Christophe Barbier provoque les chercheurs

5 février 2009

Le débat sur le statut des enseignants-chercheurs a généré un surprenant consensus chez les concernés. Si ce débat est en effet assez complexe, il ne faut pas non plus chercher comme Christophe Barbier à le schématiser et à le réduire:

Tous les enseignants-chercheurs ne sont pas des staliniens qui cherchent à pénaliser la promotion 2009. Tous les enseignants-chercheurs (ou presque) sont conscients que nous sommes entrés dans le 21ème siècle. Mais tous les enseignants chercheurs semblent d’accord que la recherche n’est pas une entreprise comme les autres qu’il est difficile de comparer sa structure à celle d’une PME. Il sera toujours dur et injuste qu’un président d’université évalue les enseignants-chercheurs vu le niveau de spécialisation de certains.

C’est un débat compliqué que la provocation de Nicolas Sarkozy a au moins le mérite d’avoir soulevé. Un débat que Christophe Barbier ne peut pas résumer en cinq minutes. On ne peut pas avoir raison à tous les coups.

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Dix jours à l’UMP : des mots et des bas

1 février 2009

Comme me faisait remarquer le dernier commentaire de l’article précédent, je n’ai rien publié depuis une semaine. A vrai dire je préparais mes premiers écrits sur le futur blog collaboratif Chez Saint Pierre. L’actualité politique a pourtant été chargée ces derniers jours : petit aperçu.

Du changement à l’UMP

Dimanche passé, le site Betapolitique publiait un article annonçant que l’UMP réfléchissait à un changement de nom. Une agence de publicité aurait été contactée par le parti pour inventer un nom plus simple à prononcer, un acronyme sur le modèle du MoDem. Non contente de réfléchir à cette possibilité, l’agence aurait aussi été sommée de trouver une nouvelle dénomination possible pour les « militants » de ce futur parti. Même s’il ne le dit plus vraiment, Nicolas Sarkozy aime toujours à penser qu’il est le président de la rupture. Son parti n’est plus celui de 2002, les personnes qui y adhèrent ne sont pas juste militants c’est d’ailleurs dans cette idée que l’université d’été du parti était devenue « un campus d’été ». Un nouveau nom prêt pour renouveler le parti en cas de défaite aux européennes ou simplement un changement de nom à défaut d’un changement de politique? Affaire à suivre.

Des miettes à l’invasion

Ces derniers jours ont été riches sur le plan lexical. Tout d’abord, il y a eu cet acte de résistance d’Axel Poniatowski – qui comme tous les fils de lutte pour se faire un prénom – au sujet de la prochaine nomination d’Eric Besson à la direction de l’UMP : il a affirmé que son parti n’était pas un « ramasse-miettes ». Si l’ouverture au sein du gouvernement n’avait pas ravi tous les membres de la majorité, l’ouverture au cœur de la direction du parti est accompagnée d’indignation et d’incompréhension.

Le concerné s’exprimant la semaine passée au micro de RTL a marqué son passage par un magnifique lapsus. Évoquant l’invasion en lieu et place de l’immigration en provenance du Maghreb et de l’Afrique. Ce sera un des buzz de la semaine sur Internet.

Pendant ce temps là, Roselyne Bachelot que l’on entend de moins en moins souvent a fait parler d’elle en « souhaitant de tout coeur » que Martine Aubry « se casse la gueule »… L’humour de notre ministre de la Santé est toujours aussi ravageur!

Seconde motion de censure contre le gouvernement Fillon

Après la motion de censure dénonçant l’enlisement des troupes françaises en Afghanistan, le groupe SRC (socialiste, radical, citoyen et divers gauche) a déposé une seconde motion de censure contre la politique économique et sociale du gouvernement de François Fillon et plus précisément contre son inaction. L’occasion d’une belle joute verbale dont on retiendra que pour le parti socialiste le «président n’écoute plus personne» alors que pour François Fillon l’opposition veut rétablir « le socialisme d’hier » et utilise cette motion de censure pour qu’on oublie un temps ses « divisions ».

Karoutchi et son plan com’

Roger Karoutchi continue à déployer son plan com’ pour vendre son ouvrage à paraître. On sait d’ores et déjà que la seule chose captivante dans ce livre est la révélation de son homosexualité. On peut être surpris ou consterné de voir qu’une telle annonce soit un événement captivant et de constater à quel point cette histoire a pu passionner. Son plan média a été un peu bousculé par la sortie anticipée du numéro de l‘Optimum où il annonçait déjà le scoop ce qui ne l’a pas empêché d’être présent dans un grand nombre d’émissions télé et radio. Nicolas Sarkozy ne semble pas trop perturbé par l’instance de Roger Karoutchi sur ce sujet alors qu’il écrivait en 2001 dans Libre : « Quelle mouche a bien pu piquer Bertrand Delanoë de vouloir à tout prix révéler son homosexualité au motif de sa candidature à la Mairie de Paris ? »… les temps changent.

