, l’opposition a été assez active cette semaine. Le parti socialiste a occupé les médias pendant leurs congés, Martine Aubry est allée jusqu’à parler d’un « grand jour pour le P.S. ». Mais de qui pouvait-elle bien parler? De la nouvelle couleur de cheveux de François Hollande? Surement pas. Du voyage de Ségolène Royal en Guadeloupe alors que le chef de l’Etat n’est pas même passé sur le stand de ce DOM au salon de l’agriculture? Je ne crois pas non plus. Du fait que l’un d’entre eux ait trouvé un poste, Jack Lang s’étant vu confier par le président une mission pour la reprise de la coopération entre la France et Cuba? C’est peu crédible. D’autant plus que généralement les transfuges de la gauche vers le gouvernement obtenaient des postes un peu plus intéressants que ce lui de « petit télégraphistes de Sarkozy » comme le disait si bien Stéphane Guillon ce matin sur France Inter : « il a viré sa cuti pour un colissimo » c’est un peu triste de voir « l’immense ministre de la culture de Mitterrand devenir facteur chez Sarko ». Ce n’est donc pas encore cela le grand jour du P.S.. J’ai trouvé ! Il s’agit de l’unification du P.S.. Le principal parti de l’opposition a enfin affirmé haut et fort son unité. Onze membres proches de Ségolène Royal ont fait leur entrée à la direction du P.S., il aura fallu plusieurs mois pour que ce parti se rende compte que sa direction ne représentait qu’un adhérent sur deux. Voilà ce qui a été un grand jour pour le P.S.. Le problème d’un grand jour, c’est qu’il ne dure que 24 heures. Immédiatement, il a fallu que les divisions resurgissent. Non pas que Martine Aubry soit en colère parce que Ségolène Royal fait la une de Match, non, il se trouve que la nomination des têtes de listes régionales pour les européennes n’a pas plu à tout le monde. Il faut dire que c’est un beau casse tête. Tout d’abord, il a fallu panacher entre les femmes et les hommes, ce n’est encore pas très naturel au P.S.. Ensuite, il a fallu introduire une goute de « diversité » puisque c’est nécessaire, que c’est à la mode et qu’une fois encore ça n’a rien de très naturel. Mais le plus dur c’est qu’il faut réussir à représenter chaque courant du P.S. Dans chacune des régions, afin de ne privilégier personne, de ne froisser personne. Raté ! Voilà que l’unité du P.S. est déjà mise à mal, Vincent Peillon apprenant sa nomination à la tête de la liste de la région Sud-Est- lui qui voulait le Nord-Ouest – a parlé de « crève-cœur ». Le parti a déjà du mal à s’y retrouver entre sa tête de liste et sa tête de gondole, l’unité ne survivra pas si, en plus, il se paie des fortes têtes…

Mais du côté de la majorité rien ne va non plus.

Le procès des époux Tibéri a marqué la fin d’une époque. Eux qui n’étaient pas arrivés au pouvoir par hasard se retrouvent bien seuls sur le banc des accusés. La majorité ayant d’autres soucis que de s’occuper des chiraquiens à la dérive. Bien sûr, il y a déjà la Guadeloupe et Yves Jégo qui comme le dit Anne Roumanoff n’est décidément pas le plus « Fort-de-France ». Sarkozy aurait aimé tout régler en un jour, mais rien n’y fait. Les médias pourtant essaient de l’aider, ils continuent de préférer parler des conséquences de cette grève plutôt que de ses causes. On montre des blocages, des pénuries, et autres décisions « lourdes de conséquences » et on insiste sur le refus de compromis du LKP. Rien n’y fait. Sarkozy perd encore six points de côte de popularité. Tous ses adversaires se rendent en Guadeloupe, mais lui n’a toujours pas eu le temps d’y aller.

