Sarkozy : un exercice de communication dans le Nouvel Obs’

2 juillet 2009

Le long entretien accordé par Nicolas Sarkozy au Nouvel Observateur a été traité dans les médias comme un événement, un article pourtant peu surprenant tant sur le fond que sur la forme.

Sur la forme tout d’abord, on peut noter que cet entretien a été très travaillé. Nicolas Sarkozy avait d’ores et déjà prévu les réponses et arrive presque à surprendre par un niveau de langue quasi-soutenu.

Comme à son habitude Nicolas Sarkozy nous gratifie d’un nombre incroyable de questions rhétoriques. 19 en tout dans cet entretien, ce qui signifie donc qu’il a répondu par une question à une question sur deux… Parmi les emplois de cette figure de style, on peut noter des questions habituelles chez lui comme « qui pourrait penser une chose pareille ?», « Est-ce normal ? », des questions ridicules à l’instar de ce : « ceux qui me reprochent l’ouverture, me proposent-ils de faire campagne sur la fermeture ? », des questions pour prendre à partie les journalistes « Croyez-vous qu’aujourd’hui, on puisse arrêter une affaire sensible ? » ou « Vous voudriez que j’arrête le nucléaire comme le réclament certaines organisations écologiques ?»… Si ce type de questions sont souvent très efficaces en interview télé, elles sont juste insupportables une fois à l’écrit…

Sur la forme on peut aussi relever, les quelques tentatives de modestie du président Sarkozy et notamment quelques efforts pour admettre ses erreurs… « J’ai commis des erreurs. Est-ce que tout ce qui m’est reproché l’est injustement ? Non. Il faut un temps pour entrer dans une fonction comme celle que j’occupe, pour comprendre comment cela marche, pour se hisser à la hauteur d’une charge qui est, croyez-moi, proprement inhumaine » ou encore à propos de la soirée au Fouquet’s : « J’ai eu tort. En tout état de cause, à partir du moment où quelque chose n’est pas compris et fait polémique, c’est une erreur. Et si erreur il y a, ce n’est pas la peine de recommencer » (alors pourquoi les vacances sur un yacht, l’Egypte, la luxueuse résidence américaine et mexicaine ?) Quelques questions plus loin, il reviendra encore avec une phrase dans ce ton : « mon bilan est sans doute imparfait, dans ce domaine comme dans les autres »…

Sur le fond, il n’y a pas grand-chose à retenir de cet entretien à noter tout de même un formidable effort pour s’adresser au lectorat du Nouvel Obs’ en ventant l’ouverture et la disparition des clivages politiques.

Dès le début de l’entretien, le président Sarkozy affirme que « l’ouverture, ce n’est pas seulement une manière de composer un gouvernement. Ce doit être une disposition d’esprit plus générale »… Quand il est interrogé sur la fin de l’ouverture, il répond que « Frédéric Mitterrand, la caractérise parfaitement », comme on a déjà pu le dire Frédéric Mitterrand n’a rien d’une nouvelle prise de l’ouverture, il est certes de droite chiraquienne mais c’est un peu limité…

Toutefois, tout au long de cet entretien, il n’a pas cessé d’en appeler à la fin du clivage droite-gauche avec des expressions comme « je suis de droite. Ma vie politique s’est faite à droite, mais je ne suis pas réductible à un camp. Je ne suis pas réductible à la droite. Avec l’âge je suis devenu plus tolérant, plus lucide et plus serein » (doit-on en conclure qu’être de droite c’est faire preuve d’une absence de tolérance, de lucidité et de sérénité ?). Il affirme plus tard que « plus ça va et plus je pense que le sectarisme est le pire défaut » et qu’il est envisageable qu’il ait un premier ministre de gauche « s’il se reconnaît dans l’action que [Sarkozy] mène ».

