Les élections d’Hénin-Beaumont dans la presse

7 juillet 2009

            En cette période politique un peu creuse, les élections d’Hénin-Beaumont ont – du fait de la présence au second tour du FN – attiré l’attention de tous les médias. La victoire du front républicain ravit l’intégralité de la presse de ce début de semaine, petit aperçu.

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Du côté des titres, Libération nous gratifie en couverture d’un jeu de mot un peu limité « Mal venue chez les ch’ti » puis d’un article intitulé « Marine Le Pen, à qui perd gagne ». Pour L’Humanité, « Hénin-Beaumont sort le Front national » et le Figaro titre « À Hénin- Beaumont, Marine Le Pen rate son pari ». Le Parisien/Aujourd’hui en France voit dans cette élection « une défaite de plus » pour le FN alors que Sud Ouest réalise à mon avis le meilleur des jeux de mots, certes un peu cru pour traiter d’une élection dans une ancienne cité minière, « Nouveau coup de grisou pour le FN » !

 

A l’étranger, l’affaire ne passionne pas énormément, on trouve toutefois quelques articles sur le sujet dans la presse belge, suisse, allemande et italienne avec des titres généralement plus neutres. On peut noter par exemple, le Corriere della sera qui titre : « Sinistra e destra unite battono Le Pen » (la gauche et la droite unies battent Le Pen). 24 heures et La Tribune de Genève montrent le caractère tout relatif de cette défaite en titrant : « l’extrême-droite se remet en selle malgré sa défaite » pour le premier, et « malgré sa défaite, l’extrême droite se remet en selle » pour le second. Dans une certaine mesure, ces deux derniers titres rappellent plus volontiers les déclarations de Marine Le Pen sur RTL. En effet, elle n’a eu de cesse de jouer à qui perd gagne comme l’écrivait Libération avec des affirmations comme: « Il y a des défaites qui sont extrêmement honorables et celle-là en fait partie » ou « C’est une défaite qui a un petit goût de victoire. Il nous a manqué 265 voix, c’est rageant de rater de la victoire à si peu ». Dans cet entretien elle a aussi attaqué son concurrent d’hier en affirmant que « Daniel Duquenne est malhonnête depuis trois jours. Il joue sur la peur en disant aux Héninois que le fait qu’il soit de gauche l’aidera à obtenir des subventions. »

 

Dans le même registre, le vice-président du FN Bruno Gollnisch a souligné que « l’ascension du FN n’a été contrecarrée que par la coalition de tous les partis du système, solidairement responsables de la situation de la ville et du pays […], contraints de révéler une fois de plus leur profonde connivence, habituellement masquée par des rivalités de façade, et de faire usage de menaces ou de procédés déloyaux ». On voit ici, un discours traditionnel du FN qui comme le soulignait Bourdieu est corollaire d’une position de casseur de jeu politique. Le FN dénonce l’ensemble du système pour mieux y trouver une place. C’est aussi ce que l’on pouvait entendre chez les militants au cri de « tous unis, tous pourris ! ».

 

Pour en revenir à la presse, les éditos politiques sont tous partagés entre la joie non dissimulée de ne pas voir une cinquième ville de plus de 20 000 habitants gérées par le FN et la nécessité de prendre en compte ce signe de vie du parti frontiste.

 

Comme l’écrit Dominique Garaud dans La Charente Libre, « le cadavre du FN bouge encore », le parti a été enterré trop vite. Dans Le Parisien, on pouvait lire que « le FN n’est pas mort, et à Hénin-Beaumont il n’a pas été écrasé et il reste à un haut niveau. Le parti connaît un processus de marginalisation électorale, mais il n’est pas en voie d’être rayé du paysage politique. Cette crise est le reflet de l’incapacité du parti, qui pendant vingt-cinq ans avait réussi autour de Jean-Marie Le Pen à offrir un visage de dynamique et d’alternative politique, à préparer l’après-Le Pen. » Même constat pour Patrick Fluckiger dans L’Alsace : « Le FN a été enterré trop vite. À Hénin-Beaumont, il progresse entre les deux tours. Il réapparaît là où les grands partis sont défaillants, et Marine Le Pen est parvenue à rajeunir son image. Elle n’a plus besoin de faire appel prioritairement aux sentiments xénophobes qui avaient permis, en leur temps, aux troupes de son père de conquérir Toulon, Vitrolles, Marignane et Orange. Il lui suffit de dénoncer l’incurie et la corruption des notables en place. » Xavier Panon, dans La Montagne évoque dans une plaisante absence de neutralité : « la catastrophe d’Hénin-Beaumont, évitée de justesse ». Finalement, on ne trouve bien que Sud-Ouest, pour affirmer que le FN ne peut plus gagner d’élections, il « peut créer la surprise au premier tour, mais il ne transforme pas l’essai au second », le journaliste en trouve la cause dans l’ouverture sarkozienne : « si les électeurs de l’UMP ont suivi cette consigne de voter à gauche, c’est peut-être aussi parce que la politique d’ouverture de Nicolas Sarkozy a levé un tabou et qu’elle n’empêche plus les électeurs de droite de voter à gauche. » C’est aussi l’idée développée dans Le Figaro : « C’est peut-être l’un des mérites de l’ouverture pratiquée par Nicolas Sarkozy : les électeurs UMP – certes très peu nombreux à Hénin-Beaumont – n’ont pas eu l’impression de se trahir en donnant leur voix au candidat divers gauche Daniel Duquenne. Le changement d’attitude est symptomatique quand on se souvient des grincements de dents que provoquait il y a quelques années la notion de « front républicain ».