Haut-fonctionnaire et précaire.

Alors qu’une grève populaire et massivement suivie avait remplacé la tempête en une des journaux, Nicolas Sarkozy a essayé de muter en douce le préfet et le directeur de la police de la Manche. «C’est scandaleux. C’est une pratique d’un autre temps» déclare Jean-François Legrand, sénateur UMP et patron du Conseil général de la Manche. Les médias et l’opposition se sont emparés de l’affaire obligeant le gouvernement à justifier ces mutations. François Bayrou a évoqué un « fait du prince » alors que le PS faisait part de «son inquiétude répétée et grandissante devant la dérive des pratiques» du chef de l’Etat. Dans un communiqué, Marie-Pierre de la Gontrie, secrétaire nationale du PS chargée des Libertés publiques et de la Justice, dénonce «ces deux décisions autoritaires et capricieuses» qui ont «vocation à exercer une pression très forte sur les hauts fonctionnaires». Il est vrai que ces décisions rappellent les cas de Yannick Blanc, Alain Genestar ou encore Dominique Rossi.

Une semaine bien chargée à l’UMP sur laquelle le président pourrait bien revenir jeudi en direct sur TF1 et France 2, affaire à suivre!


Une semaine de grève, c’est long… pour les journalistes !

23 novembre 2007

Parmi les « victimes de la grève », on parle très souvent de cette catégorie abstraite que sont les « usagers », on parle un peu des commerçants qui pâtissent de l’absence de clients, mais on oublie systématiquement une autre catégorie qui souffre beaucoup : les journalistes. Depuis le 14 novembre, les présentateurs des JT font leur premier titre sur les grèves, plus d’une semaine sur le même sujet ; il faut beaucoup d’imagination, les journalistes ont eu du mal mais ils ont résisté : florilège.

Parmi les mots incontournables que l’on a entendus tous les jours, il y a bien sûr « la galère ». C’est le mot qui doit sortir de la bouche des « usagers ». On interviewe plusieurs personnes sur un quai mais au montage on ne garde qu’un mot « la galère ». Ce terme on l’entendra un peu moins d’une dizaine de fois sur France 2, douze fois sur TF1 qui diffusera même le témoignage d’un homme qui parle de « galère, galère et regalère ». Pas de doute c’est le mot de la grève.

Mais il y a concurrence, deux expressions ont aussi été employées par tous les JT : « s’armer de patience » (4 fois sur TF1, 3 fois sur France 2) et « ras-le-bol » (4 fois sur TF1, 2 sur France 2). Pour exprimer ce « ras-le-bol de la galère» on aurait pu dire « prendre son mal en patience », « garder patience », ou beaucoup d’autres encore, mais l’expression qui a fait consensus c’est bien « s’armer de patience ».

Ce n’est cependant ni avec un mot ni avec ces expressions que l’on peut traiter en plusieurs minutes, chaque jour, de cette information. Alors les journalistes ont dû innover. Pour TF1, les grèves renvoient à l’image du réveil. Deux jours de suite le réveil difficile des parisiens a fait la une, tout d’abord ils parlent de « réveil matinal et grognon » puis d’un « réveil qui a sonné tôt, très tôt ». Cette chaîne qui plaint les « pauvres usagers totalement démunis et impuissants » va aussi s’appuyer sur des images comme les « sardines » ou « le train fantôme ». Cela dit, France 2 n’est pas en reste, mais ils s’inquiètent plus de la santé des parisiens. Selon eux « les petits gabarits suffoquent », il y a beaucoup de « pieds écrasés », « la galère continue, les claustrophobes sont prévenus ». Pour cette chaîne les gens sont « à bout », ils sont « pris en otages », « prisonniers ». TF1 partage ce constat, « ce sont les usagers qui trinquent ». Mais ils insistent beaucoup plus sur des expressions de lassitude telles que « encore » ou « toujours » utilisées à cinq reprises dans le 20h du 14 novembre.

Si France 2 a gagné le prix des meilleurs jeux de mots employant successivement des bons mots comme « train train des perturbations », « métro, boulot, sans dodo » ou encore « Lyon, ville de bouchon », c’est TF1 qui emporte le prix de l’expression la plus incongrue : Patrick Poivre d’Arvor nous annonce en effet un « trafic un peu moins paralysé ».

Que les journalistes se rassurent, de nouveaux sujets arrivent, après la manifestation anti-grève [ ou pour « la première fois on voyait un vison en manif » (Mouloud, Canal +) ] qui a occupé 15 secondes du JT de France 2, 80 de celui de TF1, un vrai événement s’est produit. Le président de la République – « qui était silencieux ce qui n’est pas son habitude » (David Pujadas, France 2) – est intervenu, citant Thorez et promettant de venir rapidement à la télévision pour annoncer des mesures.