Il mobilise aussi le bilan des socialistes d’autres pays pour railler les questions des journalistes du Nouvel Observateur. Par exemple à propos du bouclier fiscal, il dira « ce que les socialistes allemands revendiquent, ce que les socialistes espagnols font, ce en quoi les socialistes anglais se reconnaissent, pourquoi les Français ne pourraient-ils pas le mettre en œuvre ? »

Pourtant, tout au long de cette interview, et sans vraiment de raisons, alors qu’il mène une sorte d’entretien qui se veut digne de la fonction présidentielle, Nicolas Sarkozy s’en prend à François Mitterrand.  Dès la quatrième question, Nicolas Sarkozy répond : « cela devrait vous rassurer d’avoir un président pointilleux sur les questions d’honnêteté. J’en ai connu d’autres qui disaient à la télévision : ‘‘Des écoutes ? Moi, jamais.’’ Je ne suis pas capable d’une telle hypocrisie ». Quelques questions plus tard : « j’ai simplement le soucis de la transparence et le refus de l’hypocrisie, j’aurais pu parler encore de François Mitterrand et de Michel Rocard »…

Au-delà de ces affirmations, Nicolas Sarkozy nous a gratifié de quelques petites phrases bien distillées du type « je n’ai jamais cru au partage du travail » ou « pouvoir transmettre 300 000 euros à ses enfants en franchise d’impôt, c’est de la justice » et nous a réexpliqué la différence entre un bon et un mauvais déficit…

A travers cet entretien Nicolas Sarkozy réalise un bel exercice de communication dans un hebdomadaire socialiste, une initiative un peu vaine pour redorer son image présidentielle…


Frédéric Mitterrand, le gros coup médiatique

24 juin 2009

On ne parle que de lui dans les colonnes des journaux ce matin, un remaniement plus important que prévu et pourtant un seul nom sur toutes les lèvres, Frédéric Mitterrand. Petite revue de presse européenne sur ce joli coup médiatique.

Mitterrand copie

Comme à son habitude, Libération a soigné sa une et l’a parée d’un jeu de mot simple mais efficace, « la farce tranquille ». Et oui, on rit à ce coup politique qui n’en est pas un puisque cela fait fort longtemps que Frédéric Mitterrand n’a de socialiste que le patronyme. L’édito de Laurent Joffrin, le souligne à merveille : « C’est ce qu’on pourrait appeler une nomination calembour. Mitterrand arrive au pouvoir sous Sarkozy : la force d’un patronyme ainsi arraisonné colore un remaniement pour le reste fondu dans la grisaille. Voilà une bonne farce servie à la gauche, qui sait bien que le neveu vif-argent n’est guère fidèle à l’oncle tutélaire, mais qui devra supporter néanmoins les inconvénients de cette niche familiale et homonymique. »

En onomastique (étude du nom propre) on considère souvent que si le nom propre n’a à l’origine pas de sens, il en acquiert dans le discours. C’est ce qui est visé à travers le choix de Frédéric Mitterrand : «  le contenu sémantique du nom propre n’est pas fondamentalement différent de celui du nom commun », écrivait Sarah Leroy dans Le nom propre en français. Ainsi dans l’imaginaire collectif Mitterrand renvoie au socialisme et pour être plus précis au seul président socialiste de la Cinquième République. S’il est avéré que Frédéric Mitterrand est d’avantage une ouverture au chiraquien, il n’en demeure pas moins par le sens que l’on donne à son nom, par son héritage familial, un gros coup politco-médiatique.

La presse européenne relaie d’ailleurs abondamment l’information. Du côté de l’Espagne, El País, titre ce matin : « Sarkozy ficha a un sobrino de Mitterrand para su Gobierno » (Sarkozy invite le neveu de Mitterrand pour son gouvernement). Le journaliste écrit que « El nombramiento da fe de la tendencia algo caníbal de Sarkozy a fagocitar valores situados en el campo político contrario. La potencia simbólica del nuevo titular del cargo es evidente: François Mitterrand, presidente de la República durante dos mandatos, encarnó durante muchos años al último líder incuestionable de la izquierda francesa.»1 Les autres journaux du pays lui emboitent le pas, La Voz de Galicia insiste aussi sur le fait que la star du remaniement n’ait pas su tenir sa langue et qu’il a dès lors obligé Sarkozy à avancer l’annonce du gouvernement de quelques heures.