Il faut dire qu’il a eu du boulot ces derniers temps. Et puis, il n’est pas avare, on ne lui a rien demandé et pourtant il a réussi à trouver le temps de nommer le nouveau patron de la fusion caisse d’épargne – banque populaire. Du coup, l’opposition critique ses tendances autoritaires et sa visible volonté de se débarrasser de tout ce qui pourrait ressembler de près ou de loin à un contre-pouvoir. En plus, il a affirmé avoir le soutien de la commission d’éthique au lieu de quoi il n’avait eu qu’une lettre à titre personnel du président de ladite commission soulignant qu’il parlait en son nom. Pas sûr dès lors que la majorité ait assez de force pour faire passer ce qui s’annonce comme un des grands chantiers du mandat de Nicolas Sarkozy, la réforme du « millefeuille administratif ». La commission Balladur n’a pas manqué de soulever des indignations en annonçant la suppression des cantons, la création des métropoles et surtout le regroupements de certaines régions pour passer de 22 à 15 régions administratives. Ce que l’on annonçait comme étant un big bang territorial va encore devoir affronter de nombreuses tempêtes avant de passer de projet à réalité…


Dix jours à l’UMP : des mots et des bas

1 février 2009

Comme me faisait remarquer le dernier commentaire de l’article précédent, je n’ai rien publié depuis une semaine. A vrai dire je préparais mes premiers écrits sur le futur blog collaboratif Chez Saint Pierre. L’actualité politique a pourtant été chargée ces derniers jours : petit aperçu.

Du changement à l’UMP

Dimanche passé, le site Betapolitique publiait un article annonçant que l’UMP réfléchissait à un changement de nom. Une agence de publicité aurait été contactée par le parti pour inventer un nom plus simple à prononcer, un acronyme sur le modèle du MoDem. Non contente de réfléchir à cette possibilité, l’agence aurait aussi été sommée de trouver une nouvelle dénomination possible pour les « militants » de ce futur parti. Même s’il ne le dit plus vraiment, Nicolas Sarkozy aime toujours à penser qu’il est le président de la rupture. Son parti n’est plus celui de 2002, les personnes qui y adhèrent ne sont pas juste militants c’est d’ailleurs dans cette idée que l’université d’été du parti était devenue « un campus d’été ». Un nouveau nom prêt pour renouveler le parti en cas de défaite aux européennes ou simplement un changement de nom à défaut d’un changement de politique? Affaire à suivre.

Des miettes à l’invasion

Ces derniers jours ont été riches sur le plan lexical. Tout d’abord, il y a eu cet acte de résistance d’Axel Poniatowski – qui comme tous les fils de lutte pour se faire un prénom – au sujet de la prochaine nomination d’Eric Besson à la direction de l’UMP : il a affirmé que son parti n’était pas un « ramasse-miettes ». Si l’ouverture au sein du gouvernement n’avait pas ravi tous les membres de la majorité, l’ouverture au cœur de la direction du parti est accompagnée d’indignation et d’incompréhension.

Le concerné s’exprimant la semaine passée au micro de RTL a marqué son passage par un magnifique lapsus. Évoquant l’invasion en lieu et place de l’immigration en provenance du Maghreb et de l’Afrique. Ce sera un des buzz de la semaine sur Internet.

Pendant ce temps là, Roselyne Bachelot que l’on entend de moins en moins souvent a fait parler d’elle en « souhaitant de tout coeur » que Martine Aubry « se casse la gueule »… L’humour de notre ministre de la Santé est toujours aussi ravageur!

Seconde motion de censure contre le gouvernement Fillon

Après la motion de censure dénonçant l’enlisement des troupes françaises en Afghanistan, le groupe SRC (socialiste, radical, citoyen et divers gauche) a déposé une seconde motion de censure contre la politique économique et sociale du gouvernement de François Fillon et plus précisément contre son inaction. L’occasion d’une belle joute verbale dont on retiendra que pour le parti socialiste le «président n’écoute plus personne» alors que pour François Fillon l’opposition veut rétablir « le socialisme d’hier » et utilise cette motion de censure pour qu’on oublie un temps ses « divisions ».

