Sarkozy : deux semaines pour ça?

19 février 2009

Annoncée il y a près de deux semaines, l’intervention du chef de l’État a été une fois encore sans surprise. Petit retour sur la forme et sur le fond.

La justice

sarkozy1En réécoutant l’intervention du chef de l’État, je me suis amusé à noter les mots qu’il a utilisés le plus souvent. Bien sûr parmi les termes les plus employés on retrouve crise, réforme(s) et travail. Prévisible. Nicolas Sarkozy était déterminé à démontrer sa volonté de ne pas changer de cap, même si le chômage croît dangereusement, il ne jure toujours que par la « valeur travail » et n’arrêtera pas le train des réformes. On ne s’attendait pas à plus. Et pourtant, le mot le plus employé par le président – un beau pied de nez à l’opposition – était bien justice. Il est vrai que ce terme dans la bouche de Nicolas Sarkozy a dû en gêner plus d’un. Il en est ainsi. À six reprises il a donc mis en avant « l’esprit de justice » de ses mesures, justice qui doit être « une priorité en ce moment », même si le travail « est la clé de tout ». La justice passe notamment, dans son discours, par la suppression des bonus pour les patrons dont les entreprises font faillite ainsi que les autres décisions que l’on ne détaillera pas ici. Dans cette allocution soigneusement préparée et enregistrée, il y a pourtant une phrase plus que surprenante : « au delà de ces mesures de justice (…) les réformes doivent continuer ». Qu’a-t-il bien pu vouloir signifier par cette phrase? Ses réformes dépassent l’idée de justice, est-ce que cela signifie qu’elles sont injustes? Un aveu?

Où sont les syndicats et les DOM?

Tout au long de cette allocution, je n’ai cessé de me poser deux questions où sont passées les négociations avec les syndicats et quand va-t-il évoquer la crise aiguë qui agite l’Outre-mer ? Je n’ose pas imaginer la déception des uns et des autres sur ce sujet. Une fois encore Sarkozy qui aimait tant agir sans réfléchir réapprend le temps long. La crise en Guadeloupe sera l’objet de nouvelles discussions, rien de concret n’est apparu ce mercredi. Lui qui était allé au Tchad chercher quelques otages, ne se rend même pas dans une région sinistrée de France qui ne cesse de demander de l’aide depuis plusieurs semaines…

Quant à la rencontre avec les syndicats, je dois avouer que j’ai été choqué devant le déni de démocratie de notre président. Il n’avait cessé de répéter le 5 février dernier que les décisions ne seraient prises que ce mercredi lors de la rencontre avec les syndicats. Mercredi soir, il nous a offert une allocution enregistrée probablement rédigée la veille. Toutes les propositions annoncées étaient déjà listées dans un article du monde.fr paru avant la rencontre avec les syndicats. A quoi sert cette réunion – soit disant  »sommet social » – autant mise en exergue par le président si les décisions sont déjà prises?

Aujourd’hui c’était ma réponse

La semaine passée, dans le cadre de la mobilisation des universités contre la réforme du statut des enseignants-chercheurs, j’ai assisté à une conférence de Pierre Rosanvallon sur le sujet : « un pouvoir autiste même élu est-il légitime? » La question se pose réellement aujourd’hui. La consultation avec les syndicats n’a servi à rien. Le président n’écoute que lui-même et éventuellement ses conseillers. Il l’a d’ailleurs dit clairement à la fin de son discours. « Aujourd’hui c’était ma réponse aux conséquences sociales de la crise ». S’il a veillé à contrôler l’utilisation du je et qu’il a tenu à dire que ces réformes émanaient du gouvernement, le président de la République nous a tout de même gratifier de ses sempiternelles : « j’ai été élu pour », « c’est mon rôle de chef de l’Etat » et « c’est ma responsabilité »… Sa réponse est claire, « le seul chemin qui vaille » c’est l’effort. Il a dramatisé les conséquences d’une augmentation possible du SMIC qui concerne « à peine un travailleur sur dix » (en fait 1,7 sur dix tout de même) et a une fois encore prouvé qu’il était en campagne perpétuelle en attaquant de manière latente les 35 heures qui ont « ruiné la compétitivité du pays ». Il ne nomme pas la réforme et préfère la désigner par « les erreurs du passé » qui ont « sacrifié l’avenir au présent » et qui étaient « une politique de facilité ». J’ai pu montrer que Nicolas Sarkozy s’était emparé du terme de justice. Il a, de plus, fait ressurgir un peu de son vocabulaire gauchiste qu’il employait ces derniers temps en évoquant son grand chantier de moralisation et de re-fondation du capitalisme…

Que faut-il en retenir?

Si sur la forme rien ne change, force est de constater que le président de la République a tout de même fait quelques concessions sur le fond en annonçant 2,6 milliards d’euros consacrés à la relance par la consommation. Rien à voir bien sûr avec ce qui était demandé il y a deux semaines dans les rues, mais c’est tout de même une forme de compromis. Que faut-il en retenir? Il est évident que ce ne sont pas ces quelques réformes qui vont relancer l’économie. Il faut espérer que les milliards précédents jouent leur rôle car on ne relancera pas la France avec moins de 100 euros par foyer ! Les journaux qui ont déjà réagi à l’heure où j’écris ces lignes sont évidemment partagés. Le Figaro a surtout retenu l’une des phrases d’introduction de l’allocution présidentielle : «Nous sortirons de la crise en modernisant la France», Le Monde rappelle que ces mesures visent les classes moyennes alors que Libération titre – à mon avis maladroitement – « le paquet social de Sarkozy ». Ce titre est surprenant pour un journal proche de l’opposition parce que les mesures annoncées par Sarkozy ce mercredi soir sont loin d’avoir l’ampleur du « paquet fiscal » qui est pris comme référence. En utilisant, un tel titre, sans le vouloir, le journaliste de Libération donne du crédit aux réformes du chef de l’État. Les déclarations seront surement plus nombreuses ce jeudi mais on peut d’ores et déjà noter que Martine Aubry a fait savoir que ces propositions n’avaient rien d’un plan de relance alors que Benoît Hamon parle d’une « aumône aux plus fragiles ».