C’est dans les journaux italiens que j’ai trouvé les meilleurs titres, pour le Corriere de la Serra, Sarkozy fait entrer un Mitterrand dans sa cour (« Un Mitterrand entra alla corte di Sarkozy ») alors qu’Il Jornio titre « Sarkò chiama Mitterrand jr al Governo » (Sarkozy appelle Mitterrand Junior au gouvernement). Si l’expression Mitterrand Junior est à proprement parler fausse, puisqu’il s’agit du neveu et non du fils Mitterrand, cet article à le mérite de bien résumer les choses. On choisit Mitterrand uniquement pour la valeur symbolique et pour son héritage politique, ce journal comme beaucoup d’autre reprend la citation du futur ministre de la Culture : « Sarkozy a bien été ministre de Mitterrand ».

Dans les titres de la presse francophone, on peut s’amuser de la similitude de l’article de 24 heures et de La tribune de Genève : «  Un Mitterrand dans le gouvernement Sarkozy ». On retrouve de toute façon ce titre dans à peu près tous les pays, notamment en Allemagne où le Süddeutsche Zeitung titre : « Frédéric Mitterrand Neuzugang im Kabinett von Nicolas Sarkozy »2. C’est plus du côté anglosaxon que viennent les surprises. On s’intéresse beaucoup au reshuffle du gouvernement français. The Independent dresse d’ailleurs un long portrait du futur ministre de la Culture en soulignant beaucoup son homosexualité :

« A talented film-maker and writer, Mr Mitterrand is open about his homosexuality, even writing about his “paid loves” with young men. A year ago, with the support of the first lady, he won a bitter contest to become the director of the Villa Medicis, an extension of the French Academy in Rome.

The film-maker, writer and TV presenter Frederic Mitterrand, 61, nephew of the late President François Mitterrand, will become culture minister, a very high-profile job in France. This appointment, welcomed by many in the artistic world, will irritate the Catholic, conservative right. M. Mitterrand is a vociferous campaigner for homosexual rights and a columnist in the gay magazine, Tetu.»3

En France, on a déjà que trop parlé des nombreux articles de presse ; à noter tout de même que Jean-Marcel Bouguereau écrit dans l’édito de la République des Pyrénées que « l’ouverture c’est fini » soulignant que « même si la nomination de Frédéric Mitterrand fait effet d’optique, celui-ci n’a jamais caché ses opinions de droite ».

A peu près partout en Europe, on n’a retenu que la nomination de Frédéric Mitterrand, peu d’articles soulignent l’absence de parité dans ce nouveau gouvernement, comme finalement peu d’articles parlent de François Fillon qui devrait pourtant être à l’origine de ce remaniement. Un peu partout on lit l’expression « gouvernement Sarkozy » qui n’a pourtant pas de sens constitutionnellement.

1La nomination fait foi de la tendance légèrement cannibale de Sarkozy à phagocyter des valeurs situées dans le camp socialiste. La puissance symbolique du nouveau titulaire de la charge est évidente : François Mitterrand, président de la République pendant deux septennats, est le dernier chef indiscutable de la gauche française.

2Frédéric Mitterrand recruté dans le gouvernement de Nicolas Sarkozy.

3Un talentueux auteur et réalisateur qui a affirmé publiquement son homosexualité et à même écrit à propos de ses relations payées avec des jeunes garçons. Il est devenu directeur de la Villa Médis grâce à ses relations intimes avec Carla Sarkozy. L’auteur, réalisateur et présentateur Frédéric Mitterrand, neveu de François Mitterrand, va devenir ministre de la Culture, un poste clé en France [sic]. Cette nomination bien accueillie par beaucoup dans le monde artistique devrait irriter les catholiques et la droite conservatrice. Monsieur Mitterrand étant un fervent défenseur des droits des homosexuels et collaborant au magazine gay Têtu.


Sarkozy – Merkel : Un appel politique

31 mai 2009

C’est l’événement politique du jour, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy signent un appel conjoint publié en France dans le journal du Dimanche et en Allemagne dans Die Welt. Fortement investi dans la campagne européenne, le président Français joue pour la seconde fois la carte franco-allemande pour appeler les Européens aux urnes.

