Les chaises musicales…

15 janvier 2009

Au gouvernement, on joue aux chaises musicales mais il y a de la place pour tout le monde. Tous les renseignements sur le remaniement ici.

Les ministres qui n’ont pas été gentils sont punis : NKM qui n’aime pas les O.G.M. perd son poste à l’écologie pour l’économie numérique (conflit d’intérêt?). Christine Boutin paie sa cohabitation difficile avec Fadela Amara en perdant une partie de ses prérogatives qui reviennent à Brice Hortefeux dont le bilan est une réussite inavouable pour le gouvernement . Sarkozy sachant que son frère est le papa de la petite Zohra, il n’avait pas besoin que son secrétaire d’Etat au sport se manifeste, résultat Bernard Laporte perd la jeunesse, on le déleste d’une partie de son poste…

Les gagnants sont bien sûr, Xavier Bertrand, Brice Hortefeux, Eric Besson et Martin Hirsch.

Qui a dit que c’était la compétence qui payait?


Un préfixe lourd de conséquences…

24 octobre 2008

C’est une erreur d’écriture qui est à l’origine de la décision prise le 17 octobre par la cour d’appel de Paris de remettre en liberté un violeur récidiviste présumé. La chambre d’instruction de la cour d’appel de Paris s’est, en effet, trompée de terme dans l’arrêt qu’elle a rendu : elle a écrit infirme au lieu de confirme . Bien que dans la suite du texte, la cour d’appel motive clairement les raisons pour lesquelles cette libération lui paraît impossible, il n’y a priori aucune possibilité de revenir sur cette décision. Depuis un arrêt de la chambre criminelle du 18 janvier 1994, la Cour de cassation stipule que la cour d’appel, si elle un pouvoir de rectification, « ne peut restreindre ou accroître les droits consacrés par la décision », c’est ce qu’a fait valoir le parquet général pour justifier sa décision.

Mais connaissant le pouvoir en place, il n’était bien entendu impossible qu’on n’en reste là. Les victimes ont été indignées par cette décision, et on peut les comprendre. Leurs avocats sont furieux et comptent attaquer l’État pour faute lourde du service public de la justice. « C’est un dysfonctionnement majeur, rarissime, de remettre en liberté un homme dangereux », s’insurge Me Henri de Beauregard, avocat d’une partie civile. Pour son collègue, Me Frank Berton, « C’est un vrai scandale, une erreur gravissime. Je suis habitué aux dysfonctionnements de la justice, mais celui-là est exceptionnel, c’est une honte. On ne peut pas sur deux pages écrire qu’il est un dangereux criminel et en un mot ordonner sa libération. »

Chat échaudé craignant l’eau froide, Rachida Dati a attendu l’amont présidentiel pour faire une déclaration. On sait la propension qu’elle peut avoir à se mettre à dos tous les corps professionnels concernés par son ministère, elle n’a pas voulu revenir sur cette erreur de préfixe qui a conduit à la libération de Jorge Montes. D’après Olivier Joulin (vice-président du Syndicat de la magistrature) bien que ce soit une « erreur statistiquement inévitable » (Il rappelle qu’il y a 20 à 30 000 détenus provisoires qui font chacun 4 ou 5 demandes de remises en liberté par an. Le rythme de travail est donc énorme. Les magistrats ne passent jamais plus de 10 minutes sur un dossier. Ils en traitent une trentaine par jour. ) c’est la première fois qu’une telle erreur est commise, la ministre ne peut donc pas s’appuyer sur une jurisprudence qui aurait pu justifier son intervention. Elle n’aura pourtant pas attendu longtemps avant que Nicolas Sarkozy lui demande « de faire engager immédiatement les procédures adaptées pour rectifier cette erreur et faire réincarcérer cet individu ».

« Je viens de décider de demander au parquet général de saisir immédiatement la cour d’appel pour la rectification d’une erreur matérielle s’agissant de la décision invraisemblable de libérer un multirécidiviste », a déclaré Nicolas Sarkozy aux journalistes français qui l’accompagnaient à Pékin.

Même si Nicolas Sarkozy voulait que cette affaire soit réglée dans la nuit, rien n’est fait. Si cette affaire est certainement plus consensuelle que les décisions de Rachida Dati, Nicolas Sarkozy et son gouvernement ont pris une fois encore le risque et le pari de ne pas trop se soucier de la séparation des pouvoirs, affaire à suivre…


Nicolas Sarkozy au Figaro, on ne change pas une équipe même si elle ne gagne pas.