Karoutchi et son plan com’

Roger Karoutchi continue à déployer son plan com’ pour vendre son ouvrage à paraître. On sait d’ores et déjà que la seule chose captivante dans ce livre est la révélation de son homosexualité. On peut être surpris ou consterné de voir qu’une telle annonce soit un événement captivant et de constater à quel point cette histoire a pu passionner. Son plan média a été un peu bousculé par la sortie anticipée du numéro de l‘Optimum où il annonçait déjà le scoop ce qui ne l’a pas empêché d’être présent dans un grand nombre d’émissions télé et radio. Nicolas Sarkozy ne semble pas trop perturbé par l’instance de Roger Karoutchi sur ce sujet alors qu’il écrivait en 2001 dans Libre : « Quelle mouche a bien pu piquer Bertrand Delanoë de vouloir à tout prix révéler son homosexualité au motif de sa candidature à la Mairie de Paris ? »… les temps changent.

Haut-fonctionnaire et précaire.

Alors qu’une grève populaire et massivement suivie avait remplacé la tempête en une des journaux, Nicolas Sarkozy a essayé de muter en douce le préfet et le directeur de la police de la Manche. «C’est scandaleux. C’est une pratique d’un autre temps» déclare Jean-François Legrand, sénateur UMP et patron du Conseil général de la Manche. Les médias et l’opposition se sont emparés de l’affaire obligeant le gouvernement à justifier ces mutations. François Bayrou a évoqué un « fait du prince » alors que le PS faisait part de «son inquiétude répétée et grandissante devant la dérive des pratiques» du chef de l’Etat. Dans un communiqué, Marie-Pierre de la Gontrie, secrétaire nationale du PS chargée des Libertés publiques et de la Justice, dénonce «ces deux décisions autoritaires et capricieuses» qui ont «vocation à exercer une pression très forte sur les hauts fonctionnaires». Il est vrai que ces décisions rappellent les cas de Yannick Blanc, Alain Genestar ou encore Dominique Rossi.

Une semaine bien chargée à l’UMP sur laquelle le président pourrait bien revenir jeudi en direct sur TF1 et France 2, affaire à suivre!


Obstruction!

18 décembre 2008

Le débat sur le travail le dimanche commence à agacer sérieusement la majorité. A un tel point qu’aujourd’hui François Fillon et sa majorité sont partis en guerre contre l’usage abusif des amendements par le PS. Ces amendements représentant la seule méthode d’obstruction parlementaire pour l’opposition, le PS en a déposé 4.400 sur ce texte . Parmi ces amendements, l’opposition en a déposé pour protéger des professions improbables comme les accouveurs (personne permettant de faire incuber et éclore des œufs dans des couveuses artificielles), les boisseliers (artisan qui fait des ustensiles de ménage en bois) ou les calfats (ouvrier qui améliore l’étanchéité des bateaux).

filibuster

Ces amendements harassants pour la majorité sont pourtant loin d’être aussi épuisants que le filibuster américain. Cette pratique qui consiste à garder la parole aussi longtemps que possible pour rendre les débats interminables et stériles est monnaie courante aux Etats-Unis. Le terme filibuster est un dérivé du français flibustier ce qui montre que bien qu’illimitée outre-Atlantique cette pratique est considérée comme de la piraterie rusée et malhonnête. Pour réaliser à quel point le filibuster peut rendre le débat stérile, vous pouvez visionner l’épisode 17 de la saison 2 de La Maison Blanche (the West Wing – merci Stéphane!) ou le film « Monsieur Smith au Sénat » (Mr Smith Goes to Washington)… Un député qui décide de lire l’intégralité d’un livre de cuisine est surement plus épuisant et efficace que celui qui dépose une poignée d’amendements, Strom Thurmond détient d’ailleurs un beau record depuis 1957, il avait obstrué le Civil Rights Act en parlant pendant 24 heures et 18 minutes sans s’asseoir ni même boire un verre d’eau.