Sarkozy et Merkel le 10 mai 2009, crédits : Michael Dalder / Reuters

Sarkozy et Merkel le 10 mai 2009, crédits : Michael Dalder / Reuters

On le disait avoir du plomb dans l’aile depuis l’élection de Nicolas Sarkozy et les déclarations d’Angela Merkel offusquée par l’attitude du président français, mais en période de doute sur l’Europe le couple franco-allemand demeure une valeur refuge. Après avoir tenu un meeting commun à Berlin, le 11 mai dernier, Merkel et Sarkozy nous offrent aujourd’hui une déclaration très politique.

A une semaine de l’ouverture des bureaux de vote pour les Européennes dans la plupart des 27 pays, le but de ce texte commun est évidemment d’endiguer l’abstention que l’on annonce massive dans tous les États.  Pour cela, la chancelière allemande et le président français se lancent dans une grande opération de promotion de l’Union Européenne. C’est un appel pour « une Europe forte qui nous protège ». Une Europe que l’on s’efforce de rendre séduisante en affirmant dès les premières lignes qu’ils refusent « une Europe bureaucratique qui applique mécaniquement des règles tatillonnes et qui se méfie du changement ». Avec une longue anaphore en « nous voulons » (Est-ce une figure de style imposée par Sarkozy qui aimait tant pendant sa campagne présidentielle, utiliser l’anaphore « je veux » donnant cette sentation d’égotisme?), les deux chefs d’État présentent leur vision d’une « Union Européenne qui soit à l’écoute des citoyens, qui innove, qui dynamise ».

Pour eux, l’Europe a été un rempart contre la crise, et c’est par cette même Union que nous en sortirons. Ils en appellent à « une économie de marché responsable » reprenant la formule oxymorique du traité de Lisbonne : « une économie sociale de marché hautement compétitive ». Pour que la reprise puisse se faire dans les meilleures conditions, ils en appellent à un assouplissement des critères européens de stabilité : « nous appelons à la modification de règles comptables ». Paradoxalement, ils affirment à la fin de cet appel qu’ils sont conscients que « la dette publique actuelle est un fardeau trop lourd pour être laissé aux générations futures »

Conjointement, ils vendent les résultats de leurs six mois de présidence de l’Union Européenne qui ont permis une « lutte contre le changement climatique » avec ce qu’il convient d’appeler « le paquet climat » (formule somme toute fort peu élégante et bigardienne). Sur ce point, le couple franco-allemand cherche à convaincre leur « plus proche allié » (comprendre les États-Unis) de se rallier à leur position lors du traité de Copenhague en décembre prochain. Ils affirment croire en une « croissance verte »« protection du climat et productivité doivent aller de pair » ce qui passera par des « mesures pour protéger l’industrie européenne ».

Après en avoir appelé à « une Europe à l’écoute des citoyens », je le disais, le couple franco-allemand, justifie le passage en force du traité de Lisbonne en louant ses mérites puisqu’il « rendra l’Europe plus forte ». Culpabilisant le seul État à ne pas encore l’avoir ratifié, les deux chefs d’État en campagne avouent faire confiance « aux Irlandais pour faire le choix de l’Europe ». Avant d’envoyer un message clair à la Turquie, sans même la citer : « L’UE a besoin de frontières. Un élargissement illimité n’est pas possible ». On pourrait imaginer que le message s’adresse aussi à l’Islande, mais vu la campagne de l’UMP sur le sujet, on comprend que la cible est plutôt la Turquie, surtout qu’après, les deux signataires écrivent que « l’Europe doit assumer ses valeurs et son identité » (comprendre chrétiennes).

Après avoir évoqué le besoin de renforcer « une politique commune de défense et de sécurité » et une politique étrangère basée sur « le respect des droits de l’homme » (aucun commentaire), Angela Merkel et Nicolas Sarkozy appellent « tous les Européens à voter aux élections européennes » avant de conclure par cette formule choquante : « Europa kann das, wenn es will », traduction : Quand l’Europe le veut, l’Europe le peut soit le slogan de l’UMP pour cette campagne!

