Sarkozy : un exercice de communication dans le Nouvel Obs’

2 juillet 2009

Le long entretien accordé par Nicolas Sarkozy au Nouvel Observateur a été traité dans les médias comme un événement, un article pourtant peu surprenant tant sur le fond que sur la forme.

Sur la forme tout d’abord, on peut noter que cet entretien a été très travaillé. Nicolas Sarkozy avait d’ores et déjà prévu les réponses et arrive presque à surprendre par un niveau de langue quasi-soutenu.

Comme à son habitude Nicolas Sarkozy nous gratifie d’un nombre incroyable de questions rhétoriques. 19 en tout dans cet entretien, ce qui signifie donc qu’il a répondu par une question à une question sur deux… Parmi les emplois de cette figure de style, on peut noter des questions habituelles chez lui comme « qui pourrait penser une chose pareille ?», « Est-ce normal ? », des questions ridicules à l’instar de ce : « ceux qui me reprochent l’ouverture, me proposent-ils de faire campagne sur la fermeture ? », des questions pour prendre à partie les journalistes « Croyez-vous qu’aujourd’hui, on puisse arrêter une affaire sensible ? » ou « Vous voudriez que j’arrête le nucléaire comme le réclament certaines organisations écologiques ?»… Si ce type de questions sont souvent très efficaces en interview télé, elles sont juste insupportables une fois à l’écrit…

Sur la forme on peut aussi relever, les quelques tentatives de modestie du président Sarkozy et notamment quelques efforts pour admettre ses erreurs… « J’ai commis des erreurs. Est-ce que tout ce qui m’est reproché l’est injustement ? Non. Il faut un temps pour entrer dans une fonction comme celle que j’occupe, pour comprendre comment cela marche, pour se hisser à la hauteur d’une charge qui est, croyez-moi, proprement inhumaine » ou encore à propos de la soirée au Fouquet’s : « J’ai eu tort. En tout état de cause, à partir du moment où quelque chose n’est pas compris et fait polémique, c’est une erreur. Et si erreur il y a, ce n’est pas la peine de recommencer » (alors pourquoi les vacances sur un yacht, l’Egypte, la luxueuse résidence américaine et mexicaine ?) Quelques questions plus loin, il reviendra encore avec une phrase dans ce ton : « mon bilan est sans doute imparfait, dans ce domaine comme dans les autres »…

Sur le fond, il n’y a pas grand-chose à retenir de cet entretien à noter tout de même un formidable effort pour s’adresser au lectorat du Nouvel Obs’ en ventant l’ouverture et la disparition des clivages politiques.

Dès le début de l’entretien, le président Sarkozy affirme que « l’ouverture, ce n’est pas seulement une manière de composer un gouvernement. Ce doit être une disposition d’esprit plus générale »… Quand il est interrogé sur la fin de l’ouverture, il répond que « Frédéric Mitterrand, la caractérise parfaitement », comme on a déjà pu le dire Frédéric Mitterrand n’a rien d’une nouvelle prise de l’ouverture, il est certes de droite chiraquienne mais c’est un peu limité…

Toutefois, tout au long de cet entretien, il n’a pas cessé d’en appeler à la fin du clivage droite-gauche avec des expressions comme « je suis de droite. Ma vie politique s’est faite à droite, mais je ne suis pas réductible à un camp. Je ne suis pas réductible à la droite. Avec l’âge je suis devenu plus tolérant, plus lucide et plus serein » (doit-on en conclure qu’être de droite c’est faire preuve d’une absence de tolérance, de lucidité et de sérénité ?). Il affirme plus tard que « plus ça va et plus je pense que le sectarisme est le pire défaut » et qu’il est envisageable qu’il ait un premier ministre de gauche « s’il se reconnaît dans l’action que [Sarkozy] mène ».

Il mobilise aussi le bilan des socialistes d’autres pays pour railler les questions des journalistes du Nouvel Observateur. Par exemple à propos du bouclier fiscal, il dira « ce que les socialistes allemands revendiquent, ce que les socialistes espagnols font, ce en quoi les socialistes anglais se reconnaissent, pourquoi les Français ne pourraient-ils pas le mettre en œuvre ? »

Pourtant, tout au long de cette interview, et sans vraiment de raisons, alors qu’il mène une sorte d’entretien qui se veut digne de la fonction présidentielle, Nicolas Sarkozy s’en prend à François Mitterrand.  Dès la quatrième question, Nicolas Sarkozy répond : « cela devrait vous rassurer d’avoir un président pointilleux sur les questions d’honnêteté. J’en ai connu d’autres qui disaient à la télévision : ‘‘Des écoutes ? Moi, jamais.’’ Je ne suis pas capable d’une telle hypocrisie ». Quelques questions plus tard : « j’ai simplement le soucis de la transparence et le refus de l’hypocrisie, j’aurais pu parler encore de François Mitterrand et de Michel Rocard »…

Au-delà de ces affirmations, Nicolas Sarkozy nous a gratifié de quelques petites phrases bien distillées du type « je n’ai jamais cru au partage du travail » ou « pouvoir transmettre 300 000 euros à ses enfants en franchise d’impôt, c’est de la justice » et nous a réexpliqué la différence entre un bon et un mauvais déficit…

A travers cet entretien Nicolas Sarkozy réalise un bel exercice de communication dans un hebdomadaire socialiste, une initiative un peu vaine pour redorer son image présidentielle…