6 mars 2008

Dans une interview accordée ce matin au Figaro, Nicolas Sarkozy a réaffirmé – à quelques jours des municipales – sa volonté de ne pas changer de cap, quel que soit le résultat de ces élections. « Je n’ai pas l’intention de rythmer mon quinquennat en fonction des scrutins locaux », et c’est vrai que dans cette interview, où le chef de l’Etat est peu contredit, on retrouve la plupart des traits du candidat à l’élection présidentielle.

Commençons par le style. Bien que sa manière de gouverner soit souvent décriée comme trop personnelle, voire à dérive monarchique – on se souvient du très médiatisé « appel à la vigilance républicaine » – Nicolas Sarkozy n’entend pas changer quoi que ce soit. Dans cette interview, il utilise un peu moins de cinquante fois le « je » contre seulement deux fois « nous », on sait que c’est l’une des caractéristiques majeures de son discours, pas de changement en vue. Ces « je » sont appuyés par les habituelles expressions telles que « mon devoir », « ma mission », « mon devoir de président de la République » (2), « le président de la République doit », « le rôle du chef de l’Etat »,… Ces expressions montrent toujours une vision tout à fait personnelle de sa fonction, mais une vision qui semble être imposée, comme si c’était inscrit dans la Constitution, alors que rappelons que la Constitution indique simplement que « Le Président de la République veille au respect de la Constitution. Il assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l’Etat. Il est le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire, du respect des accords de Communauté et des traités. ». Ce n’est certainement pas écrit que « le président de la République doit choisir le meilleur [Premier Ministre] pour mettre en œuvre sa politique » comme le déclare dans les colonnes du Figaro Nicolas Sarkozy. Puisque l’article 20 stipule que c’est le gouvernement qui « détermine et conduit la politique de la nation » et que « le premier ministre dirige l’action du gouvernement ».

Outre la forme qui appuie la vision personnelle que Nicolas Sarkozy a de sa fonction, notons le vocabulaire utilisé par notre président. Tout d’abord, notons cette constante volonté d’associer le terme 35 heures au mot « carcan ». Rappelons, tout d’abord, qu’un carcan est à l’origine un collier de fer avec lequel on attachait un condamné au poteau d’exécution, par métaphore, ce terme signifie aujourd’hui « ce qui entrave la liberté de façon rigoureuse ». On est en droit de se demander quelle liberté est entravée par les 35h ? Nicolas Sarkozy fait probablement référence à la liberté de travailler. Que l’on soit pour ou contre cette loi, on est forcé de constater qu’elle n’a jamais empêchée quiconque de travailler puisque le stock d’heures supplémentaires prévu par la loi n’a jamais été utilisé au maximum. Ce n’est donc que pure communication que d’associer le terme 35 heures à celui de « carcan » et cela il faudrait le reconnaître même pour ceux qui considèrent que « les trente-cinq heures ont nui considérablement aux évolutions salariales ».

Comme l’explique si bien le psychiatre Jim Mc Dermott : « les gens qui ont peur ont leur fait faire ce qu’on veut ». On sait que Nicolas Sarkozy a beaucoup joué sur cette thématique pendant la campagne, ce qui a, notamment, contribué à le rendre populaire auprès des électeurs frontistes. Pour justifier son opposition au Conseil Constitutionnel – qu’il maintient en affirmant que « contre les récidivistes, [il ira] jusqu’au bout » – il déclare qu’il est de son « devoir de veiller à ce que des femmes, des petites filles, des petits garçons ne tombent pas dans les mains d’un violeur ». C’est une façon de présenter les choses qui explique probablement que le président ait l’assentiment d’une très large majorité de la population pour cette loi qui consisterait pourtant à inscrire dans la législation la reconnaissance officielle de l’incapacité de la prison à punir, à réinsérer ou à changer les individus.

Pour finir, notons pêle-mêle, qu’il affirme « travailler main dans la main avec Angela Merkel », qu’il affirme avoir mis fin à de longues « années de laxisme », qu’il se félicite de ne pas avoir « remplacé vingt-deux mille départ à la retraite dans la fonction publique », qu’il ne veut pas que « la pensée unique ne triomphe » et que « l’élévation du niveau de vie des français est un objectif central de [sa] politique », bref, à quelques jours de la présidentielle, on retrouve quasiment mot pour mot le discours de campagne de Nicolas Sarkozy. Finalement il ne revient que sur un point, alors qu’il avait déclaré qu’« être président de la République c’est renoncé au bonheur personnel », il affirme qu’il est heureux.