Quand_l__Europe_veut__l__Europe_peut

Dans cette volonté d’endosser à nouveau son statut de président de la République française au dessus des partis, Nicolas Sarkozy réussit encore à être en campagne énonçant des points du programme de son parti et clôturant par le slogan de celui-ci, un président qui décidement semble avoir du mal à accepter son rôle et à abandonner celui de chef de la majorité présidentielle.


Sarkozy – Bruni : les limites de la communication politique

20 mai 2009

Quand Femme actuelle et Nicolas Sarkozy s’utilisent l’un l’autre, on atteint la limite de la communication politique.

Nicolas Sarkozy débarquant serein dans les appartements privés de l’Elysée pour retrouver Carla Bruni et ses cinq amies d’un jour, lectrices de Femme actuelle. L’image est trop belle pour ne pas être totalement calculée. Sarkozy apparaît comme quelqu’un d’important et responsable : « je viens de voir le premier ministre irakien ». Parallèlement, il est détendu, souriant, serein et se montre un amant prévenant et sympathique en embrassant sa femme devant les caméras. Les cinq femmes sont subjuguées, et lance des petites phrases du type :« Ca fait quelque chose vous voir comme ça, aussi heureux aussi amoureux » ou « On comprend pourquoi vous l’avez épousée ».

Cette scène totalement calculée, où Nicolas Sarkozy arrive devant la caméra, juste quand on parle de lui, où l’on voit un couple heureux avec des chiens est de la pure communication politique. Femme Actuelle, réalisera de bonnes ventes sur ce numéro et Nicolas Sarkozy profite de cette artefact pour redorer un peu son image…
Dans les limites de la communication politique, on peut dire que le MJS de Haute-Loire ont aussi donné. Je rejoins tout à fait l’analyse de citizen L. sur cette vidéo. Certe, c’est à un tout autre niveau que la communication présidentielle, il s’agit ici, d’une simple section des MJS, pas même d’un clip officiel de l’association. Mais devoir en arriver à ce genre de clip pour intéresser à l’Europe est assez désespérant. Si l’abstention sera aussi forte qu’on le dit, ce n’est pas parce qu’on a pas réussi à intéresser au scrutin, c’est parce qu’on ne parle du parlement européen qu’un mois tous les quatre ans au moment des élections. Ce n’est pas par le buzz qu’on amènera les citoyens aux urnes, c’est en expliquant toutes l’année le rôle et les actions du Parlement Européen…

Entre Sarkozy et les MJS, on touche ici aux limites de la communication politique, l’un dore sont image avec un procédé tellement artificiel qu’il ne peut que perdre de la crédibilité, les autres ne trouvant rien de mieux qu’un buzz d’un goût douteux (et peu drôle finalement) pour intéresser les jeunes à une élection capitale.



« Sarkozy je te vois », c’est absurde.

20 mai 2009

27 février 2008, peu avant 18 heures, un enseignant passe dans la gare centrale Saint-Charles de Marseille, où deux policiers sont en train de contrôler l’identité de deux personnes. Trouvant ce contrôle un peu « viril », il crie alors à deux reprises, pointant du doigt les policiers : « Sarkozy, je te vois ! » L’apostrophe provoque l’hilarité, « les rires ont fait redescendre la tension », explique l’homme convoqué pour « tapage injurieux diurne troublant la tranquillité d’autrui ».

SarkoL’affaire semble tellement grotesque qu’elle est portée en première page de l’édition de ce mercredi du quotidien Libération. Après plus de quatorze mois sans nouvelle, le professeur de philosophie qui avait crié « Sarkozy, je te vois », est convoqué début avril au commissariat du 9e arrondissement de Marseille avant de recevoir, le 20 avril, une citation à comparaître devant le juge de proximité. Les « faits » ont été requalifiés en « tapage diurne injurieux ».

