Ne sifflez plus la Marseillaise!

17 octobre 2008

Cette fois-ci c’est trop, ce matin encore La Marseillaise sifflée était le sujet de l’édito de Philippe Val sur France Inter… Deux jours qu’on ne parle plus que de ça. Hier, la polémique a même évincé la crise des unes de journaux. On pouvait d’ailleurs lire dans l’édito de Libération : « Plus de bruit encore que les sifflets du stade, entre désarroi, surenchère et vilains petits calculs la classe politique toute entière s’est déchainée hier avec la Marseillaise ».

De l’extrême gauche à l’extrême droite en passant par les membres du gouvernement tout le monde y est allé de sa petite phrase. Ségolène Royal a trouvé cela inadmissible alors que pour Nicolas Sarkozy c’est tout simplement scandaleux. Roselyne Bachelot a annoncé que la prochaine fois que ceci se produirait les matches seraient arrêtés et pire encore, les membres du gouvernement quitteraient la tribune (bon en même temps si le match est arrêté autant quitter la tribune…). De toute façon, la France a déjà rencontré l’Algérie, la Tunisie et le Maroc a priori on est tranquille pour quelques années, Roselyne Bachelot ne sera surement plus en place… Bernard La porte, quant à lui, voudrait que les matches se jouent à présent en province pour avoir un « public sain »… allez comprendre ce qu’il voulait dire…

Bien sûr, comme à son habitude Jean-Marie Le Pen n’a pas craché sur le pain béni et a sauté sur l’occasion pour rappeler qu’il a toujours eu raison puisque cet ‘‘événement’’ révèle une fois encore « l’échec de l’intégration des masses étrangères »… une bien belle expression…

Pendant ce temps-là la presse se déchaînait, toutes les rédactions y allaient de leur titre choc et cherchait à avoir L’interlocuteur idéal. Ouest-France a reçu Pascal Boniface (directeur de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques) qui nous a expliqué que la France était pire que les Etats-Unis dont les équipes ne sont pas sifflées même quand elles jouent contre les équipes latino-américaines. Il pense aussi qu’il y a eu un effet de « surenchère entre jeunes des pays du Maghreb ». Sud-Ouest avait même invité Max Gallo qui a parlé de la « mémoire du contentieux colonial » tout en déplorant cette « insulte à la communauté nationale ». Fadela Amara invitée par Le Parisien ne se prive pas d’une petite phrase choc comme elle le fait si bien, elle n’aura « pas de pitié pour ces gens là ». Quelques colonnes plus loin Aziz Senni – auteur de L’ascenseur social est panne… j’ai pris l’escalier – évoque un « cri de désespoir de personnes reléguées »… Devant tout ce bruit Libération ira jusqu’à parler d’«indignation surjouée » et de « psychodrame » ce qui peut se comprendre quand on survole les titres de la presse « Affaire d’Etat » (Le Parisien) , « Insupportable affront » (Midi Libre) alors que Le Figaro affirme qu’il s’agit de « l’humiliation de deux nations ».

Mais les plus forts sont tout de même les journalistes du Point qui ont eu le temps de réaliser un sondage qui nous apprend que « 80% des français sont choqués par les sifflets contre la Marseillaise », près de la moitié des interrogés se disent même « très choqué »… 80%, c’est presqu’autant que le score de Jacques Chirac en 2002, pas étonnant finalement que tous les hommes et femmes politiques ont eu envie d’avoir leur part du gâteau, c’est un peu plus payant que de parler de la crise…


Ils ont été aussi grands que Sarkozy

16 octobre 2007

Je ne connais rien au rugby et je l’assume. Aujourd’hui pourtant c’est à propos de cette demi-finale perdue que j’ai envie d’écrire. L’équipe de France ne gagnera pas « sa » Coupe du Monde, on l’a compris. Le Quinze de la rose a fait taire le coq français. Pas de cocorico donc ni de cock-a-doodle-do comme disent nos meilleurs ennemis anglais.

A l’heure du bilan, tous les journaux font front uni et se déchaînent contre un homme, Bernard Laporte. Arrêtons-nous sur les mots puisque c’est la devise de ce blog. Comment les journalistes vont-ils s’en prendre au sélectionneur de l’équipe de France ?

Beaucoup d’articles attaquent directement la tactique du futur secrétaire d’Etat aux sports, Libération trouve sa « stratégie déplorable », tandis que Le Monde critique « un management improvisé », et une « tactique figée », du côté des journaux gratuits le constat est le même, Métro estime que l’équipe de France était « engluée dans une tactique restrictive et frileuse ». Ce mot « frileux » semble faire l’unanimité puisqu’on le retrouve dans les colonnes des deux grands quotidiens que nous venons de citer. Mais les journalistes ont été créatifs. Libération consacre un article à ce que ses journalistes appellent un « festival de « non-jeu » voire de jeu contre nature », tandis que Le Monde invente un concept pour expliquer cette « cruelle désillusion » (Métro), celui de « losing ugly ». Les anglais ont pendant cette Coupe du Monde remporté des matches avec des scores bien piteux, la presse s’en amusant avait conceptualisé ceci sous le terme « winning ugly ». Selon Le Monde, on a voulu faire la même chose, mais sans la réussite, ce qui donne une « défaite sans la manière » (losing ugly).

Parmi tous les articles que j’ai pu rencontrer, on note aussi, une critique sur l’absence de remise en question du sélectionneur de l’équipe de France. Il n’y a pas eu « la moindre esquisse d’autocritique » pendant la conférence de presse. Les journalistes n’ont pas envie de défendre Bernard Laporte puisqu’il semble « difficile de trouver des circonstances atténuantes » à cette « faillite » (Le Monde), d’autant plus que le sélectionneur semble « refuser de reconnaître qu’il a pu se tromper » (Métro).

Avant de conclure, arrêtons nous une dernière fois sur les termes que nous venons de citer, et plus précisément sur les champs lexicaux auxquels ils appartiennent. Les journalistes ne sont pas particulièrement allés puiser dans le domaine sportif pour critiquer Bernard Laporte. L’importance de l’événement explique probablement qu’ils aient préféré se référer au domaine économique (« management »), politique (« faillite ») ou judiciaire (« circonstances atténuantes »), d’ailleurs Laporte avait fait de même, on se souvient de la fameuse lettre de Guy Môquet lue avant le match contre l’Argentine, il s’est aussi référé à notre Président en disant que « ses joueurs avaient été aussi grands que Sarkozy ».

Dommage que Nicolas Sarkozy ne mesure que 165 cm…