 

 

La grande question sous-jacente à la plupart de ces articles était de se demander si, ou non, Marine Le Pen avait l’étoffe pour reprendre la succession de son père et pour faire renaître un parti mal en point.


FN : L’insupportable buzz Jaurès

27 mars 2009

Alors que le FN joue sa survie dans les élections européennes et régionales à venir, certains élus sont prêts à tout pour faire parler de leur candidature, c’est le cas de Louis Aliot et de son insupportable affiche reprenant une citation de Jaurès.

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L’affiche est simple et présente exclusivement le portrait de Jean Jaurès avec ces deux titres « A celui qui n’a plus rien, la patrie est son seul bien », « Jaurès aurait voté front national ». Si c’est actuellement l’affiche du candidat FN pour la région Sud-Ouest aux européennes, elle devrait aussi être utilisée par Bruno Gollnish dans l’Est et Marine Le Pen pour le Nord.

Il faut dire que le buzz a particulièrement bien fonctionné. La plupart des têtes de listes FN n’ont récolté qu’une seule dépêche AFP donnant leur affectation et quelques détails sur leur candidature. Depuis le début de la semaine, tous les médias parlent de l’affiche de Louis Aliot. AFP et Reuters ont écrit des dépêches, Libération, Le Figaro, Le Monde, Les Echos ont repris l’information et le quotidien local : L’indépendant a développé l’information plusieurs jours consécutifs. Le buzz est réussi, ce matin encore, en écoutant France Inter j’ai entendu parler de cette affiche.

Cette affiche est une provocation comme une autre pour le FN. Actuellement dans une mauvaise passe, le parti d’extrême droite concurrencé par le parti de la France de Carl Lang se doit d’exister médiatiquement pour récupérer une part de l’électorat déçu par Nicolas Sarkozy. L’enjeu est vital, les finances du parti frontiste étant dans le rouge. Preuve de ce besoin de faire parler d’eux, Le Pen a encore réitéré ses propos sur les chambres à gaz.

L’utilisation des « grands hommes » par le parti d’extrême droite n’est en rien une nouveauté. On sait que le parti attache une grande importance aux héros de l’histoire de France, comme Jeanne d’Arc par exemple. On peut aussi se remémorer cette affiche du FN pour les municipales de 2001 dont le slogan était « De Gaulle avec Le Pen ». Dans le cas présent, De Gaulle était le nom d’un des candidats figurant sur la liste de Jean-Marie Le Pen qui n’était autre que le petit-fils de Charles de Gaulle. Cette utilisation de l’histoire par le FN participe d’un double processus de légitimation et d’existence médiatique. En mettant en avant Jaurès, grande figure républicaine s’il en est, le parti d’extrême droite entend autant gagner en médiatisation qu’en légitimité en se présentant comme un vrai parti de gouvernement.

La stratégie à cette fois été particulièrement payante. Tous les regards étant tournés vers Louis Aliot il a pu faire passer son message. Ainsi, nous avons pu lire dans les colonnes des Echos que selon lui « La seule formation politique à défendre les valeurs de justice sociale et d’humanisme est le FN ». Dans L’indépendant, le candidat frontiste profite de son entretien qui tourne autour du socialisme pour tacler le PS. Selon lui, « toutes les directives européennes cassant La Poste, le fret ferroviaire et France Télécom ont été négociées sous des gouvernements de gauche. » Sur son site Internet, propos repris dans la dépêche AFP, Louis Aliot assume parfaitement son buzz en affirmant profiter du 150ème anniversaire de la naissance de Jaurès qui devrait entrainer beaucoup de publications : « Au moment où nombre de nos compatriotes commémorent cette année le cent cinquantenaire de la naissance de Jean Jaurès (1859-1914), voilà une manière de rappeler qu’aujourd’hui, la seule formation politique en France à défendre les valeurs de justice sociale et d’humanisme est le Front National ».

L’opposition est piégée : elle ne peut pas laisser passer cette provocation mais toute réponse à cette affiche contribue à sa publicité. Ainsi Paul Quilès, qui a été député de la circonscription de Jaurès, écrit sur son blog qu’il a été « saisi par une bouffée d’indignation et de colère ». Georges Frêche s’est lui aussi indigné contre cette provocation. « Cette affiche est une injure à l’homme d’Etat que fut Jaurès, une injure à ses idéaux d’égalité et de fraternité ô combien toujours d’actualité aujourd’hui » déclarait-il à l’AFP ce jeudi. Ce genre de buzz est le « degré zéro de la politique » comme le souligne le sociologue Dominique Sistach au journal L’Indépendant. Il prend en otage l’opposition. Pour cet auteur, « Il n’y a dès lors plus de barrière morale car pour faire une cochonnerie pareille, il faut être sans vergogne. Ce n’est pas possible de faire usage de Jaurès de cette manière. Mais contre ça que peut-on faire ? Dénoncer, c’est participer au buzz, mais se taire c’est laisser passer cette usurpation historique. En tout cas, le degré zéro de la politique on y est. Ça fait flipper de voir des réactionnaires s’emparer de ça. »

C’est sûr, une fois encore on a essayé d’enterrer le FN trop vite. Malgré leurs cuisants échecs de 2007-2008 le parti frontiste demeure capable d’occuper le terrain médiatique en s’appropriant toujours cette célèbre phrase de Sacha Guitry : que l’on en dise du bien ou que l’on en dise du mal, l’essentiel c’est que l’on en parle…