Hier, les blogs ont réagi activement sur le sujet, Maître Eolas, nous rappellait que « la contravention de tapage est prévue par l’article R. 623-2 du code pénal. Contravention qui fait encourir au maximum 450 euros d’amende. Pour être puni, le tapage doit être de nature à troubler la tranquillité d’autrui, et être soit nocturne, soit injurieux s’il est diurne. » Avant de conclure qu’ « il y a dans ce type d’affaire une impression d’instrumentalisation du droit pénal pour faire une police politique qui me déplaît au plus haut point. » Samuel Authueil quant à lui écrivait : « Ce n’est franchement pas malin et dénote une agressivité vis à vis des forces de police que je ne saurais approuver. (…) Ce type méritait de se faire contrôler à son tour, voire de se faire amener au poste, histoire d’approfondir les contrôles. Mais pas plus. Le poursuivre en justice est un peu idiot et politiquement dangereux. »

Car l’affaire devait bien sûr devenir politique. Ainsi, Jack Lang s’exprimait hier à ce sujet sur RTL : « On a peine à croire qu’au pays de Rabelais et de Coluche, on ait perdu le sens de la drôlerie, de la dérision », qualifiant de « ridicule » et « dérisoire » cette procédure judiciaire. Pour Libération : « Le Président de la République n’est pas à l’initiative de la plainte. Mais après le « casse-toi pauv’ con ! » du salon de l’agriculture de 2008, ou l’affaire de la poupée vaudou à son effigie, pour laquelle Nicolas Sarkozy avait engagé des poursuites, on ne s’étonne plus de voir un procureur retenir le caractère « injurieux » du « tapage diurne » qui a troublé l’ordre public gare Saint-Charles à Marseille. »

L’humanité aussi profite de l’occasion pour une critique plus générale de Nicolas Sarkozy, on pouvait lire dans le quotidien il y a quelques jours que cette affaire avait « de quoi illustrer le  »constat amer’‘ de la  »dégradation continue des rapports entre les citoyens et leur police » qu’ont fait, [jeudi passé], la Ligue des droits de l’homme, le Syndicat de la magistrature et le Syndicat des avocats de France. » Aujourd’hui, Christophe Deroubaix  titre son article dans L’Humanité «  »Sarkozy, je te vois », ou l’absurde au tribunal »

Libération rappelle que « la doctrine officielle en matière de poursuites judiciaires contre ceux qui brocardent le chef de l’Etat évoluait pourtant depuis un demi-siècle dans le sens d’une tolérance quasi totale. ».C’était le cas de François Mitterrand et de Jacques Chirac qui refusèrent par principe d’engager des poursuites. « Le mieux que puissent faire les présidents, c’est de laisser faire et de hausser les épaules », estimait Georges Kiejman, avocat de François Mitterrand.

En pleine (absence) de campagne pour les Européennes, on peut voir l’affaire comme une volonté de ramener une fois encore l’image du président à celle de l’ordre. Il s’agit en fait plutôt d’un procès maladroit provoqué par un fonctionnaire zélé qui pourrait bien être instrumentalisé politiquement pour critiquer un président trop soucieux de son image et beaucoup trop procédurier.


Sarkozy vu par les arabes

13 mai 2009

Après vous avoir parlé du Capital et du Books de ce mois, c’est à nouveau un magazine que j’aimerais évoquer aujourd’hui : Le courrier de l’Atlas. Cette revue sous-titrée Le magazine du Maghreb en Europe, affiche en une ce mois « Sarkozy vu par les arabes ».

le courrier de l'atlasC’est toujours surprenant de lire une revue dont on n’est pas la cible. D’un seul coup, les publicités deviennent amusement, et tout est prétexte à surprises. Dans le cas de ce magazine, j’ai forcément été surpris par les titres en français traduits en arabe, mais aussi par les publicités pour le couscous, la viande hallal ou encore le tapis de prière de poche, rarement présentes dans les revues que je lis habituellement. Au-delà de cela, j’ai apprécié ce numéro qui nous présente un sommaire alléchant.