En conclusion, nous retiendrons donc que malgré les fortes baisses dans les sondages, le président ne cherche vraiment pas à changer de cap. Je vous laisse avec une citation de ce dernier, libre à vous de l’analyser comme bon vous semble. « Quand tant de gens suspectent vos discours, ce n’est pas le monde entier qui à tort, c’est peut-être vous qui devez faire votre introspection ».


Fadela Amara, le vocabulaire de l’insoumission.

9 octobre 2007

Le mot du jour est sans conteste l’adjectif « dégueulasse » lâché hier par Fadela Amara pour désigner les tests ADN qui instrumentaliseraient l’immigration. Tous les quotidiens font échos à cette déclaration de la secrétaire d’Etat auprès de la Ministre de la ville.

Après le « détail » du Premier Ministre, nous remontons, en effet, un peu dans le dictionnaire pour trouver un nouveau mot qui crée la polémique. Ce mot composé d’un dérivé du terme dégouttant et du suffixe péjoratif « –asse » renvoie à un vocabulaire dit « populaire ». Désignant quelque chose de sale et de répugnant, que ce soit au sens physique ou moral, il appartient au champ lexical des jeunes en mal de rébellion.

Si la présidente de « ni pute ni soumise » l’a employé, c’est dans un but de rappeler qu’elle n’est pas « soumise » aux décisions de ce gouvernement comme elle le répétait ce matin. Après des débuts discrets, elle s’était déjà faite remarquer par sa sémantique d’insoumission au style politique traditionnel. Elle avait choqué en déclarant qu’elle serait « à donf » contre « la glandouille » en banlieue (Le Monde, 18 septembre), puis elle avait appelé le gouvernement à être « plus cool » au sujet d l’immigration. Son style plaisait tant qu’il était une bonne illustration de ce que notre Président attend de l’ouverture.

Mais ce « dégueulasse » fait beaucoup moins rire la majorité. A titre d’exemples, on trouve quelques commentaires très crus sur le site du Figaro aujourd’hui, émanant de personnes pour qui ce vocabulaire n’est pas digne d’une secrétaire d’Etat. Le secrétaire général de l’UMP, se devait donc d’intervenir. Patrick Devedjian, ne l’a pas traitée de « salope » comme il avait pu le faire auparavant au sujet d’Anne-Marie Comparini, mais il l’a accusée d’ « injurier les députés de la majorité » tout en lui proposant de « partir ». Serait-ce une nouvelle brèche dans l’ouverture ?


François Fillon, la sémantique de l’extrême.

8 octobre 2007

Ce week-end a encore été un bel exemple de polémique sémantique. Notre Premier Ministre semble vouloir marquer des points sur ce terrain. Après avoir généré moult émules en affirmant qu’il était « à la tête d’un Etat qui est en situation de faillite sur le plan financier » (22 septembre 2007), François Fillon nous a gratifiés hier d’un « mot sensible politiquement » (Le Monde), celui de « détail ».

Ce terme « détail », utilisé pour qualifier l’amendement Mariani sur l’utilisation de l’ADN pour les candidats au regroupement familial, est comme l’affirme Pierre Moscovici « très connoté », il renvoie inévitablement à la déclaration de Le Pen sur les chambres à gaz ; c’était en 1987. Depuis, ce mot est « blacklisté » par les politiques. Pourtant hier, le chef du gouvernement a franchi le Rubicon s’attirant la foudre des associations et des politiques. Mouloud Aounit (président du Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples) situe l’utilisation de ce mot à « la limite de l’insoutenable et de l’indécence ».

Ce qui crée la « polémique » – terme qui semble adéquat puisqu’utilisé en titre dans les trois grands quotidiens nationaux – c’est que l’utilisation de ce mot semble être un « dérapage contrôlé ». Stéphane Le Foll, dircab de François Hollande, y voit « un clin d’œil au Front National » avant les municipales de mars tandis que l’association France Terre d’Asile dénonce « une stratégie pré-électorale préoccupante ».

François Bayrou ne critique pas l’utilisation de ce terme, mais il prend François Fillon au mot, « si ce n’est qu’un détail alors pourquoi le gouvernement a mené un combat pied à pied pour sauver cette disposition ». Seule Nadine Morano, porte-parole du gouvernement, a défendu l’utilisation de ce terme affirmant qu’ « une tache sur un manteau, un bouton sur une veste, c’est un détail par rapport à la couleur du vêtement ».

Parmi les termes prohibés de la vie politique, François Fillon a déjà employé ceux de « faillite » et de « détail », reste à savoir s’il utilisera un jour, le terme interdit parce qu’électoralement contreproductif, celui de « rigueur ».