Dans cette allocution qui fait semblant d’être le fruit des négociations de l’après-midi, Nicolas Sarkozy n’a pas annoncé la moindre mesure surprise qui aurait pu lui redonner du crédit. Si je ne suis pas capable de juger l’effet des réformes annoncées, il semble évident qu’en les dévoilant juste après la rencontre avec les syndicats, le chef de l’État a voulu paraître plus ouvert et plus à l’écoute alors que concrètement tout était planifié depuis longue date. Ce qui est choquant, c’est que finalement, il aura fallu attendre deux semaines depuis sa précédente intervention pour que Nicolas Sarkozy annonce sa propre réponse à la crise dont nous ne sommes qu’à la moitié… Même s’il a appelé les syndicats « à la raison », il est tout à fait possible que la grève prévue au mois de mars soit maintenue et qu’elle soit tout à fait populaire… affaire à suivre !


26 milliards, pour quoi faire?

8 décembre 2008

Je n’ai pas écrit pour l’instant sur le plan de relance de notre président car pour être franc je n’avais pas grand chose à dire qui n’ait été déjà dit. Bien sûr, ce plan était tellement attendu tout le monde s’est rué pour le commenter. Il n’y a pourtant pas tant de chose à dire…

Nicolas Sarkozy a – comme à son habitude – vendu son plan avant même d’en annoncer la teneur. En annonçant l’ampleur et l’audace de son plan, le ton était donné et pourtant on pourrait plutôt le résumer par l’adage « nécessaire mais pas suffisant ».

En choisissant une politique de grand travaux qui ne sera pas financée par le retrait de la loi TEPA, mais par une augmentation du déficit (qui repousse d’autant la rigueur dont on ne donnera toujours pas le nom) le président Sarkozy a décidé de ne pas reprendre le risque d’une relance par la consommation des ménages.

Dans les projets proposés, seuls deux s’adressent aux ménages.

D’une part la prime de 1000€ pour l’achat d’un véhicule neuf qui aura surement un effet nul voire négatif. Si cette prime avait été un peu plus élevée et surtout si elle avait concerné les véhicules d’occasions de moins de cinq ans, elle aurait pu être utile. Dans le cas présent, elle ne sera qu’un cadeau fait par l’Etat aux personnes qui avaient prévues d’acheter un véhicule neuf. Une prime de mille euros peut éventuellement précipiter un achat mais je ne vois pas en quoi elle peut créer une demande. De plus, pour que cette prime ait un minimum de chance d’être efficiente on a dû nier une partie de Grenelle de l’environnement, puisque la prime s’applique à l’achat de véhicules émettant moins de 160 grammes de Co2 au kilomètre alors que le Grenelle prévoyait 120. Pourquoi ce changement? …Pour comprendre les voitures françaises comme la Laguna ou la 407…

D’autre part, il y a la prime de deux cents euros aux potentiels futurs bénéficiaires du RSA. Cette proposition correspond à un plan de relance par la consommation des ménages les plus faibles. S’il n’y a qu’une seule proposition dans ce registre c’est aussi parce que l’on craint l’effet du plan de relance Mauroy de 1981. En résumé: on dépense beaucoup pour relancer la consommation des ménages, un ménage sur trois craignant les jours futurs épargne la prime que l’on lui donne (ce qui ne sert à rien en période de crise économique) les deux autres ménages consomment immédiatement cette prime (ce qui semble bon) mais massivement se tournent vers des produits technologiques qui sont plutôt produits par nos voisins allemands ou par les japonais. Dès lors, on dépense beaucoup d’impôts pour relancer l’économie, résultat, on relance l’économie allemande et japonaise…

Si le gouvernement a choisi de verser sa prime uniquement aux futurs bénéficiaires du RSA, c’est dans le simple but d’éviter l’épargne. En ciblant les plus pauvres des citoyens français, on est quasiment assuré qu’ils consommeront et n’épargneront pas. En la versant en mars, l’idée est surement d’éviter l’achat de produits technologiques (qui aurait été un risque en période de noël) en favorisant des achats plus alimentaires. Le problème c’est qu’étant donné que le président ne veut pas faire marche arrière sur le bouclier fiscal, ce sera une fois encore la classe moyenne qui devra payer la note.

Quant au reste, on ne reprochera pas à Nicolas Sarkozy sa politique de grand travaux, mais on lui rappellera simplement que comme toutes politiques de ce type les résultats sur l’économie et corollairement sur l’emploi sont longs, très longs à venir et que ce n’est sûrement pas ce que les Français souhaitaient en ce moment. On se doit d’espérer qu’une fois les 100 000 logements sociaux en route, les crédits de l’Etat ne se couperont pas…

Pour finir sur une touche positive, il faut tout de même reconnaître qu’il était une bonne idée de relancer l’emploi dans les TPE (très petites entreprises) mais cela n’endiguera malheureusement pas les vagues de licenciement dans les grandes entreprises.