Tout ceci pour dire que la majorité devrait bien se garder de décrier l’utilisation des amendements d’autant plus que la droite n’a jamais vraiment lésiner sur leur utilisation. Le record absolu, il faut le dire, appartient à la gauche et ses 212 449 amendements déposés pendant la seconde présidence de Jacques Chirac. Ce nombre incroyable d’amendements est lié aux quelques 137 000 modifications proposées par l’opposition (dont 93 676 par le PCF!) au projet de loi relatif au secteur de l’énergie. Cependant l’autre période où les amendements ont été extrêmement utilisés c’est lorsque Lionel Jospin était à la tête du gouvernement, à l’époque le RPR et les autres partis de l’opposition déposaient en moyenne 860 amendements par mois. C’est d’ailleurs avec ce parti que la pratique massive des amendements est née entre 1981 et 1986.

Vive la politique!


2014 n’aura pas lieu

10 décembre 2008

La crise que nous traversons actuellement n’a été prévue par aucun analyste. Si certains tiraient la sonnette d’alarme, personne n’avait  prévu qu’elle atteindrait une telle ampleur. Malgré cela, notre premier ministre continue à jouer au jeu des pronostics «Nous espérons être à un déficit de 0,9 ou 1 point de PIB en 2012, et être à l’équilibre deux ans plus tard» déclarait-il hier. Il ne cite pas du tout ce qui lui permet de croire ceci, ni comment il espère financer un plan de relance tout en réduisant le déficit, mais il est capable de nous dire en quelle année la France ne sera plus en déficit. Pourquoi 2014? Vraisemblablement parce que s’il avait dit 2012 cela aurait été plus aisément vérifiable, à la fin du second mandat de Nicolas Sarkozy (?) on aurait pu lui opposer qu’il n’était pas arrivé à son objectif. 2014 est loin et en plein milieu d’un mandat, une année idéale pour prévoir un équilibre qui n’aura pas lieu.


François Fillon, la sémantique de l’extrême.

8 octobre 2007

Ce week-end a encore été un bel exemple de polémique sémantique. Notre Premier Ministre semble vouloir marquer des points sur ce terrain. Après avoir généré moult émules en affirmant qu’il était « à la tête d’un Etat qui est en situation de faillite sur le plan financier » (22 septembre 2007), François Fillon nous a gratifiés hier d’un « mot sensible politiquement » (Le Monde), celui de « détail ».

Ce terme « détail », utilisé pour qualifier l’amendement Mariani sur l’utilisation de l’ADN pour les candidats au regroupement familial, est comme l’affirme Pierre Moscovici « très connoté », il renvoie inévitablement à la déclaration de Le Pen sur les chambres à gaz ; c’était en 1987. Depuis, ce mot est « blacklisté » par les politiques. Pourtant hier, le chef du gouvernement a franchi le Rubicon s’attirant la foudre des associations et des politiques. Mouloud Aounit (président du Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples) situe l’utilisation de ce mot à « la limite de l’insoutenable et de l’indécence ».

Ce qui crée la « polémique » – terme qui semble adéquat puisqu’utilisé en titre dans les trois grands quotidiens nationaux – c’est que l’utilisation de ce mot semble être un « dérapage contrôlé ». Stéphane Le Foll, dircab de François Hollande, y voit « un clin d’œil au Front National » avant les municipales de mars tandis que l’association France Terre d’Asile dénonce « une stratégie pré-électorale préoccupante ».

François Bayrou ne critique pas l’utilisation de ce terme, mais il prend François Fillon au mot, « si ce n’est qu’un détail alors pourquoi le gouvernement a mené un combat pied à pied pour sauver cette disposition ». Seule Nadine Morano, porte-parole du gouvernement, a défendu l’utilisation de ce terme affirmant qu’ « une tache sur un manteau, un bouton sur une veste, c’est un détail par rapport à la couleur du vêtement ».

Parmi les termes prohibés de la vie politique, François Fillon a déjà employé ceux de « faillite » et de « détail », reste à savoir s’il utilisera un jour, le terme interdit parce qu’électoralement contreproductif, celui de « rigueur ».