En ce qui concerne le dossier en une, on retrouve l’avis de sept personnalités du monde arabe sur les deux ans de la présidence Sarkozy : le directeur d’Arab News, un essayiste, un ambassadeur, deux historiens, un chercheur et un responsable de l’Euromed. Toutes ces personnes ont été interrogées autour de trois axes :

  • la politique d’immigartion du président Sarkozy

  • sa politique au Proche-Orient

  • et enfin le projet d’Union pour la Méditerrannée

En ce qui concerne le premier point, les avis sont assez négatifs, même si certains jouent la neutralité, notamment les diplomates. Pour ne donner que quelques exemples, Issander El-Amrani, chercheur maroco-américain, évoque l’idée que Sarkozy a contribué à faire de l’Europe, une forteresse, pour lui « la politique de l’immigration choisie inquiète : alors que le Maroc manque de gens qualifiés, elle risque d’accélérer la fuite des cerveaux ». Roshi Rashed, surenchérit, pour lui, « la création d’un ministère de l’Immigration pose problème », évoquant le CRIF et le CFCM il affirme que Nicolas Sarkozy cherche « en permanence à organiser des assemblées d’ethnies », pour cet historien « ce n’est pas digne d’un Etat laïc », « la France avait naguère de vrais principes (…) aujourd’hui, on liquide ces qualités pour créer des communautés ». Ce n’est pas le directeur d’Arab News qui va les contredire, selon lui, « il règne en France une atmosphère anti-immigration », c’est aussi ce que pense Hamid Zanaz qui trouve que Sarkozy a fait une « déclaration de guerre au métissage », selon cet essayiste : « la méthode utilisée pour limiter le nombre d’étrangers en situation irrégulière choque par sa dureté, par son étrangeté par rapport à la culture française respectueuse de la dignité française ».

Les avis sont nettement plus partagées sur sa politique au Proche-Orient. D’un côté on trouve ceux qui pensent que Nicolas Sarkozy continue la politique en place sous les gouvernements précédents, pour l’ancien ambassadeur du Maroc, Hassan Abouyoub, « la position française ne s’est pas écartée d’une tradition d’attachement à la légalité internationale, aux droits de l’homme et aux vertus du dialogue sincère pour résoudre le plus ancien conflit du monde ». Khaled Al Maeena, directeur d’Arab News, trouve que « le président Sarkozy mène une politique dictée par la sagesse et la logique », pour lui sa politique est perçue comme « indépendante de celle des Etats-Unis ».

A l’opposé, Hamid Zanaz pense que « la vision de Sarkozy ne diffère que dans de menus détails de celle des néo-conservateurs états-uniens » ce que confirme Issander El-Amrani pour qui « sous la présidence de Nicolas Sarkozy, la politique arabe de la France n’existe plus ».

Enfin, la question sur l’Union pour la Méditerrannée, ne passionne pas les foules. Certains y voient un « outil technocratique » d’autre un « rôle positif pour un pays d’importance moyenne comme la France ». Hamid Zanaz, que l’on a vu très critique, évoque un « outil du Nord pour dicter ses conditions au Sud, protéger l’Europe du terrorisme venant de l’autre côté de la Méditerrannée, refouler les clandestins et protéger la production agricole européenne de la concurrence. » Tafiw Aclimandos, historien égyptien, affirme quant à lui que « la plupart des égyptiens ne sont pas intéressés par ce projet ou n’y croient pas »

Ce dossier est complété par une série de caricatures de Sarkozy dans les pays arabes et par un article sur la façon dont les américains perçoivent le présent français.

Un magazine que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire car, outre ce dossier, on peut aussi lire un portrait d’Eric Zemmour, un dossier sur la crise dans le 9-3 et quelques portraits de candidats aux élections européennes agacés par leur étiquette de candidats de la diversité. A mettre en toutes les mains.


Le retour de Jean Véronis

7 mai 2009

Depuis le début de l’année, Jean Véronis s’était fait de plus en plus rare sur son blog, cela lui avait même coûté sa place dans le top 100 Wikio (dont il avait pourtant tutoyé le sommet), depuis quelques semaines il revient en force pour notre plus grand plaisir.

Il y a tout d’abord eu ces deux excellents articles sur les sujets abordés par les blogs, puis ce billet qui met en relief  les écrivains dont on parle sur le web.

Hier, on pouvait même le retrouver dans le Monde avec son collègue Louis-Jean Calvet pour un article sur les mots de la crise de Sarkozy, qui n’est pas totalement sans nous rappeler l’excellent travail d’Enikao pour l’Express.fr.

Merci à Jean Véronis pour ce retour, il comble un peu le vide qu’il avait laissé, les blogs de lexicographes étant bien rares!